Sujet : citation, moyen-âge, Europe, Europe médiévale, médiéviste
’homme de l’avenir, disait Nietzsche, est celui qui possède la plus longue mémoire. C’est-à-dire qu’il faut remonter le plus loin possible dans notre culture et dans notre civilisation pour avoir une chance de comprendre notre présent et notre avenir immédiat. Le Moyen-Age est pour moi un socle essentiel de l’Europe. On ne comprendra rien à la culture européenne si l’on persiste à en dater l’émergence au XVIIIe siècle dans la Déclaration des droits de l’homme. »
Philippe Walter – Médiéviste & philologue français. Extrait d’un entretien avec Christopher Gérard pour laRevue Antaios, 2001.
Pour aller un peu plus loin que cette simple citation et en savoir un peu plus sur ce chercheur médiéviste adepte d’un approche résolument pluridisciplinaire et féru de moyen-âge, de mythologie comparée et de légendes arthuriennes, vous pouvez retrouver la totalité de cet entretien ici: Merlin ou le savoir du monde, entretien avec Philippe Walter.
Sujet : poésie, littérature médiévale, poète médiéval, bourgogne, poète bourguignon, bourgogne médiévale, poésie réaliste, temps, Période : moyen-âge tardif, XVe Auteur : Michault (ou Michaut) Le Caron, dit Taillevent ( 1390/1395 – 1448/1458) Titre : Le passe-temps
Bonjour à tous,
ous publions aujourd’hui quelques strophes supplémentaires du Passe-temps de Michault Taillevent. En réalité, nous en suivons le fil. Nous avions, en effet, déjà publié les onze premières strophes et voici donc les suivantes.
Un auteur médiéval
redécouvert tardivement
Même si l’on connait une version imprimée du XVIe siècle du Passe-temps, ce bel auteur du moyen-âge central, populaire en son temps, a souffert d’un manque d’exposition jusqu’à une date relativement récente, bien que quelques auteurs du XIXe et des débuts du XXe avaient tout de même fini par s’y pencher.
Référence : Michault Caron Taillevent avec Robert Deschaux
Pour dire un mot de cet auteur, Robert Deschaux (1924-2013) agrégé de grammaire, natif de Charavines, se fit une grande spécialité de la poésie du XVe siècle et notamment celle de la cour de bourgogne. Docteur de la Sorbonne, il enseigna longtemps auprès des universités, la langue et la littérature françaises du Moyen-âge et de la Renaissance. Son ouvrage sur Michault le Caron dit Taillevent est d’ailleurs la publication de la thèse qu’il soutint dans ses matières devant la Sorbonne.
Avant Robert Deschaux et à la période moderne, le poète médiéval était plus connu des chercheurs romanistes ou des médiévistes spécialisés dans le moyen-âge central et tardif que du public; certaines de ses poésies n’avaient d’ailleurs pas même été retranscrites depuis les manuscrits dans lesquelles on les trouvait et ces derniers ne pouvaient être décemment approchés sans une solide formation en paléographie. Cet ouvrage de 1975 reste donc, à ce jour, une référence et la meilleure parution pour découvrir le poète médiéval et l’ensemble de son oeuvre.
Le passe-temps : « Je » poétique et universalité du thème
ous n’allons pas ici revenir sur le statut de la vieillesse au moyen-âge que nous avons déjà abordé précédemment, mais simplement ajouter deux mots sur le Passe-temps du Michault et sur ses qualités.
Il y a, en effet, dans cette poésie de l’ancien joueur de farces à la cour de Bourgogne parvenu à l’hiver de sa vie, une force véritable qui touche sans doute autant par l’universalité de son thème que par l’approche subjective que le poète en fait: ce « Je » poétique et en détresse qui se tient au centre de l’oeuvre. A chaque fin de strophe, les locutions proverbiales ou en forme de proverbes, ouvrent encore la réalité poignante de l’expérience vécue sur l’universel et ce temps qui a filé entre les doigts du poète, dévient nôtre.
Au delà, on trouve encore, dans ce Passe-temps, la marque d’un style impeccable, le signe d’une écriture parvenue à sa maturité. On notera, bien sûr, quelques traces de l’école des rhétoriciens dans certains jeux de rimes ou de mots (flourissant/flor issant, parfont/parfont, amer/amer, etc…), mais sans parler ou s’arrêter à ces démonstrations de virtuosité, les mots coulent avec aisance et soulignent toute la grâce de ce moyen-français du XVe siècle. En bref, pour qui aime la langue française et son histoire, cette poésie est une pure délectation.
Michault Taillevent a vieilli mais son passe-temps n’a guère pris de rides. Il gagne à être plus largement redécouvert, lu ou relu. Et même s’il est difficile de l’établir avec certitude, on ne se surprend pas que certains passages de cette longue complainte et poésie sur la fuite du temps et l’âge de vieillesse ait pu inspirer François Villon.
Pour raccrocher sur l’article précédent, nous étions resté sur la strophe suivante :
Et le temps par mes ans hastoye, Que je ne m’en guettoye pas. Vieillesse m’attendoit au pas Ou elle avoit mis son embusche : Qui de joye est en dueil trebusche.
« Temps perdu n’est a recouvrer »,
Michault Caron Taillevent, le passe-temps (2)
Et la perdy tout l’apetis, De chanter, car Dame Viellesse Courut adont tout l’apetis De ma joye & de ma liesse; Dont il convendra que je lesse Le ditter et le rimoyer : Aprez le rire larmoyer.
En mon joly temps fuz astrains De faire ballades de flours; Or suy je mainenant contrains A faire ballades de plours Et complaintes de mes folours Pour mon temps qu’ay gaste en vain : Telle penne, tel escripvain. (1)
En mon estude florissant Jadiz a ditter aprenoye, Ou avoit maine* (maintes) flour issant*, (sortant, fleurissant) Surquoi mes matiers prenoye; Et ore en pleurs mon cuer prez noie. Ainsi est mon fait tout divers : Chappeaux ne sont pas tousdiz vers. (2)
Aux escolles d’amour haultaines Usay tous mes beaux jours seris* (paisible, serein), Mais les ruisseaux et les fontaines De ma joye sons tous taris, Et les fosses tous ateris Ou je puisoye faiz d’amer : Soubz arbre doulz fruit plain d’amer.
Ainsi m’a tollue* (de tolir, ravir, enlever) & hoste Toute ma joye et mon deport* (joie, plaisir) Vieillesse, par mes ans hastee, Et destruit le havre et le port Ou tout le gracieux aport De mon doulx plaisir arrivoit : Qui vist changer dueil à riz voit. (3)
Viellesse adont rompi le mas De ma nef, je le voy moult bien, Dont venoit l’esparnz* (l’épargne) & l’amas De toute ma joye et mon bien; Si ne scay encore combien J’ay de temps et d’age a durer: Qui vist il fault tout endurer.
J’estoye de joye atourne* (entouré, paré) Ou temps que jeunesse hantoye, Mais le temps est bien retourne: Je pleure ce que je chantoye, Car adonques point ne tastoye De viellesse le gue parfont* (profond): Les regres les douleurs parfont* (de parfaire).
Helas ! se j’eusse en congnoissance De ce que j’ay depuis trouve, Ou que maintenant congnois, sans ce Que je l’eusse adonc esprouve, Ja n’eusse este prins ne prouve* (éprouvé) Ainsi de joye desgarny : Mal vist qui n’est adez garny* (désormais, de nos jours pourvu, nanti).
Bien feusse, se j’eusse eu ce sens, Quand de jeunesse estoye es mains, Que temps passe, comme je sens A toutes heures, soirs et mains ; Mais je ne cuidoie avoir mains Du bien dont mon cuer est issu : Drap s’uze, comme il est tissu.
Jeunesse, ou peu de gouvern(e) a, Pour ce que de bon cuer l’amoye, Mon fait et mon sens gouverna Se fault y a, la coulpe est moye. Chose n’y vault que je lermoye, Et ne feisse riens qu’ouvrer (4) Temps perdu n’est a recouvrer.
NOTES
(1) « telle plume, tel écrivain » : le mot fut sujet à des évolutions désignant le transcripteur d’un manuscrit ou le rédacteur d’un texte à partir du milieu du XIVe il se fixe pour désigner de plus en plus le rédacteur d’un texte. La revue Romania nous apprendra toutefois en 2014 qu’en milieu bourguignon (ça tombe bien nous y sommes) :
« … la production des œuvres et des manuscrits est difficilement dissociable, en particulier en milieu bourguignon, pour des personnalités comme Jean Miélot, Jean Wauquelin, Jean Duquesne, David Aubert et bien d’autres, le même mot (escripvain) pouvant encore désigner, vers la fin du xve siècle, à la fois des auteurs qui se font copistes et des copistes qui se font auteurs » « Olivier Delsaux. Qu’’est-ce qu’un « escripvain« au Moyen Âge? Étude d’un polysème« , Maria Colombo Timelli, Romania, 132, 2014
(2) Métaphore sur le ver(t) qui désigne le printemps, la jeunesse.
(3) celui qui vit longtemps voit le rire se changer en deuil
(4) ouvrer : y travailler, fig. ne fasse que « le remâcher », « en souffrir »
En vous souhaitant une très belle journée.
Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.
Sujet : agenda, fêtes médiévales, rassemblement médiéval, animations, compagnies médiévales. histoire vivante, camps médiévaux, tournois, spectacles historiques, reconstituteurs. Lieu :Parc des Expos, Orange, Vaucluse, Provence-Alpes-Côte d’Azur Dates : du samedi 31 mars au lundi 2 avril 2018 Evénement : « Le prince d’Orange 2018» Organisateurs : Association Le Royaume, Association pour l’Histoire vivante, ville d’Orange
Bonjour à tous,
ette fin de semaine, l’agenda nous entraîne du côté de la Provence et du Vaucluse pour un événement médiéval bien établi et devenu désormais traditionnel, celui du « Prince d’Orange ».
Cette année, ce grand festival autour du moyen-âge s’invite avec un peu d’avance par rapport à l’édition précédente et c’est une bonne chose. A la faveur du calendrier, il durera, en effet, un jour de plus pour s’ouvrir dès le samedi et se prolonger sur tout le week-end, jusqu’au lundi de Pâques inclus.
Cette nouvelle programmation est d’autant plus heureuse qu’à la vue des reconstituteurs, compagnies, artistes et artisans présents, la fête s’annonce encore plus riche et spectaculaire que ses précédentes éditions.
L’Association pour l’Histoire Vivante(déjà citée ici, de nombreuses fois, dans le cadre de notre agenda médiéval) viendra se joindre à nouveau à l’association historique locale Le Royaume et à la cité d’Orange pour garantir le meilleur succès à cet événement. En plus des compagnies de reconstituteurs, des campements et tournois, il y aura donc sur place, cette année encore, un grand Marché de l’Histoire mais viendra aussi s’y ajouter un Festival du spectacle Historique.
Campements médiévaux, maisnies & tournois de chevaliers
n nombre impressionnant de compagnies médiévales et reconstituteurs est attendu pour cette nouvelle édition etde nombreux campements médiévaux seront présents pour découvrir le quotidien de la vie médiévale en campagne. Ils proposeront, bien sûr, de nombreuses démonstrations de combat et d’escrime ancienne. Au programme, tous les après-midis, des tournois de chevaliers (façon Béhourd) sont également prévus.
Les Bannerets de Gueules et d’Azur – Bellator – Black Sparrows – Les Cabris d’Argent – Les Chevaliers des Terres d’Occitanie – Les Chevaliers du Roi René – Entre Chien et Jeu – Le Clan d’Helvie – La Confrérie des Ours Noirs – Les Dragons Noirs – Les Flibustiers de la Voile Noire – Les Guerriers du Lendemain – La Guilde de la Grenouille – La Guilde de la Griffe Noire – Guillaumette la Dame des Aigues – Les Héritiers de Ragnar – La Juste Solde – Legio VI Légionnaires et Gladiateurs – La Maisnie du MontFerrand – Au Siècle d’En Temps
Festival du spectacle historique :
une pléthore d’animations médiévales
u point de vue musical et théâtral, l’événement ne sera pas en reste puisque, comme nous le disions plus haut, le rassemblement du Prince d’Orange inaugure en son sein, un festival du spectacle historique. En plus des parades déambulatoires, un espace complet sera donc dédié aux artistes, musiciens et comédiens. Avec près de vingt compagnies artistiques présentes autour du moyen-âge et de l’histoire, rien ne manquera au divertissement : des chants polyphoniques à l’art des troubadours en passant même par une touche de folk irlandais, auxquels il faut encore ajouter contes, jongleries, spectacles de feu, théâtre et humour, etc…
Sur cette photo, les spectaculaires prestations de feu et jongleries
de la Compagnie Fuegoloko
En plus de régaler les visiteurs d’une foule de spectacles et d’animations médiévales, ce festival aura aussi pour vocation de favoriser les rencontres entre artistes et professionnels de l’animation, d’un côté et organisateurs de spectacles ou de fêtes sur le thème historique et médiéval, de l’autre.
La liste des compagnies musicales, théâtrales et artistiques
Les Aboyeurs – Compagnie Bric à Brac – Les Troubadours Galapiat – Compagnie Fuegoloko – Compagnie l’Effet Railleur – Compagnie Les Enluminées – Compagnie Lia – Ferme itinérante du Chaineau – Les Monts Rieurs – Maux-dire – Spectacles and Co – Théâtre de l’Alauda – Théâtre des 33 – Vercoquin – Vrehnd – Troubadour point com – La Chevauchée des Lices
Marché de l’Histoire
plus de 100 artisans et exposants attendus
a qualité des marchés médiévaux et historiques de l’Association pour l’Histoire Vivante et son expérience dans le domaine sont désormais des faits établis. Pour le Marché qui se tiendra à Orange, cette fin de semaine, on annonce plus de 100 artisans et exposants sur le thème de l’histoire et du moyen-âge, venus des quatre coins de France et d’Europe.
Est-il besoin d’ajouter que tout est prévu sur place pour se restaurer? Sans doute pas mais au cas où, ce sera chose faite.
Sujet : musique médiévale, Cantigas de Santa Maria, galaïco-portugais, culte marial, miracles, Sainte-Marie. Période : Moyen Âge central, XIIIe siècle Auteur : Alphonse X (1221-1284) Titre : Cantiga 282 Interprètes : Triskilian Album : Bell’amata (2015)
Bonjour à tous,
ous poursuivons, aujourd’hui, notre exploration du culte marial au Moyen Âge central, à la lumière des Cantigas de Santa Maria d’Alphonse X de Castille, roi érudit qu’on surnomme encore Alphonse le sage.
Comme toutes les autres Cantigas de Santa Maria de la cour d’Espagne du XIIIe siècle, celle du jour est en galaïco-portugais. Il s’agit de la Cantiga 282 connue sous le titre de « Par Déus, muit’ á gran vertude » ou même encore comme « Ai, Santa María, val!« .
Popularité des Cantigas de Santa Maria
sur la scène musicale médiévale
De l’Allemagne à la Norvège, de la France à l’Italie, l’Angleterre, la Suisse, la Suède, le Portugal ou l’Espagne, le Moyen Âge est encore bien présent dans les esprits. Sous une forme historique ou plus onirique, l’Europe médiévale continue d’exister et de séduire de nombreux artistes et un large public.
Par la richesse de son corpus mais également par les manuscrits médiévaux détaillés qui en nous sont parvenus, le répertoire des Cantigas de Santa Maria inspire tout particulièrement des ensembles musicaux venus d’horizons divers. Ce legs d’Alphonse X favorise ainsi des incursions hors-frontières à la découverte d’interprétations ou de croisements culturels hauts en couleur.
Pour l’interprétation de la Cantiga de Santa Maria 282, nous partons donc en direction de l’Allemagne avec un jeune ensemble musical passionné de musique et de Moyen Âge. Il a pour nom Triskilian et il nous propose une version très enlevée de cette Cantiga avec deux superbes voix et un bel arrangement musical plus néo-folk que « classique ».
La Cantiga de Santa Maria 282 par le groupe néo-folk médiéval Triskilian
Triskilian, musiques médiévales et néo-folk
Fondé dans le courant de l’année 2000 par l’artiste polyvalent – mime, trapéziste, conteur, musicien – Dirk Kilian et la chanteuse Julia Bauer, le groupe allemand Triskilian s’est donné comme champ d’exploration le Moyen Âge. Bientôt rejoint par Christine Hübner (chant percussions, harpe) et Philipp Greb (cistre, Bouzouki, guimbarde), la formation invite également d’autres artistes sur ses productions.
A l’image d’un certain nombre de groupes de « minnesingers » (ménestrels) allemands modernes, les artistes de Triskilian ont décidé d’ajouter à leur inspiration musicale médiéval, une bonne touche de néo-folk & de tradition celtique. C’est une caractéristique commune à un nombre important de groupes musicaux de la scène médiévale venus d’Europe du Nord (Faün, anwn, Omnia, Corvus Corax, etc…)
Nous sommes donc moins ici dans l’ethnomusicologie que dans le domaine du rock-folk d’inspiration médiévale. Triskilian nous propose un Moyen Âge reconstruit, qui tutoie même la World music de manière assumée. Voici des liens utiles pour suivre leur actualité et découvrir quelques uns de leurs autres titres : Site web (allemand) – Chaîne Youtube
L’album Bell’amata de Triskilian
Depuis sa création, Triskilian a produit six albums. Bell’amata est le dernier en date. Sorti en 2015, le groupe se proposait d’y revisiter, de manière large, le répertoire des trouvères, troubadours mais aussi des pèlerins du Moyen Âge central. L’album proposait une sélection de quinze pièces en provenance des XIIe et XIIIe siècles et l’un de ses fils conducteurs était aussi de rendre hommage à la féminité et aux muses du Moyen Âge.
On y trouve ainsi une sélection de pièces en provenance de l’Europe médiévale au sens large puisque les Cantigas de Santa Maria y côtoient les Cantigas de amigo de Martin Codax, mais encore des pièces de la trobairitz Beatriz de Dia, du trouvère Adam de la Halle, et d’autres titres encore signés ou anonymes en provenance de l’Italie, de l’Angleterre et de l’Allemagne médiévales.
La Cantiga de Santa Maria 282,
histoire d’un miracle et culte marial
Il est question à nouveau, dans cette Cantiga de Santa Maria, du récit d’un miracle accompli par la Vierge. L’ouvrage en contient de nombreux (voir notamment Cantiga 139, Cantiga 23, Cantiga 49, Cantiga 166).
L’histoire provient, cette fois, de la ville de Ségovie dans la province de Castille et León, au nord de Madrid. Elle conte la chute d’un enfant (fils chéri d’un dénommé Diego Sánchez),du toit d’une haute maison. Paniqués, ses parents et sa nurse accoururent en s’attendant au pire, mais ils le trouvèrent fort heureusement sain et sauf, jouant et riant même. Il leur expliqua qu’il avait, pendant sa chute, demandé à la Vierge de le sauver et que cette dernière l’avait, à l’évidence, exaucé.
Quand ils entendirent le récit, les parents heureux et soulagés, s’empressèrent de porter l’enfant jusqu’à la cathédrale et y firent offrande de nombreux cierges à la Sainte pour la remercier du miracle.
Les paroles de la Cantiga de Santa Maria 282
Como Santa María acorreu a un moço de Segóbia que caeu dun sobrado mui alto, e non se feriu porque disse: “Santa María, val-me.”
Comment Sainte-Marie secourut un jeune homme de Ségovie qui était tombé du toit d’une maison très haute, et qui ne fut pas blessé parce qu’il avait dit : « Sainte-Marie, sauve-moi. »
Par Déus, muit’ á gran vertude na paravla comũal u dizen todos nas coitas: “ai, Santa María, val!”
Par Dieu, elle a de grandes vertus la prière commune* (*populaire)
que tous disent, dans la peine (disgrâce) : ah! Sainte Marie, sauvez-moi! »
Ca muito é gran vertude e pïadad’ e mercee d’acorrer sól por un vérvo a quen en ela ben cree; ca estando con séu Fillo, todo sab’ e todo vee, pero quena aquí chama sa mercee non lle fal. Par Déus, muit’ á gran vertude na paravla comũal…
E daquest’ un séu miragre mui fremoso contarei que mostrou grand’ en Segóvi’ a, com’ éu en verdad’ achei, un fillo de Dïag’ Sánchez, un cavaleiro que sei que na cidade morava e éra ên natural. Par Déus, muit’ á gran vertude na paravla comũal…
Est’ avía un séu fillo que amava mais ca si; e un día trebellando andava, com’ aprendí, encima dũu sobrado muit’ alt’, e caeu dalí de cóstas, cabeça juso, e foi caer ena cal. Par Déus, muit’ á gran vertude na paravla comũal…
A ama que o crïava foi corrend’ a aquel son do meninno que caera, e o padre lógu’ entôn; e outrossí fez a madre, que o mui de coraçôn amava mais d’ outra cousa como séu fillo carnal, Par Déus, muit’ á gran vertude na paravla comũal…
Coidando que mórto éra, e foron polo fillar. E quando pararon mentes, vírono en pé estar trebellando e riíndo, e fôrono preguntar se éra ja que ferido ou se se sentía mal. Par Déus, muit’ á gran vertude na paravla comũal…
Diss’ el: “Non, ca en saendo chamei a Madre de Déus, que me fillou atán tóste lógo enos braços séus; ca se aquesto non fosse, juro-vos, par San Matéus, que todo fora desfeito quando caí, come sal.” Par Déus, muit’ á gran vertude na paravla comũal…
Quand’ est’ oiü o padre e a madre, gran loor déron a Santa María, Madre de Nóstro Sennor; e lóg’ o moço levaron aa eigreja maior con muitas candeas outras e con un séu estadal.
Par Déus, muit’ á gran vertude na paravla comũal.
u dizen todos nas coitas: “ai, Santa María, val!”