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« Ai flores do verde pino », une belle cantiga de amigo par un roi-troubadour

roi_troubadour_poete_denis_1er_portugal_poesie_chansons_medievales_moyen-age_centralSujet :  troubadour, lyrique courtoise, galaïco-portugais, poésie, chansons médiévales, cantigas de Amigo, galicien-portugais, musique médiévale
Période : Moyen-âge central, XIIIe, début XIVe
Titre : Ai flores, ai flores do verde pino
Auteur : Denis 1er du portugal (1261-1325)
Interprètes : La Batalla et  Pedro Caldeira Cabral
(cantigas de amigo, 1984)

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionprès avoir fourni quelques éléments sur le Roi Denis 1er du Portugal, sa biographie et son oeuvre poétique, nous vous présentons aujourd’hui l’une de ses chansons. Cette Cantiga de amigo est pour ainsi dire un classique et c’est aussi d’ailleurs, une des compositions les plus célèbres du roi troubadour.

Du point de vue thématique, elle se situe tout à fait dans la veine des « Chansons pour l’ami » typiques de la littérature galaïco-portugaise médiévale. Le poète y met en scène une belle qui se tient dans la longue attente du retour de l’être aimé. Avec des termes et des rimes toujours d’une grande simplicité et d’une grande pureté, la montée en tension, la dimension dramatique de l’attente, autant que l’espérance s’opèrent ici par la répétition du refrain et les variantes introduites au fil de la chanson.

Semblablement à la lyrique courtoise des troubadours, la nature fournit souvent le cadre poétique de ces Cantigas de Amigo. Plus qu’un simple décorum c’est une source d’inspiration, un miroir des états d’âme du poète. Quelquefois, au delà, cette nature devient un interlocuteur actif avec lequel le troubadour engage un véritable dialogue et en attend des signes et des réponses. Ici c’est une modeste fleur de pin vert que la belle questionne, ailleurs ce pourra être une autre fleur ou le chant d’un oiseau.

Un cantiga de Amigo du Denis 1er par Batalla et Pedro Caldeira Cabral

La Batalla et Pedro Caldeira Cabral

En 1984 le compositeur  guitariste, flûtiste, joueur de vièle et multi instrumentiste portugais Pedro da Fonseca  Caldeira Cabral fondait, à la demande du Monastère Santa Maria da Vitória, le groupe La Batalla. Dans le courant de la même année et à la faveur de leur création, la formation sortait, sous sa direction, un album ayant pour titre  Cantigas de Amigo.

cantigas_de_amigo_moyen-age_musique_poesie_chanson_medievale_lyrique_gallaico_portugaise_XIIIe_roi_denis_portugalOn peut y retrouver onze pièces du moyen-âge central dont celle du jour de Don Diniz. Le reste se partage entre des Cantigas de Santa Maria d’Alphonse X (les Cantigas 322 et 100), deux pièces de Martim Codax (Ondas do mar de Vigo et Mandad’ei comigo), quelques pièces d’autres troubadours gallicien-portugais (Joâo Zorro, Dom Sancho et Fernand’ Esquyo) et d’autres pièces anonymes et musicales dansées, de la même période (estampie, trotto, et ductia) empruntées au Chansonnier du Roy (MS Fr 844), au BM Harley 878 et encore au Manuscrit de Londres (MS Add 29987).

Pedro Caldeira Cabral,
grand nom de la scène musicale portugaise

« A tout seigneur, tout honneur ».  Pedro Caldeira Cabral semblait l’un des mieux désigné pour servir dignement cette Cantiga de Amigo du roi Denis. Né à Lisbonne en 1950, ce musicien compositeur de formation classique compte en effet parmi les plus grands noms de la scène musicale portugaise, autour de la Early Music.

Dés le début des années 70, il s’est passionné à la fois pour les instruments anciens et les musiques de l’Europe méditerranéenne et s’est fait, depuis une place de choix, dans le champ des musiques médiévales, baroques et renaissantes. musique_medievale_troubadour_poesie_cantigas_de_amigo_Pedro_-Caldeira_Cabral_moyen-ageAvec une ample discographie et plus de trente albums enregistrés au cours de sa longue carrière, il a largement exploré d’autres répertoires. On le retrouve ainsi sur des musiques traditionnelles, populaires et folkloriques ou même encore dans des registres plus modernes  et contemporains.

En plus de nombreux programmes, événements et séminaires sur la musique  auxquels il a participé ou qu’il a même organisés et animés, on doit également à Pedro Caldeira Cabral des publications sur son instrument de prédilection dont notamment un livre en 1999 dédié à la guitare portugaise, auquel on pourra ajouter diverses contributions (Les instruments de musique populaire portugais sortis en 2001).  Découvrir son site web officiel ici.

Ai flores, ai flores do verde pino
Paroles et traductions

Ai flores, ai flores do verde pino,
se sabedes novas do meu amigo?
Ai Deus, e u é?

Oh fleurs, oh fleurs du pin vert
Avez-vous des nouvelles de mon ami ?
Oh mon Dieu, et où il se trouve?

Ai flores, ai flores do verde ramo,
se sabedes novas do meu amado?
Ai Deus, e u é?

Oh fleurs, oh fleurs du pin vert
Avez-vous des nouvelles de mon aimé ?
Oh mon Dieu, et où il se trouve ?

Se sabedes novas do meu amigo,
aquel que mentiu do que pôs conmigo?
Ai Deus, e u é?

Avez-vous des nouvelles de mon ami ?
Celui qui a menti au sujet de qu’il avait convenu avec moi
Oh mon Dieu, et où il se trouve ?

Se sabedes novas do meu amado,
aquel que mentiu do que mi há jurado?
Ai Deus, e u é?
Ai Deus, e u é?

Avez-vous des nouvelles de mon aimé ?
Celui qui a menti sur ce qu’il m’avait juré
Oh mon Dieu, et où il se trouve ?
Oh mon Dieu, et où il se trouve ?

Vós me preguntades polo voss’amigo
e eu bem vos digo que é san’e vivo.
Ai Deus, e u é?
Ai Deus, e u é?

Vous me questionnez sur votre ami
Et je vous dis qu’il est sain et sauf
Oh mon Dieu, et où est-il?
Oh mon Dieu, et où est-il?

Vós me preguntades polo voss’amado
e eu bem vos digo que é viv’e sano.
Ai Deus, e u é?
Ai Deus, e u é?

Vous me questionnez sur votre aimé
Et je vous dis qu’il est sain et sauf
Oh mon Dieu, et où est-il?
Oh mon Dieu, et où est-il?

E eu bem vos digo que é san’e vivo
e será vosco ant’o prazo saído.
Ai Deus, e u é?
Ai Deus, e u é?

Et je vous dis qu’il est sain et sauf
Et qu’il sera avec vous avant la date échue
Oh mon Dieu, et où est-il?
Oh mon Dieu, et où est-il?

E eu bem vos digo que é viv’e sano
e será voscant’o prazo passado.
Ai Deus, e u é?
Ai Deus, e u é?

Et je vous dis qu’il est sain et sauf
Et qu’il sera avec vous avant que la date ne sois passée
Oh mon Dieu, et où est-il?
Oh mon Dieu, et où est-il?

En vous souhaitant une très belle journée.

Frédéric EFFE
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes

Denis 1er du Portugal, roi troubadour, poète & laboureur du moyen-âge central

roi_troubadour_poete_denis_1er_portugal_poesie_chansons_medievales_moyen-age_centralSujet :  roi poète, roi troubadour, troubadour, lyrique courtoise, galaïco-portugais, poésie médiévale, chansons médiévales, Cantigas de Amigo, portrait, biographie, galicien-portugais
Période : Moyen-âge central, XIIIe et début XIVe
Auteur : Roi Denis 1er du portugal (1261-1325)

Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous revenons aujourd’hui à l’Europe médiévale et le vent de l’Histoire nous mène, cette fois-ci, vers la péninsule ibérique pour y découvrir un grand roi laboureur et poète de la deuxième moitié du XIIIe et des débuts du XIVe siècle : le roi Denis 1er du Portugal (Diniz ou Dionisio 1er ).

Dans la lignée des grands
de Castille et du portugal

Grand féru de culture et de littérature, ce sixième souverain du Portugal fut surnommé le roi troubadour et il compte, de fait, parmi les plus grands « trouveurs » de langue galaïco-portugaise au moyen-âge central. Ce goût pour les lettres et la musique, n’était pas tout à fait un hasard, puisque ce souverain appartenait à ce lignage nobiliaire de la péninsule espagnole particulièrement fécond sur le plan culturel et dans lequel l’histoire a compté quelques grands noms. Alphonse X de Castille, ou Alphonse le Sage était, en effet, rien moins que le grand-père de Denis.

blason_armoirie_medievale_portugal_roi_denis_1erSans doute ce dernier a-t-il encore hérité de son père Alphonse III d’excellents talents d’administrateur mais aussi d’une certain qualité d’écoute auprès du peuple.  Son géniteur œuvra, en effet, à renforcer la main mise de la couronne sur ses territoires par un habile maillage de petits seigneurs et de représentants du pouvoir central, mais il s’employa aussi à refréner les privilèges de la noblesse et de l’Eglise. On lui prête ainsi d’avoir favoriser le développement des classes moyennes, mais aussi le développement urbain. A noter que  Alphonse III fut aussi à  l’initiative de la création de Lisbonne comme capitale du pays.

Eléments de biographie :
roi poète et roi laboureur

De son côté, couronné à l’âge de 18 ans et déjà bien formé aux compétences et devoirs exigés par sa fonction, le roi Denis ne se contenta pas de laisser en héritage des chansons et des poésies qui comptent parmi le fleuron de la littérature galaïco-portugaise. Après avoir visité ses différentes provinces et dans la continuité de son père, il fut soucieux d’administrer, au plus près, son royaume et de protéger son peuple et notamment ses classes les plus défavorisées. Son épouse, Isabelle, fille du roi d’Aragon, surnommée roi_troubadour_poesie_chanson_medievale_statue_roi_denis_1er_universite_coimbra_portugalelle-même la reine sainte, alla d’ailleurs dans le même sens et fut également connue pour sa grande  charité chrétienne.

(ci-contre statue du Roi Denis,
Université de Coimbra, Portugal)

Au cours de son règne, le Roi Denis entreprit de grandes avancées dans le domaine commercial et économique. Sur le plan agricole, ses actions d’envergure le firent même surnommer par ses sujets, comme le roi laboureur.

Bien sûr, nous sommes au XIIIe siècle et  peu de royaumes échappaient alors au travers de leur temps. Il eut donc à gérer d’inévitables tensions d’héritage (avec sa propre descendance), quelques querelles de territoire avec ses voisins castillans et encore des luttes de pouvoir contre l’Eglise et ses ambitions politiques, mais d’une manière générale une large partie de son règne s’inscrivit sous le signe de la paix. Sa nature et son caractère n’y sont sans aucun doute pas étrangers. On l’aura compris, l’homme n’était ni un conquérant assoiffé, ni un belliciste et il laissa pour longtemps l’image d’un grand souverain dans l’esprit du peuple portugais. Sur le plan culturel, il fonda également l’université de Coimbra qui contribua au rayonnement du Portugal au sein de l’Europe médiévale.

L’oeuvre du roi Denis 1er du Portugal

E_lettrine_moyen_age_passionn plus d’avoir œuvré pour la littérature portugaise, il favorisa également le développement de la lyrique et de l’art des troubadours et il fut lui-même, comme nous le disions plus haut, l’un des plus prestigieux, mais aussi l’un des plus prolifiques d’entre eux.

Au titre de son legs, on compte autour autour de 138 pièces dans lesquelles on trouvera des Cantigas de Amigo (52), des Chansons de Amor (76), mais aussi des Chansons de maldizer (10, « chansons de médisance »,  forme de poésies critiques sur le ton de l’humour et qu’on peut comparer aux sirvantois ou sirvantès occitans).

Sources, manuscrits et chansonnier

Du point de vue des sources contenant les oeuvres de Don Denis, on citera notamment  le volumineux Cancioneiro Colocci-Brancuti. Datée du XVIe siècle, cette véritable bible de la littérature galaïco-portugaise présente près de 1570 pièces dont un nombre considérable de cantigas. Entre autres manuscrits, le Cancioneiro da ajuda, mais également le Cancioneiro del Vaticano, contiennent encore des pièces du roi troubadour portugais. 

Cette liste n’a rien d’exhaustive et on doit au romaniste suisse  Henry R. Lang (1853-1934)  d’avoir regroupé l’oeuvre du Roi Denis sous la forme d’un ouvrage de synthèse que vous pourrez trouver, si vous en avez la curiosité, à l’adresse suivante : Cancioneiro d’el Rei Dom Denis by Diniz, King of Portugal, 1261-1325; Lang, Henry Rosemann (1853).

parchemin_sharrer_musiques_poesies_chansons_medievale_galaico-portugaise_denis_1er_portugal_moyen-age

Le parchemin Sharrer & ses notations musicales

Seulement sept des pièces composées par le roi poète portugais nous sont parvenues avec leur notation musicale. Il a fallu attendre pour cela la mise à jour fortuite, tardive et presque « miraculeuse », en 1990, du Parchemin Sharrer. Découvert à Lisbonne par Harvey L Sharrer, le document avait servi à fabriquer la reliure d’un registre notarial du XVIe siècle. On suppose que ce précieux fragment de document a pu provenir d’un chansonnier mentionné par ailleurs et dont on n’a jamais retrouvé la trace.

Voilà pour ces éléments de biographie sur le Roi Denis 1er et son oeuvre. Comme vous vous en doutez, nous aurons bientôt l’occasion de publier et détailler ici quelques-unes de ses plus belles pièces.

En vous souhaitant une très belle journée.

Frédéric EFFE
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes

Thibaut le Chansonnier, l’amour courtois d’un comte et roi-poète à la cour de Champagne, avec Jean Dufournet

thibaut_le_chansonnier_troubadour_trouvere_roi_de_navarre_comte_de_champagneSujet : chansons, poésie médiévale, amour courtois, poésie lyrique, trouvère, vieux français, fine amor, lyrique courtoise.
Période : moyen-âge central
Auteur : Thibaut IV de Champagne (1201-1253), Thibaut 1er de Navarre
Programme : »Une vie, une Oeuvre, la chanson du Mal aimé » 
Intervenants : Jean Dufournet, Claude Mettra, France Culture (1989)

Bonjour à tous,

E_lettrine_moyen_age_passionn 1989, Claude Mettra recevait sur France Culture, le médiéviste et romaniste Jean Dufournet dans le cadre de l’émission « Une vie, une oeuvre » dédiée tout entière à Thibaut IV de Champagne, roi de Navarre et grand poète courtois du XIIIe siècle.

thibaut_champagne_roi_de_navarre_poete_trouvere_amour_courtois_moyen-age_central« De touz maus n’est nus plesanz
Fors seulement cil d’amer,
Mès cil est douz et poignanz
Et deliteus a penser
Et tant set biau conforter,
Et de granz biens i a tanz
Que nus ne s’en doit oster. »
Thibaut de Champagne, Chanson

Nous avons déjà souligné, à plusieurs reprises, l’importance de la cour de Champagne, de son rayonnement culturel dans le courant du Moyen-âge central, en particulier des XIIe, XIIIe siècles. Son influence s’étendra au nord jusqu’à la Flandre et même l’Allemagne. Dans les pérégrinations des intervenants du jour, on croisera, au nombre des personnages ayant compté dans ces échanges culturels entre différentes provinces de la France médiévale, Aliénor d’Aquitaine, mais aussi plus près de la Champagne, l’incontournable  Gace Brûlé, aîné de Thibaut d’une génération et qui l’aura, à coup sûr, influencé, même s’il est difficile d’établir qu’ils se soient physiquement croisés.

Dans la lignée de ses pairs, le comte et roi-poète poursuivra ainsi, à son tour, la promotion et l’élévation de la fine amor et de ses codes  courtois en langue d’Oïl, pour la situer dans une quête d’absolu, qualifiée même de « religion » par Jean Dufournet.

Une invitation au décryptage de la fine amor
en compagnie d’un grand médiéviste

On fera ici, un large et salutaire détour pour  aborder, avec l’historien, les arcanes de l’amour courtois, ses principes, ses ressorts mais aussi  le  positionnement social  presque « subversif » de ses valeurs au sein du moyen-âge chrétien féodal.

jean_dufournet_medieviste_hitorien_romaniste_moyen-age_chanson_roland« Ce qui est paradoxal c’est que d’une part, la courtoisie développe la sociabilité, les rapports entre les gens, mais d’autre part, l’amour courtois tend à s’opposer, et au christianisme puisqu’il ne s’agit pas d’amour conjugal et au système féodal puisque, souvent, le poète ou le vassal est amoureux, ou prétend être amoureux, de la dame de son seigneur. Dans la mesure où la femme tend à vivre dans un univers particulier, éloignée de l’humanité quotidienne, les choses s’atténuent, mais il reste que les gens du moyen-âge ont bien senti cette difficulté et qu’en 1277, parmi les condamnations de l’évêque de Paris, Tempier, (Etienne Tempier 1210 -1279) il y avait la condamnation de la courtoisie et de l’art d’aimer d’André le Chapelain qui avait mis en forme tous les principes de cette courtoisie. »
Jean Dufournet. Extrait d’un entretien avec Claude Mettra.
Une vie, une oeuvre, Thibaut de Champagne. France Culture (1989).

A la lumière de la poésie et des chansons de Thibaut, on reviendra encore sur cette union des contraires, cette tension auquel nous invite constamment la lyrique courtoise, dont nous avons déjà parlé à diverses occasions (voir notamment A l’entrant d’esté de Blondel de Nesle, ou encore amour courtois et fine amor, le point avec trois experts)

deco_medievale_enluminures_trouvere_« La joie et la douleur, la folie et la sagesse, la crainte et l’espérance sont étroitement liées. Il n’est pas de douleur, sans joie, ni de joie sans douleur. c’est à dire qu’il faut passer par la douleur de la séparation, de l’absence, des épreuves pour atteindre à cette joie supérieure. Il y a tout un long apprentissage, une sorte d’ascèse à la fois poétique et religieuse pour parvenir à cet état et il faut abandonner les chemins réguliers de la raison, de la connaissance rationnelle, tomber dans une sorte de folie.  La pire folie pour les gens du moyen-âge c’est de ne pas aimer, et l’attitude la plus raisonnable c’est d’aimer à la folie. »
Jean Dufournet. (op cité, France Culture, 1989).

Un peu plus loin, le médiéviste rapprochera la quête du fine amant, de celles des aventures chevaleresques et des croisades ou même encore des pèlerinages pour en faire une quête qui garde en commun avec toutes les autres, la recherche constante d’une perfection, d’un dépouillement, d’une purification, vouée peut-être à ne jamais véritablement aboutir. Ainsi et selon lui, le Roman de la Rose ou le Perceval et l’oeuvre de Chrétien de Troyes, entre autres exemples, ne seraient peut-être pas demeurées inachevés par hasard.

Enfin, dans ce tour d’horizon de la lyrique courtoise et de son influence, on évoquera, au passage,  le culte marial venu se greffer sur ses codes pour faire de la Vierge Marie, à la fois la dame idéale et la médiatrice privilégiée et miséricordieuse, passeuse d’âmes vers le monde d’après.

Claude Mettra, Jean Dufournet, France Culture (1989)

Pour conclure, on trouvera dans cette rediffusion un lot de beaux extraits et d’heureuses lectures dans le vieux-français original du Comte de Champagne et Roi poète de Navarre et il faut rendre hommage à la grande qualité des questions de Claude Mettra, autant qu’aux comédiens qui l’entourent pour avoir su faire de ce programme un véritable moment d’exception.

En vous souhaitant une belle journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

Nouveauté : Thibaut de Champagne, son art poétique, ses chansons et leurs variantes mélodiques chez Honoré Champion

thibaut_le_chansonnier_troubadour_trouvere_roi_de_navarre_comte_de_champagneSujet : chansons, musique, poésie médiévale, amour courtois, poésie lyrique, trouvère, vieux français. livre,
Période : moyen-âge central
Auteur : Thibaut IV de Champagne (1201-1253), Thibaut 1er de Navarre
Ouvrage : « Thibaut de Champagne,
textes et mélodies »
Auteurs : Christopher Callahan, Marie-Geneviève Grossel, Daniel E. O’Sullivan
Editeur : Honoré Champion (avril 2018)

Bonjour à tous,

D_lettrine_moyen_age_passionepuis près d’un siècle et demi, la prestigieuse maison d’édition Honoré Champion publie de diffuse les plus grands titres de la recherche universitaire de l’espace francophone. De fait et sur le sujet qui nous préoccupe, nous lui devons nombre des ouvrages sur la littérature, la poésie médiévale et ses auteurs que nous avons déjà cités ici. Depuis ses premières parutions, la maison a poursuivi son oeuvre sans relâche et avec plus de 10 000 titres déjà parus, elle s’est s’imposée comme une référence incontournable dans son honore_champion_edition_livres_litterature_poesie_medievaledomaine de prédilection.

Sur la partie médiévale, à la lumières des nouvelles découvertes et des avancées des romanistes ou médiévistes, elle revisite régulièrement des oeuvres ou des auteurs déjà édités longtemps auparavant. C’est le cas de l’ouvrage que nous vous présentons aujourd’hui puisqu’elle nous fait le grand plaisir de publier un livre tout entier consacré à Thibaut de Champagne et à ses chansons. Un siècle s’étant écoulé depuis le dernier ouvrage en date dédié au grand roi poète du XIIIe siècle, il était grand temps de réexaminer son oeuvre et c’est désormais chose faite.

Exhaustif & ambitieux : art poétique, chansons adaptées & variations mélodiques

A_lettrine_moyen_age_passionvec un ouvrage qui déborde les huit-cent pages, les auteurs ne se sont pas contentés ici de présenter et d’adapter en français moderne le legs poétique de Thibaut le Chansonnier, ce qui aurait déjà représenté, en soi, un travail conséquent. Au delà des traductions de ses œuvres, ils ont aussi compilé les nombreuses variantes mélodiques associées à ses chansons. De ce point de vue, en plus des férus d’histoire, de littérature et de moyen-âge, ce livre devrait encore ravir les amateurs de musique ancienne désireux de restituer, au plus près, l’art du roi de Navarre et seigneur-trouvère de thibaut_de_champagne_trouvere_chansonnier_livres_chansons_partitions_lyrique_courtoise_honore_championChampagne.

Comme nous l’indiquions plus haut, l’ouvrage bénéficie encore des éclairages les plus récents en matière de littérature médiévale. En plus des éléments biographiques rassemblés sur Thibaut de Champagne, mais aussi  de la revue des manuscrits anciens dans lequel on peut retrouver  ses chansons, une large partie du livre est ainsi consacrée à l’analyse de sa poétique; il s’agit ici de remettre en perspective son originalité et son art dans le contexte de la lyrique courtoise de son siècle.


Un mot des auteurs

T_lettrine_moyen_age_passionrois  grands experts de littérature, de vieux-français d’oil et de lyrique courtoise  se sont attelés à cet ambitieux projet. Il s’agit de Christopher Callahan, Marie-Geneviève Grossel, et Daniel E. O’Sullivan et il convient d’en dire quelques mots.

Christopher Callahan est professeur de français et de littérature médiévale et renaissante à l’Université Wesleyan de Bloogmington, dans l’Illinois, Passionné par cette période historique, cet universitaire américain s’est fait une véritable spécialité de la poésie lyrique du moyen-âge et on lui doit nombre de contributions, articles et parutions dans ce champ. Au sujet des trouvères des XIIe et XIIIe siècle, on retiendra notamment sa participation à deux ouvrages sur Les Chansons de Colin Muset, parus également chez Honoré Champion en 2005.

thibaut_de_champagne_oeuvres_chansons_musiques_poesies_medievales_vieux_français_oilMaître de conférence à l’Université de Valenciennes où elle enseigne le français médiéval et le latin, Marie-Geneviève Grossel, est, de son côté, une spécialiste reconnue de la Champagne du XIIIe siècle et de son bouillonnement littéraire et artistique d’alors. L’art et les chansons des trouvères de cette période, ainsi que les codes de l’amour, de la séduction et de la lyrique courtoise font donc partie de ses grands sujets de prédilection et on lui doit des ouvrages reconnus sur la question ou sur des sujets connexes: Le Milieu littéraire en Champagne sous les Thibaudiens: 1200-1270, (1994), Les chansons de langue d’oïl: l’art des trouvères (2008), pour ne citer que ces deux-là. On peut encore retrouver nombre de ses contributions ou articles dans des ouvrages collectifs ou actes de colloques portant sur le moyen-âge.

Enfin, « last not least« , professeur de français médiéval à l’Université du Mississippi, Daniel E. O’Sullivan s’est fait une spécialité de l’approche comparative et interdisciplinaire de la musique, la littérature et la culture de l’Europe médiévale. Il a lui aussi, à son actif, de nombreuses parutions sur la période, sur des thèmes aussi variés que le culte marial dans la lyrique française du XIIIe siècle (Marian Devotion in Thirteenth-century French Lyric, 2005), la formation et la naissance de la courtoisie dans la France médiévale (Shaping Courtliness in Medieval France, 2013) ou même encore sur le jeux d’échecs du moyen-âge à l’entrée de l’ère moderne. On doit également à cet universitaire des articles de référence sur la lyrique de Thibaut de Champagne.

Il fallait bien l’oeil aiguisé et la collaboration de ces trois érudits pour approcher de manière complète et avec toute la rigueur que l’on pouvait en attendre, l’oeuvre du seigneur trouvère croisé, élevé dans la grande effervescence culturelle et artistique de la cour de Champagne des débuts du XIIIe siècle (1).


Où se procurer l’ouvrage ?

Ce nouvel ouvrage autour de Thibaut de Champagne avec lequel il faudra désormais compter vient juste de paraître. Vous le trouverez donc dans  toutes les bonnes librairies et il est aussi disponible en ligne, sur le site de l’éditeur et à l’adresse suivante :   Thibaut de Champagne, Chansons, Textes et Mélodies

thibaut_champagne_chansonnier_trouvere_poesie_chanson_partition_medievale_traduite_moyen-age

En vous souhaitant une belle journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes

(1) Sur le sujet de la cour de Champagne et des trouvères champenois de la fin du XIIe et des débuts du XIIIe siècle, on pourra valablement consulter nos articles sur Blondel de Nesle, sur Gace Brûlé et bien sûr sur Thibaut de Champagne.

Cantigas de amigo, une chanson médiévale courtoise de Lourenço Jograr, troubadour du XIIIe siècle

poesies_chansons_medievales_troubadours_cancioneiro_de_ajudar_chansonnier_medieval_cantigas_amigo_galaïco-portugais_moyen-ageSujet : amour courtois, musique, poésie médiévale,  Cantigas de amigo, galaïco-portugais, troubadour.
Période : XIIIe siècle, moyen-âge central
Auteur : Lourenço Jograr (Jogral)
Interprète : Paulina Ceremuzynska
Titre:  Três moças cantavam d’amor
Album :  E moiro-me d’Amor  (2006)

Bonjour à tous,

I_lettrine_moyen_age_passion copial y a tant de beaux auteurs, artistes, poètes, trouvères et troubadours qui nous viennent du monde médiéval qu’il pourrait parfois sembler difficile de savoir par où commencer.  De notre côté, dans cette aventure, nous avons choisi de privilégier un voyage exploratoire qui ne suit pas nécessairement les sentiers balisés, ni les frontières des terres de la France d’alors. Notre objet est donc vaste mais nos pas restent libres de toute entrave.

Bien sûr, en matière de poésie et de littérature médiévale, il y a des classiques, des hiérarchies dans les auteurs, des influences réputées plus certaines que d’autres. En plongeant dans la discipline fascinante qu’est la codicologie, on peut même compter les codex et les manuscrits anciens pour mesurer la popularité de certains textes, ou projeter leur influence, même si cela reste un exercice délicat, comme nous le rappelait Richard Trachsler dans son excellente conférence sur le roman arthurien, donnée à l’Ecole de Chartes. Avec le temps et si poesies_chansons_medievales_troubadours_cancioneiro_de_ajuda_chansonnier_medieval_cantigas_amor_amigo_moyen-ageDieu nous prête vie, nous finirons bien par rattraper tous ces « classiques »,  mais encore une fois, nous n’en avons pas, jusque là, fait notre priorité systématique.

Ainsi, aujourd’hui, nous continuons  d’emprunter, à notre façon, les chemins de traverse, à la découverte de ce fascinant moyen-âge et ce faisant, nous partons à la rencontre des Cantigas de Amigo et des Cantigas de Amor, autrement dit ces chansons des troubadours de l’Espagne et du Portugal médiéval qui sont des pièces de lyrique courtoise toutes entières dédiées à l’ami (soit l’être aimé) ou à l’amour.

Nous voilà donc à l’abordage des rives du moyen-âge central pour vous parler d’un troubadour du XIIIe siècle: Lourenço Jograr (ou Xograr), que l’on pourrait traduire, s’il le fallait, par Laurent ou Laurencin le Jongleur. Et comme souvent, cet article nous fournit encore l’occasion de parler d’une artiste passionnée de musique médiévale. C’est une chanteuse et soliste contemporaine d’origine polonaise. Elle a pour nom Paulina Ceremuzynska et elle nous offre ici une très belle interprétation d’une chanson de ce Lourenço, mais avant de la découvrir disons quelques mots de ce dernier.

Lourenço Jograr ( Xograr ou Jogral )
Laurencin ou Laurent le Jongleur

Les informations concernant la biographie de  ce troubadour proviennent essentiellement de ses propres poésies ou des dits d’autres troubadours de son temps le concernant. Le fait qu’il ne soit désigné pratiquement que par son prénom complique encore son identification certaine dans les sources. Contemporain de la cancioneiro_colocci_brancuti_troubadour_poesie_musique_amour_courtois_médiévale_galaïco-portugaisedeuxième moitié du XIIIe siècle, il était, semble-t-il, d’origine portugaise, et a certainement fréquenté, au moins un temps, la cour d’Alphonse X de Castille.

Son oeuvre, à tout le moins celle qui nous est parvenue, n’est pas immense en taille. Elle comprend une dizaine de cantigas de amigo ou de amor réparties dans plusieurs manuscrits anciens (voir image ci-contre). On y  trouve encore quelques jeu-partis demeurés célèbres  entre lui et le chevalier et troubadour João Garcia de Guilhade  (Johan Garcia de Guilhade) au service duquel Lourenço a certainement été.

TRÊS MOÇAS CANTAVAM D’AMOR par Paulina CEREMUZYNSKA

Paulina Ceremuzynska & l’art des troubadours galaïco-portugais du XIIIe

Nous devons l’interprétation du jour à la chanteuse et artiste Paulina Ceremuzynska.  Avec une prédilection pour  les musiques anciennes et en particulier celles provenant de la période médiévale et du moyen-âge central, Paulina est diplômée en musicologie à l’université de Varsovie. Titulaire encore d’un master  en Interprétation de la musique médiévale, obtenu à Paulina_Ceremuzynska_chansons_musiques_poesies_anciennes_medievales_troubadours_cantigas_amigo_amor_moyen-age_XIIIel’Université Paris-Sorbonne, elle a étudié le chant et la direction artistique sous l’égide de prestigieux professeurs au nombre desquels on conte le célèbre contre-ténor et chanteur lyrique Richard Levitt.

En 2004, lors d’études et de recherches dans le cadre du Centre de recherches en sciences humaines de Saint-Jacques de Compostelle, elle s’attela à la transcription musicale et à l’interprétation du Parchemin Sharrer, document ancien comprenant des cantigas contemporaines du règne de Denis 1er du Portugal (1279-1325), monarque éclairé connu encore sous le nom du roi poète ou du roi troubadour. Outre ses célèbres réformes dans le milieu agraire, l’homme était un féru de littérature et de culture. Il fonda d’ailleurs l’université de Lisbonne et on lui attribue près de 140 cantigas.

A l’occasion de ses recherches historiques, musicales et médiévales, Paulina se forma aussi au galaïco-portugais et l’ensemble de ce travail donna lieu à un premier CD : Cantigas de Amor e Amigo dans lequel elle présentait des chansons du Roi Denis et du troubadour Martin Codax. Si cet album vous intéresse, vous le trouverez disponible à la vente en ligne sous ce lien : Cantigas de Amor E Amigo

Ce travail fut aussi, indubitablement, la confirmation pour l’artiste d’un vif intérêt, sinon d’une passion, pour la poésie des troubadours de cette période et de cette langue. Elle poursuivit d’ailleurs ses recherches dans la même direction, pour aboutir en 2006 à l’album  E moiro-me d’Amor qui se situait encore autour des musique_poesie_medievale_troubadour_jongleur_cantiga_de_amigo_Paulina_Ceremuzynska_moyen-age_XIIIe_siecletroubadours de langue galaïco-portugaise du moyen-âge central. Il s’agit là d’un travail de restitution dont l’ambition est de se situer au plus près de l’esprit médiéval des Cantigas de Amigo. Il s’articule autour d’une sélection de chansons prises dans le répertoire des  troubadours les plus prestigieux de l’école galicienne. C’est de cet album qu’est tirée sa sublime interprétation de la chanson de Lourenço Jograr que nous vous proposons aujourd’hui.

A noter encore concernant cette artiste qu’elle est la fondatrice et la directrice artistique de l’Ensemble Meendinho spécialisé dans les chants monophoniques médiévaux et les musiques anciennes. Pour la suivre,  voici l’adresse de sa page facebook.

Três moças cantavam d’amor :
le chant d’amour de trois damoiselles pour un troubadour ému

La chanson du jour met en scène trois jeunes filles en peine d’amour et l’une d’elles, qui se trouve être la belle du troubadour propose aux deux autres de chanter la chanson d’un « ami » (l’artiste lui-même donc). Et voilà donc notre troubadour devant la scène, touché, pour ne pas dire émoustillé, que sa chanson puisse avoir été choisie par l’élue de son cœur, y voyant là, à l’évidence, une belle preuve poesies_chansons_medievales_troubadours_cancioneiro_de_ajudar_chansonnier_medieval_cantigas_galaïco-portugais_moyen-aged’amour. Derrière l’émotion du poète, on pourra, bien sûr, argumenter à l’envie sur la nature « auto-élogieuse » du chant, il semble d’ailleurs que quelques troubadours de la même période que l’auteur, l’aient fait, pour le moquer un peu mais la nature épurée de cette chanson d’amour « en miroir » l’emporte tout de même au final.

Les paroles médiévales
et leur adaptation en français moderne

Nous vous proposons une adaptation française du cru ; elle est issue de la traduction espagnole et anglaise des paroles et de recherches personnelles sur la langue originale. Encore une fois, il s’agit de s’en faire une idée, il reste, quoiqu’il en soit, difficile de retraduire toute la richesse de ce texte dans son contexte:

Três moças cantavam d’amor,
mui fremosinhas pastores,
mui coitadas dos amores.
E diss’end’ũa, mia senhor:
– Dized’amigas comigo
o cantar do meu amigo.

Trois demoiselles chantaient d’amour
c’étaient de très belles bergères
Souffrant de peines amoureuses
Et l’une d’elles disait, qui est ma dame :
– Chantez, mes amies, avec moi,
le chant de mon ami. (bien-aimé)

Todas três cantavam mui bem,
come moças namoradas
e dos amores coitadas.
E diss’a por que perço o sem
Dized’amigas comigo
o cantar do meu amigo.

Toutes les trois chantaient fort bien
Comme des filles amoureuses
Et prises en détresse d’amour,
Et elle dit, ce qui me troubla les sens :
– Chantez, mes amies, avec moi,
le chant de mon bien-aimé. 

Que gram sabor eu havia
de as oir cantar entom!
E prougue-mi de coraçom
quanto mia senhor dizia:
– Dized’amigas comigo
o cantar do meu amigo.

Quel grand plaisir j’ai eu alors
de les entendre chanter!
Et comme cela a touché mon coeur
quand ma dame leur disait:
– Chantez, mes amies, avec moi,
le chant de mon bien-aimé. 

E se as eu mais oísse,
a que gram sabor estava!
E quam muito me pagava
de como mia senhor disse:
– Dized’amigas comigo
o cantar do meu amigo

Et, moi, plus je  les entendais,
Quelle grande joie c’était!
Et combien cela me plaisait
Comme ma dame disait :
– Chantez, mes amies, avec moi,
le chant de mon bien-aimé.

En vous souhaitant une belle écoute et une excellente journée!

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

PS : dans les sources utiles sur la poésie et les cantigas médiévales gallego-portugaises (amigo et amor) , il faut citer pour ceux d’entre vous qui parlent portugais ou anglais cet excellent site web attaché, indirectement, à la faculté de Lettres de Lisbonne :  Cantigas  medievais  galego-portuguesas.