
Période : Moyen Âge central ( XIVe siècle)
Auteur : Don Juan Manuel (1282-1348)
Titre : ex XXII, De ce qu’il advint au lion et au taureau
Ouvrage : Le comte Lucanor, traduit par Adolphe-Louis de Puibusque (1854)
« Ne laisse pas les dires de perfides menteurs,
Briser ton amitié avec gens de valeur. »
Don Juan Manuel – Le comte Lucanor,
« Por dichos y por obras de algunos mentirosos,
no rompas tu amistad con hombres provechosos (1)«
Don Juan Manuel – El conde Lucanor
(1) provechosos : bons, serviables, loyaux
Bonjour à tous,

Quoiqu’il en soit, au Moyen Âge, le mauvais conseiller est invoqué plus qu’à son tour, contre le « mauvais » roi, prince ou même encore le « mauvais » Pape et si, par mésaventure, ces très grands puissants de l’Europe médiévale se fourvoient dans l’exercice de leur pouvoir politique, il est à supposer qu’ils sont mal conseillés ou, même plus perfidement encore, manipulés.
Un conte politique sur fond de vécu
Pour revenir à la citation en tête de cet article et à notre auteur du jour, sans doute le grand seigneur et chevalier Don Juan Manuel ne pouvait-il s’empêcher, en écrivant ces lignes dans le courant du XIVe siècle, de songer à son propre vécu. Passé de protecteur de la famille royale et même tuteur du jeune dauphin Alphonse XI, il finit, en effet, par en devenir l’un des pires ennemis pendant de longues années. Sous la pression de la couronne, les tensions et conflits entre les deux hommes entraînèrent d’ailleurs d’autres mésalliances et trahisons dans l’entourage proche du duc et prince de Villena.
Aujourd’hui, les spécialistes de l’Espagne médiévale hésitent à mettre cette histoire incroyable faite de pièges, de meurtres et de retournements au compte de la personnalité d’un roi qui aurait été terrible et cruel « par nature ». On trouve même plutôt des thèses qui penchent en faveur de la perfidie de conseillers ayant su tirer partie du jeune âge du roi pour 
Du côté des sources historiques, on pourra retrouver la fable dont cette citation est extraite dans le comte Lucanor du manuscrit Ms 6376, conservé à la Bibliothèque Nationale d’Espagne. De datation imprécise (entre 1300 et 1500), cet ouvrage ancien ne contient que les œuvres de Juan Manuel (consulter ici).
Une fable sur l’alliance du lion et du taureau
Dans l’histoire de Don Juan Manuel, le noble comte Lucanor interroge son conseiller Patronio sur le revirement apparent et soudain de l’amitié d’un autre puissant à son encontre. Qu’elle pourrait bien en être la cause ? Le sage Patronio lui conte alors l’histoire d’une alliance que le lion et le taureau avaient faite ensemble, asseyant ainsi leur domination sur les prédateurs comme sur les herbivores. Or, il advint que certains animaux désireux d’échapper à ce puissant pouvoir fomentèrent un complot pour rompre leur amitié, en les dressant l’un contre l’autre.
« Il n’y aura de sûreté pour nous, se dirent-ils entre eux, que lorsque nous aurons divisé nos deux oppresseurs ; il faut que leurs favoris le renard et le mouton mettent tout en oeuvre pour les brouiller. »

Devant la puissance des délateurs, les deux amis ne furent pas dupes. Pourtant la graine du doute avait était semée, les poussant, chacun, à consulter leur proche favori ; le renard pour le lion, le mouton pour le taureau. Il ne restait plus qu’à prendre soin de faire éclore et fructifier cette semence empoisonnée : il n’y a pas de fumée sans feu, Sire, si vous ne cessez d’y penser, c’est peut-être vrai. Les deux conseillers perfides manœuvrèrent finement et patiemment, en continuant d’instiller le doute dans l’esprit des deux puissant. Les animaux en ligue se joignirent aussi à la cohue, tant et si bien qu’à la fin les deux amis finirent par se haïr. Isolés et fragilisés, leur alliance déchue, il fut alors facile pour les autres bêtes, montées en rébellion, de s’en emparer et de les mettre tous deux à mort. Et Patronio de conclure :
« Et vous, Seigneur comte Lucanor, que cet exemple vous éclaire ! Examinez bien si les gens qui cherchent à rendre votre ami suspect à vos yeux agissent dans le même but que les animaux à l’égard du taureau et 
En suivant les pas de A de Puibusque (opus cité), cette histoire, qui s’apparente, en tout point, à une fable, trouve quelques-unes de ses inspirations directes dans un ouvrage sanskrit datant du IIIe siècle avant notre être : Le Pantcha Tantra ou les 5 ruses de Vishnusharman. Enfin, pour ce qui est de la morale de cet « exemple XXII » du comte Lucanor, le biographe et auteur français l’adaptera ainsi, très librement mais de belle manière :
« Repousse les soupçons qui te viennent d’un traître,
Bien plus que l’amitié la haine est prompte à naître. »
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En vous souhaitant une excellente journée.
Fred
pour moyenagepassion.com
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Sujet : poésie médiévale, fable médiévale, langue d’oïl, vieux français, anglo-normand, auteur médiéval, ysopets, poète médiéval, vilain, dragon, convoitise, cupidité
ous repartons, aujourd’hui, pour le XIIe siècle avec une fable de Marie de France. Il y sera question de vilenie, de trahison, mais aussi d’un œuf de dragon renfermant bien des trésors dont la confiance d’un animal mythique et l’utilisation qu’il en fera pour mettre à l’épreuve un faux ami.
Dans ces premiers usages, dans la littérature médiévale, le terme de vilain finira par désigner souvent autant le travailleur de la terre que celui sur lequel la société des valeurs et de la bienséance n’a aucune prise : une profession de tous les défauts et tous les préjugés, qu’elle cristallise sans doute d’autant plus que le monde médiéval tend à s’urbaniser (opposition « campagne/monde civilisé » ou encore « nature/culture » ?).

ous reprenons, aujourd’hui, le fil des fables de Marie de France. Cette fois-ci, la poétesse médiévale nous invite à une réflexion profonde sur la passivité et l’absence de résistance, face à la tyrannie ou au crime.

Aux moutons assemblés s’étaient joints les béliers. Voyant le boucher entrer parmi eux, ils se turent. Même quand ils voyaient l’un d’eux pris, entraîné et massacré par la main meurtrière du boucher, ils n’avaient nulle crainte et disaient sans se garder : « il ne me touche pas, il ne te touche pas non plus, laissons-lui prendre celui qu’il entraîne. »
our aujourd’hui, voici une nouvelle fable médiévale de Marie de France. auteur et poétesse anglo-normande de la fin du XIIe siècle. A l’image du 
n ne peut manquer de se souvenir ici de la fable du cerf d’Esope, reprise par Jean De La Fontaine. L’animal se mirant dans l’eau, lamentait la disproportion de ses jambes et tirait gloire de ses bois, pour se voir finalement condamner par eux.