Sujet : citations, moyen-âge, monde médiéval, historien, médiéviste, Régine Pernoud, sens historique, amnésies.
« En négligeant la formation du sens historique, en oubliant que l’Histoire est la Mémoire des peuples, l’enseignement forme des amnésiques. On reproche parfois de nos jours aux écoles, aux universités, de former des irresponsables, en privilégiant l’intellect au détriment de la sensibilité et du caractère. Mais il est grave aussi de faire des amnésiques. Pas plus que l’irresponsable, l’amnésique n’est une personne à part entière; ni l’un ni l’autre ne jouissent de ce plein exercice de leurs facultés qui seul permet à l’homme, sans danger pour lui-même et pour ses semblables, une vraie liberté. »
Pour en finir avec le Moyen Age, de Régine Pernoud (1909-1998)
Sujet : musique, chanson médiévale, humour, trouvère, ménestrel, jongleur, auteur médiéval, vieux-français, grivoiserie, chanson satirique. Période : moyen-âge central, XIIIe siècle. Auteur ; Colin Muset (1210-?) Titre : « Quant je voi yver retorner» Interprètes : Krless Medieval Crossover Band
Album : Hudci písní nejstarších, Musique de l’Europes médiévale (1998)
Bonjour à tous,
ujourd’hui, nous vous proposons un chanson médiévale « rafraîchissante » de Colin Muset. Elle l’est à plus d’un titre, tout d’abord parce que le trouvère y célèbre le retour de la saison froide (c’est un peu tôt mais en l’absence de climatisation, ça peut être bienvenu pour certains) et, ensuite, parce qu’elle contient, comme nous le verrons, l’humour de ce poète du XIIIe siècle, amateur déclaré et assumé, toute à la fois de bonne chère et de plaisirs « courtois » et plus si affinités.
Du côté de l’interprétation et pour varier, nous vous en présentons ici une version instrumentale. Assez enlevée, on la doit à Krless, ensemble folk/rock d’inspiration médiévale plein d’énergie, et qui nous vient de République Tchèque, ce qui nous démontre encore une fois, à quel point la musique du moyen-âge central n’en finit pas de séduire et de voyager dans le temps et l’espace, autant que dans les formes.
Quant je voi yver retorner, la version musicale du groupe Krless
Krless, folk, rock énergique
d’inspiration médiévale
ormé dans les années 90, par quatre musiciens tchèques passionnés de musique médiévale mais pas que, le groupe Krless s’est positionné, depuis sa création, au carrefour des genres. Ce « Medieval Crossover » totalement assumé dont ils entendent bien se faire les représentants, comporte une bonne dose de rock, folk, de musiques arabes ou séfarades et va même jusqu’au blues, au besoin.
Ce qui est recherché ici c’est donc plutôt de se situer dans une énergie et une acoustique telles que peuvent les attendre un auditoire moderne et le groupe s’affirme lui-même comme bien plus proche de la « World music », que de l’Ethnomusicologie. Autrement dit, même si les compositions comportent leur lot d’instruments anciens ou d’époque, il n’est pas question pour ces quatre artistes de chercher à restituer la musique médiévale telle qu’on pouvait peut-être l’entendre dans son berceau original. Le moyen-âge est la source d’inspiration qui donne libre cours à la fusion des genres; Krless parle même de « reliquat » médiéval et le cadre est ainsi clairement posé.
Du point de vue du répertoire, le groupe puise dans des compositions qui vont du XIIIe au XVe siècle. Ouvert à tous les styles, profanes ou religieux, leur champ d’exploration a encore ceci d’original qu’il s’étend sur une ère géographique assez vaste qui inclue l’Europe médiévale pour s’élargir au bassin méditerranéen et aller jusqu’à la Turquie et le moyen-orient.
Depuis leur formation, Krless a sorti pas moins de 5 albums et ils se sont aussi produits dans un nombre impressionnant de manifestations, mais aussi de pays autour du bassin méditerranéen et au delà (République Tchèque, Biélorussie, Estonie, Roumanie, Allemagne, France, Etats-Unis, Libye, Algérie, etc,…).
L’album Hudci písní nejstarších »,
musiques de l’Europe médiévale
Sorti en 1998, l’album « Hudci písní nejstarších », musiques de l’Europe médiévale, proposait 16 titres, pris dans un large répertoire de pièces du moyen-âge central à tardif, en passant par la Provence des troubadours, les trouvères du nord de la France, et encore l’Espagne, l’Allemagne, la bohème, avec des titres en différentes langues dont un certain nombre en latin, empruntés notamment au Manuscrit des chants de Benediktbeuern et aux Carmina Burana.
Quant je voi yver retorner
dans le vieux français de Colin Muset
L’impertinence et l’humour grivois
d’un bon vivant, loin des codes courtois
u retour de l’hiver, quand bien d’autres poètes, trouvères ou troubadours du moyen-âge central pouvaient être tentés de chanter leur douleur, leur tristesse ou leur espoir de reconquérir leur dame, dans l’attente du « renouvel » printanier, Colin Muset, partageait, de son côté, avec cette chanson, bien d’autres préoccupations.
Résolument pragmatique, il n’a, en effet, ici, qu’une idée en tête : trouver un hôte généreux qui le gratifie des largesses de sa table, si possible riche et garnie en victuailles, viandes et gibiers de saison. Mais les espérances du trouvère ne s’arrêtent pas là, et il forme encore l’espoir que ce bienfaiteur potentiel le laisse accessoirement s’adonner à quelques plaisirs « courtois », voire même lutiner avec sa dame, sans se montrer trop jaloux de la chose. Rien ne lui déplairait plus, en effet, que de devoir chevaucher, aux côtés d’un seigneur, qui soit rancunier voir mal disposé à son encontre.
Bref, gourmandise et grivoiserie sont au programme de l’hiver rêvé de Colin Muset. Les codes courtois y sont totalement retournés à l’avantage du jouisseur et il y a, à travers cet humour, une forme de provocation que, plus près de nous, un Georges Brassens, par exemple, n’aurait certainement pas désavoué.
Les Paroles
Quant je voi yver retorner, Lors me voudroie sejorner, Se je pooie oste trover, Large qui ne vousist conter. Qu’eüst porc et buef et mouton, Mas larz faisanz, et venoison, Grasses gelines et chapons, Et bons fromages en glaon.
Et la dame fust autresi Cortoise come li mariz Et touz jors feïst mon plesir Nuit et jor jusqu’au mien partir, Et li hostes n’en fust jalous, Ainz nos laissast sovent touz sous, Ne seroie pas envious De chevauchier toz bo[o]us* (tout boueux) Après mauvais prince angoissoux* (colèreux, violent, cruel).
En vous souhaitant une belle journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.
Sujet : musique médiévale, Cantigas de Santa Maria, galaïco-portugais, culte marial, miracles, Sainte-Marie, vierge, Moyen Âge chrétien, Espagne médiévale. Période : Moyen Âge central, XIIIe siècle Auteur : Alphonse X (1221-1284) Ensemble : Musica Ficta & l’Ensemble Fontegara Titre : Cantiga 156 Album : Músicas Viajeras: Tres Culturas (Enchiriadis. 2013)
Bonjour à tous,
ous poursuivons aujourd’hui notre exploration du culte marial médiéval à travers l’étude des Cantigas de Santa Maria du roi Alphonse X de Castille. Cette fois-ci, nous nous penchons sur la Cantiga 156. A notre habitude, nous en détaillerons le contenu et nous en profiterons aussi pour vous dire un mot de la belle version que nous vous en présentons ici et de ses interprètes.
La Cantiga 156 par Musica Ficta et l’Ensemble Fontegara
Musica Ficta et l’Ensemble Fontegara
Fondés au début des années 90, par le musicien, directeur d’orchestre et éditeur de Musiques anciennes espagnoles, Raúl Mallavibarrena, les deux ensembles Musica Ficta et Fontegara ont été réunis par lui en 2012 à l’occasion d’un album ayant pour titre : Músicas Viajeras: Tres Culturas.
A la fusion des mondes chrétien, musulman et juif séfarade de la péninsule ibérique, Musicas Viajeras (Musiques itinérantes) est une invitation à la découverte de ces trois cultures, à travers leur univers musicaux.
L’éventail des pièces proposées, au nombre de 15, déborde largement le Moyen Âge pour aller puiser jusque dans le répertoire de la période baroque. Entre tradition Sefardi, musique et chants arabes et chrétiens, on y retrouve deux Cantigas de Santa Maria, dont celle du jour. Ajoutons que dans cette production, les deux formations étaient accompagnées par la soprano Rocío de Frutos.
A ce jour, l’album est toujours édité par Enchiriadis (la maison d’édition créée par le directeur des deux ensembles) qui a eu l’excellente idée, en plus de le proposer au format CD, de le mettre à disposition également sous forme dématérialisée et MP3. Pour plus d’informations, voici un lien sur lequel vous pourrez trouver les deux formats: Musicas Viajeras: Tres Culturas
Pour revenir à Raúl Mallavibarrena, dans le champ des musiques anciennes, du Moyen Âge jusqu’à la période baroque, ce musicien et musicologue espagnol a déjà reçu de nombreux prix et la reconnaissance de ses pairs dans ses domaines de prédilection. Loin de se contenter de diriger ou de fonder divers ensembles, il est également très actif dans le champ de la publication.
A ce titre, il a participé notamment, depuis les années 90, à la revue de musique classique Ritmo et on lui doit encore, entre autres contributions, des articles sur les musiques médiévale, renaissante et baroque dans l’encyclopédie espagnole « Historia de la Música », paru aux Editions Altaya.
Les paroles de la Cantigas 156
« A Madre do que de terra… »
Les efforts pour séparer le « magique » du religieux courent tout le long de la période médiévale. Au XIIIe siècle, ils continuent d’être bien présents et même si les manifestations les plus fusionnelles de ces deux mondes telles qu’on pouvait les retrouver dans certaines formes d’Ordalie par exemple, ont reculé depuis les débuts du XIe siècle.
Dans ce Moyen Âge imprégné de valeurs chrétiennes, au sein d’un univers nimbé de mystères, fait d’étranges lois d’analogies et de correspondances, les miracles resteront pour longtemps le signe d’une foi chrétienne qui tutoie le surnaturel et le magique et ouvrent tous les champs du possible. Dans ces champs là, les prodiges qui on trait à l’intercession de la « mère du Dieu mort en croix » trouvent une place de choix.
Ci-contre miniature de la Cantiga de Santa Maria 156 dans le manuscrit de l’Escorial MS TI 1, Códice Rico (Bibliothèque San Lorenzo el Real, Madrid)
Rédemption d’ un prêtre dévot injustement torturé
Le miracle dont il est question ici touche un prêtre que des hérétiques avaient châtié en lui coupant la langue, pour avoir trop chanté de louanges à la vierge. Le religieux se trouvait au désespoir de ne plus pouvoir entonner ses chants mais, là encore, sur les rives les plus miraculeuses du culte marial, tout peut s’accomplir.
Ainsi, un jour qu’il se rendait à l’abbaye bénédictine de Cluny pour assister aux vêpres, avec les moines, il ne put s’empêcher de faire avec eux l’effort d’entonner les chants dédiés à la Sainte et, comme il s’exécutait, sa langue repoussa et elle lui fut rendue.
Comme dans de nombreuses autres Cantigas de Santa Maria, le poète nous conte que bien des moines furent témoins du miracle et le louèrent. Pour finir, le prêtre se fit moine et rejoignit la communauté de Cluny.
Este miragre fez Santa Maria en Cunnegro por un crerigo que cantava mui ben as sas prosas a ssa loor, e prendérono ereges e tallaron-ll’ a lingua.
A Madre do que de terra primeir’ ame foi fazer ben pod’ a lingua tallada fazer que possa crecer.
Dest’ un mui maravilloso miragre vos contarey, que fez, e mui piadoso, a Madre do alto Rei por un crerigo, que foran a furt’ ereges prender porque de Santa Maria sempr’ ya loor dizer.
A Madre do que de terra primeir’ ome foi fazer…
Poilo ouveron fillado, quisérano y matar; mais, polo fazer penado viver, foron-lle tallar a lingua ben na garganta, cuidando-o cofonder, porque nunca mais da Virgen fosse loor compõer.
A Madre do que de terra primeir’ ome foi fazer…
Pois que ll’a lingua tallaron, leixárono assi yr; e mui mal lle per jogaron, ca non podia pedir nen cantar como cantara da que Deus quiso nacer por nos; e con esta coita cuidava o sen perder. A Madre do que de terra primeir’ ome foi fazer…
E o que mais grave ll’ era, que quando oya son dizer dos que el dissera, quebrava-ll’ o coraçon porque non podia nada cantar, onde gran prazer ouvera muitas vegadas, e fillava-ss’ a gemer.
A Madre do que de terra primeir’ ome foi fazer…
El cuitad’ assi andando, un dia foi que chegou a Cunnegro, e entrando na eigreja, ascuitou e oyu como cantavan vesperas a gran lezer da Virgen santa Rea; e quis con eles erger.
A Madre do que de terra primeir’ ome foi fazer…
Sa voz, e ssa voontade e ssa punna y meteu. E log’ a da gran bondade fez que lingua lle naceu toda nova e comprida, qual ante soy’ aver; assi esta Virgen Madre lle foi conprir seu querer.
A Madre do que de terra primeir’ ome foi fazer…
Esto viron muitas gentes que estavan enton y, e meteron mui ben mentes no miragre, com’ oý; e a Virgen poren todos fillaron-s’ a beizer, e o crerigo na orden dos monges se foi meter.
Sujet : musique, danse médiévale, folk, rock, Estampie Royale, British Folk, musique traditionnelle Période : moyen-âge central, XIIIe siècle Titre :la Sexte Estampie Royale Tirée du manuscrit du Roy (Roi), chansonnier du Roy, français 844 Interprète : The Albion Dance Band Album : The Prospect Before US, chez Emi-Harvest (1977)
Bonjour à tous,
près avoir présenté, il y a quelque temps, une version de la Sexte Estampie Royale par l’Ensemble Eurasia Consort, en voici une version plus enlevée et bien plus folk aussi. On la doit à The Albion Dance Band. une formation à la longue carrière, qui sévit en Angleterre, à partir des années 70 dans un style mêlant, folk british, musiques traditionnelles et rock.
La Sexte Estampie par The Albion Dance Band
The Albion Dance Band
Créée en 1971, par le musicien, bassiste, producteur et artiste très polyvalent, Ashley Hutchings, la carrière de cette formation anglaise tout entière dévouée au « Rock Folk » s’est étalée sur plus de trente ans jusqu’à l’année 2014. Au cours de ce long parcours, elle a vu passer un nombre considérable de musiciens et a même changé plusieurs fois de noms : The Albion Band, The Albion Country Band ou encore The Albion Dance Band, nom sous lequel elle signait, en 1977, l’album The Prospect Before Us dont est extraite cette version de la Sexte estampie. Sous ses différents noms, la formation a produit près des 55 albums.
Avec The Prospect before us, le groupe anglais et son fondateur partaient dans une projet dans lequel on retrouve assez bien l’esprit du rock anglo-saxon du milieu des années 70. On en sent le son, le souffle créatif et une certaine liberté de ton aussi, avec des touches lointaines d’un rock qui pourrait presque devenir progressif et s’épancher, par instants, du côté des premiers Genesis, sans jamais aller aussi loin, toutefois, dans la digression ou la « destructuration », comme si, d’une certaine façon, le folk lui tenait lieu d’amarres.
Pour le reste, les sons des instruments anciens y côtoient allègrement et sans complexe les sonorités plus électriques et plus modernes et il ne faut donc pas chercher ici une plongée dans le répertoire médiéval, mais plutôt la découverte d’un album folk expérimental qui mélange musiques traditionnelles et historiques et traverse un peu toutes les époques. Les puristes de musique médiévale resteraient peut-être ici un peu sur leur faim, mais les amateurs de folk, de musiques traditionnelles et, en un mot, de British Folk Rock y trouveront, en tout cas, beaucoup d’entrain et un vrai plaisir à l’écoute. Pour l’instant l’album ne semble pas réédité mais en cherchant un peu on en trouver quelques occasions et import.
En vous souhaitant une belle journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.