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Médiévales : Tiffauges, la forteresse assiégée, 9e édition

Sujet : animations médiévales, reconstituteurs, marché médiéval, compagnies médiévales, histoire vivante, guerre de cent ans, Bertrand du Guesclin.
Période : Moyen Âge central, XIVe siècle.
Evénement : Tiffauges 2026, la forteresse assiégée.
Lieu : château de Tiffauges, Vendée, Pays de la Loire.
Date : 26 & 27 septembre 2026.

Bonjour à tous,

n septembre, l’agenda des animations aux couleurs du Moyen Âge nous entraînera en région Pays de la Loire et vers le château de Tiffauges pour de nouvelles médiévales.

Il s’agira de la 9e édition de cet événement impulsé par le département de Vendée et organisé par l’Association le Roi Uther. Comme à chaque nouveau cru, un soin particulier a été apporté à la scénarisation comme à la précision de la restitution historique. C’est même, en quelque sorte, devenu la signature de l’Association menée par Gérard Paugam qui organise ou intervient, par ailleurs, en tant que conseil sur d’autres événements de ce type.


Les Médiévales de Tiffauges en un clin d’oeil

  • 30 compagnies pour 350 reconstituteurs (France, Angleterre, Belgique y sont fortement représentées),
  • 160 tentes sur les zones de campements,
  • Temps forts et reconstitution au plus près de l’Histoire vivante,
  • Marché et échoppes médiévales,
  • Animation musicales et danses,
  • Echanges et causeries avec des spécialistes de la guerre de cent ans.

Retour sur l’édition 2025

Tiffauges, la forteresse assiégée, affiche 2026 - Animations médiévales.

Pour suivre le fil des différentes éditions, nous vous invitons à consulter nos articles précédents en pied d’article. Rappelons simplement que Tiffauges 2025 nous projetait dans le dernier tiers du XIVe siècle et toujours dans le contexte de la guerre de 100 ans. L’Ost de France à la main de Bertrand du Guesclin allait y affronter les troupes anglaises conduites par John Chandos, célèbre bras droit du roi Édouard d’Angleterre.

Pas question de troupes désordonnées ici, ni de tenues approximatives. L’histoire vivante était déjà au rendez-vous. Les hiérarchies, les classes d’armes, ainsi que les nobles ou les mercenaires venus soutenir du Guesclin étaient aussi dûment représentés, de même que les spécificités des forces anglaises en présence.

Des deux bords, on pouvait même retrouver des personnages historiques, nobles ou hérauts ayant marqué ce moment particulier de l’histoire vendéenne. Ce sera encore le cas pour l’événement en approche.



Tiffauges 2026 : expérience et scénarisation

L’ambition 2026 est ainsi affichée avec une volonté d’intensifier plus encore la portée de l’événement et la qualité du spectacle. L’organisation et les détails apportés à l’ensemble ont même été revus pour apporter un surcroit d’immersion.

Les compagnies conviées s’engagent, du reste, à respecter un cahier des charges strict. Quant aux campements, ils feront eux-aussi l’objet d’un agencement précis avec des tentes dédiées qu’on ne peut voir pratiquement qu’aux médiévales de Tiffauges : tente de soins, tente dédiée à la dévotion et aux forces religieuses, installations des chefs de guerre, artisans et personnels civils divers, etc…

Du point de vue scénaristique, Tiffauges 2026 verra se poursuivre le siège et l’affrontement entre les deux grands chefs de guerre du Moyen Âge tardif : Du Guesclin et John Chandos.


Médiévales de Tiffauges 2026. animations médiévales et reconstitution historique en Vendée.

Compagnies médiévales & reconstituteurs

Mesnie Enguerran – Alliance des Lions d’Anjou – Mesnie de l’Hermine – Genz d’Armes 1415 – Compagnie Guesclen – Milite Nothi – Les Tards Venus – La Guerre des Couronnes – Via Historiae – L’Ost du Phenix – Soudarded – Obliti Milites – La Guilde des 3 Couronnes – La Grand Compaigne – Les Ecorcheurs Stimwe – Les PLantagenets – Cercle d’Armes du Dauphiné – Gallina Solaris – Mesnie de Wittelbach – Le Feu Liegeois – Alsaciae Protectores – La Quintefeuille – L’Ost du Castel – Mignoned Ar Bro – Emptivus Miles – Les Penthièvres.

Avec autant de troupes en présence, le château vibrera tout entier aux heures sombres de la guerre de cent ans. Revue de troupes, grandes batailles scénarisées, trêve de Dieu, ou encore duels spectaculaires marqueront les nombreux temps forts.

Dans le débattement, pas de temps mort, l’agenda du samedi et dimanche est replet. Entre visites des camps, démonstration d’armes et tirs d’artillerie, les visiteurs pourront encore assister à des causeries ou profiter de zones plus calmes pour flâner et ripailler.

En bref, tout sera fait, à l’ombre des remparts, pour que le spectaculaire et l’émotion rejoignent l’enrichissement culturel et la sensibilisation au patrimoine historique. Voir le programme détaillé sur la page FB officielle.

Vous l’aurez compris, c’est une fois de plus un événement que nous ne pouvons que conseiller aux férus de Moyen Âge et d’Histoire comme aux curieux désireux de vivre une expérience totalement différente.


Retrouvez tous nos articles sur les Médiévales de Tiffauges : Edition 2019 – Edition 2022 – Edition 2023 – Edition 2023 (retour en images) – Edition 2024 – Edition 2024 (retour en images)Edition 2025.

En vous remerciant de votre lecture.

Fred
Pour Moyenagepassion.com
A la découverte du Monde Médiéval sous toutes ses formes.

Enluminure, notre contribution en image à un manuel scolaire

Enluminure du renard et de l'ombre de la lune, détail, fable de Marie de France.

Sujet : enluminure, fable médiévale, manuel scolaire, littérature française, littérature médiévale, Marie de France, renard, langue française.
Période : de l’Antiquité à nos jours, Moyen Âge.
Titre Terres des Lettres (Français), programme 2026, classes de 5ème, Éditions Nathan.

Bonjour à tous,

E enluminé

n ce mois de rentrée, nous sommes heureux de vous annoncer notre modeste contribution iconographique à un manuel scolaire à destination des collèges. L’ouvrage est issu de la collection des Éditions Nathan intitulée Terre des Lettres. Il est consacré à l’enseignement du français et de la littérature pour les classes de 5e.

Terres des Lettres Français, édition 2026

Couverture du manuel scolaire "Terre des Lettres Français, des éditions Nathan (programme 2026, classe de 5e)

Pour qui a usé ses fonds de culotte sur les bancs du collège à la toute fin des années 70, les thèmes abordés dans ce manuel scolaire apparaissent particulièrement variés.

Les « classiques » d’antan sont, certes, au rendez-vous. Homère y côtoie Molière, ou encore Jules Verne, Joseph Kessel, Louisa May Alcott et d’autres.

Plus étonnant peut-être, Le Hobbit de Tolkien et certains héros du Seigneur des anneaux y trouvent aussi leur place. Étonnant mais pas forcément déplacé ! De notre côté, nous ne nierons pas les qualités littéraires de l’œuvre du grand JRR. Bien que l’ayant découverte plus tardivement et hors du cadre scolaire, nous l’avons même largement arpentée et relue.

Littérature médiévale et Moyen Âge

déco médiévale enluminure renard.

Pour ce qui est de la littérature médiévale et du Moyen Âge plus proche des sources historiques, on les trouve également bien représentés dans l’ouvrage.

Chevalerie et courtoisie, poésies variées ou légendes arthuriennes croisent l’indémodable roman de Renard. Rutebeuf y fait même une apparition avec une version écourtée et modernisée de sa complainte. Les fables de Marie de France viennent aussi compléter le tableau.

Enfin, du côté de l’Orient médiéval, la sagesse persane se voit gratifiée d’un large chapitre sur Les Mille et une Nuits que le sage Saadi n’aurait pas désavoué.

Conception et supports pédagogiques

déco médiévale enluminure renard.

Pour dire un mot de la conception et de la mise en page de ce manuel, elle se signe par un bon nombre d’illustrations et une signalétique soignée sur les objectifs de chaque texte ou exercice.

Des séquences « Art et culture » permettent aussi de varier les supports d’apprentissage, en s’appuyant notamment sur le cinéma. Dans cette même rubrique, on trouvera même un support sur les super héros et Captain America que ne désavouerait sans doute pas un William Blanc (voir sa conférence sur les héros arthuriens et les super héros)

Marvel aurait-il supplanté Steinbeck et ses Raisins de la colère au panthéon des classiques américains ? Heureusement non et l’ouvrage ne s’y limite pas, mais quand je vous dis que nous sommes loin de nos manuels scolaires de la fin des 70’s, en voilà un exemple. Pour plus d’informations sur ce manuel scolaire, nous vous invitons à consulter le lien suivant.

L’enluminure du renard et de la lune

Fable de Marie de France et enluminure du Renard, Terre des Lettres français (Nathan, 2026).

C’est dans le chapitre réservé aux fables que notre contribution graphique trouve sa place. Cette enluminure composite est extraite de notre article sur la fable du Renard et de la Lune de Marie de France.

Nous avons réalisé cette illustration à partir de différents manuscrits médiévaux.

Le manuscrit Français 113 (Lancelot en Prose de Robert Boron) et le Français 112.3 (compilation arthurienne de Micheau Gonnot) ont fourni une partie du décor et du paysage. Tous deux sont datés du 15e siècle.

Le renard, à l’arrière-plan, provient du manuscrit médiéval Français 616Le Livre de Chasse de Gaston Phébus et Déduits de la chasse de G de La Buigne). Il est daté du 14e siècle. Le renard au premier plan est l’élément le plus moderne de toute cette illustration. Il provient du Ms 3401 de la Bibliothèque Sainte-Geneviève. Ce codex contient un superbe bestiaire médiéval daté du 16e siècle. Pour la lune et son reflet, elle est également médiévale, mais nous en gardons le secret. Il faut bien préserver un peu de mystère.

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour Moyenagepassion.com
A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes.

De Beaux Alexandrins pour un Salut d’Amour Médiéval

Sujet : vieux-français, poésie médiévale, poésie courtoise, amour courtois, trouvères, langue d’oïl, salut d’amour, loyal amant, fine amor, complainte d’amour.
Période : Moyen Âge central, XIIIe siècle.
Auteur : anonyme
Titre : « Or m’estuet saluer, cele que je desire »
Ouvrage : Manuscrit Français 837 de la BnF.

Bonjour à tous,

ujourd’hui, nous partons à la découverte d’une nouvelle poésie courtoise du Moyen Âge central et notamment d’un salut d’amour.

Ce genre particulier du XIIIe siècle nous a laissé quelques rares pièces dont un érudit comme Paul Meyer avait supposé qu’elles avaient dû été plus nombreuses dans les faits que celles parvenues par les manuscrits1 (autour d’une vingtaine).

Le Salut d'amour du ms français 837 avec une enluminure du Codex Manesse

Quatrains d’alexandrins pour un loyal amant

Le salut d’amour du jour diffère de ceux que nous avons pu étudier jusque là. Il est même d’une forme assez rare pour être soulignée puisqu’il présente une succession de beaux alexandrins regroupés en quatrains. Les rimes sont léonines. Autrement dit, la fin de chaque hémistiche rime et s’accorde avec les hémistiches des vers suivants.

Sur le fond, le trouvère reprend les codes habituels de la poésie courtoise. La dame y est grandement louée tant pour sa beauté que ses qualités morales (surtout pour sa beauté quand même). C’est assez pour que notre loyal amant en perde le sommeil et dans sa complainte, en appelle à la pitié de la belle pour lui ouvrir son cœur.

Comme dans de nombreuses pièces du genre, les médisants, les envieux et les perfides rodent. Ils ont même ici bonne place puisque plusieurs strophes leur sont consacrés. Toujours à l’embuscade, ils sont aussi là pour nous rappeler la nature souvent transgressive de l’amour courtois.

Aux sources manuscrites de cette poésie

Le salut d'Amour en Alexandrins dans le manuscrit médiéval enluminé Français 837 de la BnF, Recueil de fabliaux, dits, contes en vers, datation  (fin du XIIIe s)
La poésie courtoise du jour dans le MS Français 837 de la BnF, Recueil de fabliaux, dits, contes en vers.

Vous pouvez retrouver ce salut d’Amour dans le manuscrit médiéval Français 837 de la BnF.

Ce riche codex contient divers fabliaux, dits, contes en vers datés du XIIIe siècle. Datés de la fin de ce même siècle, il dénombre pas moins de 249 pièces pour de nombreux auteurs cités ou demeurés anonymes. L’œuvre de Rutebeuf y est particulièrement représentée avec 31 pièces.


Or m’estuet saluer, cele que je desire
dans le vieux français d’origine

NB : nous avons ajouté de nombreuses clefs de vocabulaire pour vous guider dans la compréhension de cette poésie en vieux français d’Oïl.

Or m’estuet saluer — cele que je desire
Et moi esvertuer — por sa grant bonté dire.
Sovent me fait muer — le cuer d’angoisse et ďire
Et le cors tressuer
2— quant sa biauté remire.

Bien vueil que vous sachiez — que vostre amour m’esprent;
Si en sui enlaciez — que de nuit me seurprent.
Voirs est que sui plaiez, — mes la plaie reprent’
3,
Quant vous voi si sui liez — toute joie m’en prent.

Cortoise et bien aprise, — bone et vaillanz et sage,
Rose esmerée
4 esprise — sanz orgueil, sanz outrage,
Bouche très bien alise
5, — resplendissant visage,
Tant vous aim, bele, et prise — que je vous faz hommage.

Encor vous loerai, — qu’assez i a à dire,
Je voi de voir et sai, — tant a en vous matire,
II n’est ne clers ne lai — qui soit dedenz l’empire
Qui seùst vo valor — ne racorder ne dire
6.

Mon salu vous envoi — comme à dame et amie,
Et, por fere convoi, — ma complainte jolie,
Dame, vous i envoi, — nel tenez à folie
7,
Quar je ne sai ne voi — comment mon cuer vous die.

Departir ne m’en quier — quar je l’aim sanz retrere,
Et amer et proisier
8— je vueil la debonere.
Ne me puet anoier — ne torment ne contrere ;
Or se puent noier — li felon deputaire
9.

Diex vous puist mal doner, — felon et losengier !
Toz dis volez mener — tricherie et dangier,
Et fins amanz mener — de lor vie eslongier;
De faussement errer — aurez encor loier.

Bele, ne créez mie — les felons mesdisanz,
Quar il sont plain d’envie — et fel et despisanz
10;
Amer vueil sanz boisdie
11 — en despit des nuisanz ;
Ne sai se j’ai amie, — mes je sui ses amanz.

Fine, sachanz et pure, — humble, piteuse et simple,
Compassée à nature, — blanche gorge com guimple
12,
Portréte de feture — qui tout mon cuer raïmple
De joie sanz mesure, — tant a la chiere simple
13.

Tant par est bien taillie — et de piez et de mains.
Bien fete et eschevie
14 — d’espaules et de rains ;
Blanche gorge polie — i mist le souverains
Por le mont esgarder, — de ce sui toz certains
15.

Joie n’ai ne leece — se de li ne me vient,
Si ai duel et tristece, — que il ne li souvient
De moi qui sui en chace — por li quant me sovient
De sa vermeille face — qui si bien li avient.

Ainz Narcisus n’ama — dame si com je l’aime,
Car ele sourpris m’a, — et si n’ai pas l’estraine
16
De li, que tel fame a — si clere face plaine,
N’onques ne s’aesma — à alegier ma paine.

Par Dieu ! je servirai — tant que pitié vaintra
Son dur cuer qu’en esmai — m’a fet vivre pieça.
Bien me met en essai — vers li, lors si saura
Se je onques faussai — cele qui mon cuer a.

Or soit à son plesir, — car je sui en balance
Et par ce n’ai loisir — ne n’ai mes de souffrance,
Je ne puis mes souffrir — si grande desirrance,
Se li vueil requérir — qu’el me face alejance.

La fin de ma complainte — ferai, puis, si deprie
17
Au Dieu d’amors mains jointes — que il me face aïe
18
Tant que je aie ataint — ce dont j’ai tel envie :
C’est l’amor à la cointe; — lors si raurai
19 ma vie.

Explicit complainte d’amors.


Découvrez d’autres saluts d’amour traduits et commentés :

Sur l’amour courtois, vous pouvez également consulter : Monde littéraire, monde médiéval, réflexions sur l’Amour courtois


Notes

  1. « Le salut d’amour dans les littératures provençale et française », Paul Meyer, Bibliothèque de l’école des chartes. 1867, tome 28 (persee.fr) ↩︎
  2. Tressuer : le corps agité, en nage ↩︎
  3. Il est vrai que j’en suis blessé mais la blessure augmente, me rattrape. ↩︎
  4. Esmérée : fine et délicate ↩︎
  5. Alise : douce, lisse, délicate ↩︎
  6. Il n’est de clerc ni de poésie (lais) qui puisse conter ou exprimer véritablement votre valeur. ↩︎
  7. Ne le prenez pas pour une folie, un acte inconsidéré ↩︎
  8. Proisier : preisier, louer ↩︎
  9. Felon deputaire : les perfides mauvais ↩︎
  10. Despisanz : haineux ↩︎
  11. Sans boisdie : sans ruse, sans tromperie ↩︎
  12. Allusion à la blancheur de la guimpe, coiffe médiévale de tissu blanc ↩︎
  13. Chière simple : douce mine, visage ingénu ↩︎
  14. Eschevie : svelte, de forme parfaite ↩︎
  15. « i mist le souverains Por le mont esgarder, — de ce sui toz certains. » : Dieu a créé toute cette perfection et ses beaux atours pour que le monde les regarde, de cela je suis certain ↩︎
  16. Il n’a pas la chance d’avoir la réputation de Narcisse (qui n’a jamais aimé de femmes) mais il aime la femme la plus belle et sans égale pour soulager sa peine (?). ↩︎
  17. Deprïer, déproier : implorer, supplier ↩︎
  18. Qu’il me face aïe : qu’il vienne à mon secours, à mon aide. ↩︎
  19. De Ravoir : retrouver, recouvrer : je retrouverai ma vie ↩︎

Cantiga de Santa Maria 106 : le miracle des deux écuyers sauvés de la prison

Sujet : Cantigas de Santa Maria, galaïco-portugais, culte marial, miracle, Sainte-Marie, prison, évasion.
Période : Moyen Âge central, XIIIe siècle.
Auteur : Alphonse X  (1221-1284)
Titre : Cantiga de Santa Maria 106  « Prijôn fórte nen dultosa » 
Album :  Cantigas del Norte de Francia, Eduardo Paniagua (2019).

Bonjour à tous,

ujourd’hui, nos recherches médiévales nous entraînent à la cour d’Alphonse X de Castille pour un nouveau chant à la vierge : la Cantiga de Santa Maria 106. Celle-ci nous ramènera vers le nord de la France et à Soissons pour y découvrir l’histoire de deux écuyers sauvés in-extremis d’une dure geôle par un miracle marial.

La grande compilation de chants mariaux d’Alphonse X

Les deux écuyers voleurs sont capturés par des soldats en arme et montés. Enluminure du Codice Rico, CSM 106.
Pris sur le fait, les deux écuyers sont capturés.

Au XIIIe siècle, le grand roi savant, féru de composition, de poésie et de littérature fit compiler et mettre en musique de nombreux chants à la vierge : chants de Louanges mais surtout récits de miracles qui circulaient alors sur les routes et dans les lieux de pèlerinage médiévaux.

Ils formeront le riche corpus des Cantigas de Santa Maria, soit quelques 420 chansons annotées musicalement, léguées à l’Espagne médiévale et témoins de l’importance du culte marial au Moyen Âge central.

De nos jours, les cantigas sont encore abondamment jouées par les ensembles musicaux de la scène médiévale tandis que les riches enluminures de certains de leur codex continuent d’inspirer les médiévistes ou les musicologues par leur présentation d’instruments anciens et leurs détails.

La CSM 106 : absolution et évasion pour deux écuyers prisonniers

Jeté en prison, les deux écuyers voleurs échangent sur leur condition d'infortune, enluminure du Codice Rico, CSM 106
Prisonniers, les deux écuyers échangent sur leur sort.

Il n’est de prison suffisamment forte pour contrer la volonté de Marie. Le récit de miracle de la Cantiga de Santa Maria 106 est là pour l’affirmer et le fait que les deux écuyers soient enfermés, au départ, pour des actes délictueux n’y changera rien.

« Voleurs » dit la Cantiga. L’enluminure médiévale en tête d’article les montrent proches de bêtes de ferme et on les imagine volontiers pillant ou cherchant leur pitance en prélevant du bétail. Mais le délit ici n’est pas le propos et le chant ne s’y appesantit pas. Leur vœu de souscrire un don important pour la construction et les travaux de l’église de Soissons sera entendu.

Une offrande de clous

Le don consistera en cent clous d’offrande pour l’un et mille pour l’autre. S’agit-il de très précieux clous de girofle, épice très prisée au Moyen Âge ou plutôt des clous frappés sur certaines monnaies médiévales de la péninsule ibérique, en évocation de la croix christique ? Quoi qu’il en soit, les fers seront brisés et la porte de la cellule s’ouvrira pour laisser s’enfuir les deux prisonniers, au nez et à la barbe de leurs gardes.

Aux temps médiévaux comme aux temps bibliques, les voies divines restent impénétrables. Contre la justice des hommes, les deux écuyers voleurs seront libérés par leur intention sincère de contribuer à l’édification d’une église.

Puissance et immédiateté de l’intercession mariale

Illustration médiévale représentant les deux prisonnier enfermés :celui qui s'est libéré de ces chaînes explique à l'autre comment le miracle s'est accompli. enluminure du Codice Rico, CSM 106
Les deux écuyers prient pour leur libération.

Eloge des bonnes œuvres et de la charité, éloge de la foi en l’Eglise et en la sainte, le sens du récit de la Cantiga 106 reste clair. Il n’y a pas de limites au pouvoir de rédemption de la Vierge et il n’est jamais trop tard pour s’amender.

Comme dans de nombreux miracles mariaux médiévaux, on est frappé de l’immédiateté de l’intercession. Une fois le vœu ou la prière exprimés, le miracle s’accomplit dans une proximité confondante.

Au Moyen Âge, le monde du surnaturel et du divin jouxte de très près le monde temporel. Et si, comme l’enseignent les évangiles, « La foi soulève des montagnes« , le monde médiéval ne cesse de le manifester à travers sa foi en Marie.

Quelle église à Soissons ?

L’église dont il est question pourrait-elle être la cathédrale Saint-Gervais-et-Saint-Protais de Soissons ? C’est possible. Au moment de cette cantiga et dans les temps qui la précédent, l’édifice était encore en chantier. Il pourrait encore s’agir de l’église Saint-Pierre vestige de l’abbaye bénédictine de Notre-Dame, et qui semble avoir connu, elle aussi, des travaux de réfection et de construction autour du XIIe siècle1.

La Cantiga de Santa Maria 106 et ses enluminures dans le Codice Rico de la Bibliothèque de L'Escurial
La Cantiga de Santa Maria 106 dans le très beau Códice rico de la bibliothèque de l’Escurial.

Aux sources médiévales de la CSM 106

Scène tirée d'un manuscrit médiéval à l'intérieur d'une église : un prisonnier assis dans une geôle, deux garde le surveille, tandis que le premier prisonnier s'échappe. une tour se dresse à l'arrière-plan. enluminure du Codice Rico, CSM 106.
Le premier écuyer s’évade sous l’œil de son compère.

Pour présenter cette cantiga, nous revenons, une fois de plus, sur le Códice rico et ses précieuses enluminures.

Conservé à Madrid, sous la garde de la Bibliothèque Royale de l’Escurial, le Ms. T-I-1 fait partie des grandes références en matière de Cantiga de Santa Maria.

S’il existe d’autres codex autour des cantigas, ce manuscrit médiéval se partage la vedette avec le MS B.I.2 de l’Escorial, également connu comme códice de los músicos. Ce dernier fait toutefois une plus grande place aux enluminures de musiciens. Comme on peut le constater sur les illustrations de cet article, celles du Códice rico sont plus proches du narratif des cantigas.


Eduardo Paniagua et les Cantigas du Nord de France

La version en musique de ce chant à la vierge nous ramène encore vers le maître de musique espagnol Eduardo Paniagua. Il est, à ce jour, le seul, qui compte dans sa discographie, d’avoir enregistré l’ensemble du corpus des Cantigas de Santa Maria.

Face à l’immensité de la tâche, il a procédé à de nombreux recoupements thématiques sans ménager sa peine. On peut même, quelquefois, retrouver des cantigas enregistrées dans des versions différentes sur différents albums.

Cantigas del Norte de Francia - Eduardo Paniagua, pochette de l'album.

La version en musique de la Cantiga 106 du jour est tirée de son album Cantigas del Norte de Francia. Enregistré en 2019, le directeur espagnol y présentait pas moins de 21 cantigas en provenance du nord de France pour une durée d’écoute de 120 minutes.

Vous pouvez retrouver cet album chez votre disquaire favori. À défaut, vous pourrez également l’acquérir sur les plateformes en ligne au format CD ou dématérialisé. Voici un lien utile pour vous le procurer : Cantigas del Norte de Francia, Eduardo Paniagua.


La Cantiga 106 en galaïco-portugais et sa traduction française

Esta é como Santa María sacou dous escudeiros de prijôn.

Prijôn fórte nen dultosa
non pód’ os presos tẽer
a pesar da Grorïosa.

Cette cantiga conte comment Sainte-Marie fit sortir deux écuyers de prison.

Il n’est pas de prison si forte
qui ne puisse retenir des prisonniers
contre la volonté de la Glorieuse.


Desta razôn vos direi
un miragre que achei
escrito, e mui ben sei
que farei
del cantiga saborosa.
Prijôn fórte nen dultosa…

À ce sujet, je vais vous parler
D’un miracle que j’ai trouvé
Écrit et je ne doute pas
Que j’en ferai
Un chant réjouissant (savoureux).
Il n’est pas de prison si forte…


E contarei sen mentir
como de prijôn saír
fez dous presos e fogir
e pois ir
en salv’ a mui Precïosa.
Prijôn fórte nen dultosa…


Et je conterai sans mentir
Comment d’une prison
La très précieuse
Fit s’échapper deux prisonniers
Et se mettre à l’abri.
Il n’est pas de prison si forte…


Dous escudeiros correr
foron por rouba fazer;
mais fôronos a prender
e meter
en prijôn perigoosa.
Prijôn fórte nen dultosa…


Deux écuyers s’en furent en virée
pour voler,
Mais ils furent pris
Et jetés
Dans une prison fort dangereuse.
Il n’est pas de prison si forte…


Jazend’ en aquel logar,
ũu deles se nembrar
foi com’ en Seixôn lavrar
e pintar
viu eigreja mui fremosa.
Prijôn fórte nen dultosa…


Enfermés en ce lieu,
L’un des écuyers se souvint
Comment, à Soissons,
Il avait vu une très belle église peinte
et en construction.
Il n’est pas de prison si forte…


E diss’ a séu compannôn:
“Se éu saír de prijôn,
cen cravos darei en don
a Seixôn
que é óbra mui costosa.”
Prijôn fórte nen dultosa…


Et il dit à son compagnon :
« Si je parviens à sortir de cette prison,
Je donnerai cent clous en offrande
à l’église de Soissons,
Car c’est un chantier très coûteux. »
Il n’est pas de prison si forte…


E pois esto prometeu,
lógo ll’ o cepo caeu
en térra; mais non s’ ergeu:
atendeu
ant’ a noite lubregosa.
Prijôn fórte nen dultosa…


Dès qu’il eut fait cette promesse,
Ses fers tombèrent au sol,
Mais il ne bougea pas,
et attendit
Jusqu’à la nuit obscure.
Il n’est pas de prison si forte…


Mais poi-la noite chegou,
a séu compannôn contou
como ll’ o cepo britou
e sacou
end’ a Virgen pïedosa.
Prijôn fórte nen dultosa…


Mais dès que le nuit vint,
Il conta à son compagnon,
Comment la Vierge miséricordieuse
Avait brisé
et ôté ses chaines.
Il n’est pas de prison si forte…


O outro lle diss’ assí:
“Per quant’ éu a vós oí,
mil cravos levarei i
se mi a mi
tóll’ esta prijôn nojosa.”
Prijôn fórte nen dultosa…


Et l’autre lui dit ainsi :
« Comme je t’ai entendu le dire,
Je porterai mille clous
si elle me libère moi aussi
De cette horrible prison.»
Il n’est pas de prison si forte…


Pois s’ o primeiro sentiu
sólto da prijôn, fogiu,
A guarda, quand’ esto viu,
lóg’ abriu
a cárcer mui tẽevrosa.


Puis, le premier prisonnier libre
S’échappa de prison et s’enfuit,
Et les les gardes quand ils virent cela,
Ils ouvrirent alors
La cellule obscure.


polo outr’ i guardar ben,
ca atal éra séu sen;
mas dele non achou ren,
e porên
houv’ a Virgen sospeitosa,


Pour bien surveiller le prisonnier restant.
Mais de lui ils ne trouvèrent aucune trace
Et par la suite
Ils soupçonnèrent la vierge,


madre de Nóstro Sennor,
que lle fora soltador
dos presos e guïador,
sen pavor,
como Sennor poderosa.
Prijôn fórte nen dultosa…


Mère de notre Seigneur,
D’avoir aidé les deux prisonniers
À s’échapper et de les avoir guidé
Sans peur,
Comme la grande dame puissante qu’elle est.
Il n’est pas de prison si forte…


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En vous souhaitant une belle journée.
Fred
Pour Moyenagepassion.com
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  1. L’Abbaye Notre-Dame à Soissons,  Jacques Thiébaut
    Bulletin Monumental,  Année 1971, Persée. ↩︎