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« La grande histoire de Notre-Dame de Paris » une anthologie littéraire d’actualité

cathedrale-notre-dame-livre-litterature-reflexions-actualite-representation-Pascal-TonassiSujet  :  Notre Dame de Paris, cathédrale, littérature, grands auteurs, florilège, anthologie, réflexions, actualité, représentations, symboles.
Période  : du Moyen-âge à nos jours
Auteur :  Pascal Tonazzi
Titre :   La grande histoire de Notre-Dame dans la littérature, Edition le Passeur,  octobre 2019.

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionu cœur de l’actualité 2019,  nombre d’entre nous auront grand peine à oublier le funeste incendie qui emporta, dans ses terribles flammes, la flèche de Notre Dame de Paris et bien d’autres de ses  richesses.

L’émotion passée, l’heure fut bientôt aux interrogations autour de l’événement. Les plus croyants et les plus sensibles au sentiment religieux n’ont pu s’empêcher d’y lire quelques signes divins, en se perdant en conjectures sur la manière de les interpréter. D’autres s’étonnèrent aussi de la nature, définie (un peu trop vite à leur goût) comme accidentelle du sinistre. A l’habitude, les réseaux  sociaux s’y sont joint, mettant de l’huile sur le feu des émotions,  déchaînant les thèses, les antithèses et leurs trolls, ; et même les grands donateurs  qui s’affichèrent bientôt, n’échappèrent pas à  la diatribe.  A quelques mois de là, toutes les questions n’avaient pas été adressées,   mais   les préoccupations liées à la reconstruction de la célèbre  cathédrale, allaient bientôt donner lieu à de nouveaux débats.

Comment restaurer un symbole  et lequel ?

cathedrale-notre-dame-actualite-reflexion-litterature-moyen-ageAu titre des plus épineux, on trouvait et on trouve toujours, celui sur la décision architecturale : fallait-il opter pour le classique ou le moderne ? Privilégier une révolution complète dans les matériaux et les formes ? Ou préférer une restauration au plus près de l’original et de ses aménagements, y compris ceux de Viollet le Duc, datant du XIXe siècle.  Là encore, les esprits se sont échauffés. On ne touche pas si facilement à un symbole, fut-il partiellement brûlé.

Nous n’allons pas, ici, trancher sur ces débats mais plutôt observer combien toutes ses questions touchent à la nature polymorphe du symbole que représente, aujourd’hui, Notre-Dame.  De sa vocation religieuse évidente et manifeste, la cathédrale semble avoir glissé vers un statut largement plus flou : repère patrimonial, urbain, politique ou « culturel » ? Un peu tout à la fois ? Quelquefois, elle cumule, d’autre fois non. Pour le dire trivialement, au moment de l’incendie et pour une partie des regards, Dieu ou son temple ne semblaient  rien avoir à y faire,  c’est d’abord Paris qu’on amputait :  Notre Dame,  symbole divin, symbole historique, symbole parisien, symbole  de la nation, voire  de la république, symbole d’un continent même pourquoi pas ? (« Notre Dame d’Europe » !), et même encore symbole sans frontière, pleuré ou trollé mondialement, sur les réseaux  planétaires. Dans une éclipse presque total du religieux par le politique, on a même pu comparer l’impact symbolique de l’événement au tragique septembre outre-atlantique du World Trade Center.

Entre tradition   et   modernité

Pour abonder encore dans ce sens d’une Notre Dame de Paris, devenue réceptacle de tous les symboles, certains projets architecturaux ayant émergé par la suite ont bien montré la nature éclectique des projections et même, disons-le, des glissements. On pense, notamment, à cette idée de transformer le toit de l’antique cathédrale en une sorte de « serre botanique » ; autrement dit, de réaffecter totalement la nature originelle du bâtiment pour l’amener sur le terrain des idéologies modernes : Notre Dame de Paris ambassadrice de l’écologie.  Désacralisation du Monument, négation du sacré  ? Ou nouvelles formes de « sacralité » en quête de temples ?

Bref.  En dehors de ceux, sans doute minoritaires, que le sujet aura laissé totalement indifférent et qui n’ont vu, là,  qu’un brasier sur un amas de vielles pierres, tout se passe comme si chacun s’était fait de la cathédrale, son propre symbole. Et ce sont là autant de visions qui s’étalent et s’entrechoquent entre histoire, tradition et modernité.

Penser Notre Dame : une mise en profondeur et  en perspective

Face à tout cela, l’heure est sans doute venue de réfléchir, un peu plus posément, à Notre Dame  de Paris. Mieux la resituer dans notre histoire, notre héritage, notre culture, notre paysage urbain, notre imaginaire, voilà qui semblerait une excellente idée. Or, pour nous y aider, un ouvrage vient justement de paraître aux Editions Le Passeur. On le doit à Pascal Tonazzi et il a pour titre :  Une grande histoire de Notre-Dame  dans la littérature.

Un  patient travail de recherche  &    de compilation

cathedrale-notre-dame-de-Paris-livre-histoire-litterature-medievale-actualite-Pascal-TonazziDepuis plus de 15 ans déjà, Pascal Tonazzi est parti à la rencontre de la cathédrale sous un angle à la fois littéraire et monographique. Du moyen-âge à nos jours, il a ainsi patiemment collecté les textes, poésies, chansons et les vues des plus grands auteurs français et étrangers, au sujet de Notre Dame de Paris.

A travers leurs yeux et en suivant les pas de l’auteur dans ses recherches, nous redécouvrons l’édifice dans toute sa profondeur et dans toute la grâce de ses inspirations.    Certes, il n’est pas question de réduire le livre  de Pascal Tonazzi  à la seule actualité du sujet, mais, dans le même temps,   il ne pouvait mieux tomber.  Et si, comme le dit l’adage, c’est toujours sur les épaules des géants (qui les ont précédés) que les grands hommes ont pu voir plus loin, cet ouvrage se pose, aujourd’hui, comme un outil précieux pour mettre en perspective Notre Dame, dans son héritage comme dans son actualité.

La    grande histoire de Notre-Dame  de Pascal Tonazzi est disponible au format poche   ou ebook  au lien suivant : La grande histoire de Notre-Dame dans la littérature.

Pascal Tonazzi, auteur et artiste :
esquisse de biographie

pascal-tonazzi-auteur-livre-histoire-cathedrale-notre-dame-de-Paris-litteratureAmis des étiquettes figées et des avis tranchés, voila un auteur qui va vous obliger à réviser vos classiques. Pascal Tonazzi est, en effet, tout à la fois, un passionné de littérature et un musicien compositeur de jazz.

A l’aide de son instrument de prédilection, la guitare, il a même été primé, à plusieurs reprises, par des médailles d’or et on le trouve  aussi à l’accompagnement de nombreuses formations de jazz.    De grandes facilités donc. Il faut dire que, né en 1963 d’un père lui-même guitariste, notre auteur est tombé dans la musique, un peu comme Obelix dans la potion magique.  Du côté artistique, le cursus de Pascal s’enrichit encore du goût de la transmission. En plus de composer des partitions et des pièces pédagogiques pour guitare, il enseigne, en effet,  la musique et cet instrument au Conservatoire de Stains, mais encore au sein de diverses autres associations.

Ouvrages  et livres

Pour ce qui est de  son oeuvre écrite, on retiendra, pour l’instant un  précis sur le vocabulaire des fables de la Fontaine (datant de 2017), mais aussi une première sélection d’auteurs sur le thème de Notre Dame. Sorti en 2007, l’ouvrage avait pour titre : florilège de Notre Dame de Paris. Désormais, il faudra ajouter à ces deux parutions, cette « Grande histoire de Notre-Dame dans la littérature » qui se présente comme une version encore plus complète de  l’anthologie  de 2007.

En vous souhaitant une belle journée.

Frédéric Effe
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

« Le verger du roi Louis » Une ballade du XIXe siècle qui nous parle du Moyen-âge

poesie_monde_medieval_ballade_formes_poetique_moyen-age_theodore_de_banville_vergers_roi_louisSujet : poésie, résonance médiévale, François Villon, Ballade des pendus, Roi louis.
Paroles : Théodore de Banville (1823-1891)
Interprète : Georges Brassens
Titre : le verger du roi Louis, Ballade des Pendus
Période : XIXe siècle

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui nous partons à la découverte d’un poète du XIXe siècle qui nous parlait alors de moyen-âge et faisait, à travers le temps, une ballade en forme d’hommage allégorique à la ballade des pendus de François Villon.

Théodore de Banville est un poète du XIXe siècle qui a côtoyé les plus grands: Beaudelaire, Mallarmé, Daudet, Verlaine, et a même influencé une partie d’entre eux. Il s’était signé par la recherche d’une poésie des formes _theodore_de_banville_portrait_poesie_monde_medieval_ballade_formes_poetique_moyen-age_vergers_roi_louiset de l’esthétisme, loin de la poésie réaliste et qui s’écartait résolument d’un romantisme facile, recherchant dans l’exigence du style et des mots une émotion qui ne pouvait naître que de la perfection des formes.

Après avoir brillé dans l’exercice de cette forme de poésie à laquelle il donna ses lettres de noblesse, l’homme se prit, un peu plus tard, d’un grand attachement pour le moyen-âge et ses formes poétiques. De fait, on lui doit d’avoir alors coulé sa plume dans des formes poétiques qui n’étaient plus en usage au XIXe siècle, pour les faire revivre. Et pour son talent autant que pour toutes ses raisons, c’est sans conteste un poète à découvrir ou redécouvrir.

Gringoire
oeuvre en prose de Theodore de Banville

GRINGOIRE:  » Je vais vous dire la Ballade des Pendus, (au Roî, arec orgueil et confidentiellement.) Elle  est de moi. (Naïvement.) C’est une idée que j’ai eue en traversant la forêt du Plessis, où il y avait force gens branchés. On les avait mis là, peut-être, de peur que la rosée du matin ne mouillât leurs semelles »
Gringoire, pièce de théâtre de Théodore de Banville

Cette ballade rebaptisée quelquefois « le verger du roi Louis » mais auquel originellement Théodore de Banville avait donné le titre de « Ballade des Pendus » que nous vous proposons aujourd’hui s’adressait au roi Louis XI (1423-1483), monarque de la fin du moyen-âge que ses contemporains, dès sa mort, s’étaient empressés de décrire comme un roi tyrannique et cruel et que les historiens réhabiliteront partiellement, un peu plus tard dans le temps, en le resituant sa tyrannie dans son époque.

La poésie est tirée d’une pièce de théâtre en un acte de Théodore de Banville appelée Gringoire et que l’auteur avait dédié à Victor Hugo. La scène dont cette ballade est extraite, nous présente un jeune poète miséreux et affamé, Pierre Gringoire, que l’on fait amener de force devant le Roi Louis XI. C’est le même Gringoire que celui de poesie_monde_medievale_pierre_gringore_gringoire_victor_hugo_theodore_de_banville_francois_villonNotre Dame de Paris de Victor Hugo. Le personnage avait été inspiré à ce dernier par un poète réel du moyen-âge tardif : Pierre Gringore (1475-1539).

Ci-contre Portrait de Pierre Gringoire, dessin au Fusain de Gustave Brion (19e siècle)

Dans la scène de la pièce de théâtre, le jongleur se retrouve face au roi, entouré de quelques personnages dont notamment Olivier le Daim, de son vrai nom Olivier Necker, barbier dont le roi s’était entiché et qui avait, par la suite, acquis la réputation d’être un homme perfide et mauvais au point qu’on l’avait quelquefois surnommé Olivier le Diable. On le retrouve dans l’oeuvre Notre Dame de Paris, de Victor Hugo sous le nom d’Olivier le Mauvais.

Dans la pièce « Gringoire », l’homme insistera pour que le poète lise devant le roi, contre le couvert et un peu de pitance, sa dernière ballade qui, semble-t-il, court déjà sur toutes les lèvres. Le poète bien que terrorisé, mais trop affamé pour y résister, finira pas s’exécuter et déclamer devant le roi la terrible ballade. La suite est inattendue, on y découvre Louis XI sous un jour bien différent, loin de sa caricature habituelle. Je ne vous la conterai toutefois pas, car il est largement préférable de la découvrir dans la prose unique et talentueuse de Théodore de Banville. C’est ici, si le coeur vous en dit: Découvrir la pièce de théâtre « Gringoire » de Théodore de Banville.

Dans cette ballade, la référence à François Villon est explicite dans le titre, même si son nom n’est pas cité mais on ne peut s’empêcher de penser à lui, tout au long de la lecture. Théodore de Banville composera d’ailleurs également un dizain dédié à Villon que nous aurons, sans nul doute,  l’occasion de poster ici.

L'arbre aux pendus de Jacques Callot (1592-1635)
L’arbre aux pendus de Jacques Callot (1592-1635), gravure eau-forte extraite de la série les Misères et malheurs de la guerre.

Théodore de Banville par Brassens

brassens_poesie_ballade_forme_poetique_medieval_theodore_banville_vergers_roi_louisGeorge Brassens découvrit cette ballade  de Théodore de Banville et la mit en chanson en 1960. C’est loin d’être une de ses plus connues mais on y retrouve le phrasé impeccable du grand maître de musique sétois et sa manière de se mettre humblement au service du texte, même s’il n’est pas de lui. Bien sûr, cette forme est une ballade dans le plus pur style médiéval et cela ne pouvait que lui plaire puisqu’il n’a jamais caché son goût ni pour Villon, ni pour le moyen-âge, au point de se déclarer même dans un chanson pleine d’humour: « foutrement moyenâgeux ». Brassens chante Banville qui fait une révérence à Villon, voilà encore une histoire de résonance du monde médiéval et de sa poésie, du XIVe siècle à nos jours, avec un détour par le XIXe siècle.


Le verger du Roi Louis

Sur ses larges bras étendus,
La forêt où s’éveille Flore,
A des chapelets de pendus
Que le matin caresse et dore.
Ce bois sombre, où le chêne arbore
Des grappes de fruits inouïs
Même chez le Turc et le Maure,
C’est le verger du roi Louis.

Tous ces pauvres gens morfondus,
Roulant des pensées qu’on ignore,
Dans des tourbillons éperdus
Voltigent, palpitants encore.
Le soleil levant les dévore.
Regardez-les, cieux éblouis,
Danser dans les feux de l’aurore.
C’est le verger du roi Louis.

Ces pendus, du diable entendus,
Appellent des pendus encore.
Tandis qu’aux cieux, d’azur tendus,
Où semble luire un météore,
La rosée en l’air s’évapore,
Un essaim d’oiseaux réjouis
Par-dessus leur tête picore.
C’est le verger du roi Louis.

Prince, il est un bois que décore
Un tas de pendus enfouis
Dans le doux feuillage sonore.
C’est le verger du roi Louis !


En vous souhaitant une belle journée!
Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.