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Une envolée lyrique et satirique d’Alain Chartier au dixième an de son dolent exil

Alain-chartier_poete_auteur-medieval_moyen-age_XVe-siecleSujet : poésie médiévale, poésie morale,  moyen-français, vertus, chevalerie, France médiévale, auteur médiéval
Période : moyen-âge tardif, XVe siècle
Auteur : Alain Chartier (1385(?)-1430)
Ouvrage : L’Espérance ou Consolation des Trois Vertus tirée de  Les Oeuvres de Maistre Alain Chartier (1617)

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, nous partons pour le XVe siècle avec un extrait de « L‘Espérance ou Consolation des Trois Vertus » du poète et écrivain du XVe siècle Alain Chartier.  L’ouvrage est un traité moral et  politique, inspiré de la Consolation de Philosophie du philosophe latin Boèce (480-524), à ceci près que les vertus mises en avant par l’auteur médiéval sont chrétiennes et trempées de Moyen-Age occidental.

L’Espérance ou Consolation des Trois Vertus

Mélange de prose et de vers, L’Espérance ou Consolation des Trois Vertus met en scène un bachelier. Pris dans les filets de la vieille Mélancolie qui l’a enivré à l’aide d’un breuvage soporifique, le personnage songe et verra ainsi défiler, à son chevet, divers travers personnifiés sous les formes les plus monstrueuses : défiance,  désespérance, indignation. Les calamités et disgrâce du temps seront passées en revue, pour finalement mettre le personnage face à trois vertus : Foi, Espérance et Charité. Concernant cette dernière, Alain Chartier n’a pas eu le temps de la traiter puisqu’il a laissé son traité inachevé.

alain-chartier_moyen-Age-tardif_XVe-siecle_poesie-morale-satirique-medievaleEn guise d’extrait, nous partageons ici le prologue de l’ouvrage. La déliquescence du « siècle » reste un thème privilégié dans nombre de poésies morales médiévales et cette poésie n’y déroge pas. Dans une grand envolée lyrique, Chartier encense son amour de la France, tout en faisant le triste constat de la déchéance de cette dernière. Comme d’autres auteurs l’ont fait et le feront avant et après lui, il y déplore aussi la disparition d’une chevalerie des temps passés qui protégeait la France et lui faisait honneur.  L’affaire n’est pas nouvelle et deux siècles après Rutebeuf, un certain moyen-âge littéraire et satirique n’en finira pas de soulever ce thème :

« Valurent miex cil qui ja furent
De seux qu’or sont, et il si durent,
Car ciz siecles est si changiez
Que un leux blans a toz mangiez
Les chevaliers loiaux et preux.
Por ce n’est mais ciz siecles preuz. »

Rutebeuf – Les plaies du monde

Concernant l’exil d’Alain Chartier dont il est question dans cet extrait, il a sans doute débuté autour de 1428 et fait suite à des manoeuvres politiques de Georges Ier de La Trémoille (la Trémouille), grand chambellan et conseiller de Charles VII désireux d’éloigner du roi tous ceux qui pouvaient lui faire de l’ombre (voir Etude sur Alain Chartier de Didier Delaunay, 1876).

poesie-satirique-medievale-Alain-Chartier-exil_Livre-de-l-esperance-Moyen-age-tarfif_XVePour le reste, nous sommes dans la première moitié du XVe siècle  et d’un point de vue linguistique, il s’agit donc de Moyen-Français. Ceux qui ont déjà croisé nos articles sur Michaut Taillevent et son passe-temps ne manqueront pas de trouver d’indéniables similarités stylistiques entre les deux auteurs. Ces dernières expliquent d’ailleurs que leur corpus se soient quelquefois retrouvés mêlés à la défaveur de Michaut Taillevent. Alain Chartier demeure un des auteurs majeurs du XVe siècle et il ne faut donc pas s’étonner que son « aura » ait pu vampiriser le legs de quelques-uns de ses contemporains. Fort heureusement, avec le temps et quelques études sérieuses, les médiévistes y ont mis bon ordre, après coup.

Au dixiesme an de mon dolent exil

« Comment M. Alain Chartier regrette les nobles Chevaliers du temps passé, qui par bonne discipline militaire maintenoient France en liberté, depuis par lascheté mise en souffrance et servitude.

Au dixiesme an de mon dolent exil,
Apres maint dueil et maint mortel peril
Et des dangiers qu’ay jusques cy passez,
Dont j’ai souffert graces à Dieu assez
N’a pas grantment ès chroniques lisoye,
Et és hauts faiz des anciens visoye,
Qui au premier noble France fonderent.
Ceulx en vertus tellement habonderent
Que du pays furent vrais possesseurs,
Et l’ont laissé à leurs bons successeurs,
Qui tant leur moeurs et leurs doctrines creurent
Que leur royaume et leur pouvoir accreurent.
Et se firent honorer et aimer,
Craindre et (re)douter deça et delà mer,
Justes en fais, secourans leurs amis,
Durs aux mauvais, et fiers aux ennemis,
Ardans d’onneur, et hauts entrepreneurs,
Amans vertus, des vices réprimandeurs,
Regnans par droit, heureux et glorieux,
Et contre tous forts et victorieux.

Or ont regné en grant prospérité
Par bien amer justice et équité,
Et ont lessé après mainte victoire
Le pays en paix, en hautesse et en gloire.
Et nos peres, qui devant nous nasquirent,
En ce bon temps durèrent et vesquirent.
Et passerent le cours de leur âge
Seurs* (sûrs) de leur corps, en repos de courage,

Las ! nous chétifs et de male heure nez
Avons esté à naistre destinez I
Quant le hault pris du Royaume dechiet
Et nostre honneur en grief reprouche chiet ;
Qui fut jadis franc, noble et bien heuré,
Or est faict serf, confus et espeuré ;
Et nous fuitifs, exiliez et dispers,
Avons tous maulx esuyez et expers ;
Et tous les jours en douleurs gémissons,
Povres, chassez, à honte vieillissons
Desers, despiz, nuz et desheritez
Pour droit suyvir et amer veritez.
Portans en cueur dur regret et remors
Du temps perdu, pays conquis, amis mors,
En l’avenir que penser ne savons
Fors que petit d’Espérance y avons
Quant nous voyons ainsi France déchoir
Et à nous tous du dechiet* (chute perte) mescheoir* (nous faire du mal).

Je souloye* (j’avais coutume) ma jeunesse aquitter
A Joyeuses escritures dicter :
Or me convient autre ouvrage tisser,
De cueur dolent ne pourroit joye yssir* (sortir),
Paine, paour, pouvreté, perte et doute
Ont assiegé si ma pensée toute
Qu’il n’en saut rien fors que par leur dangier
Ainsi me faut mon sentement changier.
Car en moy n’est Entendement ne sens
D’escrire, fors ainsi comme je sens,
Douleur me fait par ennuy, qui trop dure,
En jeune aage vieillir malgré nature,
Et ne me veult laissier mon droit cours vivre,
Dont par douleur ay commencé ce livre. »

En vous souhaitant une excellente journée.

Frédéric EFFE.
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Les 21e médiévales d’Alby sur Chéran

armoirie_ecu_blason_alby-sur-cheran_Haute-savoie_Auvergne-Rhone-AlpesSujet :  fête médiévale, moyen-âge festif, marché médiéval, compagnies médiévales, animations, campements médiévaux,  Tournoi médiéval, chevalerie, tournoi du  ceinturon d’argent.
Evénement : Les 21eme médiévales l’Alby
Lieu : Alby-sur-Chéran, Haute-Savoie,
Auvergne-Rhône-Alpes
Dates : les 11 et 12 mai 2019

Bonjour à tous,

S_lettrine_moyen_age_passionis entre Annecy et Aix-les-Bains, Alby sur Chéran est un bourg médiéval de charme qui occupait, au moyen-âge, une position hautement stratégique et comptait pas moins de sept châteaux ou maisons fortes. C’est à cette période de l’Histoire que la municipalité, assistée de l’association Alby Médiévales, se propose, chaque année, de ramener ses nombreux visiteurs, à l’occasion de grandes réjouissances médiévales.

Marché médiéval, animations,
spectacles et grand tournoi

-medievales-2019_alby-sur-cheran_haute-savoie_Auvergne-rhone-alpes_marche-animations-tournoi-chevaleriePour cette 21e édition, de nombreuses animations sont au programme et la liste des troupes invitées laisse présager d’un beau divertissement, Entre musiciens, comédiens facétieux, artisans et reconstituteurs, quelques 150 artistes et mesnies de  médiévistes animeront cette médiévale. On pourra y visiter 9 campements à la découverte de la vie au Moyen-âge. Comme à l’habitude, un marché médiéval de plus d’une cinquantaine d’exposants se tiendra aussi sur place et le samedi soir, un banquet médiéval sera suivi d’une grande nocturne avec concert et spectacles.

Compagnies médiévales et artistes présents

L’Ost du Phénix – La Compagnie Dovahkiin – Cie Médiévale de l’Eau d’Hoons – compagnie Cercle de Feu – Jean-Luc Scavino – Les 4 fers en l’air – Les Sans terres de Régordane – Les Voyageurs de Sleipnirsfari – Mesnie de Sabaudia – L.I.R. de Savoie – Brame Farine – De Fil en Epée – Les Loups de Midgard – Futhark – Médiéval War Music – Les Tritons Ripailleurs – Les Goliards – Les Ménestrels de l’Aloète

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Tournoi du Ceinturon d’Argent 2019

L’événement verra aussi se dérouler la seconde étape du Tournoi du Ceinturon d’Argent 2019 dont nous avions déjà parlé à l’occasion du rassemblement médiéval du prince d’Orange  2019. Avec pour cadre le château de Montpon qui leur ouvre exceptionnellement ses portes, 45 participants et compétiteurs répartis dans quatre disciplines martiales inspirées du moyen-âge central à tardif s’affronteront : lices à pied XIIIe siècle, lices à pied XIVe et XVe siècles, archerie et arbalestrie

Page Facebook des médiévales d’Alby-  l’Article sur l’édition 2018 

En vous souhaitant une belle journée.

Fred

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« fabliau » : « une branche d’armes », initiation et faits du chevalier guerrier

poesie_medievale_fabliaux_chevalerie_chevalier_heros_valeurs_guerrieres_moyen-age_XIIIeSujet : poésie médiévale, littérature médiévale, chevalerie, héros, guerrier, fabliau, langue d’oïl, vieux français.
Période : Moyen-âge central, XIIIe siècle.
Auteur : anonyme
Titre : une branche d’Armes
Ouvrage : Jongleurs & Trouvères, d’après les manuscrits de la Bibliothèque du RoiAchille Jubinal, 1835.

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, nous vous invitons à la découverte d’une poésie d’intérêt, en provenance du moyen-âge central. Demeurée anonyme, on la retrouve, en général, classée dans les dits, contes et fabliaux, même si elle reste tout de même assez loin du genre humoristique auquel ces derniers nous ont habitué jusque là.

Loin du chevalier de la lyrique courtoise

Par rapport à son contexte d’émergence, supposément le XIIIe siècle, et en contraste avec certains de nos articles sur les valeurs chevaleresques dans la littérature courtoise, cette pièce assez courte (52 vers) ne met pas l’accent sur le fine amor et le « fine amant » au supplice, pas d’avantage qu’elle ne nous parle de dames  ou de damoizelles inaccessibles. Nous ne sommes pas, non plus, dans les références médiévales en usage, et leur évocation du chevalier à la poursuite des valeurs chrétiennes, ou présenté comme leur digne représentant (à ce sujet et à titre d’exemple plus tardif voir la ballade du bachelier d’armes d’Eustache Deschamps).  Et même si le poète du jour nous dit, dans un de ses vers, que son « gentil bachelier » (1)  « donne tout sans retenir », grande charité qui pourrait tout à fait suffire à elle-seule à le situer dans le cadre chrétien, le propos n’est simplement pas là.

En dehors de tout lyrique courtoise ou de tout combat au compte de la gloire divine, nous sommes mis, ici, face au chevalier tout entier trempé dans les arts de la guerre. Avec une rare puissance évocatrice, cette poésie ne s’intéresse qu’à cela : l’initiation et la genèse du guerrier, sa force incommensurable et surhumaine, et jusqu’à sa vie tout entière vouée à son « art », dans ses faits et ses aventures, comme dans ses loisirs/plaisirs.

Poésie d’initiation guerrière
ou ode au chevalier guerrier mythologique

Presque surgi de la forge, (bercé dans son écu, allaité dans son heaume, engendré par son épée) ce bachelier, féroce et redouté de tous, semble renouer, à travers le temps, avec l’archétype du guerrier-héros mythologique (germain, nordique, celtique). A travers son initiation comme à la faveur des batailles, il est devenu ce combattant hors du commun qui a transcendé ses capacités d’homme et dont les pouvoirs se situent bien au dessus de ceux de ses adversaires et des autres mortels.

poesie_medievale_chevalier_moyen-age_fabliau_heros_guerrier_mythiqueEmpruntant aux animaux des propriétés et qualités que l’anthropologie pourrait qualifier de « totémiques » (l’oeil du guépard, l’agilité du tigre, la force du lion, etc…) ses pouvoirs, galvanisés par son exaltation, confinent presque le magique. Rien qui puisse l’arrêter, il est de toutes les aventures, faisant fuir ses ennemis à sa seule vue, avant de les terrasser, perçant les armures les plus résistantes, sautant par dessus les mers, gravissant les montagnes. Et quand il n’est pas occupé au combat,  même ses loisirs ne sont pas ceux du commun ; il part seul et à pied pour chasser les animaux les plus dangereux (ours, lions, cerfs en rut) et en triompher, tel le guerrier de certaines épreuves initiatiques germaniques (2). Plus loin encore, il fait même ripailles de « pointes d’espées brisiés et fers de glaive à la moustarde » et cette poésie médiévale (peut-être d’ailleurs, non sans humour, sur ce dernier point), s’ancre alors définitivement dans le fantastique.

Aux origines

Dans les Manuscrits : fabliaux, dits et contes du MS Français 837

C’est dans le ce manuscrit ancien, référencé MS Fr 837 ou encore Français 837, conservé à la BnF que l’on peut retrouver cette pièce. Présent sur le site Gallica, cet ouvrage dont nous avons déjà dit un mot ici (voir fabliau le Salut d’Enfer) n’est disponible à la consultation, qu’en noir et blanc.

faits, dits et fabliaux du moyen-âge central. Une branche d'armes, poésie anonyme sur les valeurs guerrières
faits, dits et fabliaux du moyen-âge central. Une branche d’armes, poésie anonyme sur les valeurs guerrières

Sur Gallica toujours, on en trouve encore une version un peu plus lisible (quoique). C’est un fac Similé datant de 1932 par Henri Omont (voir ici Fabliaux, dits et contes en vers français du XIIIe siècle) mais il est lui aussi numérisé en noir et blanc. Aucune trace donc en ligne, pour l’instant, d’une version colorisée de ce manuscrit. De fait, l’image que nous vous proposons ci-dessus, réalisée à partir du manuscrit original (feuillet 222/223), est retravaillée partiellement par nos soins, juste le temps de la nettoyer de quelques tâches disgracieuses et de la traitée pour lui redonner un peu des airs du vélin original. On rêverait bien sûr, de pouvoir un jour accéder à ce précieux manuscrit du moyen-âge et à ses lettrines dans leurs couleurs originales. Ne désespérons pas cela dit, la BnF n’a de  cesse que de poursuivre un travail titanesque sur ses collections qui comprend leur restauration et leur conservation comme leur digitalisation et leur indexation.

Chez les historiens médiévistes du XIXe

Du point de vue de sa publication, on retrouve cette Branche d’armes dans le courant du XIXe siècle, chez Legrand d’Aussy, (Fabliaux ou contes, fables et romans du XIIe et du XIIIe siècle,Tome 1er, 1829). Il en même fournit une traduction partielle tout en nous précisant bien qu’il prend avec le texte quelques libertés (ce à quoi, cela dit, il nous a habitué). Quelque temps après lui, Anatole de Montaiglon et Gaston Raynaud seront, quant à eux, plus laconiques en ne publiant que la version brute (Recueil général et complet Fabliaux des XIIIe et XIVe siècles Tome 2, 1878).

achille_jubinal_jongleur_trouveres_livres_poesie_fabliau_litterature_medievale_moyen-age_centralEntre ses deux versions, en 1835, Achille Jubinal l’avait aussi publié dans son ouvrage Jongleurs & Trouvères, d’après les manuscrits de la Bibliothèque du Roi,  aux côtés de nombre d’autres pièces en provenance du Manuscrit Français 837. C’est du reste chez lui que nous sommes allés la pêcher.

Au passage, pour ceux qui seraient intéressés pour compter cet ouvrage dans leur bibliothèque, les éditions Forgotten Books en proposent toujours une édition brochée. Pour plus d’informations, vous pouvez consulter ce lien : Jongleurs Et Trouvères, Ou Choix de Saluts, Épîtres, Rèveries Et Autres Pièces Légères Des Xiiie Et XIV Siècles (Classic Reprint)

Pour finir ce petit tour d’horizon sur les publications de cette poésie, il faut encore noter que ce texte n’est pas totalement tombé dans l’oubli puisqu’on le retrouve cité dans un certain nombre d’ouvrages de médiévistes autour de la chevalerie. A défaut de compter dans les innombrables productions de son temps autour de la lyrique courtoise, il n’en demeure pas moins qu’elle reste, par certains  de ses aspects, emblématique de l’idéal des chevaliers du moyen-âge, sur le versant le plus guerrier.

Une Branche d’Armes

Qui est li gentis bachelers
Qui d’espée fu engendrez,
Et parmi le hiaume aletiez,
Et dedenz son escu berciez ?
Et de char* (chair) de lyon norris,
Et au grant tonnoirre* (tonnerre) endormis,
Et au visage de dragon,
Yex* (yeux) de liepart, cuer de lyon,
Denz de sengler, isniaus* (agile, prompt) com tygre,
Qui d’un estorbeillon* (tourbillon) s’enyvre,
Et qui fet de son poing maçue ?
Qui cheval et chevalier rue
Jus à la terre comme foudre?
Qui voit plus cler parmi la poudre* (poussière)
Que faucons ne fet la rivière ?
Qui torne ce devant derrière
J. tornoi por son cors déduire,
Ne cuide que riens li puist nuire;
Qui tressaut la mer d’Engleterre
Por une aventure conquerre,
Si fet-il les mons de Mongeu? (Jura, Valais)
Là sont ses festes et si geu* (jeux) ;
Et s’il vient à une bataille,
‘ Ainsi com li vens fet la paille,
Les fet fuire par-devant lui,
Ne ne veut jouster à nului
Fors que du pié fors de l’estrier;
S’abat cheval et chevalier,
Et sovent le crieve par force.
Fer ne fust, platine, n’escorce,
Ne puet contre ses cops durer,
Et puet tant le hiaume endurer
Qu’à dormir ne à sommeillier
Ne li covient autre oreillier;
Ne ne demande autres dragiés* (douceurs, sucreries)
Que pointes d’espées brisiés,
Et fers de glaive à la moustarde :
C’est uns mès qui forment li tarde;
Et haubers desmailliez au poivre.
Et veut la grant poudrière *(poussière) boivre* (boire),
Avoec l’alaine des chevaus,
Et chace* (chasse) par mons et par vaus,
Ours et lyons et cers de ruit* (en rut),
Tout à pié : ce sont si déduit* (ses plaisirs) ;
Et done tout sanz retenir.
Cil doit mult bien terre tenir,
Et maintenir chevalerie, (3)
Que cil dont li hiraus s’escrie :
Qui ne fu ne puns* (de pondre) ne couvez,
Mès ou fiens des chevaus trovez.
S’il savoient à qoi ce monte* (s’il connaissait sa valeur),
Sachiez qu’il li dient grant honte.

Explicit une Branche d’Armes.

Le dernier paragraphe sur les hérauts qui conspuent notre « gentil bachelier » est sujet à interprétation. Selon certains auteurs (Brian Woledge cité par Michel Stanesco, voir note 2) on pourrait voir là une assertion générale, voire presque « sociale » par lequel le poète se distinguerait ici de ses contemporains, en affirmant que la naissance, l’origine, et finalement la noblesse, n’importerait pas dans la détermination des qualités du chevalier, de son mérite  ou de son statut. Ce n’est qu’un avis personnel, mais je me demande si cette partie ne suggérerait pas plutôt que la poésie dresse peut-être le portrait d’un personnage précis ou particulier du temps du poète, (pas forcément réel, d’ailleurs mais peut-être en provenance de la littérature) et que celui-ci ne nomme pas, par jeu ou simplement pour rester dans l’allusion. Avec la question qui ouvre la poésie: « qui est le gentil bachelier ? »,  cela pourrait aussi se tenir.

Pour conclure et pour autant qu’elle ne se complaît pas dans les valeurs courtoises, cette poésie se situe-t-elle totalement, aux antipodes d’une certaine vision médiévale du chevalier ? Comme nous le disions plus haut, sans doute pas. Dans les chroniques ou dans les gestes, il existe aussi des récits épiques de batailles qui encensent les valeurs au combat.  En lisant cette poésie et face à ce guerrier « absolu » et total, on pourrait penser, par exemple, à Nennius et sa référence au légendaire Roi Arthur qui, sur le mont Badon mit, seul, en déroute les saxons, en les poursuivant jusqu’à la fin du jour. D’une certaine façon, les deux versions du chevalier du plus courtois au plus belliqueux peuvent-être conciliables, en admettant que ce dernier ait deux visages, à la cour ou à la bataille, en temps de paix ou en temps de guerre.

Plus près de nous et pour rester dans le cadre médiéval, du côté par de la littérature fantaisie, si l’on doutait encore que le mythe du guerrier dépeint dans cette poésie médiévale perdure, on pourrait évoquer les  pages les plus épiques d’un David Gemmell avec son Druss la légende et sa hache tournoyante au coeur des plus  gigantesques batailles.

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
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(1) Si le terme de bachelier a évolué dans le courant du moyen-âge, il faut le comprendre ici comme un jeune chevalier adoubé ou en passe de l’être. 

(2) voir Jeu d’errance du chevalier médiéval, aspects ludiques de la fonction guerrière dans la littérature du Moyen-âge flamboyant. Michel Stanesco (1988)

(3) « Cil doit mult bien terre tenir, et maintenir chevalerie.« 
Celui là doit être fort capable de tenir une fief, une terre et de porter et défendre les valeurs de la chevalerie.

Agenda : pour sa 52e édition, la Foire-Exposition de Vannes invite le Moyen-âge

agenda_fetes_festival_animations_medievales_moyen-age_festifSujet : agenda, fêtes médiévales, foire-exposition,  artisans, animations médiévales, compagnies, mesnies, tournoi, chevalerie.
Lieu : Expace Chorus, Vannes,  Morbihan,  Bretagne
Date : du 27 septembre au 1er octobre 2018
Nom : Foire-exposition de Vannes
Organisateur : Broceliandeandco

Bonjour à tous,

ien que les fêtes et les agapes autour du monde médiéval aient tout de même un peu tendance à se tasser avec l’effervescence de la rentrée, on notera tout de même, sur l’agenda de la semaine prochaine, la tenue de la Foire-Exposition de Vannes. Pour sa 52eme édition et pour 5 jours complets, les organisateurs de l’événement ont en effet décidé, cette année, de faire du Moyen-Âge leur thème de prédilection.

Au programme de la fête

Campement médiéval, tournois de chevalerie, spectacles, mais encore chants, danses, musiques, fabliaux et farces en provenance directe du moyen-âge, une foule de divertissements et d’animations continus est programmée tout au long de cette foire, pour une immersion garantie. En plus de tout cela, de nombreux ateliers d’initiation ou d’artisanat sont aussi prévus sur les thèmes les plus variés : danse médiévale, gastronomie, hygiène, calligraphie, enluminures, archerie, corderie, réfection et empennage de flèches, travail du cuir, réalisation de cottes de mailles, forge et fonderie, pour ne citer que ceux,là. Au vue des compagnies et mesnies invitées, on pourra encore assurément compter sur quelques copieux échanges de fer croisé et démonstrations de combats à l’ancienne.

La 52eme édition de la foire-exposition de Vannes sur le thème du moyen-âge
La 52eme édition de la foire-exposition de Vannes sur le thème du moyen-âge

Compagnies médiévales et artistes présents (hors artisans)

Compagnie Médiévale de Pontcastel – Compagnie Kouviadenn – Les   Loups de Walpurgis – Les Arpenteurs d’Ymir – Pastourel – Patrick Proust – L’Hermine vagabonde – Daniel III de Pontcastel.

Exposants d’inspiration médiévale

Sur les 250 exposants que comptera cette grande foire et pour faire honneur au thème choisi cette année, un grand espace sera dédié aux artisans d’inspiration médiévale; il devrait compter près d’une trentaine d’entre eux.

Site officiel de la Foire-Exposition de Vannes –  FB de l’événement

Pour le reste, l’histoire ne dit pas si vous y croiserez le Karadoc de la série Kaamelott en train de ripailler mais sait-on jamais ?

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
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Reconstitution historique et moyen-âge festif au Centre Historique Médiéval d’Azincourt

azincourt_bataille_guerre_de_cent_ans_histoire_medieval_centre_historiqueSujet :  centre historique, histoire médiévale, histoire vivante, joutes équestres, escrime ancienne, marché médiéval, reconstitution
Période : moyen-âge tardif, XVe, 1415
Lieu : Centre Historique Médiéval d’Azincourt,
Pas-de-Calais, Hauts-de-France
Evénement : journée médiévale d’Azincourt
Intervenants : combattants, artisans et compagnies médiévales historiques.
Date : Dimanche 22 juillet 2018 (journée)

Bonjour à tous,

C_lettrine_moyen_age_passionette fin de semaine, les amateurs de festivités et de reconstitutions historiques aux couleurs du Moyen-âge qui se tiennent dans le Pas-de-Calais ne manqueront pas de noter le retour des Médiévales du Centre Historique d’Azincourt.

centre_medieval_azincourt_animations_compagnies_medievales_reconstitutions_historiquesComme à chaque édition, c’est à un voyage temporel, au début du XVe siècle que cette journée vous invite et plus précisément en 1415.

Sur le fond, qualité et exigence d’authenticité restent un des cheval de bataille du centre, nous sommes donc bien, ici, dans le champ de l’histoire vivante. Au programme des réjouissances et des divertissements : grand tournoi de chevalerie et joutes équestres, découverte de l’escrime ancienne et de l’archerie, un campement médiéval sera également installé sur site et on pourra encore y assister à de vibrantes scènes de reconstitutions historiques inspirées de la célèbre bataille de la guerre de cent ans qui vit la cuisante défaite de la chevalerie et de la noblesse française contre les archers long anglais.

Pour les emplettes et les grands faims, on pourra aussi trouver sur place des artisans et leurs échoppes, ainsi qu’une taverne.

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Notons que c’est la dernière occasion, pour cette saison 2018, de découvrir le Centre Historique Médiéval d’Azincourt et ses expositions , puisqu’il fermera, suite à cela, pour quelque temps et pour travaux.

Voir tarifs, détails, accès sur le site officiel de l’événement 

Voir article sur l’édition précédenteVoir tous nos articles sur le Centre Historique Médiéval d’Azincourt

En vous souhaitant une belle journée.

Frédéric EFFE
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