Sujet : enluminure, fable médiévale, manuel scolaire, littérature française, littérature médiévale, Marie de France, renard, langue française. Période : de l’Antiquité à nos jours, Moyen Âge. Titre : Terres des Lettres (Français), programme 2026, classes de 5ème, Éditions Nathan.
Bonjour à tous,
n ce mois de rentrée, nous sommes heureux de vous annoncer notre modeste contribution iconographique à un manuel scolaire à destination des collèges. L’ouvrage est issu de la collection des Éditions Nathan intitulée Terre des Lettres. Il est consacré à l’enseignement du français et de la littérature pour les classes de 5e.
Terres des Lettres Français, édition 2026
Pour qui a usé ses fonds de culotte sur les bancs du collège à la toute fin des années 70, les thèmes abordés dans ce manuel scolaire apparaissent particulièrement variés.
Les « classiques » d’antan sont, certes, au rendez-vous. Homère y côtoie Molière, ou encore Jules Verne, Joseph Kessel, Louisa May Alcott et d’autres.
Plus étonnant peut-être, Le Hobbit de Tolkien et certains héros du Seigneur des anneaux y trouvent aussi leur place. Étonnant mais pas forcément déplacé ! De notre côté, nous ne nierons pas les qualités littéraires de l’œuvre du grand JRR. Bien que l’ayant découverte plus tardivement et hors du cadre scolaire, nous l’avons même largement arpentée et relue.
Littérature médiévale et Moyen Âge
Pour ce qui est de la littérature médiévale et du Moyen Âge plus proche des sources historiques, on les trouve également bien représentés dans l’ouvrage.
Chevalerie et courtoisie, poésies variées ou légendes arthuriennes croisent l’indémodable roman de Renard. Rutebeuf y fait même une apparition avec une version écourtée et modernisée de sa complainte. Les fables de Marie de France viennent aussi compléter le tableau.
Enfin, du côté de l’Orient médiéval, la sagesse persane se voit gratifiée d’un large chapitre sur Les Mille et une Nuits que le sage Saadi n’aurait pas désavoué.
Conception et supports pédagogiques
Pour dire un mot de la conception et de la mise en page de ce manuel, elle se signe par un bon nombre d’illustrations et une signalétique soignée sur les objectifs de chaque texte ou exercice.
Des séquences « Art et culture » permettent aussi de varier les supports d’apprentissage, en s’appuyant notamment sur le cinéma. Dans cette même rubrique, on trouvera même un support sur les super héros et Captain America que ne désavouerait sans doute pas un William Blanc (voir sa conférence sur les héros arthuriens et les super héros)
Marvel aurait-il supplanté Steinbeck et ses Raisins de la colère au panthéon des classiques américains ? Heureusement non et l’ouvrage ne s’y limite pas, mais quand je vous dis que nous sommes loin de nos manuels scolaires de la fin des 70’s, en voilà un exemple. Pour plus d’informations sur ce manuel scolaire, nous vous invitons à consulter le lien suivant.
Nous avons réalisé cette illustration à partir de différents manuscrits médiévaux.
Le manuscrit Français 113 (Lancelot en Prose de Robert Boron) et le Français 112.3 (compilation arthurienne de Micheau Gonnot) ont fourni une partie du décor et du paysage. Tous deux sont datés du 15e siècle.
Le renard, à l’arrière-plan, provient du manuscrit médiéval Français 616 ( Le Livre de Chasse de Gaston Phébus et Déduits de la chasse de G de La Buigne). Il est daté du 14e siècle. Le renard au premier plan est l’élément le plus moderne de toute cette illustration. Il provient du Ms 3401 de la Bibliothèque Sainte-Geneviève. Ce codex contient un superbe bestiaire médiéval daté du 16e siècle. Pour la lune et son reflet, elle est également médiévale, mais nous en gardons le secret. Il faut bien préserver un peu de mystère.
En vous souhaitant une belle journée.
Fred Pour Moyenagepassion.com A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes.
Sujet : contes orientaux, fable médiévale, contes, auteur médiéval, Espagne médiévale, poésie morale, contes moraux. Période : Moyen Âge central, XIe & XIIe siècle Auteur : Pierre Alphonse, Petrus Alfonsi, Petrus Alfonsus, Pedro Alfonso, Petrus Alphonsi, (1062-?1110) Ouvrages : Disciplina Clericalis, Discipline du Clergie, Le Castoiement d’un père à son fils.
Bonjour à tous,
ujourd’hui, nous embarquons pour les débuts du XIIe siècle à la découverte d’un nouveau best-seller médiéval : le Disciplina Clericalis et son adaptation en vers et en vieux-français, Le castoiement d’un père à son fils.
Pour débusquer les origines de cet ouvrage à succès du Moyen Âge central, il nous faudra passer les Pyrénées françaises à l’ouest d’Andorre avant d’entrer dans l’Aragonais. C’est là, à Huesca, dans la Province de Saragosse et au cœur de l’Espagne médiévale que l’auteur de notre best seller s’est tenu, entre la fin du XIe siècle et les débuts du XIIe siècle. Il a pour nom Pierre Alphonse (Petrus Alfonsi ou Alfonsus, ou encore Pietro Alfonso) et il se rendit célèbre au moins autant pour son œuvre que pour sa conversion tardive au catholicisme.
De Moïse Sephardi à Petrus Alfonsi
D’origine Juive, Pierre Alphonse embrassa la religion catholique à un âge relativement avancé. Il était alors dans sa quarantième année et plutôt bien implanté et reconnu dans sa communauté locale. Médecin, peut-être même rabbin, cette conversion volontaire ne manqua pas de susciter la désapprobation des siens. Quelques années plus tard, il expliqua et argumenta cette décision dans le Liber adversus Judeos ou Dialogus contra Judaeos connu en français sous le nom de « Dialogue contre les juifs ».
L’ouvrage se présente sous la forme d’un dialogue entre Moïse (l’homme d’avant la conversion) et Petrus, son nouveau moi converti et ayant endossé le prénom de Pierre l’apôtre. Cet essai connut un succès certain au Moyen Âge et alimenta les conversations théologiques opposant le christianisme au judaïsme.
Aujourd’hui, ce n’est pas cet ouvrage de Pierre Alphonse que nous souhaitons aborder mais le Disciplina Clericalis ou l’enseignement des clercs. Moins polémique que le Liber adversus Judeos, il s’agit d’une collection de contes et de récits d’inspiration orientale mais qui eut un grand retentissement dans la littérature médiévale occidentale. De fait, le Disciplina Clericalis est encore considéré, à ce jour, comme une la plus ancienne compilation de contes d’origine orientale en Occident.
Le Disciplina Clericalis et Le Castoiement d’un père à son fils.
Pour comprendre l’émergence de ce célèbre ouvrage médiéval au cœur de l’Aragonais et de l’Espagne des débuts du XIIe siècle, il faut avoir en tête deux ou trois éléments de contexte. Petrus Alfonsi est d’origine séfardi mais il nait et grandit aussi dans une province aux mains d’Al Andalous. Cette dernière ne sera reprise complétement par la reconquista qu’autour de 1118.
Dans la Huesca des débuts du XIIe siècle, les intellectuels espagnols, arabes et juifs se côtoient (voir notre biographie détaillée de Petrus Alfonsi ). La cour d’Aragon est elle-même ouverte à ces influences culturelles même si les échauffourées ne manquent pas entre les provinces aux mains du Califat de Cordoue.
Ce bain multiculturel trempé de littérature orale et écrite orientale a certainement influencé Pierre Alphonse. On sait par ailleurs qu’il a grandi avec les arabes et parle leur langue. Doté d’un bon niveau en latin et d’un excellent bagage en culture orientale, notre auteur était tout indiqué pour adapter cette tradition orientale dans une forme qui puisse séduire les lecteurs et clercs occidentaux d’alors.
Un manuel de savoir-vivre accessible et léger
Le monde arabe et perse, comme l’Europe médiévale du Moyen-Âge central furent particulièrement friands de manuels d’éducation à l’usage des jeunes princes ou nobles appelés à régner. Le Disciplina Clericalis échappe pourtant à ce genre de « Miroir des princes » et ne se réserve pas aux puissants.
L’ouvrage est, certes, rédigé par un savant. Pierre Alphonse est médecin et instruit. On le sait très proche du puissant d’Alphonse Ier d’Aragon dont il fut le médecin. Le souverain parraina aussi la conversion religieuse de notre auteur et, à cette occasion, ce dernier adopta même comme patronyme le prénom de ce dernier (le Alfonsi vient de là). Il a également pu accompagner le roi d’Aragon et de Pampelune dans certains de ses voyages ou de ses campagnes militaires 1.
Au cours de sa vie, on retrouve également Pierre Alphonse médecin à la cour du roi d’Angleterre, c’est dire qu’il côtoie les puissants. Plutôt que de prétendre les éduquer ou les édifier, il fera le choix de destiner son Disciplina Clericalis à l’éducation générale des clercs et des lettrés. Dans ses récits courts, notre auteur se montrera léger, soulignant les aspects moraux sans lourdeur et sans s’appesantir. Ses choix de vocabulaire et le ton choisi permettront aussi de mettre ses contes à la portée de tous ceux en situation de pouvoir les lire.
Au delà du style, la fraîcheur thématique de l’ouvrage a sans doute contribué aussi à son succès. La bonne connaissance des cultures séfardis, perses, arabes, et latines de Pierre Alphonse ont indéniablement contribué à faire de son Disciplina Clericalis un ouvrage novateur original en son temps. Tous les ingrédients étaient donc réunis pour que l’œuvre se propage et devienne une importante référence littéraire médiévale.
Le portrait de Pierre Alphonse sur cette image est tiré du Liber Chronicarum (XVe siècle)
Du latin au vieux-français vernaculaire
Le Disciplina Clericalis propose trente-trois contes ou « exempla » issus de la tradition orientale. L’ouvrage est rédigé en prose dans la langue universelle de l’Europe du Moyen Âge central, le latin. Il sera traduit en vieux français dans le courant du XIII siècle sous son titre original « La Discipline de Clergie« .
Des adaptations en vers seront vouées à un beau succès. Elles apparaîtront à la même période sous le titre « Le Castoiement d’un père à son fils » ou « Chastoiement d’un père à son fils soit « L’instruction d’un père à son fils » ( et non le châtiment que le mot « castoiement » pourrait suggérer). Dans les manuscrits d’époque, on trouvera encore le titre « Les fables Pierre Aufors » pour désigner certaines de ses adaptations versifiées.
Au passage, dans ces versions rimées, la cible s’élargit encore un peu plus de l’instruction du clerc et du lettré, vers l’éducation du père vers son fils. Le manuel de savoir-vivre supplante encore d’autant les miroirs des Princes 2 même s’il en restait éloigné dès le départ.
Influences littéraires médiévales
« Disciplina est un petit livre et pourtant l’influence de ce texte fut considérable en Occident, aussi bien en littérature que dans le domaine pratique du didactisme religieux. » Apparition et disparition du clerc dans Disciplina clericalis, Marie-Jane Pinvidic, le Clerc au Moyen Âge (op cité).
Dans le courant du Moyen Âge et des siècles suivants, on retrouvera des influences directes de l’ouvrage de Pierre Alphonse chez de nombreux auteurs. Jacques de Vitry reprendra un certain nombre de ces contes. On pourra trouver encore des traces de la Disciplina Clericalis dans La Légende Dorée de Jacques de Voragine (Jacobus de Voragine), dans le célèbre roman de Renard, chez Boccace ou encore chez Don Juan Manuel et son comte Lucanor pour ne citer que ces sources.
Du Moyen Âge central au Moyen Âge tardif, les contes de Pierre Alphonse seront aussi repris dans un nombre important de compilations monastiques de fables et contes.
Aux sources manuscrites du Disciplina Clericalis
Les Fables Pierre Aufors dans le MS 12581 de la BnF (à découvrir sur Gallica)
On peut retrouver l’adaptation française en prose ou en vers du Disciplina Clericalis de Petrus Alfonsi dans un nombre important de manuscrits médiévaux des XIIIe au XVe siècles.
Pour notre article du jour, nous avons choisi le français Français 12581 de la BnF. Sur plus de 429 folios, cet ouvrage de la fin du XIIIe siècle présente des pièces très variées. Des chansons de Thibaut de Champagne au Trésor de Brunetto Latini, en passant par des poésies, des fabliaux, le Discipline de clergie de Pierre Alphonse et même encore un traité de fauconnerie.
De son côté, le KBR Museum conserve également le Ms 11043-11044 qui présente une copie de la discipline de clergie de Pierre Alfonse.
Exemple 1, un demi ami dans le Castoiement du père à son fils
Pour présenter le premier conte du Disciplina Clericalis, nous avons choisi l’adaptation en vers tirée du Manuscrit de Augsbourg, le Ms M (cote I. 4. 2° 1, anciennement Maihingen 730). On peut la trouver retranscrite en graphie moderne dans l’ouvrage « Le Castoiement d’un père à son fils, traduction en vers de la Disciplina Clericalis de Petrus Alfonsus » par Michael Roesle (Librairie de la Cour royale de Munich, 1899).
Pierre Alfonse oppose dans ce conte un père et son « demi-ami » aux cent amis de son fils. Ces derniers le sont-ils vraiment ? Pour le savoir, il faudra d’abord les mettre au Pied du mur. La sagesse consiste ici à savoir mettre à l’épreuve ces relations avant de pouvoir les placer sur l’échelle réelle de l’amitié.
Conte 1, Du Preudom qui avoit demi ami (Probatio amicitie)
NB : ce conte nous met face à du vieux-français avec quelques tournures assez particulières. Afin de vous aider à mieux percer cette langue d’oïl du XIIIe siècle, nous avons prévu quelques clefs de vocabulaire.
Uns sages hons (homme)jadis estoit, Quant il sot que fenir devoit, Un sien fil a soi apela, Puis li enquist et demanda: – Fiex, dist il, di moy, quans (combien) amis Tu as en ta vie conquis ? Et chil respont: Mien escient En ai je conquis plus de cent. – Mult l’as, dist li pères, bien fait, Mais je cuit que autrement vait. Ja mar ton ami loeras Devant que esprové l’aras. Mult sui ore anchois (avant) de toi nés, Et si me sui toudis penés (tourmenter) D’amis aquerre et pourcachier (porchacier, rechercher), Nonques (jamais) tant ne peu esploitier (accomplir) Pour rien que je faire peüsse Que un ami entier eüsse. Nonques ne peu tant esploitier Que le peüsse avoir entier.
Et tu, biax fiex, comfaitement (comment en fait) En aves si tost conquis cent? Considera verum amicum! Or fai che que je te dirai, Esprueve, se il sont verai. Pren un veel (veau) ou autre beste, Puis li caupe orendreit (lui coupe aussitôt) le teste, Puis aies un sac apresté Qui soit de sanc ensanglenté De le beste qui ert ens mise, Et appareillie en tele guise Com se che fust uns hons ocis (un homme mort) Que on eüst par dedens mis. A tes amis le porteras Et a cascun par soi diras Que un homme as en murdre (meutre) occis, Dont tu es mult fort entrepris, Car tu nel ses ou enfoïr, Ne tu ne l’oses regehir (avouer, confesser) A nul homme qui soit en terre, Fors lui (à part lui), n’en oses conseil querre, Et il t’ en puet mult bien aidier. Sans che que l’en viegne encombriez (l’en empêcher) Car plus tost ne sera enquis Ne se maisons ne ses pourpris (enceinte). Et se aucuns t’en velt oïr, Et toi et ton mort requeillir, En chelui dois avoir fianche (confiance) Que ch’est tes amis sans doutanche; Tu ne dois ami apeler Qui ne te voira escouter.
Li fiex ensi s’ apareilla Com li pères li enseigna. Le sac a tout le beste prist, Ses amis un et un requist. Li premiers qui parler l’oï, Li dist, tantost fuies de chi (fuyez d’ici instamment); Bien est li sas sor vostre col; Pour bricon (coquin, écervelé) vous tieng et pour fol Qui de tel cose m’aparles. Ne veil estre desiretés, Pris ne raiens pour vostre atrait; Si com vous aves le mal fait, Si soit le paine toute vostre. Par saint Andrieu, le boin apostre, Ja en me maison n’ entreres, Ne vostre mort n’ i enfourres.
N’ i ot onques un seul des cent Qui ne li desist ensement (qui ne lui dit pareillement). Quant il les ot tous ensaiés (essayés, éprouvés), Si est arrière repairiés, (il est donc reparti chez lui) A son père dist que fali Li estoient tout si ami. Dist li pères: Or as apris Che que tu as oï toudis. Que au besoing veïr puet on Qui ses amis est, et qui non. Or va a mon demi ami, Puis le respreuve tout ausi (éprouve-le à son tour): Si sarons que il redira Et combien il nous amera. Et chil si fist tout maintenant.
Tout autresi comme devant. Ot as autres l’ uevre contée L’a a chestui (cestui, l’a à celui-ci) dit et contée; Et chil respont: Biax dous amis, N’ a lieu en trestout mon pourpris Ou vostre mors ne soit celée 3, Ne je n’ai maison si privée; Ne pourquant je vous aiderai Au miex que aidier vous porrai. Dont est en le maison entrés, Tous les autres en a getés (congédiés); Bien a fermée le maison Sor lui et sor son compaignon; Puis prist un picois pour foïr (creuser) Et le mort voloit enfoïr.
Quant chil vit que tant l’en estoit Que le mort enfoïr voloit. Del tout li dist le vérité, Confaitement avoit ovré; Puis prist congié, si s’ en ala Et a son père le conta. – Fiex, dist li père, amis n’est mie Qui a ton besoing ne t’aïe. – Peres, dist li fîex, saves vous Homme el siècle si éurous (eüré, heureux) Qui eüst conquis vraiement Un ami enterinement (entiérement)? Chertes, fait il, ainc (jamais) ne le vi: Mais d’un seul parler en oï Qui a mort se voloit livrer Pour un sien ami delivrer. Pères, dont me dites comment Mult volentiers or i entent.
Voilà pour notre conte du jour, les amis. Il s’agit du premier du Disciplina Clericalis et, ici, du Castoiement d’un Père à son fils. La leçon n’est pas anodine et le prélude en dit toute l’importance. C’est la dernière leçon d’un père sur le déclin à son fils.
Comme toute bonne fable ou poésie morale, le conte de Pierre Alphonse n’a pas pris une ride. Elle pourrait même avoir été rédigée hier. A l’ère du digital, des « bros », des « frérots » et des milliers « d’amis » en ligne, le récit n’en raisonne que plus fort.
Dans le conte suivant, on verra plus encore le degré d’abnégation et d’exigence que sous-tend l’amitié véritable selon Petrus Alfonsi mais ce sera pour une autre fois. Nous avons déjà assez pris de votre attention. 😉
Merci de votre lecture.
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Sujet : légendes arthuriennes, héros arthuriens, roman arthurien, littérature médiévale, médiévalisme. Période : du Moyen Âge au monde moderne Conférences : « Les héros du roman arthurien, d’hier à aujourd’hui » Organisateur : BnF, Paris Dates : du 3 février 2025 au 28 mai 2025 Intervenants : Nathalie Koble, Myriam White-Le Goff, Christine Ferlampin-Acher, Christophe Imperiali.
Bonjour à tous,
e début février à la fin mai 2025, la prestigieuse Bibliothèque Nationale de France et son conservateur Jérôme Chaponneau vous convient à la découverte des légendes arthuriennes, au travers ses héros les plus marquants.
Quatre conférences sur les héros arthuriens
De Merlin à Lancelot, en passant par Perceval et Morgane, ce cycle de quatre conférences vous permettra de suivre l’origine médiévale et les évolutions des célèbres héros arthuriens. Chaque intervention sera conduite par d’éminents universitaires spécialistes de ces questions.
Merlin, Lancelot, Morgane, Perceval, nous les connaissons tous tant le médiévalisme et les productions littéraires, ludiques ou cinématographiques modernes continuent de les mettre à l’honneur ou de les décliner. Pourtant, que savons-nous vraiment d’eux ? D’où viennent-ils ? Comment ont-ils évolué à travers la littérature arthurienne ? Quels visages ont ils pu emprunter du Moyen Âge à nos jours, au long de plus de huit siècles de légendes arthuriennes ?
Voilà les thèmes passionnants que ces conférences de la BnF vous inviteront à aborder. En voici le détail :
Merlin, ou la mémoire du monde. Un prophète d’outre-tombe
Merlin et Blaise dans le Français 749.
D’où vient Merlin l’enchanteur et son personnage ? Entre ombres et lumières, qu’incarne-t-il ? Tout pose question sur ce personnage, jusqu’à sa disparition dans certains récits arthuriens. Ici, la BnF vous invite à découvrir les différents visages de Merlin de sa naissance jusqu’à l’époque moderne.
Conférenciére : Nathalie Koble, professeure de littérature médiévale à l’École normale supérieure. Dates : Lundi 3 Février 2025 : 18h30 -20h00 Lieu : Richelieu – Salle des conférences, 5, rue Vivienne, Paris 2e.
Morgane, entre ambiguïté et polyvalence
Lancelot et Morgane, Français 122
Mystère et fascination entourent la plus sombre des héroïnes arthuriennes. Fée ou sorcière ? Ses apparitions dans les différents récits du roman arthurien peuvent la montrer sous les jours les plus ambivalents. Elle incarne un pouvoir insaisissable et secret. Autant séductrice que dangereuse, le feu qu’elle couve n’est jamais très loin.
Conférenciére : Myriam White-Le Goff, maîtresse de conférences en littérature médiévale à l’université d’Arras. Dates : Lundi 10 Mars 2025 : 18h30 -20h00 Lieu : Petit auditorium François-Mitterrand, Quai François-Mauriac, Paris 13e.
Perceval, héros du roman arthurien
Perceval chevauchant, Français 122
Tantôt naïf, drôle et touchant, tantôt héroïque et valeureux, l’un des plus célèbres chevalier arthurien a traversé le temps, en maintenant sa popularité. La conférence vous invitera à la découverte de Perceval des récits de Chrétien de Troyes à la série Kaamelott d’Alexandre Astier et même d’autres productions hollywoodiennes plus récentes.
Conférencier : Christophe Imperiali, professeur de littérature française à l’université de Neufchâtel. Dates : Lundi 5 Mai 2025 : 18h30 -20h00 Lieu : Petit auditorium François-Mitterrand, Quai François-Mauriac, Paris 13e
Lancelot & ses représentations illustrées
Lancelot au chevet de Guenièvre, Ms Fr 122
Qu’on l’admire ou qu’on soit tenté de le fustiger pour ses trahisons, Lancelot est, sans conteste, le chevalier de la table ronde qui a la fâcheuse tendance d’éclipser ses confrères. Ses talents d’épée et son courage sont aussi légendaires que sa capacité de séduction. Cette conférence vous invitera à la découverte de ses représentations imagées. Elle fournira l’occasion d’un beau voyage au cœur des manuscrits enluminés ou des œuvres illustrées plus modernes issues du roman arthurien.
Conférencière : Christine Ferlampin-Acher, professeure de littérature médiévale à l’université de Lille Dates : Lundi 26 Mai 2025 : 18h30 -20h00 Lieu : Arsenal, 1, rue de Sully, Paris 4e.
Pour assister à ces conférences, nous vous recommandons de réserver sur le site officiel de la BnF.
NB : sur l’image d’en-tête, vous retrouverez une autre enluminure tirée du Manuscrit médiéval Français 122 de la BnF (consultable sur Gallica). L’ouvrage daté de la fin du XIVe siècle contient divers écrits arthuriens dont une copie partielle de Lancelot du Lac, de la Queste du saint Graal et de La Mort Artu. L’enluminure représente le tournoi des chevaliers au chastel du moulin.
En vous souhaitant une très belle journée.
Frédéric Effe Pour moyenagepassion.com A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes
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Sujet : poésie médiévale, poésie satirique, trouvère, bible, moine, moyen-âge chrétien, poésie politique, nostalgie médiévale, langue d’Oïl Période : Moyen Âge central, XIIe, XIIIe siècle Auteur : Guiot de Provins (Provens) (1150 – 12..) Manuscrit ancien : MS français 25405 BnF Ouvrage : La Bible, les Oeuvres de Guiot de Provins, poète lyrique et satirique, John Orr (1915)
Bonjour à tous
ous vous proposons, aujourd’hui, d’avancer sur la poésie satirique médiévale à travers un nouvel extrait de la Bible du trouvère Guiot de Provins. Dans le courant des XIIe et XIIIe siècles, cet ouvrage sans concession ouvre sur un siècle (autrement dit des temps) décrit, par son auteur, comme « puant et horrible ».
D’après ses propres écrits, Guiot a beaucoup voyagé de cour en cour en tant que trouvère dans la France médiévale et au delà même, jusqu’aux croisades. Dans cette première partie de sa vie, il aurait côtoyé de nombreux seigneurs avant de se faire moine. Les conditions et le faste des cours avaient alors changé, peut-être d’ailleurs, sous la pression des croisades successives et de leur impact sur la noblesse. Quoi qu’il en soit, dans sa bible satirique, au long de quelques 2700 vers, Guiot de Provins n’épargna guère ses contemporains, religieux ou civils. Dans les extraits du jour, nous nous intéressons notamment à sa critique des princes et des puissants.
Princes tyrans et puissants dévoyés dans la poésie satirique médiévale
Le Moyen Âge a beaucoup chanté ses princes et ses rois. Dans les cours, on les loue et on les flatte. On leur rédige même quelquefois des chroniques historiques sur mesure. Sur le plan politique, on écrit aussi à leur intention des guides de bonne conduite et des « Miroirs des princes ». On trouvera de tels ouvrages au Moyen-Orient chez des auteurs comme Saadi (voir le Gulistan ou le Boustan) mais ils se répandent aussi en Occident et deviennent très appréciés comme le Livre des Secrets du Pseudo Aristote.
Pendant de cette tendance, les mauvais princes reçoivent aussi leur lot de critiques et la poésie satirique médiévale n’hésitera pas à les égratigner. On pense au Prince de Châtelain, à certaines ballades d’Eustache Deschamps ou encore à des diatribes de Jean Meschinot, entre ses ballades contre Louis IX et ses lunettes des Princes. On pourrait encore ajouter à cette liste, le tyran et sa misérable vie de Pierre d’Ailly et un nombre incomptable d’écrits d’autres auteurs médiévaux.
Dans la veine de ses satires et précédant même certaines d’entre elles, la Bible de Guiot de Provins contient de nombreux vers à l’adresse des mauvais princes. Nous en avions déjà cité quelques-uns dans un article précédent sur sa bible. En voici quelques autres :
Que sont les princes devenus ? extraits de la bible de Guiot de Provins
NB : la langue d’oïl de Guiot de Provins n’est pas toujours simple à déchiffrer. A l’habitude, nous vous fournissons des clefs de vocabulaire pour mieux la transposer en français actuel.
(V 156) Trop est nostre loz au desoz (Trop est notre gloire abaissée): Qui bien nos vorroit jugier toz, Si con (comme) je sais et con je croi, Ja (jamais) n’en eschapperoient troi Que ne fussent dampnei (damner)sens fin, Ou sont li saige, ou sont li prou (les preux) ? S’ils estoient tuit (tous)en un fou (feu), Ja des princes, si con je cuit (cuidier : croire, penser); Mais se li fellon i estoient, Sil qui Dieu voirement ne croient (ceux qui ne croient vraiment en Dieu), Et li villain et li eschars (les avares), molt i aroit des princes ars (de ardoir : brulés); Onques si loaus fous ne fui Qu’il valdroient muez (mieux) cuit que crui (cru de croire, jeu de mot « cru »). A grant tort les appelle on princes : Des estapes (pièges) et des crevices (écrevisse) Font mais empereors et rois. Les Alemans et les Inglois Voi bien des princes esgareiz (égarés), Si voi je les autres aisseiz : Tuit sont esbahi per lou mont (le monceau, la quantité) Des mavais princes qui il ont.
Et chevalier sont esperdu (éperdus, déconcertés) : Sil ont auques (quelque peu) lor tens perdu ; A(r)belestrier, et meneour (mineurs) Et perrier (artilleurs de perrières), et engeneor Seront de or avant plus chier (plus estimés, plus précieux). Encuseor (délateurs) et losangier(beaux parleurs, faux), Sil ont passei (survécu). Et que feront Sil qui lou siecle vëu ont Si vallant con il a estei ? (1) Deus ! con estoient honorei Li saige, li boin vavassour ! (les bons vassaux) Sil furent li consoilloour Qui savoient qu’estoit raison ; Sil consilloient les barons, Sil faisoient les dons doneir Et les riches cors assembler.
(…) Que sont li prince devenu ? Deus ! Que vi je et que voi gié ! (Qu’ai-je vu et que vois-je (à présent)) Mout mallament (lamentablement) some changié : Li siecles fu ja (jadis) biaus et grans Or est de garçons et d’enfans. Li siècles, sachiez voirement (vraiment), Fadrait per amenuisement ; Per amenuisement faudra Et tant per apeticera (rapetisser, diminuer), Qu’uit (huit) homes batront en un for (four) A flaels lou bleif toute jor, (2) Et dui home, voire bien quatre, Se poront en un pout (pot) combatre. Iteils li siecles devenra (tels les temps deviendront), Sachier de voir ceu avenra : As princes le poez veoir, Et k’on ne doit prisier avoir Don l’on ne fait honor ne bien.
Tout est mais perdeu, ne vaut rien : Trop est li sicles vis et oirs (trop sont les temps vils et ignobles). Certes, je voldroie estre mors Quant me membre (me souviens) des boins barons, Et de lors fais et de lor nons, Et des haus princes honoreiz Qui tuit sont mort. Or esgardez Quels eschainges nos en avons (ce qui nous avons en retour), Que argens est devenus plons ! Trop belle oevre fait on d’argent ; Aï ! Bieu sire Deus, coment Seme prodon (homme honorable honnête) mavais grainne ? – Molt est l’aventure vilainne (triste, affligeante).
(1) Et que feront Sil qui lou siecle vëu ont Si vallant con il a estei : et qu »adviendra-t-il de ceux qui ont été témoin des temps de grande valeur du passé. (2)Qu’uit homes batront en un for a flaels lou bleif toute jor : qu’il faudra à huit hommes en un four toute une journée pour battre le blé au fléau.
Aux Sources manuscrites de la Bible de Guiot de Provins
On peut trouver la bible de Guiot de Provins dans un certain nombre de manuscrit médiévaux dont le MS Français 25405 de la BnF (voir sur Gallica). Ce manuscrit, daté du XIIIe siècle, contient le texte satirique du trouvère dans son entier. De nombreux autres manuscrits du Moyen Âge n’en propose qu’un partie. C’est notamment le cas du manuscrit médiéval enluminé Ms-5201 de la bibliothèque de l’Arsenal (image ci-dessous).
Nostalgie médiévale et héros du passé
Avec quelques réserves sur les définitions, une forme de nostalgie traverse la littérature médiévale, sous la plume de ses esprits les plus lettrés. Le Moyen Âge a bien eu ses héros antiques ou plus contemporains, mais à peine reconnus et salués, il semble à peu près tous lui avoir filé entre les doigts pour ne laisser place qu’à un grand vide : Alexandre le Grand, Charlemagne et Roland ou encore Arthur de Bretagne et, avec lui, les glorieuses heures de la chevalerie de Chrétien de Troyes font partie des figures souvent évoquées. Tous ces noms ont largement inspiré les plus grands auteurs et poètes des Moyen Âge central à tardif, mais souvent comme les spectres regrettés d’un temps à jamais enfui et dont on déplorait la perte.
Les célèbres Neiges d’Antan de Villon sont un autre signe de cette nostalgie, comme sa ballade un peu moins connue sur les seigneurs du temps jadis : « Mais où est le preux Charlemagne? ». Toutefois, François de Montcorbier est loin d’être le seul à avoir évoqué les illustres personnages du passé et cette idée d’une grandeur révolue. Les poésies lyriques et satiriques médiévales sont pétries de références de cette sorte.
Bien sûr, le Moyen Âge a su aussi rendre hommage et louer ses héros en leur temps, les Duguesclin, les Bayard ou les Jeanne d’Arc. Pourtant, cette nostalgie des grands disparus chantée par tant d’auteurs et, avec elle, le constat de valeurs en perdition, ne peut que frapper celui qui s’aventure dans les méandres de la littérature médiévale, et notamment celle des XIIIe au XVe siècles.
Idéal de perfection morale et valeurs en sursis
Pour être des siècles reconnus généralement comme ceux de l’épanouissement du Moyen Âge chrétien et du catholicisme, il demeure étonnant de voir combien l’actualisation des valeurs morales chrétiennes fait justement problème pour de nombreux auteurs moraux ou satiriques médiévaux. On pourrait d’ailleurs y ajouter les fabliaux et leur moquerie de la gente religieuse.
Dans ce constat d’un temps glorieux révolu, les petits hommes et leur mesquinerie ont supplanté les « preudons », même chez les puissants. Convoitise, avidité, soif de pouvoir et de possession ont gâté les valeurs d’antan et la morale chrétienne des origines. On invoque alors souvent la mémoire des grands du passé pour mieux souligner les bassesses des hommes du présent et leur peu de hauteur morale. Chez Guiot de Provins, les temps rapetissent et les hommes deviennent des enfants.
Nostalgie des valeurs en fuite, constat de princes qui n’en sont plus tout à fait et de valeurs chevaleresques à jamais enfuies. Tout se passe comme si un certain Moyen Âge n’aura cessé de courir après son ombre dans une quête nostalgique de perfection (chevaleresque, chrétienne et peut-être même christique) condamnée à n’être plus jamais atteinte. Bien sûr, c’est sûrement parce que ces valeurs là (et leur idéal) étaient si actuelles dans les mentalités médiévales qu’elles ont servi d’étalon pour juger d’un présent qui, sous la plume des auteurs satiriques ou les poètes, se montre assez rarement à la hauteur des exigences philosophiques et morales de la société d’alors. Mais le constat est là, le Moyen Âge porte déjà en lui et à travers ses auteurs, une forme de nostalgie de ses propres origines.
Pour conclure, précisons que dans le cas de Guiot de Provins, les références ne sont pas toujours si lointaines et abstraites. Le trouvère parle, en effet, de mémoire et sa bible étale aussi de longue litanie de nobles et princes médiévaux dont certains qu’il a pu côtoyer. Il est d’ailleurs d’autant déçu par ses contemporains qu’il dit avoir connu ou entendu parler de tels grands hommes :
Les rois et les empereors Et ceaus dont j’ai oï parler Ne vuel je pas tous ci nomer ; Mais ces princes ai je vëus, Por ceu sui je si esperdus Et abahis, ce n’est pas gais. (…) La mort nos coite et esperonne ; Trop m’ait tolut de mes amis.
En vous souhaitant une belle journée.
Frédéric EFFE Pour moyenagepassion.com A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes.