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Tournoi Médiéval et Béhourd au Palais du Tau de Reims, site historique d’exception

behourd_art_martial_combat_arme_armure_reconstitution_historique_tournoi_chevalerie_joute_medieval_moyen-ageSujet: Béhourd, combat,tournoi, armes et armures anciennes,chevalerie, art martial médiéval, , reconstitution historique, lieux d’intérêt.
Période: moyen-âge central à tardif
Evénement : Tournoi Médiéval au Palais du Tau
Lieu  : Reims ( Marne, Grand Est)
Date : Samedi 17 juin 2017
Organisateurs : Fédération française de Béhourd Centre des monuments nationaux.

Bonjour à tous,

C_lettrine_moyen_age_passione samedi, le Palais archiépiscopal du Tau à Reims accueille, dans sa cour d’honneur, douze équipes venues de la France entière pour un Tournoi de Béhourd exceptionnel. Au programme, charges en armures et fers croisés, durant un après-midi complet, les preux combattants s’affronteront en  mêlée de 5 VS 5.

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Quand Béhourd & combat médiéval
riment avec patrimoine

O_lettrine_moyen_age_passionrganisée et encadrée par la Fédération Française de Béhourd, pour le Centre des monuments nationaux, l’objectif de l’événement est à la fois de livrer un grand spectacle de combat à l’arme ancienne, tout en valorisant le cadre historique et deco_medievale_epeepatrimonial du somptueux Palais du Tau.

L’idée est, à tous points de vue, excellente et en plus de ravir le public, elle ne peut que séduire également les pratiquants de Béhourd qui sont, en général, aussi enthousiastes à l’idée d’en découdre qu’ils sont férus et passionnés de moyen-âge et de lieux chargés d’Histoire.

Avant d’aller plus loin et si vous souhaitez plus d’information sur cet art martial qui fait revivre les combats anciens en armures et armes d’époque (très précisément reconstituées), nous vous invitons à lire cet article: Sylvain Tape-dur et la passion du Béhourd. (au passage, comme Sylvain fait partie de l’équipe des hommes du Nord qui se trouvera sur place et qu’il contribue lui aussi sur place à Reims, ce samedi).

behourd_combat_medieval_armures_armes_anciennes_moyen-age_tournoi_Reims_Palais_monument_patrimoine

Le Palau du Tau,
haut lieu de l’Histoire de France

A_lettrine_moyen_age_passionccolé à la belle cathédrale gothique, le Palais du Tau  fut, depuis le haut moyen-âge et dès le Ve siècle, le lieu de résidence des évêques et archevêques de Reims.

La présence de la Sainte Ampoule, relique hautement sacrée dont la légende conte qu’une colombe l’apporta du ciel à Saint-Rémi afin qu’il l’utilisa lors de la cérémonie de baptême de Clovis, célèbre premier roi Franc chrétien et personnage mythique de l’histoire de France, tout cela, associé à la puissance politique de l’archevêché de bapteme_clovis_reims_haut_moyen-age_cathedrale_sacre_roi_de_franceReims, a fait de l’endroit, un lieu d’exception et de grande importance historique depuis le haut moyen-âge mais peut-être plus encore, depuis le moyen-âge central.

(ci-contre, détail,
le Baptême de Clovis,
Jean Alaux, 1825) 

De fait, à partir du XIe siècle, le Palais du Tau a également fait office de résidence royale, puisque durant 800 ans, de Henri 1er en 1027 à Charles X en 1825, la cathédrale est devenue le lieu officiel du Sacre des monarques français. A quelques rares exceptions près, le Palais a ainsi vu la grande majorité d’entre eux y célébrer leur couronnement.

1179, Sacre de Philippe-Auguste à Reims - Grandes Chroniques de France par Jean Fouquet, XVe, BnF MS Français 6465
1179, Sacre de Philippe-Auguste à Reims – Grandes Chroniques de France par Jean Fouquet, XVe, BnF MS Français 6465

A_lettrine_moyen_age_passionu fil des siècles. l’ensemble du site qui héberge le Palais du Tau et la cathédrale a été l’objet de nombreux aménagements, rénovations, et reconstructions. L’eau a coulé sous les ponts depuis la première cathédrale du Ve siècle qui vit se baptiser de Clovis, jusqu’à l’actuelle, et le palais lui-même a connu de profondes transformations architecturales, passant du roman au gothique flamboyant du XVe siècle, pour finir par se fixer dans une forme classique dans le courant du XVIIe siècle.

Son histoire architecturale ne s’arrête pas là puisqu’il a été encore l’objet d’une campagne de restauration au début du XIXe, à l’occasion du Sacre de Charles X. Près d’un demi-siècle plus tard, en 1860, le célèbre architecte Eugène Viollet-Le-Duc mettra lui-même la main à la pâte en restaurant une partie du bâtiment. Par la suite, fortement endommagé par les bombardements de la première guerre palais_du_tau_reims_monument_historique_patrimoine_national_residence_royale_moyen-age_centralmondiale, comme le fut aussi la cathédrale, le palais connut, au milieu de XXe siècle, un autre vaste de chantier de reconstruction.

Il est, depuis 1907, classé monuments historiques et se trouve également inscrit, depuis 1991 au patrimoine mondial de l’UNESCO, tout comme la cathédrale.

Ce samedi, c’est donc dans la cour du palais, contemplés par plus de mille cinq cent ans d’Histoire et sous le regard de toute la royauté française passée, que nos valeureux combattants et guerriers du Béhourd, presque mais pas tout à fait tout droit sortis du moyen-âge, puisqu’ils sont bien de notre temps, croiseront vaillamment le fer, le temps d’un tournoi épique.

Pour les Informations, tarifs et détails pratiques sur l’événement, rendez-vous sur le site web du centre des monuments nationaux.

En vous souhaitant une merveilleuse journée et une excellente fin de semaine !

Fred
Pour moyenagepassion.com

« Pardonnez-moi, Prince, si je
s
uis foutrement moyenâgeux. »

Georges Brasssens – Le moyenâgeux –  1966

Tout savoir sur les premiers châteaux forts et sur les mottes castrales, l’index des trois épisodes

donjon_motte_castrale_video_documentaire_histoire_medievaleSujet : motte castrale, motte féodale, monde médiéval, monde féodal, châteaux à motte, château fort, reconstitution historique
Période : XIIe (1150), moyen-âge central
Média : chaîne youtube, vidéo, documentaire
Date de mise en ligne : 2016
Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous faisons un petit post aujourd’hui pour publier en un seul article, les liens vers les trois vidéo-épisodes réalisés sur le thème des châteaux forts de terre et de bois que sont les mottes castrales.  Si vous avez manqué les articles précédents sur la question, dans ces vidéos documentaires, nous abordons  de manière ludique mais sourcée et réaliste, l’histoire de ces installations féodales et défensives, en nous appuyant sur ce que l’Histoire autant que l’archéologie médiévale nous en apprend.

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Les trois épisodes  visent donc à aborder, de manière détaillée, l’histoire de ces constructions défensives particulières, le contexte historique de leur apparition, ainsi que leurs différentes composantes. Les vidéos se présentent toutes sous forme de balades virtuelles commentées, à l’intérieur d’un monde 3D que nous avons construit pour l’occasion. Elles totalisent une durée légèrement supérieure à 1h30 de visionnage et sont d’accès totalement gratuit sur notre chaîne youtube.

Encore une fois, même si le pari est celui de l’accessibilité et du divertissement, du point de vue des références, vous y croiserez de nombreux auteurs sur ces sujets (Eugène Viollet le Duc, Lambert d’Ardres, Michel Bur, Jean Mesqui, etc…) mais aussi des bâtiments ou architecture caractéristiques de l’an mil et des siècles suivants, reconstitués pour l’occasion.

Episode 1.
L’apparition des mottes castrales, contexte historique, topographie et généralités

Sujets abordés:  l’an mil, les invasions, la naissance du monde féodal, et la structure du pouvoir féodal, architecture général défensive.

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Episode 2.
La basse-cour et ses bâtiments

Sujets abordés: justice, duel judiciaire, religion, agriculture, artisanat et mode de vie médiéval, la basse cour du château-fort.

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Episode 3.
Le donjon, coeur du pouvoir féodal.

Sujets abordés:  agencement du donjon, fonctions défensives, militaires, religieuses, lieu de vie, la haute-cour.moyen_age_video_documentaire_chateaux_fort_mottes_castrales_monde_medieval_donjon_logis_seugneurial_youtube

En vous souhaitant une très belle journée et un bon visionnage de ces vidéo-documentaires, si vous ne les avez pas encore vus.

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes

A la découverte des mottes castrales, épisode 3 : Donjon, Logis du seigneur & Haute-cour, le coeur du pouvoir féodal

donjon_motte_castrale_video_documentaire_histoire_medievaleSujet : mottes castrales, archéologie médiévale, château à mottes, vie médiévale, monde féodal, architecture défensive.
Période : XIIe (1150), moyen-âge central
Média : vidéo, documentaire,  monde 3D, médiéval engineers
Auteur :
votre serviteur
Titre :
 A la découverte des mottes castrales épisode 3

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, nous avons le plaisir de publier le troisième épisode de nos vidéos consacrées aux mottes castrales et aux châteaux forts de terre et de bois du moyen-âge central.

Après avoir vu le contexte historique et la topologie des lieux dans le premier épisode, les composantes de la basse-cour dans le second, il s’agit, dans celui-ci, de découvrir la haute-cour. Lieu de vie privilégié du seigneur, cette dernière est le coeur véritable du pouvoir féodal et, finalement, le point autour duquel gravite tout le petit monde du château à motte. Pour terminer cette série de vidéo, nous approchons donc ses bâtiments et montons  à l’assaut de la butte, pour y découvrir le donjon et le logis du maître des lieux.

« Reconstituer » l’architecture de bois défensive du moyen-âge central

D_lettrine_moyen_age_passionu point de vue reconstitution, il faut ici préciser quelques petites choses. Le moyen-âge central des XI et XIIe siècle ne nous a pas laissé des myriades de documents sur l’architecture de bois et sur les mottes. L’archéologie médiévale est venue à son secours depuis, mais il faut bien être conscient de plusieurs éléments:

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  • Le second élément est que les terrains de construction des mottes et leur butte quand ils n’ont pas été simplement abandonnés à la faveur de lieux plus propices que l’architecture de pierre et sa solidité ont, par la suite, permis de conquérir, ont accueillis, dans un certain nombre de cas, des châteaux de pierre. Quand cela s’est trouvé, on assiste alors souvent à un empilement sur les mêmes terrain des vestiges d’habitation et des traces, au fil des siècles, qui complique d’autant le travail de l’archéologue et la mise à jour de découvertes « claires ». Quand bien même, celles-ci ne donnent souvent que l’affectation des premiers niveaux d’habitations et peu d’éléments sur ce qui pouvait se trouver dans les étages, quand il y en avait.

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Tout cela étant dit, et même si en croisant toutes les données, on a quand même fini par avoir une bonne idée de la conformation générale de certains de ces châteaux de terre et de bois, les détails concernant l’agencement précis de leurs bâtiments, la disposition de leurs pièces, de leurs étages et leur affectation, restent souvent une énigme à trous. Reconstituer, dans ce contexte, consiste donc à user des éléments en présence, mais aussi de son imagination, en essayant de se replacer dans le contexte de l’époque et la réalité du monde féodal des XIe et XIIe siècles. Pour rappel nous avons choisi pour ces trois vidéo-documentaire de nous situer vers le milieu du XIIe siècle (1150 – 1170).

Les Chroniques de Lambert Curé d’Ardre

C_lettrine_moyen_age_passion‘est un document qui est longtemps resté en marge de l’Histoire mais que l’on a redécouvert par la suite, et dont on a su tirer partie. On doit notamment à ce Lambert, curé d’Ardre une description d’un logis de seigneur de bois assez sophistiqué et complexe. Michel Bur nous la résume dans son article sur les châteaux fort (encyclopédie Universalis) mais l’on peut  également retrouver la source de ces chroniques en fouillant un peu. L’ouvrage original, qui date de 1170, est en latin mais on en trouve des traductions en vieux-français.

chronique_de_lambert_dardrePour autant, et même si l’on peut considérer la grande valeur de ce document pour les précisions qu’il nous donne, c’est en chroniqueur témoin « émerveillé » que le curé d’Ardre nous décrit cette grande bâtisse de bois. Ce n’est pas en maître d’oeuvre, et il n’en donne aucun plan, pas plus qu’il n’en fait la monographie précise. Le document se résume à un peu moins d’un page et on ne peut considérer qu’il soit exhaustif sur l’ensemble des fonctionnalités que l’on trouve dans ce bâtiment. Entre autre chose, on ne trouve rien sur l’hygiène, d’éventuelles pièces dédiées aux bains, toilettes, Il n’y a pas non plus mention d’installations défensives de type hourd ou même de précisions sur d’éventuels accès défensifs élevés sur le toit. Et si, à l’évidence, notre curé d’Ardre, connait suffisamment le logis du seigneur, pour savoir qu’il comporte un « lieu tenu secret » réservé aux malades, il confesse aussi que c’est un labyrinthe et il faut bien en déduire que sa description se limite donc à ce qu’il en sait et qu’on a bien voulu lui montrer.

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Dans ce contexte, sans doute satisfaisant pour l’Historien mais qui reste un peu flou pour le « reconstituteur » , nous avons utilisé les grandes fonctionnalités décrites par notre Lambert, pour les agencer, en quelque sorte, à notre manière, et les faire entrer dans notre tour maîtresse ou notre grand donjon de bois. Comme nous l’indiquons dans ce vidéo documentaire, le logis seigneurial qu’il nous décrit ne semble pas être un tour, mais plutôt une grande bâtisse.

Composantes « psychologiques » de l’architecture médiévale défensive

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De Lambert, curé d’Ardre à Eugène Viollet le Duc

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour le reste et aux sources de notre inspiration, nous faisons encore ici appel à Eugène Viollet le Duc et son incontournable article sur les châteaux tiré du Dictionnaire raisonné d’architecture médiévale. En croisant cette source avec la chronique du curé d’Ardre, nous recoupons cette idée d’habitation du seigneur franc qui passe sa vie avec mais surtout, sur ses gardes, (passez-moi le jeu de mots) et qui organise tout autour de lui, sa propre défense. Cette idée de labyrinthe dans laquelle la « défiance » devient une composante de l’architecture est une des sources importante de cette « reconstitution » à la croisée des possibles. Voici video_documentaire_chateau_fort_monde_medieval_dictionnaire_raisonne_architecture_eugene_viollet_le_ducdans le texte, les deux extraits qui nous ont inspiré sur le fond. Nous les citons dans la vidéo, mais il est naturel qu’ils trouvent aussi leur place dans cet article:

 » Retiré dans son donjon avec sa famille et quelques compagnons, la plupart ses parents moins riches que lui, il ne pouvait être assuré que ses hommes d’armes, dont le service était temporaire, séduits par les promesses de quelque voisin, n’ouvriraient pas les portes de son château à une troupe ennemie. Cette étrange existence de la noblesse féodale justifie ce système de défiance dont ses habitations ont conservé l’empreinte.

(…) Le château français ne s’élève qu’en vue de la garde du domaine féodal ; son assiette est choisie de façon à le protéger seul ; ses dispositions intérieures sont compliquées, étroites, accusant l’habitation autant que la défense ; elles indiquent la recherche d’hommes réunis en petit nombre, dont toutes les facultés intellectuelles sont préoccupées d’une seule pensée, celle de la défense personnelle. »

Eugène VIOLLET LE DUC,
Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle (1868)

________________________

« ledict Arnoul (seigneur d’Ardre) fist faire et ediffier en son chastiau et forteresse d’Ardre une maison de bois et d’aultres matieres, faicte par grand artifice et maniere, et qui excedoit en beaulté les aultres maisons que pour lors estoient au pais de Flandres. (…) et de ceste maison en fist ung lieu semblable à ung aultre labirinthe, et dont l’on ne scavoit trouver l’entrée ne l’issue. »

Chronique de Guines et d’Ardre / par Lambert, curé d’Ardre (1170)

Les autres sources d’inspiration

Au titre des références, nous devons encore quelques éléments empruntés à Jean Mesqui et encore d’autres petites choses connues de tous, mais qu’il nous a cru bon de devoir rappeler, entre autre le fonctionnement de l’ost médiéval, avant que les armées royales ne se professionnalisent.

Eléments techniques sur la réalisation

C_lettrine_moyen_age_passionomme pour les vidéos précédentes et pour la réalisation de ce monde 3D, nous avons encore opté pour le moteur du jeu Medieval Engineers. Il n’est pas
impossible que nous soyons amenés à réviser ce medieval_engineers_jeu_video_logo_construction_châteauxchoix, dans le futur, au vue des nombreux déboires occasionnés.  Nous en dirons un mot plus détaillé dans un prochain article.

Voilà, mes amis, tout cela étant dit, nous espérons que vous apprécierez cette dernière vidéo publiée et que vous en tirerez quelques informations utiles, sur ce monde médiéval qui nous est si cher. Si toutefois, vous aviez manqué les premiers épisodes ce cette série sur les mottes castrales, voici les liens vous permettant de les voir :

Tout savoir sur les mottes  castrales: épisode 1 : contexte historique

Tout savoir sur les mottes  castrales: épisode 2 : la basse-cour

En vous souhaitant une très belle journée.
Frédéric EFFE.
Pour moyenagepassion.com.
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.

Tout savoir sur les mottes castrales épisode 1 et 2, galerie d’images

donjon_motte_castrale_video_documentaire_histoire_medievaleSujet : châteaux à mottes, mottes castrales, châteaux forts anciens, histoire médiévale, architecture défensive, invasions vikings et barbares
Période : moyen-âge central
Média : vidéo-documentaire, images,
Réalisation: votre serviteur

Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous partageons une nouvelle petite galerie d’images issues des vidéos documentaires que nous avons réalisé sur l’histoire des mottes castrales et dont les deux premiers épisodes sont déjà sortis.

Episode I. Contexte historique et émergence des mottes castrales

Durée : 26 minutes
Sujet abordés
: le contexte historique et la France de l’an Mil, les invasions barbares, naissance de la féodalité, quelques généralités sur les mottes castrales, les abords du châteaux à mottes, la topographie des lieux et les découvertes de ‘archéologie médiévale.

Lien vers la vidéo de l’épisode 1 ici 

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La France des invasions  et l’éclatement de l’empire carolingien
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Le gibet ou la fourche patibulaire: marque de la justice féodale du seigneur
video_mottes_castrales_medievale_basse_cour_artisanat_agriculture_religion_vie_moyen-age
Aperçu de la basse cour de la motte qui de structure défensive deviendra peut-être un village
Des références à l'incontournable Archéologie médiévale avec Michel Bur, Michel de Boüard, Eugène Viollet le Duc
Des références à l’incontournable Archéologie médiévale avec Michel Bur, Michel de Boüard, Eugène Viollet le Duc

Episode II. La basse-cour du château à mottes

Durée : 40 minutes
Sujets Abordés
: architecture défensive, agriculture, élevage, artisanat, conservation, religion, justice, et vie médiévale dans la basse-cour d’une motte castrale.
Lien vers la vidéo de l’épisode 2 ici 

Quelques unes des  références archéologiques et historiques tirées de la vidéo et que vous pourrez y retrouver:

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Les portes du château à mottes et leur fortification en « compagnie » de Jean Mesqui
video_mottes_castrales_basse_cour_chateau_fort_ancien_grange_mayson_paysanne_an_1000_charavines_paladru_moyen-age
Une grange d’élevage de l’an Mil, inspirée des fouilles de Charavines et du Lac de Paladru
video_mottes_castrales_chateau_fort_basse_cour_tabletterie_archeologie_medievale_boves_vie_quotidienne_moyen-age
L’artisanat de Tabletterie avec les travaux et les découvertes de la motte castrale de Boves
video_mottes_castrales_chateau_fort_justice_medievale_duel_judiciaire_moyen-age
Le duel judiciaire au XIe siècle, une forme de justice médiévale avec un montage d’illustration de Talhoffer et les lumières de Bruno Lemesle
video_mottes_castrales_basse_fond_de_cabane_moyen-age
A la découverte des fonds de cabanes du haut moyen-âge
video_mottes_castrales_basse_cour_grenier_silo_sureleve_moyen-age
Conservation au moyen-âge: grenier surélevé (ici inspirés de leur version norvégienne) et silos enfouis
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Un petit lavoir dans une motte castrale où l’eau seule peut sauver du feu qui menace

L’épisode 3 sur la haute cour et le donjon est en cours de post-production.

Une excellente journée à tous!
Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes

Tout savoir sur les mottes castrales (ou presque): l’épisode vidéo 1 enfin en ligne!

donjon_motte_castrale_video_documentaire_histoire_medievaleSujet : motte castrale, motte féodale, monde médiéval, monde féodal, châteaux à motte, château fort, reconstitution historique
Média : chaîne youtube, vidéo, documentaire
Date de mise en ligne : 14 juillet 2016
Auteur : votre serviteur.

Tout savoir sur les mottes castrales  (ep1)

Bonjour à tous,

L_lettrine_moyen_age_passione premier épisode vidéo de notre série sur les mottes castrales vient enfin d’être publié. La post-production a pris un peu plus longtemps qu’à l’habituel mais l’idée était de donner de la vie et même de l’humour à ce qui finalement a pris la forme d’une vidéo entre la conférence un peu éducative (j’aime à l’espérer en tout cas. :p ) et la ballade médiévale. Quoiqu’il en soit, nous espérons que vous apprécierez. Il y a, derrière chateaux_motte_invasions_moyen-age_monde_medieval_cavalier_hongroistout cela, plus de 250 heures de travail entre les lectures, les recherches, la réalisation du monde 3D, et bien sûr la post-production vidéo.

Au niveau contenu, on peut retrouver dans cette vidéo tous les thèmes abordés à l’occasion de nos différents articles sur la question : le contexte historique, le monde féodal et les invasions « barbares », les conditions d’émergence des châteaux  à motte, etc. Les références historiques et archéologiques y sont nombreuses avec notamment un hommage appuyé aux nobles historiens et archéologues qui dédient leur vie à la recherche de notre histoire et à l’archéologie médiévale de l’école de Caen.

Pour le reste, il nous semblait qu’un tel sujet souvent traité en introduction en quelques minutes quand on parle de l’Histoire des châteaux méritait un peu plus de durée et de détails surtout. Il existe quelques vidéos sur les mottes castrales et leur reconstitution mais elles durent en général moins de deux minutes montre en main. Alors au final des trois épisodes, on ne saura peut-être pas tout mais j’espère au moins que l’on en saura un peu plus.

Les invasions vikings du moyen-âge et leurs visées commerciales mais pas uniquement.

A la croisée des possibles

L_lettrine_moyen_age_passion‘exercice de réunir dans un monde fictif des éléments sus et connus du moyen-âge pour en faire ressentir et vibrer l’Histoire est toujours un peu périlleux. Et même si la tentation du Lyrisme de Georges Duby est louable, au carrefour des possibles reconstitués la frontière est quelquefois glissante. Bref, la prétention d’effleurer quelques vérités est déjà suffisamment grande pour en rajouter, j’espère que vous y trouverez de l’intérêt.

video_moyen-age_invasion_viking_histoire_chateau_fort_motte_castraleIl n’y a, au fond, plus grande chose que d’éveiller les curiosités et de susciter les débats. Alors n’hésitez pas, tout commentaire, remarques ou questions sont les bienvenus.Voilà, cela étant dit, je vous en laisse juger. Pour partager le lien vers la vidéo vous pouvez utiliser le lien de l’article, sinon le lien direct vers la vidéo est ici.

De notre côté, nous nous recollons sur le montage du deuxième épisode que nous avons bien sûr déjà engagé et qui traitera de la vie et des bâtiments de la basse-cour: au programme agriculture, justice, artisanat et religion.

En vous souhaitant une très belle journée et une longue vie!

Frédéric EFFE
Moyenagepassion.com
« A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes »

Autour des Mottes castrales : des nouvelles du projet de vidéo-documentaire et quelques nouveaux fonds d’écrans gratuits

mondes_3D_virtuels_rue_médiévale_unity_3D_jeux_videosSujet : reconstitution historique, motte castrale, château à motte
Période : moyen-âge central, XIIe siècle
Média : vidéo, monde 3D, châine youtube
Vocation : réalisation d’une série vidéo commentée sur le sujet.

Reconstitution historique : une motte castrale du XIIe siècle à la croisée des possibles
Reconstitution historique : une motte castrale du XIIe siècle à la croisée des possibles

Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous vous proposons à nouveau quelques fonds d’écrans gratuits réalisés à partir d’un monde crée avec le moteur du jeu vidéo Medieval Engineers. Elles sont bien sûr totalement retouchées par nos soins et nous avons travaillé sur les atmosphères et l’environnement pour arriver à ces rendus. Nous en profitons pour vous donner quelques nouvelles des vidéos que nous sommes en train de réaliser autour de ce monde.

Cultures céréalières et fruitiers aux abords de notre motte castrale dans un siècle qui bénéficie d'un réchauffement climatique propice
Culture céréalières et fruitiers aux abords de notre motte castrale dans un siècle qui bénéficie d’un réchauffement climatique propice

Trois épisodes vidéos pour approfondir la question des châteaux à motte.

L_lettrine_moyen_age_passione projet est désormais achevé du côté 3D et les vidéos sont également en boîte et en post-production. Il y aura trois épisodes. Le premier présentera le contexte historique d’émergence des châteaux à mottes, les sources utilisées pour réaliser ce monde, ainsi que la topographie des lieux qui s’inspire de très loin d’une installation décrite par Eugène Viollet le Duc dans son dictionnaire raisonné d’architecture. Le second épisode présentera la basse-cour dans ses dimensions agricoles, artisanales et défensives mais encore religieuses et judiciaires. Ce sera un épisode dédié à la vie dans la motte castrale et nous y parlerons également du château dans son environnement. Nous avons reconstitué bien sûr pour l’occasion un certain nombre de bâtiments d’époque. Le troisième épisode proposera la visite de la haute cour et de sa tour maîtresse, dont l’agencement intérieur se base en partie sur les description du curé d’Ardres dans ses chroniques.

L'agencement de l'intérieur de la grande tour maîtresse inspiré des chronique du curée d'Ardres
L’agencement de l’intérieur de la grande tour maîtresse inspiré des chronique du curée d’Ardres

Les sources d’inspiration du projet

E_lettrine_moyen_age_passionn bref, avec cette série de vidéos, l’idée est sur une durée de trois fois trente minutes d’approcher de manière approfondie ce qu’était un château à motte et ce que l’on pouvait y trouver. Outre Viollet le Duc et le curé d’Ardres, nous nous appuyons également sur certains écrits de Jean Mesqui, sur le Colloque de Caen autour de l’archéologie médiévale, et des références à Michel Boüard ou Michel Bur mais encore sur des sources archéologiques récentes sur les  mottes castrales.

Coucher de soleil buccolique sur la motte castrale et sa tour maîtresse
Coucher de soleil buccolique sur la motte castrale et sa tour maîtresse
La vie médiévale dans une motte castrale des XI, XIIe siècles
La vie médiévale dans une motte castrale des XI, XIIe siècles

Depuis notre premier article sur la question, notre château de bois s’est enrichi de nombreux édifices dont nous vous réservons la surprise. Les vidéos sont déjà tournées avec son, il nous reste, comme nous le disions plus haut, simplement à finaliser la post-production.

L'église romane : religion et seigneurie, compétition et/ou complémentarité?
L’église romane : religion et seigneurie, compétition et/ou complémentarité?

En vous souhaitant une belle journée.

Frédéric EFFE.
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.

Histoire des châteaux-forts & techniques de siège médiévales. 4 L’âge d’or des châteaux-forts

Histoire des châteaux-forts (suite)

index des autres articles sur le sujet
1. Naissance des châteaux-forts
2. Du bois vers la pierre
3. Mottes, forteresses de bois et techniques de siège

4. XIIe, XIIIe siècles
L’ÂGE D’OR DES CHATEAUX-FORTS

« Sur un territoire couvert de châteaux fortifiés occupés par des seigneurs turbulents, audacieux, la guerre était et devait être à l’état chronique. D’ailleurs, celui qui possède une arme n’attend que l’occasion de s’en servir, et la provoque au besoin. De même celui qui possède une forteresse ne vit pas sans un secret désir de la voir attaquer, ne fût-ce que pour prouver sa puissance. »
Eugène Viollet Le Duc,
Dictionnaire Raisonné de l’architecture française, 1856

N_lettrine_moyen_age_passionous voilà donc rendu dans le courant du XIIe siècle. Aux points de tensions les plus forts, à la faveur de la disponibilité du matériau mais aussi de la capacité des seigneurs les plus fortunés et les plus aptes à s’entourer d’experts dans la construction, les fortifications de pierre viennent peu à peu se substituer aux palissades de bois des siècles précédents. Bien sûr, les disparités régionales commandent et, comme nous l’avons déjà dit dans les articles précédents, on construira encore longtemps des mottes castrales de terre et de bois. Certaines continueront même d’être occupées durant plusieurs siècles, sans être fortifiées par la pierre.

chateau_fort_histoire_medievale_guillaume_conquerant_normandieA la faveur du tassement de la terre, il faut quelquefois attendre plus de cinquante ans pour pouvoir  jucher une haute tour  de pierre sur une butte, mais on admet généralement que dans le courant du XIe siècle, on commencera gra-duellement à ériger des donjons en pierre sur de nombreuses mottes castrales en lieu et place des tours de bois. Graduellement, les murailles défensives, entourant cette grande tour – et même celles de la basse-cour quand on le peut – seront elles-mêmes construites dans ce matériau bien plus résistant au feu que le bois. Quand l’espace et le diamètre de la butte castrale à son point le plus élevé le permettra, on construira aussi, directement sur la motte de véritables châteaux. (photo ci-dessus château Guillaume le Conquérant, ou château de falaise, un des premiers châteaux normands en pierre, sa construction s’étale du Xe au XIIIe siècle)

En l’absence de place sur la motte  pour y construire tous les édifices utiles au seigneur, les bâtiments connexes pourront aussi venir s’appuyer contre la butte même comme à Windsor. Dans d’autres cas encore, on désertera tout simplement les mottes castrales pour des endroits plus accessibles et plus spacieux sur lesquels on s’installera à la faveur de la sécurité qu’offre la pierre. Au fond, même si l’élévation reste appréciée pour les avantages défensifs qu’elle confère, avec l’usage plus systématique de la pierre, la possibilité est aussi offerte d’élever des remparts  bien plus hauts et bien plus résistants. De fait, même si l’on continuera à jucher des châteaux sur des hauteurs ou des promontoires durant ce siècle, l’élévation du terrain ne sera peut-être déjà plus une donnée aussi sensible pour la construction de telles forteresses, fait que l’avènement de l’architecture philippienne viendra encore consacrer.

« Enchâtellement » et monde féodal

Château-Gaillard, XIIe siècle, le château d'un roi d'Angleterre au coeur de la Normandie
Château-Gaillard, XIIe siècle, le château d’un roi d’Angleterre au coeur de la Normandie

E_lettrine_moyen_age_passionn réalité, il faut bien encore le répéter, aucune généralité ne convient vraiment quand il s’agit de dépeindre l’histoire des châteaux-forts et l’Histoire de ces terres de France qui se fortifient durant le moyen-âge central; l’architecture médiévale défensive reste hétérogène parce que ses avancées sont avant tout commandées par la loi du contexte, des moyens et ressources en présence, et encore de la nécessité. Les donjons de pierre ou les châteaux de pierre existent déjà dans certains endroits depuis le XIe siècle et on connait aussi les enceintes castrales, sans même parler des monastères ou des fortifications d’origines urbaines, villageoises ou religieuses. Tous les châteaux sont loin d’être à motte en ce début de XIIe siècle.  Malgré cette disparité, une vérité semble aujourd’hui indéniable, durant ce siècle comme celui qui le suivra, on verra les châteaux ou les donjons de pierre se multiplier. « L’enchâtellement » se poursuivra donc et ce maillage du territoire par des édifices défensifs et des seigneurs vassalisés connaîtra encore de beaux jours. La féodalité n’est pas encore à son automne même si Philippe Auguste s’emploiera à la mettre à mal pour renforcer sa couronne et avec elle, le pouvoir du roi sur les terres de France et sur les grands vassaux. (ci contre architecture_defensive_histoire_medievale_chateau_fort_l_age_d_orchâteau de Lassay, Loire, construction du XIIe au XVe siècle. Comme bien d’autres châteaux, ce bel édifice est construit en lieu et place d’une ancienne motte.)

Quoiqu’il en soit, avec l’avènement de la pierre, quelques hommes juchés sur un rempart ou un tour de pierre pourront ainsi défendre de manière encore plus efficace le territoire mais surtout le seigneur qui occupe le château et y vit. Les temps où une poignée d’hommes déterminés pouvait mettre en échec une motte castrale sont en recul et les châteaux forts entrent dans leur âge d’or. Le simple feu désormais ne suffit plus et,  du point de vue des techniques de siège, il semble désormais que sans alliés dans la place prompts à trahir le maître des lieux, seul le blocus du château-fort en lui coupant les voies de communication, ou même une armée forte et experte en travail de mines ou dotée d’engins de siège puisse faire échec à ces édifices. Pour les assaillants les plus empressés, il faudra même faire appel à de plus gros engins de siège que les simples catapultes afin d’en venir à bout .

Quand le château de pierre fait le seigneur

« Si l’on en juge par les comptes de l’Échiquier anglais, de telles constructions en pierre étaient très coûteuses. Seuls les grands princes pouvaient en assumer les frais. Leur multiplication est un signe d’un renforcement du pouvoir monarchique en Occident. Tandis que s’opérait cette révolution, la masse des seigneurs continuait à vivre dans des châteaux périmés. Certains élevaient encore des mottes – désormais quadrangulaires – dans la première moitié du XIIIe siècle. S’épuisant à moderniser leur demeure, beaucoup étaient entraînés dans un processus de déclassement qui touchait en même temps le lignage et le bâtiment. »
Michel Bur. Château Fort, Universalis

D_lettrine_moyen_age_passion‘un point de vue sociologique et pour faire écho à Michel Bur sur ces questions, durant les siècles précédents, là où quelques hommes et paysans, rangés aux côtés d’un seigneur ou d’un vassal (même de prestige modeste), pouvaient construire en quelques temps une motte castrale, une tour ou une palissade de bois, l’ère des châteaux de pierre marquera encore la distance, à l’intérieur même de la classe des seigneurs, en permettant aux plus puissants et riches d’entre eux de se distinguer de leurs pères par le prestige tout autant que l’efficacité défensive du château de pierre.

L’architecture philippienne et les nouveaux standards d’un roi bâtisseur pour les châteaux

Le Louvre de Philippe Auguste (XIIe, XIIIe siècle), pionnier de l'architecture philippienne
Le Louvre de Philippe Auguste (XIIe, XIIIe siècle), pionnier de l’architecture philippienne

D_lettrine_moyen_age_passionans le courant de ce XIIe siècle, le roi de France, Philippe Auguste, lancera  la construction du Louvre. (ci-dessous portrait de Philippe-auguste par Louis-Félix Amiel, XIXe, Château de Versailles). Il en profitera pour formaliser et synthétiser, avec ses bâtisseurs, les standards de tout bon château-fort qui se respecte; l’architecture chateaux_architecture_medievale_philippienne_philippe_auguste_moyen-age_passionque l’on nommera de son nom « philippienne » verra alors le jour: murs à créneaux et courtines, chemin de ronde cintrant l’édifice et courant sur les murailles d’une tour à l’autre permettant de les protéger plus efficacement, porterie et corps de garde solidement plantés à l’entrée et défendant l’accès principal, trouées d’archères dans les tours ou les murs, tours flanquées aux angles des remparts, et présence d’un donjon qui, du centre de la forteresse, se déplacera bientôt sur l’un des angles. Le standard évoluera avec les successeurs de ce roi « bâtisseur » au très long règne, et influencera, indubitablement, les siècles qui suivront, rayonnant au delà des frontières du royaume, et notamment en Angleterre.

Château de Bodiam, Angleterre, XIVe, tribut tardif d'un chevalier anglais à l'architecture philippienne?
Château de Bodiam, Angleterre, XIVe siècle, tribut tardif d’un chevalier anglais à l’architecture philippienne?

Avec l’architecture philippienne, on admet généralement que la défense passera aussi de passive à active puisque la masse de la pierre ne sera plus la seule parti-prenante à la défense du bâtiment et, plus loin, du territoire.  Il ne s’agit plus, en effet, d’opposer simplement l’inertie de la matière et l’élévation aux attaquants: ouverts aux quatre orients et sis sur ses remparts, le château-fort pourra désormais protéger l’ensemble des terres qui l’entourent et les hommes juchés sur son  chemin de ronde ou embusqués dans son corps de garde, pourront par les dispositifs défensifs des tours et des murailles, autant par la circulation facilitée sur les courtines, défendre activement l’édifice. De fait, comme nous le suggérions plus haut, on se mettra même à construire les châteaux philippiens en plaine, sans nécessairement avoir à le jucher sur une hauteur.

Du XIIe au XIIIe siècles : continuité dans les innovations de l’architecture défensive

Maquette du Château de Dourdan, début XIIIe très bel exemple d'architecture philippienne, de fait propriété de Philippe Auguste
Maquette du Château de Dourdan, début XIIIe très bel exemple d’architecture philippienne, de fait propriété de Philippe Auguste

D_lettrine_moyen_age_passionans la série des innovations que ce siècle verra encore émerger, les architectes médiévaux privilégieront progressivement la tour ronde plutôt que la tour carrée parce qu’elle offre moins de prise aux projectiles. Cette nouvelle forme architecturale connaîtra un succès plus marqué lors du siècle suivant, même si en fonction des disparités culturelles on continuera dans certaines régions de privilégier le haut donjon résidentiel carré (Michel Bur, château fort, Universalis). Ce XIIe siècle verra aussi les mâchicoulis ou les bretèches commencer à s’ouvrir dans les hauteurs des murs de pierre, des porteries ou des remparts, pour remplacer progressivement  les hourds de bois. On ne démontra pas forcément ces derniers notamment quand ils forment
herse_chateau_fort_histoire_medievaleles supports des toitures sur le haut des tours  mais les nouveaux châteaux leur préféreront désormais, les mâchicoulis, bien plus résistants au feu mais aussi aux projectiles.

Du point de vue des porteries, on note l’émergence des herses (porticullis) et autres grilles de fer ou de bois, et les barbacanes à double porte renforcée qui peuvent être dotées d’assommoirs, viennent encore s’ajouter à la panoplie défensive (Jean Mesqui. La fortification des portes avant la guerre de cent ans). Enfin, dans le courant du XIIIe siècle et face aux progrès de l’enceinte, impulsée sous Philippe auguste, le donjon disparaîtra même dans un nombre important de nouveaux édifices et le logis du Seigneur sera alors construit dans la cour intérieure, appuyé sur l’une des murs d’enceintes. 

En définitive, l’image du château fort « type » que nous avons souvent en tête doit beaucoup aux innovations de ces XIIe et XIIIe siècles. Concernant le pont-levis, il faudra toutefois attendre la fin du XIIIe au début du XIVe siècle pour les voir émerger et se standardiser, même si les siècles précédents connaîtront déjà l’existence de ponts mobiles: « les ponts torneis » et les « postis ». (Eugène Viollet le Duc. dictionnaire raisonné d’architecture médiévale. sur les ponts). 

Château fort de Douvres, XIe siècle et suivant. Guillaume de Normandie, illustration du XIXe siècle. L
Château fort de Douvres, XIe siècle et suivant. illustration du XIXe siècle.  Place forte historiquement célèbre fortifiée par Guillaume de Normandie puis Henri II

L’héritage sarrasin et l’expérience acquise
au retour des croisades

A_lettrine_moyen_age_passionu même moment et dans le courant de ce même siècle, les croisés reviendront de l’Orient, aguerris de dures batailles à l’issue pas toujours favorable, mais avec dans leurs bagages de notables améliorations des engins et des techniques de siège. Plus que d’une véritable révolution en matière de poliorcétique, on aura finalement renoué avec l’héritage gréco-romaine enrichi de la science des sarrasins. Et de la même façon qu’ils rapportèrent les écrits et le canon de la médecine du génial Avicenne et d’autres écrits de histoire_siege_chateaux_medievale_croisade_jerusalem_moyen-agesavants arabes, et avec eux Aristote, les croisés ramèneront aussi les progrès effectués sur les engins et techniques de siège, à la lumière des connaissances scientifiques et mathématiques sarrasines, et encore à la richesse des échanges avec ingénieurs italiens ou d’autres provenances qui se sont joints à eux sur le terrain des batailles. Connaissances certainement, mais expérience aussi, car les croisés reviennent aguerris par le fruit des combats, et tout cela aura permis d’éprouver à la fois la discipline militaire dans les sièges autant que leurs  stratégies d’attaque. (ci-dessus Godefroi de Bouillon (1058-1100) attaque Jerusalem, ‘Roman De Godefroy De Bouillon et de Saladin’, 1337)

Dans le même temps, ces croisades joueront en faveur des rois. En plus de renforcer le sentiment national et le pouvoir des rois, elles auront pour conséquence d’affaiblir la féodalité et la puissance des seigneurs qui auront pris la croix, puisque ces derniers quand ils n’y laisseront pas leur peau en reviendront bien souvent ruinés, ce qui renforcera leur dépendance vis à vis du trésor royal. Au final, l’ost qui tirera le bénéfice de toute cette expertise militaire semble bien l’armée du roi, même s’il faudra encore attendre le règne de Saint Louis qui poursuivra l’oeuvre de Philippe Auguste pour que la féodalité et le pouvoir des vassaux soient en plus net recul.

Première croisade, prise d'Antioche, source Bnf, manuscrit du XVe siècle
Première croisade, prise d’Antioche, source Bnf, manuscrit du XVe siècle

Trébuchets à contrepoids & Mangonneaux

C_lettrine_moyen_age_passion‘est également autour de cette période du XIIe siècle que l’on verra émerger l’usage du Trébuchet à Contrepoids. Il est assez difficile de dater précisément son apparition durant les sièges mais on s’entend généralement sur le fait que c’est son usage qui impulsa la naissance de l’architecture philippienne et que c’est pour contrer cet engin trebuchet_architecture_medieval_chateau_fort_histoire_militairequ’il décida de formaliser et améliorer avec ses ingénieurs militaires l’architecture des châteaux-forts. L’ombre de la poule plane sur l’oeuf.

On peut lire, encore, en certains endroits, que le trébuchet était connu et utilisé dès le VIe siècle en Europe. Peut-être l’était-il de manière marginale? Cela reste à vérifier. Il semble en tout cas que son usage se soit généralisé dans le bassin méditerranéen autour du XIIe siècle. Dans le même registre, concernant cette redoutable machine de jet, certains historiens en avaient fait une invention française du XIIe siècle, mais à la lumière d’autres études, la version médiévale que nous connaissons de cet engin, semble bien n’être que l’importation tardive et l’adaptation d’une invention chinoise du Ve siècle avant Jésus Christ.

Capable de propulser des blocs de pierre de plus de cent kilos contre les murailles et les tours des châteaux, cet engin de siège impressionnant, pèche, toutefois, par son peu de maniabilité et la lenteur de sa cadence de tir; des variations plus légères et plus rapides sur le principe de la fronde avec contrepoids, verront le jour (bricoles) même si elles ne pourront pas rivaliser avec lui en matière de capacité de propulsion. On a fait également du Trébuchet un engin de siège représentatif de la guerre biologique médiévale. De la même façon en effet, que les défenseurs utilisaient les hourds ou les mâchicoulis pour jeter, entre autres choses, sur la tête des assaillants, immondices, excréments, et autres entrailles d’animaux dans l’espoir de les contaminer, le tir en cloche mangonneau_histoire_chateaux_forts_engins_siège_medievaldu Trébuchet aurait été utilisé pour projeter des cadavres infectés à l’intérieur des remparts de la fortification ou du château assiégé. Pas très ragoutant, forcément, mais c’était l’effet recherché.

Dans cette famille des engins de siège « mastodontes », il y aura encore le mangonneau qui, par un système complexe de contrepoids, compensera certaines limites du trébuchet. Mais il reste que ces deux engins supposent tout de même de mobiliser un nombre conséquent d’hommes pour les manipuler, les connaissances suffisantes pour les fabriquer ou les monter, et faut de mieux, les deniers pour les acquérir. Il n’est donc à pas à la portée d’un quelconque vassal.

Inquiétants mais pas suffisamment dissuasifs pour faire perdre la foi dans les châteaux

A_lettrine_moyen_age_passionussi terrifiant soient-ils, ces engins de siège ne freineront pourtant pas la confiance que l’on pouvait alors avoir dans la pierre et dans l’efficacité stratégique des châteaux pour défendre les terres. Au contraire, le XIIe siècle est encore considéré comme l’âge d’or des châteaux forts et le siècle suivant verra encore s’élever nombre de ces édifices de pierre. Ils évolueront encore sous l’arrivée de la poudre et il faudra encore la conjonction de plusieurs facteurs pour que l’on cesse d’en construire et ceci fera l’objet d’un prochain article.

Voilà, c’est donc tout pour aujourd’hui, mes amis. Comme nous l’avions indiqué dans le début de cette série d’articles, notre prétention n’est pas encyclopédique, l’idée étant plutôt de jeter les bases de l’histoire des châteaux forts. En attendant le prochain article sur le sujet, et comme toujours, nous vous souhaitons une merveilleuse journée où que vous vous trouviez sur les terres de ce vaste monde.

Fred
Pour moyenagepassion.com
« A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes »

Lecture « video » : la ballade des pendus de Villon et un mot de justice médiévale

poesie_medievale_francois_villon_la_requeste_poesie_satiriqueSujet : poésie médiévale, poésie satirique, poésie réaliste
Auteur ; Villon, encore Villon, toujours Villon
Médias : vidéo youtube, lectures poétiques
Titre : la ballade des pendus
Période : moyen-âge tardif
Interprète : Gérald Robert, comédien voix-off

Lecture poésie médiévale: la ballade des pendus de François Villon

Bonjour à tous,

Q_lettrine_moyen_age_passionuel plaisir de se lever matin et relevant ses courriers d’y trouver un message  qui nous parle de François Villon et qui, même mieux que simplement nous en parler, nous le dit.

Un visage sur une voix-off

poesie_medievale_lectures_audio_gerald_robert_epitaphe_françois_villonGérald Robert qui nous fait, aujourd’hui, l’amitié de ce partage   est comédien « voix off » mais comme une voix, cache toujours une âme et un corps, il est bien sûr, avant tout, comédien et publie également des vidéos youtube où il se met en scène. Et quand il ne lit pas du François Villon ou des textes (nul doute que d’autres sont en préparation), il prête sa voix et son sens de la comédie à divers supports et médias: radios, publicités, corporate, documentaires, lectures audios, etc… Dans un projet sorti en août dernier, il a même incarné la voix du souverain pontife François pour une lecture audio de son encyclique. Le voilà devenu officiellement un des papes de la voix off! Peut-être d’ailleurs l’avez-vous déjà entendu sans le voir, c’est tout le mystère de son art. En bref, gardez à l’oeil et à l’oreille ce comédien des temps modernes qui fait, aujourd’hui, revivre pour nous Villon dans cette interprétation de la ballade des pendus.

Priez Dieu que tous nous veuille absoudre

mort_justice_moyen_age_villon_ballade_des_pendus_poesie_medievale

L_lettrine_moyen_age_passiona ballade des pendus ou l’épitaphe de Villon  est sans nul doute le texte le plus connu de notre plus cher poète du XVe siècle et de la fin du moyen-âge. Léo Ferré a porté cette poésie, nous en avons déjà parlé dans un article sur le sujet, mais d’une certaine manière, bien au delà du phrasé du bel anarchiste grisonnant et révolté du Paris des années soixante, soixante-dix, l’entêtante et merveilleuse litanie de Villon continue de vivre dans nos mémoires et de s’y accrocher. Cela tient sans nul doute au fait que plus qu’une poésie réaliste qui nous conte la déroute et le châtiment de ces pendus que les misères poursuivent jusqu’après leur mort, l’épitaphe reste et sera pour toujours, une prière que Villon adresse pour nous tous.

Le gibet de Montfaucon et le temps des pendaisons

« Les hautes justices locales, dit M. A. Champollion-Figeac, pouvaient élever autant de fourches qu’elles désiraient en établir. Les ordonnances du roi Jean, de 1345 et de 1356, paraissent suffisamment l’indiquer. Mais le sage monarque Charles V y ajouta un privilège nouveau pour certaines localités, celui d’avoir des fourches patibulaires à deux piliers.
Eugène Viollet le Duc,
Dictionnaire raisonné d’architecture médiévale, XIXe siècle

C_lettrine_moyen_age_passionette illustration (ci-dessous) de l’impressionnante fourche patibulaire de Montfaucon est tirée de l’incontournable Dictionnaire raisonné d’archi-tecture médiévale d’Eugène Viollet le Duc, On pouvait voir ce gibet, frappé de gigantisme,  au bord de la route et à l’approche du domaine quand la justice donnait encore en spectacle public ses punitions et ses sentences, Les premières traces de ce monument remontent au XIIe siècle mais il a perduré jusque tard dans le XVe siècle. il reste, à ce jour, l’ouvrage le plus monumental connu  dédié à la pendaison ou à la fourche_capitulaire_montfaucon_viollet_le_duc_pendus_moyen_age_Villonsuspension des condamnés, mais les fourches patibulaires ont été populaires et répandues sur tout le territoire de France pendant de longs siècles.

Je ne  cite pas tout à fait innocemment le Gibet de Montfaucon, car outre le fait qu’il aurait peut-être inspiré la ballade des pendus, on attribue encore à Villon une autre poésie moins connue le concernant: la Repeue faîte auprès de Montfalcon. Si l’on se fie à ce texte largement plus grivois et que nous aurons certainement l’occasion de partager ici, il semble que non loin de ce genre d’endroits que l’on venait quelquefois même contempler avec ses enfants pour les éduquer (cf Catherine de Médicis qui « pour repaître ses yeux, l’alla voir un soir et y mena ses fils, sa fille et son gendre. » Viollet le Duc), on trouvait encore dans les parages des gibets, et notamment celui-ci, quelques lieux de plaisirs achetés et de perdition.

Plus étonnant et anecdotique encore,  on ne pendait pas que des humains sur les fourches patibulaires et les gibets, mais également des animaux condamnés. Jugez plutôt :

« Les fourches patibulaires ne servaient pas seulement à pendre des humains, on y suspendait aussi des animaux, et notamment des porcs, condamnés à ce genre de supplice à la suite de jugements et arrêts rendus pour avoir dévoré des enfants. En cas pareil, les formalités judiciaires du temps étaient scrupuleusement suivies, et, comme il était d’usage de pendre les condamnés vêtus de leurs habits, on habillait les animaux que l’on menait au gibet. « En 1386, une sentence du juge de Falaise condamna une truie à être pendue pour avoir tué un enfant. Cette truie fut exécutée sur la place de la ville, en habit d’homme… »
Citation de  M. E. Agnel par Eugène Viollet le Duc (opus cité)

C’est vraiment à me donner des idées d’écrire un roman et je pense d’ailleurs que cela sera le prochain:  « L’histoire de la truie meurtrière pendue en habits de notaire ». De grâce, si vous êtes notaire, ne m’en voulez pas  de « Brassensiser » un peu à vos dépens, mais il s’agit ici de poésie satirique et en plus, il me fallait une rime pour faire un bon titre.

Supplices et sentences : la justice jusque dans les chairs et jusque dans l’au-delà

N_lettrine_moyen_age_passionous n’allons pas prétendre réécrire, ici, en deux lignes, les longues et passionnantes pages de « Surveiller et punir » du brillant Michel Foucault quand il nous parle de ces sociétés médiévales et monarchiques, qui marquent les suppliciés de leur justice jusque dans leurs chairs et qui mettent en scène leurs souffrances de manière publique; cette idée qu’alors, s’attaquer aux lois c’est s’attaquer au corps sacré du roi (ou du seigneur) qui les personnifie et les incarne, comme il incarne l’Etat. Mais, des premières fourches patibulaires médiévales michel_foucault_surveiller_et_punir_epitaphe_de_villonaux gibets les plus récents de la période monarchique, il y a, indéniablement, dans la symbolique et la scénarisation de cette justice du passé, la volonté d’exposer un pouvoir qui se perpétue de manière symbolique jusque sur le plan de la mystique. D’une certaine manière, ces pendus que Villon nous décrit si bien semblent véritablement poursuivis dans leur corps et leur âme, bien après leur trépas et en quelque sorte jusque dans l’au-delà.

Alors aujourd’hui pour le repos de leurs âmes comme peut-être aussi, pour notre propre salut, prions Dieu avec François Villon que tous nous veuille absoudre et en attendant, vivons chaque instant dans la joie de chaque nouvelle respiration car il faut toujours se réjouir d’être en vie.

Un très beau dimanche à tous et longue vie!

Merci encore à Gerald Robert pour nous avoir fourni l’occasion de cet article.

Frédéric EFFE.
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes

Autres articles sur François Villon sur le site :
La prière de Villon en musique
L’épitaphe et Léo Ferré
Une Ballade de Villon
La Requête de Villon et un mot de Rutebeuf
Une vie, une oeuvre, émission de Radio autour de François Villon

mottes castrales, archéologie médiévale et histoire des châteaux : teaser, projet en cours.

mottes_castrales_archeologie_medievale_medieval_engineers_histoire_chateaux_forts
Reconstitution d’une Motte Castrale, XIe, début du XIIe

Bonjour à tous,

J_lettrine_moyen_age_passione vous propose, aujourd’hui, de découvrir, en exclusivité, quelques images d’un projet de reconstitution « historique » auquel nous sommes attelés depuis quelques temps et sur lequel nous avons déjà empilé quelques sérieuses heures.

L’idée est de reconstituer une motte castrale de la fin du XIe, début du XIIe siècle, en nous servant d’une main de la sandbox du jeu Medieval Engineers et de l’autre main de sources archéologiques et historiques  entre lesquelles : le dictionnaire raisonné d’architecture médiéval de Eugène Viollet le Duc, les chroniques du curée d’Ardre et encore divers autres documents sur des sites existants actuellement fouillés par les archéologues. S’il ne s’agit pas d’une motte ayant précisément existé, mais plutôt d’un hybride qui réunit les caractéristiques de plusieurs ayant quant à elles existé, cette motte castrale se situe donc au plus près du champ des possibles. Il faudra encore quelques heures pour boucler ce monde mais une fois fini, nous nous en servirons pour réaliser quelques vidéos sur l’histoire des châteaux forts et notamment, en l’occurrence, des châteaux à mottes.

Le site naturel : plaine et rivières

Reconstitution d'une Motte Castrale, XIe, début du XIIe
Motte castrale du XIe, XIe reconstituée en 3D

Même si nous voyons quelques montagnes au loin, notre motte castrale se trouve en plaine. A l’image du site de la Tusque, à Sainte-Eulalie d’Ambarès, décrit par Viollet le Duc dans son dictionnaire d’architecture médiévale, l’enceinte a tiré avantage de la présence des deux ruisseaux qui la borde. Elle bénéficie donc de cette protection naturelle. Sur le plus grand des deux cours d’eau, un barrage a également été ménagé pour inonder le fossé, au pied de la motte.

Une hauteur exceptionnelle

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La motte castrale la plus haute du monde!

A_lettrine_moyen_age_passionu vue de sa hauteur, on doit supposer que cette motte est partiellement artificielle. Elle dépasse  de près de dix mètres celle du château de Gisors. Sauf erreur de ma part, si une motte telle que la notre avait été élevée totalement artificiellement, à ce jour, elle détiendrait le record de la plus haute motte castrale jamais construite. Le plateau de cette création virtuelle culmine en effet à une hauteur supérieure à trente deux mètres. et vous êtes donc, techniquement en face de la motte castrale la plus haute jamais construite. Je n’en suis pas peu fier je dois dire, mais il faut admettre que les pelletées de terre virtuelle sont bien plus légères que les réelles. Outre le fait qu’il soit du plus bel effet visuel et nous aide à percevoir encore mieux, l’effet symbolique de ce type de construction  sur qui se trouve au pied, ce gigantisme de circonstance nous permettra encore d’aborder la question de la taille moyenne des mottes castrales et de pouvoir ainsi remettre en échelle les créations du passé.  Il n’est pas impossible également que dans une future vidéo, cette motte n’accueille un château du type de celui de Gisors, si ce n’est une réplique de ce dernier, mais j’en dit déjà trop.

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La rampe d’accès du château à motte

Au vue de la taille de l’élévation et même de l’enceinte, on peut également déduire que le seigneur qui l’a faite construire était relativement aisé mais qu’en plus, il n’était peut-être pas aussi pressé par le contexte que certains ont pu l’être à l’époque (qui ont érigé quelquefois des mottes en à peine quelques jours). De la motte prestige à la motte guerrière, réponse immédiate à l’envahisseur ou au voisin plein de convoitise, de la motte du seigneur aisé à celle du seigneur chiche ou de peu de moyens,  la disparités des statuts et des situations se donnent à voir dans les architectures. Ici, nous avons pris  résolument le pari du prestige et de la grandeur. Point de pierre donc encore pour ce seigneur dans ce XIe finissant, il trouve son luxe et affirme sa grandeur avec le bois, mais en revanche, il ne badine pas.

La tour maîtresse : inspirée des chroniques du curée d’Ardre et de Viollet le duc.

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Une tour maîtresse de bois (donjon) digne d’un prince et historiquement inspirée

A_lettrine_moyen_age_passionu sommet de la motte, nous avons  juché un grand donjon, spacieux et doté de tout le  confort nécessaire à la vie du seigneur et de ses gens, familles, « gens de maison », et garnison d’élite.  Son intérieur et la disposition des différents espaces  de cette grande tour maîtresse s’inspirent, en grande partie, des descriptions que l’on trouve dans les chroniques du curée d’Ardre. Du point de vue défensif, cette grande tour est, bien sûr, entourée d’une chemise de bois sur le haut de la motte, mais le dispositif est également doublé au pied de butte. L’accès à l’intérieur du donjon ne se fait que depuis le premier étage et au moyen d’un dispositif que l’on peut relever ou baisser. Le bâtiment est aussi nanti de force hourds sur son pourtour ainsi que de quelques autres mécanismes de défense supplémentaires que nous vous présenterons dans la vidéo. Son intérieur prétend également refléter l’obsession de sécurité et de protection personnelle que les seigneurs francs exigeaient de ce type de bâtiments. La barbacane, à l’entrée de l’enceinte, comme celle au sommet de la motte tâche de suivre les études faites par Jean Mesqui sur les portes des châteaux et enceintes, au XI et XIIe siècle.

Côté Basse-cour

O_lettrine_moyen_age_passionn trouvera dans la basse-cour, une église à l’architecture inspirée des églises d’Art Roman des XIe et XIIe siècles mais faite de bois et non encore de pierre. Tous les châteaux à mottes n’ont pas accueilli d’église en leur enceinte, mais ça a été le cas d’un certain nombre d’entre eux et celui que nous avons réalisé en compte une.

Il y aura encore dans cette basse-cour tous les bâtiments nécessaires à la vie du château à mottes, tels que les décrit Viollet le Duc, mais aussi quelques autres auteurs, historiens ou archéologues, ayant écrit sur la question:  écurie du seigneur, magasins, artisans mais encore, ici,  quelques paysans qui y cultivent ou qui y élèvent des bêtes et se qui sont rangés sous la protection de la motte et de son seigneur. Nous vous présentons ici quelques photos et captures de certaines de ces constructions.

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Une ferme étable, destinée à l’élevage bovin
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Les écuries du Seigneur de la motte castrale
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Un forgeron dans la basse cour de notre motte castrale avec étal pour la vente et attache pour ferrer les chevaux.
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Un artisan charpentier, indispensable pour la création et la réparation de notre château et enceinte de bois
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Une église de bois, inspirée de l’art et l’architecture romane des XI, XIIe siècle
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Le petit cimetière derrière notre ‘église du XIe siècle

La série de vidéos sur cette motte castrale suivra bientôt. Il reste encore quelques détails à finaliser pour que cet univers soit prêt. Vous en serez, bien entendu, les premiers avertis!

En attendant, une très bonne journée à tous et longue vie!

Fred
Pour moyenagepassion.com
« A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes »

Histoire de châteaux-forts & techniques de siège médiévales. 3. MOTTES & FORTERESSES DE BOIS, efficacité défensive & poliorcétique

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3. MOTTES & FORTERESSES DE BOIS, efficacité défensive & poliorcétique

A_lettrine_moyen_age_passionprès nous être penché sur le foisonnement de mottes castrales, d’enceintes et autres donjons et châteaux-forts que l’on commence à construire vers la fin du Xe siècle, sous la pression des invasions mais  encore sous la pression de l’émancipation des seigneurs locaux qui reprennent à leur charge la défense du territoire, il est temps de faire une parenthèse pour aborder l’état des techniques de siège durant ces périodes et ce que l’on en sait.  Les avancées de l’architecture médiévale restent en effet indissociables des techniques d’assaut des forteresses et des engins de siège qui évoluent, eux-aussi.

A. Les techniques de siège du temps des forteresses de bois et des mottes castrales

« Absence » de nécessité fait Loi ?

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour reprendre avec Viollet le Duc, l’histoire des châteaux là où nous l’avons laissée,  du dixième au début du douzième siècle, les techniques de siège complexes qui seront à l’oeuvre dans les siècles suivants face aux châteaux-forts de pierre sont peu, sinon pas usitées. L’architecte du XIXe prête à
certaines vagues d’invasions la connaissance de ces techniques  et on sait par ailleurs que les vikings conduit par Rollon durant le siège eugene_viollet_le_duc_histoire_medieval_chateaux_forteresses_poliorcetiquede Paris les ont effectivement utilisées (IXe siècle), mais en dehors de cela,  dans son dictionnaire raisonné d’architecture médiévale, il reste à peu près catégorique sur le fait que, tant du point de vue de la science de construction de forteresses que des techniques de siège, les francs de l’époque ne sont pas en mesure de les utiliser dans toute leur grande largeur. En réalité, il confesse aussi, assez honnêtement que peu de traces nous sont parvenues de cette période  et se montre plutôt expéditif sur ces questions. Là encore, le cours du temps a laissé des vides que seule l’extrapolation théorique peut tenter de combler.

« Nous ne parlerons que sommairement des sièges entrepris contre des places fortes avant le XIIe siècle, parce que le peu de documents écrits qui nous restent sur ces opérations sont trop vagues, trop contradictoires même, pour qu’il soit possible d’en tirer quelque chose ressemblant à un art. »
Eugène Viollet Le Duc,
Dictionnaire Raisonné de l’architecture française, 1856

C_lettrine_moyen_age_passionette dernière citation d’Eugène Viollet le Duc appelle, on le voit, quelques réserves, mais souvenons-nous du contexte qu’il nous dépeint de cette période du Xe siècle: la Gaulle a oublié ses oppidums, les francs et les héritiers des romains restés sur place se sont peu fortifiés et les invasions extérieures, autant que les raids des normands sédentarisés, n’ont aucun mal à conduire leurs pillages. Pour leur  faire face, on a construit, à la hâte, des défenses, souvent mal conçues et peu efficaces que les hommes des seigneurs francs sont, de surcroît, peu nombreux et peu entraînés à défendre. La résistance des installations avoisine donc le zéro pointé et de fait, la facilité de pénétration des territoires et les conquêtes des vikings ou des normands qui se sont depuis sédentarisés semblent venir appuyer favorablement cette thèse.

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catapulte_humidite_haut-moyen-ageJe fais une parenthèse que vous me permettrez de juger triviale, mais au rang des informations qui circulent tous azimuts sur le web, j’ai pu voir reprise, ça ou là, une « théorie » qui affirme que catapultes et onagres n’étaient plus utilisés lors des sièges militaires, depuis le début du haut moyen-âge, pour cause « d’humidité ». Très honnêtement, je n’ai pas creusé cet aspect et je ne suis pas un spécialiste des montées subites du taux d’hygrométrie, pas plus d’ailleurs que de la culture du champignon de Paris, mais, en toute logique, je ne vois pas bien comment les romains; les grecs et les assyriens, auraient pu utiliser ces engins de sièges dans  leurs conquêtes durant des siècles, sans en souffrir, si cela était vrai. Je vais donc si vous le permettez en écarter l’hypothèse et revenir à des choses plus factuelles.
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normands_invasion_monde_medieval_histoire_des_forteresses_chateaux-fortsPour reprendre sur les invasions vikings, plus que les lourds engins de siège, au final l’arme principale de ces hommes du nord reste bien plus surement leur stratégie navale ainsi que leur grande mobilité. C’est, en effet, par les fleuves qu’ils conquièrent et c’est par l’eau qu’ils se retirent aussi. ( ci-contre Normands  en route pour Guérande, bnf, consulter l’original ici).  Dans une de ses formes d’attaque les plus impressionnantes, on parle de sept cents navires ayant remonté la Seine pour s’en aller assiéger Paris à la fin du IXe siècle. Face à une telle flotte, le seul pont de Pitres et ses deux châtelets défensifs destinés à bloquer toute remontée de flotte ennemie en amont de Rouen et dont la construction avait été lancée par le roi Charles le Chauve pour contrer les raids fluviaux, n’aura pu y faire grand chose, même si  l’attaque de la cité se révélera pour les vikings plus ardue qu’ils ne l’avaient pensé puisqu’ils finiront par tenir un camp et, justement, construire des engins de siège. Sauf à quelques exceptions près dont celle-là, on peut supposer que dans bien d’autres cas, les faibles enceintes et fortifications rencontrées au hasard de leur pérégrinations le long des fleuves, n’ont pas suffi à arrêter leur détermination.  A leur entraînement à la guerre et à leur stratégie de raids fluviaux qui jouent de l’effet de surprise, ils pratiquent encore, comme nous le verrons plus loin, des techniques avancées d’information, usant d’espions ou d’informateurs, ce qui vient avantageusement compléter leur arsenal.

Tapisserie de Bayeux, XIe sècle, flotte et navires viking
Tapisserie de Bayeux, XIe sècle, flotte et navires viking

M_lettrine_moyen_age_passionême si certaines vagues d’invasion  connaissaient des techniques de siège avancée et savaient, au moins et à l’évidence, construire des engins de siège – les vikings, cela est établi, mais encore et sans nul doute les byzantins qui frappent alors dans le sud -, la plupart du temps, en dehors de grandes villes historiquement fortifiées, le recours à de tels moyens ne leur est pas nécessaire. A l’évidence,  le reste des terres assiégées semble se trouver bien démuni face à ces envahisseurs déterminés et motivés. Au début du Xe siècle, la décision si contestée et impopulaire prise par Charles le Simple de concéder au viking Rollon le duché de Normandie, permettra de voir les invasions diminuer de ce côté là au moins, mais cette fin de siècle autant que le siècle suivant continueront pourtant de voir s’élever de nouvelles fortifications ou de se renforcer les existantes dans un mouvement pour ne pas dire une frénésie, que rien ne semble vouloir atermoyer. Comme nous l’avons dit dans notre article précédent, ce sont les histoire_monde_medievale_charles_le_simple_creation_du_duche_de_normandiesiècles où l’éclatement et la fragmentation du pouvoir central continuent de se poursuivre.

(ci-contre portrait de Charles le Simple par Georges Rouget,  XVIIIe siècle)

A la pression d’ennemis extérieurs, viennent donc s’ajouter, désormais, les tensions et les luttes intestines entre seigneuries voisines mais aussi entre vassaux et suzerains. Dans ce climat et dans les quelques deux cent ans qui suivront, il faudra donc que l’on ré-apprenne et que l’on s’aguerrisse aux  techniques de fortifications ou de siège, mais dans ces Xe et Xe siècles, à en croire Viollet le Duc, tout ou presque a été perdu des héritages anciens : faute de temps, faute de moyens, faute d’entraînement et d’expérience, peut-être bien plus surement que faute de mémoire ou de savoir-faire.(1)

Construction d'un navire Viking, basée sur une illustration d'Angus McBride, XXe
Construction d’un navire Viking, basée sur une illustration d’Angus McBride, XXe siècle

La question de l’adaptabilité des forteresses

D_lettrine_moyen_age_passionans un excellent article d’Universalis sur les fortifications, Jean Delmas  énonce une vérité qu’il est utile de garder en tête pour comprendre la difficulté d’adaptation des forteresses face aux agressions qui leur font face :

« À l’inverse de la fortification de campagne – organisation défensive du terrain qui naît au rythme des opérations –, la fortification permanente construite en temps de paix est, par définition, conçue pour durer. Une rapide chronologie prouve que si elle a pu, pendant des siècles, satisfaire à ce besoin de longévité sans connaître de mutations brutales, imposées par l’évolution de l’art de la guerre et de l’armement, elle s’adapte très difficilement – toujours par définition – à l’accélération du progrès technique. Nécessitant de longs et coûteux travaux, elle a été, depuis cent ans, souvent déclassée techniquement dès son achèvement ou n’a pas répondu aux conceptions tactiques et stratégiques nées entre-temps. Le rapport coût-efficacité apparaît alors si négatif que la question est posée : la fortification appartient-elle au passé ? ou a-t-elle seulement changé de nature ? »

Jean Delmas, Fortifications, Encyclopédie Universalis en ligne

Cette vérité est encore plus pertinente quand les siècles dont nous parlons ne connaissent qu’une paix très relative, ceci étant bien sûr à nuancer en fonction des régions, de la proximité des forteresses avec des frontières critiques, de leur éloignement des zones de tension (ou des fleuves!), de la protection naturelle offerte par leur site et leur accessibilité  (éperon rocheux, montagnes, présence de l’eau qui permet de ménager des douves, etc…) et encore de la disponibilité des moyens humains à disposition pour les défendre ou les construire; toute chose qui nous renvoie à l’article que nous avions fait précédemment sur le paysage fortifié de la France du Xe, XIe siècle. Quoiqu’il en soit, cette lenteur d’adaptabilité des forteresses reste une constante et devient encore plus cuisante quand leurs dispositifs défensifs naissent déjà, en quelque sorte, avec un effet retard normands_histoire_chateaux-fort_forteresse_rollon_duche_normandiesur les techniques capables de les assiéger. Si l’on se fie à ce que l’Histoire nous enseigne, c’est le cas de nos forteresses de bois des Xe, XIe siècles.

(ci-contre Rollon, chef viking fait premier Duc de Normandie, statue d’Arsène Letellier, XIXe, Rouen)

Réputée avoir été inventée près de cinq cent ans avant J.C., la catapulte et ses projectiles de pierre a, en effet, déjà plus de mille cinq cents ans quand l’on commence à dresser les premières mottes castrales de terre et de bois en Europe. Que l’agresseur se fende de bâtir quelques unes de ces machines de guerre et voilà déjà la motte tremblante. Au delà de l’éventuelle nécessité qu’ils pourraient avoir à le faire, encore faut-il pour cela que les assaillants en aient le temps et la motivation. Encore faut-il aussi qu’ils soient organisés et suffisamment nombreux, qu’ils comptent dans leurs rangs un expert capable de guider les hommes pour la construction de l’engin, qu’ils aient encore des vivres en suffisance pour tenir un camp.  La razzia ou le raid sont des formes d’attaque qui par nature, ne font pas toujours montre de patience alors que pour celui qui a le temps d’assiéger et qui sait que le jeu en vaut la chandelle, le temps, s’il en dispose, reste toujours la meilleure arme : établir un camp, couper les routes de ravitaillement, encercler la place, et attendre sagement que la faim ou la soif conduisent les défenseurs à la reddition, voilà bien une technique qui a toujours fait ses preuves dans l’histoire des sièges sans avoir à abattre les arbres dont on fait les machines de guerre. Tout cela pourrait encore expliquer ce peu d’usage supposé de techniques de siège « sophistiqués » et de machines de guerre lourdes durant cette période et abonder dans le sens de la thèse d’Eugène Viollet le Duc. Dans la balance, il faut encore ajouter du côté des assaillants une arme de peu de frais et pourtant impitoyable : le feu qui reste redoutable  face aux palissades et aux défenses de bois.

Efficacité contextuelle et évolution « relative »

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Tapisserie de Bayeux, Xie siècle, élévation et construction d’une motte castrale

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour revenir à ce constat d’effet retard, on peut encore se demander si  les mottes castrales de bois furent vraiment des constructions de fortune, inaptes à résister ou si elles étaient plutôt relativement bien adaptées à leur contexte. La réponse est, à coup sûr, contenue dans cette dernière question, sans quoi on n’en aurait pas construit en si grand nombre, pendant plus de trois cent ans. Dans bien des cas, comme pour les enceintes castrales de l’époque, ces constructions ne sont pas de simples châteaux de sable que la première vaguelette venue pourra emporter au loin et l’exercice de les construire n’aurait histoire_monde_medievale_chateau-forts_efficacite_des_forteresses_de_boispu être à ce point vain, ou ne traduire que les « caprices » d’un seigneur désireux de s’élever par le symbole. On peut encore prendre pour preuve de cette efficience des mottes castrales, le fait que les normands en bâtirent en nombre lors de la conquête de l’Angleterre.

Sur les terres de France, même s’il y a, indéniablement, un effet retard qui poussera vers l’avant l’architecture défensive et l’évolution des forteresses de bois, les lignes écrites plus haut nous apportent encore des éléments de réponses. Ces défenses font souvent face à des cavaliers ou des hommes d’armes d’infanterie marine (vikings, normands, hommes du nord) ou terrestre (hongrois, byzantins, seigneuries voisines); dans de nombreux cas, cela reste des exercices légers, équipés de manière légère (armes d’estoc, lances, épées, armes de jet), qui visent le pillage suivi du retrait plutôt que de s’établir sur le terrain conquis. Dans ce contexte, que l’on soit à cheval ou à pied, l’élévation,  les fossés ou l’enceinte dissuadent et compliquent indéniablement la tâche de l’assaut qui ne peut se conduire sans risque, sur ce terrain accidenté, jalonné de douves ou de fossés, et sous les jets de flèches. Il faut encore se souvenir que, bien souvent, les défenseurs ne se contentent pas de rester tapis derrière leurs palissades à attendre qu’on les enflamme; une partie de l’exercice sort au devant de la motte pour la protéger et pour devancer les assaillants, ou peut même encore sortir par les poternes, ces sorties dérobées à la vue de l’ennemi, que l’on utilise déjà pour le contourner et pour le prendre par surprise. Pour autant qu’elles ont montré leurs limites face à certaines situations, toutes ces constructions se sont donc avérées efficaces dans les cas les plus fréquents.

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Tapisserie de Bayeux, Xie siècle, siège d’une motte castrale

Contre le feu, la pierre enfin!

A_lettrine_moyen_age_passionussi hautes qu’on ait pu les élever, de manière artificielle ou non, ces fortifications de bois et les mottes castrales sont demeurées, par contre, impuissantes à faire face à certaines agressions, la pierre des projectiles mais surtout, comme nous le disions, le feu. C’est d’ailleurs principalement à ce dernier élément que l’on accorde d’avoir favorisé les évolutions de l’architecture défensive du Xe et XIe siècle. On a donc renforcé, quand on le pouvait ces installations défensives à l’aide de la pierre, quand on ne les a pas simplement désertées au profit de nouvelles constructions, faites de cette même pierre et bâties sur d’autres sites. Souvenons-nous encore, en disant tout cela, que l’archéologie et l’histoire ont établi que sur de nombreux sites, certaines forteresses de bois n’ont été que peu ou pas transformées pendant de longues périodes de temps (revoir l’exemple du Jura et celui du château Gallois de Hen Domen, dans l’article précédent). Cela va encore avec cette idée d’une guerre qui n’est pas si permanente, ni si présente sur tous les territoires qu’on avait pu le penser par le passé. Au fond, la pression du contexte reste la seule loi véritable qui commande l’évolution (ou non) des forteresses et des châteaux de bois. Effet retard donc, c’est indéniable, mais ce retard est compensé plus ou moins vite en fonction de l’efficacité, même relative, de la forteresse face à la nature des attaques qui la menacent et à leur tapisserie_bayeux_evolution_chateaux_forts_mottes_castrale_moyen-age_centralfréquence.

(ci-contre détail, tapisserie de Bayeux, attaque d’une motte castrale par le feu)

Assurément, la pierre  qui vient s’imposer graduellement dans le courant du XIe siècle et des siècles suivants, donnera, pour un temps, à nos mottes castrales et nos premiers châteaux (ceux qui ne sont pas déjà faits de pierre), quelques longueurs d’avance, mais il faudra souvent des années pour que les seigneurs même les plus pressés par les nécessités du contexte (et qui disposent en plus des moyens humains et matériels pour le faire), fortifient leurs installations défensives, leurs grandes tours ou leurs demeures pour les faire évoluer vers des édifices de pierre. Concernant les châteaux à mottes, on parle quelquefois de cent ans avant que l’on y juche une grande tour de pierre en lieu et place de celle de bois, et le tassement du terrain créant les conditions nécessaires pour pouvoir le faire ne peut pas toujours expliquer une tel délai d’adaptation. D’autres seigneurs ailleurs n’en auront pas la nécessité, d’autres encore n’en auront ni les moyens, ni même l’expertise.

D_lettrine_moyen_age_passione fait et en corrélation avec ces évolutions, il faudra aussi du temps pour que l’on se réapproprie ou,  à tout le moins, pour que l’on se mette à retrouver l’usage, jusqu’à même les perfectionner, des techniques d’assaut et de siège les plus sophistiquées, héritées du lointain passé.  Deux, voir trois siècles, seront nécessaires si l’on en croit les Historiens avec en tête encore une fois notre architecte du XIXe, Eugène Viollet le Duc. Pourtant, oubliées ou simplement peu usitées parce que les modes d’attaques ou la taille des exercices qui leur font face, pas d’avantage que la solidité des défenses ne les requéraient, ces techniques étaient, pendant tous ces siècles là, dormantes bien plus qu’à ré-inventer. Encore si proches dans le cours du temps, mêlées aux empreintes romaines qui avaient foulé la terres de Gaulle et les avaient conquise, ou encore bien actives à quelques frontières de là, elles se tenaient à portée de main, attendant leur heure. Quel est donc cet héritage avec lequel on se préparait à renouer et que certains, à l’évidence n’avaient pas oublié, ni cessé de mettre en pratique? Pour le savoir, il est temps de revenir sur l’histoire des sièges et de la poliorcétique.

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ENTRACTE : UN PEU D’HUMOUR
Efficacité du feu contre les mottes, un moment historique!

Non mais je plaisante là! Maquette d'une motte, musée de la tapisserie de bayeux
Non mais je plaisante là! Arrêtez tout! Maquette d’une motte, musée de la tapisserie de bayeux

Pour me faire pardonner et avant de passer à des choses plus sérieuses, je vous donne le lien du site web du musée de la tapisserie de Bayeux! A visiter si vous passez non loin de là!
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B. L’héritage antique de la poliorcétique

La poliorcétique est le terme qui désigne l’ensemble des techniques de siège militaire qu’elles soient offensives ou même défensives. Aux sources écrites qui nous sont parvenues sur les moyens humains et matériels de conduire l’assaut d’une forteresse, se tiennent celles des grandes conquêtes de l’antiquité.
Techniques de siège antiques et héritage de la poliorcétique

Techniques de siège antiques et héritage de la poliorcétique

C_lettrine_moyen_age_passionomme nous le disions en introduction de cette série d’articles, en ce qui concerne l’Art de bâtir des forteresses, les sociétés humaines appliquent, depuis des temps immémoriaux,  les mêmes règles de la muraille, des obstacles et de l’élévation pour se protéger. Plusieurs siècles avant Jésus Christ, on construisait déjà  de hautes fortifications défensives et ces installations connaissaient à ces mêmes époques  des assauts pour les prendre, au moyen des machines de guerre et des techniques de siège les plus avancées. Au vue des traces archéologiques et documentaires qui nous sont parvenues, l’histoire de la poliorcétique passe par les assyriens, (800 ans avant J.C.), est améliorée par les grecs, et reprise ensuite partiellement par les romains. Comme on s’en doute, dans tout le berceau qui les ont vu naître et se propager, les civilisations en subissant les dommages collatéraux vont aussi les adopter ou les améliorer quand elles en auront les moyens techniques et humains. Ce sera le cas notamment des byzantins. Comme l’Histoire occulte souvent l’Asie, nous avons forcément une vision incomplète de ces phénomènes, mais il faut se souvenir que l’on prête à la Chine de nombreuses inventions et innovations dans ces domaines.

« Cloud ladder » littéralement « Echelle nuage », invention prêtée à Lu Ban (507–440 avant JC)

Machines de guerre & engins de siège antiques

O_lettrine_moyen_age_passionnagres,  catapultes, balistes ou scorpions, au premier siècle après Jésus-Christ, l’architecte ingénieur Marcus Vitruvius Pollio, mieux connu sous le nom de Vitruve,  formalisait et synthétisait déjà,  dans son ouvrage « De architectura », les proportions, ainsi que la manière de construire et les usages des machines de guerre et autres engins histoire_medievale_chateau-forts_architecture_siege_militaire_moyen-age_passionmécaniques permettant d’assiéger les forteresses (photo ci-dessous version latine de son manuscrit). Se faisant, il se juchait, sans nul doute, sur les épaules du génial Archimède (287-212) qu’il cite d’ailleurs dans son ouvrage. Si l’on en doutait, ce dernier ne faisait donc pas que tremper dans sa baignoire et, dans son ouvrage « géométrie des figures planes », trois siècles avant Jésus-Christ, il décrivait déjà des engins de siège tels que la catapulte. On retrouve, d’ailleurs, dans l’écrit de Vitruve et dans les exemples qu’il prend, toute l’importance de l’héritage grec  sur la poliorcétique romaine, héritage que l’on fait remonter lui-même à plus de quatre siècles avant JC avec des ingénieurs tels que Polyeidos de Thessalie.

Baliste, pierrière : engins de siège et héritage de la poliorcétique greco-romaine
Baliste, pierrière : engins de siège et héritage de la poliorcétique greco-romaine

A l’assaut des Murailles et des portes

D_lettrine_moyen_age_passionu point de vue des dispositifs d’assaut, outre les armes de tir et de jet « lourdes » qui propulsent roches, pierres, ou flèches, on construit déjà depuis, bien longtemps de grandes échelles pour gravir les hauts murs des fortifications, et encore des tours d’attaques  mobiles dans lesquelles les hommes s’embusquent pour être à hauteur des murailles et les prendre d’assaut au moment propice : « hélépoles » chez les grecs, « beffrois » au moyen-âge, (voir photo ci dessous tirée encore une fois du Dictionnaire raisonné d’architecture). Les béliers sont aussi présents pour défoncer portes ou palissades; on les nomme vineae chez les romains et ils sont, la plupart du temps, à helepoles_beffroi_poliorcetique_antique_histoire_medievale_chateau-fort_forteressesroues et couverts. Et, finalement, on connait les tortues, appelées encore chats ou taupes: ce sont des dispositifs à roue, mais aussi quelquefois plus légers, portés à dos d’hommes et souvent recouverts de peaux humides ou même de terre, qui permettent de se tenir à couvert des projectiles et du feu et que l’on utilise pour boucher les fossés ou les douves quand on en rencontre, autant que pour s’approcher des pieds de muraille en vue de les détruire. Dans la famille de ces dispositifs de protection, le mantelet est également connu,. Utilisé par les archers, il permet aussi de protéger les sapeurs, ces équipes affectées à l’ouverture de brèche dans les murailles (voir photo ci-dessous). Concernant des variantes de ce type de dispositif, vous pouvez consulter l’article et le documentaire sur le manuel de Hans Talhoffer, on y trouve, entre autre chose, un test réel fort divertissant fait à partir d’une protection en forme de cloche et en cuir bouilli, retrouvée dans les illustrations de ce manuscrit médiéval et dont on ne sait pas si elle a véritablement servi ou si elle est simplement sortie de l’imagination de ce maître d’armes du XVe siècle.

Gravures de E Guillermot, Dictionnaire raisonnée d'architecture médiévale, Eugène Viollet le Duc
Gravures de E Guillermot, Dictionnaire raisonné d’architecture médiévale, Eugène Viollet le Duc

Sape et Combat de mines

D_lettrine_moyen_age_passionans les vagues d’assaut plus offensives, si l’on ne peut incendier ou gravir les palissades ou les murs de la fortification, on essaye de creuser pour passer en dessous. Ces stratégies d’attaque souterraines sont connues sous le nom de combat de mines. Il y a dans l’ouvrage de Vitruve des exemples de sièges militaires antiques faisant état de ces techniques, mais également de ripostes ingénieuses et spectaculaires des défenseurs pour contrer ce genre de plans d’attaque par le sous-sol. Je vous en livre, ici, un extrait afin que vous puissiez vous en faire un idée :

« Lorsque les ennemis allèrent aussi mettre le siège devant Apollonie, ils s’imaginèrent qu’au moyen d’une mine ils pourraient pénétrer dans la ville. Les habitants furent bientôt instruits de leur projet par les éclaireurs. (…) Il se trouvait parmi eux un architecte d’Alexandrie, nommé Tryphon. Il fit creuser dans l’intérieur de la ville plusieurs contre-mines qu’on étendit en dehors des murailles jusqu’à une portée de trait ; puis il fit suspendre dans toutes ces galeries souterraines des vases de bronze. Dans un de ces conduits, ouvert auprès de la mine que creusait l’ennemi, les vases suspendus se mirent à résonner à chaque coup de pioche qu’on donnait. On apprit par là dans quelle direction minait l’ennemi, et par où il avait l’intention de pénétrer dans la ville. L’endroit ayant été ainsi précisé, Tryphon fit préparer, au-dessus des mineurs ennemis, des chaudières d’eau bouillante et de poix, avec du sable brûlant et des immondices; puis ayant pratiqué pendant la nuit de nombreuses ouvertures dans la mine, il y fit jeter tout d’un coup toutes ces matières, qui firent périr tous les ennemis qui s’y trouvaient. »

Vitruve, De Architecturae. LIVRE X

Isolement, Blocus et guerre d’usure

Techniques d'assaut et de siège romaines, Illustration d'origine, Angus MacBride, XXe
Techniques d’assaut et de siège romaines, Illustration d’origine, Angus MacBride, XXe

D_lettrine_moyen_age_passion‘un point de vue des techniques d’assaut, les schémas d’attaque lors des sièges hériteront encore longtemps des stratégies antiques. Comme nous l’avons mentionné, dans de nombreux cas, le temps reste toujours un allié précieux de l’assaillant pendant les sièges. On établit des campements généralement à quelque distance des murs ou des palissades de la forteresse. On l’encercle  et on s’assure de couper les accès et les routes d’approvisionnement. L’Histoire des sièges a démontré que ce type de stratégie ne suffisait pas toujours, en fonction de la prévoyance et des ressources de la forteresse attaquée, mais ce sont en général, des dispositions que l’on va prendre systématiquement pour affaiblir le moral des défenseurs, à défaut de parvenir à les affamer.

Espionnage, diversion, dissuasion, négociation

« Un prince avisé et un brillant capitaine sortent toujours victorieux de leurs campagnes et se couvrent d’une gloire qui éclipse leurs rivaux grâce à leur capacité de prévision. Or la prévision ne vient ni des esprits ni des dieux ; elle n’est pas tirée de l’analogie avec le passé pas plus qu’elle n’est le fruit des conjectures. Elle provient uniquement des renseignements obtenus auprès de ceux qui connaissent la situation de l’adversaire. »
Sun Tzu, L’art de la Guerre (-500 av JC)

D_lettrine_moyen_age_passionans l’Histoire de la guerre et de la stratégie militaire, la communication, mais aussi l’information et la désinformation ont toujours été des alliés précieux. Elles sont pour ainsi dire aussi vieilles que les premiers sapiens sapiens. Le moyen-âge les connaissaient donc aussi et nul doute qu’elles sont intervenues. De même, les phases de pourparlers durant lesquelles les assaillants invitent les défenseurs à la reddition font partie intégrante des stratégies de prise de bâtiments et de territoires. En bref, espionnage, diversion, dissuasion, négociation ont toujours, et de tout temps, fait partie intégrante des Arts de la guerre.

L’exemple du siège de Saint-Dizier

Même si l’affaire date de 1544 et des guerres d’Italie qui opposèrent l’empereur Charles Quint au roi de France François 1er, cette anecdote est tellement représentative de l’importance de l’information et de la désinformation dans les guerres en général, et les guerres de siège en particulier, qu’elle trouve naturellement sa place ici. Durant le siège de la ville Saint-Dizier en Champagne, après près de trente jours d’assaut et de bataille autour de ses remparts, la ville est épuisée et ses assaillants, les armées de l’empereur Charles Quint, s’essoufflent aussi. Sancerre, le gouverneur de la ville commettra alors l’erreur de faire mander une missive au Duc de Guise, lui confessant que la ville est à bout de ressources et de munitions, et par conséquent, sur le point de tomber. Hélas pour lui, les impériaux intercepteront la missive et la décrypteront. L’histoire raconte qu’en possession du sceau du Duc de Guise, Granvelle le chancelier de l’Empereur enverra alors une fausse missive de réponse au gouverneur lui enjoignant la reddition de la ville. On raconte que les négociations s’ouvrirent peu après et que la ville finit par se rendre.

Les Strandhögg des vikings

A titre anecdotique encore, et comme nous le mentionnions déjà plus haut dans cet article, sur l’espionnage en particulier, les peuples du nord se sont faits connaître par l’usage d’un réseau d’informateurs bien en place, développé à partir de leurs nombreux comptoirs commerciaux. Grace à ces alliés invisibles, introduits dans les places, ils pouvaient mieux connaître les moments propices à l’assaut, à l’intérieur des lieux visés.  Bien informés, ils pratiquaient alors l’attaque éclair avant de se retirer prestement. Cette technique portait le nom Strandhögg.

C. Mise en perspective de la poliorcétique dans le cadre médiéval des Xe et XIe siècles

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Assyriens, techniques de siège, tirée d’une illustration de Angus McBride, illustre et peintre britannique, XXe siècle

N_lettrine_moyen_age_passionous voilà donc rendu à notre conclusion sur l’approche des techniques de siège avancées de forteresses et sur les machines de guerre anciennes. Sur les terres de France, elles sont, au vue des sources historiques, plutôt absentes des Xe et XIe siècles mais il faudra pourtant bien les réapprendre ou les pratiquer durant les croisades puisqu’on se heurtera alors à des villes fortifiées. Sur le territoire, elles devront, de fait, être remises en pratique au fur et à mesure que le bois se substituera à la pierre. Nous l’avons dit, du point de vue de la poliorcétique, elles n’étaient que dormantes. Il ne s’agira pas alors d’innover mais bien plutôt de se souvenir ou de les retrouver même si, tout de même, l’empreinte byzantine par sa maîtrise des sciences mathématiques et physiques léguera aux croisés, quelques améliorations reconnues, notamment sur la précision des machines de jet.

Au risque de décevoir les amateurs de nouveautés médiévales et de grandes innovations qui nous proviendraient de cette période, si l’on regarde l’Histoire de la poliorcétique avec un peu de recul et sur une plus large échelle, les techniques d’assaut comme celles de défense n’ont pas évolué de manière spectaculaire de la période romaine, jusqu’au courant des XIIe, XIIIe siècles où l’on verra se généraliser l’utilisation des trébuchets, des Mangonneaux et de leurs variantes autour du bassin méditerranéen. Du point de vue de l’innovation, cela pourrait même ne paraître qu’une légère variante de l’existant n’ayant rien d’une révolution, mais bien plus, la simple mise en exploitation d’une invention passée. C’est véritablement la poudre à canon et même  un peu plus tard, l’invention du boulet de métal qui apporteront du point de vue de la poliorcétique, des changements radicaux et il faudra donc attendre les XIVe et XVe siècles pour parler d’évolution véritable dans ce domaines. Pendant quelques temps, l’architecture défensive rattrapera alors, en quelque sorte son retard et donnera du fil à retordre à ses assaillants. Cette période consacrera l’âge d’or des châteaux-forts et nous aborderons tout cela dans un prochain article.

Merci de votre lecture et une excellente journée à vous!

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
« A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes »

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Notes

(1) Je dois bien, de mon côté, le confesser, même si l’absence de sources quantitatives sur cette période enjoint à la prudence, cette idée que l’on ait pas besoin d’avoir recours aux techniques de siège ou aux engins de siège me convient bien mieux que l’idée que l’on ne sait plus du tout faire ou que l’on ait pu tout oublier du côté franc, idée qui semble toujours en filigrane dans les écrits de Viollet le Duc. J’ai vraiment peine à croire que les francs ou les romains subsistant sur les terres de France au Xe et XIe siècles soient rendus, à ce point, dans l’obscurantisme et dans l’ignorance qu’ils en aient même oublié jusqu’à la manière de construire une catapulte. Sans doute que mon bagage ethnologique n’y est pas étranger, mais le mythe du « bon sauvage » ignorant de tout, ne maîtrisant rien, et se tenant en quelque sorte hors du champ des techniques ne me convient guère. Pour tout dire, je le trouve même toujours et par défaut suspicieux. Peut-être est-ce en pensant aux erreurs de jeunesse de l’Ethnologie balbutiante et de ses pionniers, que je ne peux m’empêcher de lire cette même tendance entre certaines lignes « expéditives » de Viollet le Duc mais je crois bien tout de même qu’elle s’y trouve. Chez lui, « l’âne » franc « indiscipliné, individualiste » et peu doté de conscience politique autre que celle qui le pousse à défendre ses propres intérêts, exempt encore de tout savoir-faire technique, fait toujours face au normand aguerri, conscient de l’idée de nation, consciencieux et habile dans ses conquêtes comme dans ses architectures, même si plus loin il caressera les francs dans le sens du poil en mettant sur le compte de ses défauts le fait de ne pas être devenu anglais. Tout cela me donne l’impression de me trouver face à un « remake » façon XIXe du tribal contre le civilisé, transposé sur les terres médiévales. Peut-être que le lyrisme « nécessaire » dont parlait Georges Duby à propos de l’Historien éclipse quelquefois les nuances dans les pièges inévitables de la narration: ce moment où l’Histoire peut se changer en histoire sans qu’on y prenne garde?  Il n’y a guère que dans l’imaginaire ou les mythes post nucléaires apocalyptiques ou le début de la planète des singes, ce qui revient à peu près au même, que l’humanité semble avoir vraiment tout perdu et encore, il y a souvent même dans ce genre de littérature quelqu’un pour se souvenir. Alors manque de moyens, manque de temps, manque certain d’experts sur l’ensemble du territoire, les érudits et les meilleurs ingénieurs se trouvant certainement déjà dans les villes et, quand bien même, restent souvent hors de portée budgétaire, pourquoi pas? Mais absence totale de mémoire, je ne peux me résoudre à le croire. Peut-être ais-je encore en tête, en disant tout cela, la qualité des oeuvres de charpente médiévale ou même encore la diversité et la complexité de la vie des carolingiens dont témoigne les fouilles du lac de Paladru? Peut-être encore a-t’on si souvent sous-estimé les hommes de ce monde médiéval et leur niveau de connaissances et de savoir que je ne peux m’empêcher d’en prendre, par prudence et presque par défaut, le contre-pied.