Danse médiévale du XIIIe siècle, la tierce estampie royale avec The Dufay Collective

danse_musique_medievale_estampie_royale_manuscrit_du_roy_roi_XIIIe_moyen-age_centralSujet : musique médiévale, danse médiévale, estampie, manuscrit ancien,
Période :  moyen-âge central, XIIIe siècle,
Titre :  la tierche (tierce) Estampie roiale (royale), manuscrit du Roy (Roi), chansonnier du Roy, manuscrit français 844.
Auteur : anonyme
Interprète : The Dufay Collective
Album :  A dance in the garden of Mirth  Chandos  (1994)

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, nous vous proposons un peu de danse médiévale avec un retour au célèbre Manuscrit ou Chansonnier du Roy ( MS Français 844) du moyen-âge central. Nous avions déjà publié ici la prime, la seconde, la quarte et même la septième estampie royale, toutes issues de ce précieux codex  et voici donc venir la tierche ou tierce.

Avec plus de six-cent pièces, ce Manuscrit ancien demeure un témoignage de grande importance de la musique et des chansons médiévales des XIIe et XIIIe siècles. Pour plus de détails, le concernant et pour en découvrir d’autres pièces, n’hésitez pas à suivre le lien suivant : musiques et chansons médiévales du Chansonnier du Roy (roi) ou Manuscrit 844.

La tierce estampie royale par les anglais du Dufay Collective

« A dance in the garden of mirth »
Danses médiévales du XIIIe et du XIVe

L’interprétation du jour nous est proposée par le groupe anglais The Dufay Collective.  Elle est tirée d’un album sorti en 1994, et ayant pour titre  A dance in the garden of mirth.

Comme pour l’album dont nous avions parlé dans notre article précédent, ne vous fiez pas au côté un peu  « rock  british » de la couverture, cet ensemble est, en effet, bien dévoué aux musiques du moyen-âge et de la renaissance. Estampies, trotto, saltarello, dans cet album instrumental, les artistes anglais nous proposaient une sélection de danses médiévales, en provenance principalement de la France du danse_musique_medievale_estampie_royal_the_dufay_collective_manuscrit_du_roy_moyen-age_central_XIIIe_siecleXIIIe siècle et de l’Italie du XIVe, avec également une pièce provenant d’Angleterre.

Pour plus d’informations sur cette productionou pour l’acquérir en ligne, voici un lien utile : A Dance In The Garden Of Mirth

Actualité et agenda ?

Concernant l’actualité du Dufay Collective, le  groupe ne semble pas s’être produit activement sur scène depuis 2013, même si leur dernier album Love and Devotion in Medieval England date de 2015.  Pour les suivre, le moyen le plus simple reste donc leur Page Facebook officielle.

On peut aussi valablement s’intéresser à son directeur, le compositeur et musicien William Lyons et à son actualité. Extrêmement musiques_medievales_anciennes_william_lyons_dufay_collective_compositeur_artiste_instrumentiste_anglaisactif dans le champ des musiques anciennes, cet artiste compositeur et instrumentiste polyvalent (joueur de flûtes, luth, cornemuse et encore percussionniste) collabore avec des nombreuses institutions et ensembles dans ce domaine, sur la scène anglaise (Royal College of Music, Shakespeare Globe Theater, etc…).  et il a encore contribué en tant que compositeur ou interprète à de nombreuses bandes sonores de films pour la télévision ou le cinéma ( Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban, Robin Hood ou le Hobbit, entre autres titres célèbres). Pour les anglophones, son site web est ici : William-Lyons.com

En vous souhaitant une très belle  journée et une belle écoute.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

Amour courtois et « fine amor », un point sur la question avec trois experts

poesie_medievale_fine_amor_amour_courtois_origine_definition_conference_moyen-age_centralSujet  :  littérature, poésie médiévale, fine amor, amour courtois, histoire, définition, contexte d’émergence, hypothèses.
Période : moyen-âge central (XIIe et XIIIe  siècles)
Média :  émission de radio,  France Culture
Titre :   la fabrique de l’Histoire, l’amour courtois (2016) par  Emmanuel Laurentin
Intervenants : Michel Zink,  Didier Lett,  Damien Boquet.

Bonjour à tous,

D_lettrine_moyen_age_passion‘où vient la notion d’Amour Courtois ? En dehors de son « invention » au XIXe siècle par Gaston Paris, que recouvre-t-elle de réalités médiévales et quelles furent les conditions de son émergence ? Voilà autant de questions que France Culture se proposait d’adresser en mars 2016 dans le cadre de son programme la Fabrique de l’Histoire, en invitant à sa table trois éminents universitaires et spécialistes d’histoire et de littérature médiévale :  Michel Zink, professeur au Collège de France (Chaire de Littératures de la France médiévale), Didier Lett (professeur d’histoire médiévale à l’université de Paris 7) et Damien Boquet (maître de conférences à l’Université d’Aix-Marseille I).

NB  ; ce n’est pas à proprement parler une conférence mais comme il s’agit d’un échange assez ouvert et informatif sur la question, nous indexons aussi cet article sous cette catégorie.

L’amour courtois, invention originale
du monde médiéval et occidental chrétien

Né dans le contexte d’une réforme grégorienne qui affirme plus que jamais le mariage comme institution et définit aussi clairement les lignes entre prêtres et laïques en faisant injonction formelle à ses derniers de demeurer célibataires, faut-il y voir là une relation de poesie_litterature_medievale_enluminure_codex_manesse_amour_courtois_moyen-age_centralcause à effet ou constater plus prudemment avec Michel Zink que cette poésie qui met au centre cette fin amor ou cet amour courtois n’émergera, en effet, qu’au sein du moyen-âge occidental chrétien et lui sera propre.

Au vue du contexte dogmatique et clérical des XIIe et XIIIe siècles, on pourra alors sans doute mieux comprendre ce sentiment amoureux ou cette définition d’une « nouvelle forme » d’amour (littéraire), qui se cherche entre l’interdiction du passage à l’acte (hors mariage pour l’homme, adultérin pour la femme) et l’assouvissement symbolique d’un désir interdit, condamné d’avance à ne jamais se poser sur son objet :

« … C’est une poésie (celle de l’amour courtois)  qui essaye d’intégrer à la vision chrétienne de l’amour cet amour relevant de l’Eros, mais qui dépasse largement le simple désir charnel et qui essaye de le récupérer… »
Michel Zink  – Extrait La Fabrique de l’Histoire

Lien vers le podcast original sur le site de France Culture

Ce serait donc aussi ce même « Amour » avec un grand A qui se tient au centre du christianisme, celui de Dieu, celui des uns et des autres qu’on cherche aussi à décliner, dusse-t-on le tirer du côté charnel et émotionnel, tout en ménageant les conditions pour transcender ces deux dimensions matérielles et le rendre, finalement, spirituel ?

En dehors de cette idée de l’exaltation, cette Delectatio Morosa qui lui sert de pendant ou d’argument (ce plaisir venu de l’attente et de la non satisfaction du désir qui excite et agite l’imagination), cette fine amor (fin’amor) et son désir jamais assouvi (quand la dame est sage ou que l’on respecte les interdits,) se transforme si souvent en souffrance et en complainte – celle de l’attente, celle de la distance infranchissable physique ou symbolique, celle du rejet, celle de la frustration pesante du non passage à l’acte, cet état où l’on n’en finit pas de se mourir d’amour – qu’on pourrait se demander s’il ne ménage  pas encore une forme de « pénitence » qui ne serait, après tout, pas totalement étrangère au christianisme.

poesie_litterature_medievale_enluminure_codex_manesse_amour_courtois_fine_amor_moyen-age_central_XIIe_XIIIePourtant, s’il est si chrétien, dans son essence, cet amour courtois, pourquoi se pose-t-il si souvent sur la dame du seigneur et de l’homme de pouvoir, et de fait aussi la femme déjà  mariée ?

Faut-il voir là une forme de valorisation symbolique   de l’adultère, et une sorte de « poésie résistante »  ou plutôt ne pas perdre de vue que cet amour courtois naît aussi, au sein des méandres et des jeux de pouvoir de la féodalité. N’y aurait-il pas, encore ici, une forme de report ou d’extension symbolique de la relation de soumission, forte et codée du seigneur à ses vassaux ou ses sujets, vers ses proches ? En d’autres termes, faut-il aimer ou louer la dame de son maître comme on est supposé l’aimer et le louer lui et lui être fidèle ? Peut-être, à condition de ne pas déraper trop loin sur le terrain glissant des analyses de genre et de la théorie des « affects », en invoquant un peu hâtivement la grille commode de la psychanalyse moderne pour la calquer sur l’époque.

Et puisque nous n’en sommes plus à une question près, si je voulais ici semer une autre hypothèse, sans doute plus terre à terre et en tout cas plus micro-sociologique, au risque de me faire tirer l’oreille pour son manque cuisant de romantisme. Sans prétendre épuiser le sujet mais pour offrir un autre angle : au delà du simple attrait et de la séduction qu’inspire la femme du seigneur, et par contagion quelquefois sa sœur, sa cousine, bref encore la gente féminine alliée au pouvoir et souvent de condition supérieure à celui qui la convoite, pourrait-il y avoir, là aussi, quelques niches secondaires, pour paraphraser Erving Goffman dans Asiles, ou, pour le dire plus trivialement, quelques avantages indirects à retirer (économiques, politiques, jeux d’influences ou supplément de soupe, poesie_litterature_monde_medieval_enluminure_codex_manesse_amour_courtois_moyen-age_centraletc…) quand on est poète ou petit noble,  en cherchant à devenir, à tout prix, le favori de la dame,  au risque de se perdre dans ce jeu littéraire d’un désir à jamais inassouvi, ou même de se faire chasser de la cour par le seigneur en cas de dépassement des bornes  ?

Bref, pour en revenir à l’émission du jour, si elle ne répond pas à toutes les questions, elle a le mérite d’en soulever un certain nombre en donnant trois approches assez différentes de cet amour courtois, qui peuvent se rejoindre par endroits (quoique) : une qui se centre sur l’analyse des genres et les lignes de démarcation entre les sexes, l’autre un peu plus axée sur la fine amor comme une forme de réponse littéraire, « anticléricale » ou « résistante » dans le cadre de la réforme grégorienne, et la troisième, sans doute un peu moins sociale ou psychologique et, de fait, plus prudente et moins spéculative aussi, basée sur une analyse qui se situe plus au niveau littéraire et au cœur des textes.

En vous souhaitant une bonne écoute et une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
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PS ; vous aurez certainement reconnu, tout au long de cet article, des miniatures  (quelque peu retouchées par nos soins) du Codex Manesse, célèbre manuscrit ancien allemand, contenant près de 700 chansons d’amour courtois. 

Saadi et les vertus du silence

gullistan_sagesse_medievale_persane_saadi_jardin_rose_moyen-age_centralSujet : contes moraux, sagesse persane, poésie morale, citation médiévale, érudition, humilité, vertus du silence.
Période  : moyen-âge central, XIIIe siècle.
Auteur :  Mocharrafoddin Saadi  (1210-1291)
Ouvrage  :  Gulistan, le jardin des roses.

Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous repartons ici pour la Perse du moyen-âge central et du XIIIe siècle, à la découverte d’un autre conte ou historiette de Mocharrafoddin Saadi. Il nous invite, cette fois-ci, à méditer tout à la fois sur l’humilité nécessaire face à ses propres connaissances ou sa propre « science » et par conséquent sur la relativité de l’érudition, autant que sur les grandes vertus du silence. L’historiette est d’ailleurs tirée d’un chapitre dédié tout entier à ce dernier thème.

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Comme souvent chez lui, la sagesse ne vient pas toujours d’où on l’attendrait le plus. Elle n’a rien à voir avec la condition sociale, ni même, en l’occurrence ici, avec l’âge.

“Un jeune homme intelligent, qui était fort versé dans les diverses sciences et qui avait un caractère plaisant, ne disait rien tant qu’il était assis dans des réunions de savants. Une fois son père lui dit :

– O mon fils! pourquoi ne parles-tu pas aussi de ce que tu sais ?

– Je crains, répondit-il, qu’on ne me demande ce que j’ignore, et que je n’aie à supporter la honte de mon ignorance.”

 Mocharrafoddin Saadi –   Gulistan, le jardin des roses.

On pourra encore lier cette citation avec une autre qu’on trouve un peu plus loin dans le même chapitre du Gulistan, toujours sur cette idée d’un excès de paroles qui, pour le sage, va souvent de pair avec une certaine ignorance :

« J’ai entendu un sage qui disait : Jamais homme n’a confessé son ignorance, excepté cette personne  qui, lorsqu’un autre est engagé dans un discours et qu’il n’a pas encore achevé, commence à  parler. »

Mocharrafoddin Saadi  (opus cité)

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
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Agenda : un beau festival du livre médiéval et de l’imaginaire à Châteaugiron

blason_armoirie_heraldique_chateaugiron_bretagne_festival_livre_medieval_et_imaginaireSujet ;  agenda médiéval, salon, livre médiéval, heroïc fantasy, médiéval fantaisie, médiéval fantastique
Nom:  Les enchanteurs, festival du livre médiéval et de l’imaginaire
Lieu : Châteaugiron, Ille-et-Vilaine, Bretagne
Dates : les 25 et 26 novembre 2017

Bonjour à tous,

U_lettrine_moyen_age_passionn très bel événement est à retenir, cette fin de semaine, sur l’agenda médiéval pour tous ceux d’entre vous qui se trouvent en Bretagne : le 6e Festival du livre médiéval et de l’imaginaire, à Châteaugiron.

Organisé par la communauté de communes du pays de Châteaugiron entourée de nombreux partenaires, ce festival recevra durant tout le week end en les murs de son château mais aussi autour, de nombreux auteurs et créateurs. Au delà de cet aspect salon, il promet encore de très belles animations thématiques autour  du monde médiéval et de l’imaginaire.

agenda_festival_medieval_livre_moyen-age_imaginaire_fantastique_legendes_bretonnes_chateaugiron_bretagneAvant de poursuivre et au titre de ces partenaires privilégiés, mentionnons ici que l’événement compte le Centre de l’Imaginaire ArthurienInstallé au coeur de la forêt de Brocéliande, ce dernier propose à l’année de nombreuses animations de qualité autour de la célèbre légende du Graal et des chevaliers de la table ronde et il sera présent, tout au long de ce week end sur le site, aux côtés d’autres artistes et compagnies médiévales.

Moyen-âge historique ou plus fictionnel et rêvé, il sera donc question durant ces  deux jours à Châteaugiron, d’approcher ces deux univers mais, vous le savez, tous les moyen-âge(s) nous interpellent ici a fortiori quand la rencontre s’annonce de qualité.

Le programme des réjouissances

Pour cette 6eme édition, la Nature sera à l’honneur. Nature nourricière et domestiquée, sans laquelle même le plus urbanisé des hommes ne saurait survivre, c’est ici plus favorablement la Nature rêvée qui sera invitée,  celle qui sait se parer des plus profonds mystères pour inspirer les contes les plus merveilleux et la littérature. (Ah ! Quel lecteur de Tolkien n’a marché, au moins une fois à sa suite et avec délice, sur le sol moussu d’une forêt profonde,  à la rencontre des Elfes ? )

Auteurs, illustrateurs, photographes 

festival_salon_livre_medieval_animations_fetes_moyen-age_historique_fantastique_chateaugiron_bretagneDu roman ou de la BD historique, aux genres les plus fictionnels et fantastiques, en passant même par l’archéologie médiévale, ils seront plus de vingt-huit auteurs et créatifs à Châteaugiron, ce week end pour répondre aux questions des visiteurs et dédicacer leurs oeuvres.

Amour et célébration du livre obligent, le festival sera aussi l’occasion de riches rencontres littéraires autour de l’Histoire, de la nature, ou du thème du héros dans la littérature fantaisie ou fantastique.  Du côté des créations graphiques et visuelles, On notera  encore trois belles expositions dont une du photographe Philippe Manguin sur la forêt de Brocéliande.

Animations médiévales, théâtre, contes, danses, musiques & farces

En dehors des livres, le grand divertissement ne sera pas en reste puisque le festival lui ménage une large place : spectacles équestres, musiques médiévales et danses anciennes, parades déambulatoires et festives, défilé de costumes sur le thème « Natures extravagantes », contes en continu autour de Brocéliande, scénettes et théâtre humoristiques ( il y aura même des farces du XVIe en français ancien ), visite guidée et animée des rues de la ville sur les pas d’un « veilleur de nuit » qui vous ménagera bien des surprises, et ce ne sont là que quelques unes  des réjouissances et festival_salon_livre_medieval_animations_moyen-age_historique_fantastique_chateaugiron_bretagnedes animations prévues.

Pour les plus actifs et prompts à l’exercice, il y aura aussi du tir à l’arc, de l’accrotour et un tournoi de « TrollBall », mélange de jeu de rôle grandeur nature et de sport.

Marché médiéval et Ripailles « tavernicoles »

Côté emplettes, l’événement propose un marché médiéval et du côté gastronomique, les affamés trouveront largement de quoi ripailler auprès des maîtres queux, crêpiers, rôtisseurs ou vendeurs de bière et d’hypocras, venus pour l’occasion.

Télécharger le programme complet du Festival du livre médiéval et imaginaire 2017.

Consulter le site officiel  –  Rejoindre la page FB de l’événement

En vous souhaitant une belle journée et un excellent festival à Châteaugiron, si vous avez l’opportunité de vous y rendre.

Fred
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