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Conférence au Musée de Cluny : travailler au monastère au moyen-âge par Elisabeth Lusset

conferences_audio_video_moyen-age_monde_medieval_agriculture_paysan_serfs_vilain_moyen-ageSujet: ordre monastique, travail, moine, moyen-âge chrétien, dimension spirituelle et matériele, monastère médiéval, médiéviste
Période : moyen-âge central
Média: conférence vidéo, chaîne youtube
Lieu: Musée de Cluny, octobre 2017
Titre: Travailler au monastère au Moyen Âge
Conférencière: Élisabeth Lusset

Bonjour à tous,

T_lettrine_moyen_age_passionoujours dans le cycle « Le travail au moyen-âge  » voici une nouvelle conférence présentée par le Musée de Cluny. Elle nous entraîne, cette fois-ci, au coeur des monastères et à la découverte du travail des moines du moyen-âge central.

Cette intervention est d’ailleurs la première à avoir inauguré ce cycle au musée et à l’image des deux autres conférences déjà présentées ici (le travail de la terre au moyen-âge de Didier Panfili, le travail sur les chantiers médiévaux de Cécile Sabathier), l’historienne médiéviste Élisabeth Lusset nous offre un panorama claire et exhaustif de son objet : des travaux manuels des moines au quotidien, du jardin au scriptorium, en passant par les débats théologiques autour de la dimension spirituelle et matérielle du travail, de sa nécessité ou encore du statut de la prêche comme travail ou non, après l’apparition des ordres mendiants du XIIIe siècle.

Travailler au monastère au Moyen-Age

Élisabeth Lusset,
élements de parcours

A_lettrine_moyen_age_passiongrégée d’histoire, normalienne, docteur en histoire médiévale de l’Université de Paris-Nanterre,  Elisabeth Lusset est chargée de recherche au CNRS et au Laboratoire de médiévistique occidentale de Paris 1 Panthéon Sorbonne.

Du point de vue thématique, elle a fait de la gouvernance de l’Eglise,  de la justice ecclésiastique mais aussi du monde monastique du moyen-âge central, de ses ordres et de ses communautés, ses terrains de prédilection. D’une manière plus pointue, elle s’est également spécialisée sur le sujet passionnant de la criminalité et des enfermements dans ces mêmes milieux et aux mêmes périodes. Voir notamment son ouvrage : Crime, châtiment et grâce dans les monastères au Moyen åge (XIIe  XVe   siécle), Brepols Publishers, 2017. 
Pour un aperçu plus exhaustif de son parcours, ses publications et ses contributions, cliquez ici.

La dimension mystique de l’activité manuelle dans le cheminement monastique

T_lettrine_moyen_age_passionravail libérateur contre l’oisiveté ou résonance inévitable de la chute originelle et de la punition biblique qui s’y trouvera attachée ? Ces activités manuelles qui occupent les mains, détournent aussi les yeux du monde superficiel et des désirs qui peuvent les tenter.

Au delà, entre approche spirituelle et exigence de la glose, dans le monde silencieux des monastères, l’autorité de la règle (ou des règles) ne doit toutefois pas faire perdre de vue la dimension transcendante de cette dernière ou plutôt le fait qu’elle soit appelée à être transcendée. Pour le dire autrement, les préceptes et les règles monastiques ne peuvent être réduits à leur seule dimension coercitive (réelle ou apparente) au risque de les dépouiller de leur vocation mystique, celle d’accompagner, de manière cognitive, pourrait-on dire, un chemin d’éveil.

deco_medievale_enluminures_moine_moyen-ageA ce titre et pour ouvrir sur d’autres horizons, il est intéressant de noter que, dans le courant de ce même moyen-âge central, à l’autre bout du monde et au Japon, le moine bouddhiste Eihei Dōgen (1200-1253) revenu de Chine, codifiait précisément les l’importance de la cuisine dans le temple et les règles à suivre par le Tenzo – le moine cuisinier, seconde personne plus importante dans la hiérarchie du monastère –  mais aussi plus généralement les règles régissant le « samu », ce travail manuel des moines zen qui inclut toutes les tâches de ménage, de nettoyage, de jardinage utiles à la communauté.

Au delà de la dimension collective nécessaire de ces travaux, il s’agit aussi pour le moine de s’y oublier totalement. Apprentissage de l’humilité mais aussi chemin de « révélation » ou « d’éveil » ces mains qui travaillent permettent à l’esprit de ne se poser sur rien et, en ne se posant sur rien, de laisser la place au dialogue avec le divin. Il n’est même plus  ici question de tentation, mais de recherche d’une forme de silence intérieur, une volonté de faire de chaque geste quotidien un acte transcendantal. Dans le zen, il n’est d’ailleurs pas rare que les éveillés, ceux qui recevront le « shiho », la « transmission » – soit la lourde responsabilité de devenir, à leur tour, les responsables du monastère et de transmettre la « graine de l’éveil » – soient cuisiniers ou jardiniers. De fait, dans le travail monastique zen, l’activité manuelle est hautement valorisée, comme partie-prenante d’un cheminement mystique, qui touche de près des aspects de cognition.

Cet article n’en offre par le cadre, mais il pourrait être intéressant d’examiner les possibles corrélations de ce monde monastique médiéval au notre sur ces aspects.

En vous souhaitant une bonne écoute et une excellente journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.

Saints moines et moines dévoyés: deux figures archétypales d’une dynamique sociale & chrétienne médiévale

monde_medieval_moyen-age_central_vie_monastique_valeurs_chretiennes_sociales_litterature_satiriqueSujet: vie monastique, valeurs chrétiennes médiévales, archétype, saints moines, moines dévoyés, tradition satirique
Période: Moyen-âge central, XI et XIIe siècle

Bonjour à tous,

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour rebondir sur l’article précédent au sujet du frère Lubin que nous y dépeignait Clément Marot, nous adjoignons ici quelques réflexions du côté du moyen-âge central chrétien et de ses moines.

La figure monastique occupe, en effet, une position d’importance au sein des sociétés de l’Europe médiévale autant qu’au sein de leurs valeurs chrétiennes. A ce titre, il est intéressant de noter à quel point on n’en finit pas d’opposer les contraires quand il s’agit des représentations la concernant: au moine lettré, sanctifié par son mode de vie christique, s’oppose le moine dévoyé et cupide, au moine mendiant s’oppose le moine replet, « trop » bien nourri, et finalement encore à la prêche évangélisatrice et salvatrice, la fausse parole et l’hypocrisie d’un frère Louvel ou Lubin.

Le moine médiéval: figure archétypale
de l’élévation dans les valeurs chrétiennes.

Moyen-âge et exemplarité de la vie monastique: les louanges
Moyen-âge et exemplarité de la vie monastique: les louanges

S_lettrine_moyen_age_passioni le personnel de l’épiscopat, prêtres ou même évêques, ne sont pas non plus épargnés par les critiques, sous le signe du reproche ou de la moquerie littéraire, la vie monastique a ceci d’intéressant qu’elle représente, quant à elle, un chemin de vie au plus près des valeurs chrétiennes. Outre les louanges des moines qui pour l’ensemble des fidèles est un gage de s’attirer les bonnes augures et la clémence du créateur, on  prête à ces derniers une exemplarité qui vaut même jusqu’au sein de l’église où ils sont alors écoutés et respectés. En soi, le moine est l’archétype du bon chrétien: il vit en communauté avec d’autres hommes comme le christ et ses apôtres, il se tient dans le célibat et retiré du monde, il est en prière et en méditation constante, et depuis Saint-Benoit et sa règle, il vit encore dans le silence et la prodigalité. Indéniablement de tous les chrétiens engagés du côté de l’église, c’est alors celui qui suit au plus près l’image que l’on se fait de la vie christique; qu’il s’agisse d’une « construction » ou non n’est d’ailleurs pas la question, dans les faits, la figure du moine est reconnue comme saint_francois_assise_monde_medieval_figure_monastique_moyen-age_central_vie_valeurs_chretiennes_satireporteur de cet idéal et, en ce sens, on peut le traiter comme une figure archétypale des valeurs chrétiennes médiévales.

(Saint François d’Assise, El greco, XVIe siècle)

Dans le même ordre d’idée, le saint moine d’un côté et le moine dévoyé de l’autre peuvent être pris comme deux figures diamétralement opposées de ce même archétype, avec l’idéal chrétien et christique d’un côté, et de l’autre la perdition ou la perversion de cet idéal. Entre ces deux pôles, oscillent la foi et la dévotion chrétienne d’un côté, et une tradition critique et satirique de l’autre. Concernant cette dernière, elle durera jusqu’aux siècles suivants, en versant dans un anticléricalisme de plus en plus marqué.

Empressons-nous d’ajouter que ce court article en forme d’essai ne soulève que quelques idées qui mériteraient un développement bien plus systématique et plus creusé sur ces questions; il faudrait sans doute distinguer des nuances entre toutes les valeurs que la satire peut projeter sur l’image du moine « dévoyé »: cupidité, tromperie, débauche, privilèges, grivoiserie, gloutonnerie, enivrement. Il y a sans doute des degrés de « gravité » et des nuances à apporter. L’enivrement ou même la grivoiserie, ne peut sans doute pas être mis sur le même plan que la cupidité, la tromperie, les relations adultérines, même s’il faut garder en tête qu’étant un modèle de valeurs supposées, la faute ne peut jamais être totalement anodine sur le plan de la symbolique.

Grivoiserie et moine dévoyé, peinture de Cornelis van Haarlem XVIIe siècle
Grivoiserie et moine dévoyé, peinture de Cornelis van Haarlem XVIIe siècle

Saint moine, moine dévoyé :
une réalité derrière la satire

A_lettrine_moyen_age_passionu delà de la farce, il semble que ces critiques que l’on retrouvera en germe dans la littérature des XIe et XIIe siècles, aient correspondu à des réalités sociales fortes, sans préjuger de leur caractère statistiquement marginal ou non dans la réalité d’ailleurs; il suffit quelquefois d’une pomme gâtée dans le panier pour rendre toutes les autres suspects et le problème des écarts individuels au sein des entités corporatives et qui font tâche ne date pas d’hier.

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Au niveau symbolique, il faut bien comprendre l’enjeu derrière tout cela.  Nous sommes dans des siècles où le salut de l’âme pour la vie d’après, est au centre des préoccupations existentielles et justement parce que l’on est chrétien, on se sent alors fondé à exiger de ceux qui prétendent vous guider sur le chemin dans la vie incarnée, a fortiori quand ils sont censés incarnés les valeurs spirituelles les plus hautes, une exemplarité et une probité irréprochable. Or, sans peut-être encore parler d’anticléricalisme fort, bien avant Clément Marot, les XIe et XIIe siècles semblent tout de même nous envoyer des signes marqués sur le dévoiement de certains membres de l’épiscopat, même si l’on peut y voir souvent, plus qu’un discrédit jeté sur l’institution, des appels du pied à l’Eglise Romaine pour qu’elle fasse le tri de ses propres brebis galeuses.

Erhard Schön, gravure (1491-1542) ou l'image terrible du moine dévoyé
Erhard Schön, gravure (1491-1542) ou l’image terrible du moine dévoyé

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour autant que tout cela soit fait souvent par le rire et la dérision, la figure du prêtre ou du moine dévoyé et cupide y émergent tout de même avec insistance. On conviendra aisément que si ces représentations ne reposaient sur rien, ni sur quelques savoirs populaires supposés et partagés, elles ne seraient drôles pour personne. En outre et pour aller plus loin, derrière la légèreté de ton, il faut peut-être encore lire  l’expression d’une forme plus profonde d’inquiétude et, pourquoi pas, par endroits, de désespoir puisqu’on dit que l’humour en est la politesse.

Dit autrement, l’intrusion de la bassesse ou de « l’humain » dans le sacré fait rire, mais il fait aussi rire jaune car dans un monde trempé de valeurs chrétiennes on sait bien que de la même façon que la frontière est ténu entre le pouvoir d’élever vers le divin et le salut, et celui de tout mettre en péril.  Et si l’on n’est déjà plus gaulois et que l’on ne craint plus que le ciel s’effondre sur nos têtes, il en faudrait pourtant peu pour que le monde ne s’écroule car on ne peut pas prêter à l’homme médiéval le même détachement sur ces questions que celui que l’on peut avoir aujourd’hui après le passage de la renaissance, l’ère du matérialisme rationnel et plus d’un siècle de laïcité. Il faut se souvenir encore que depuis la réforme grégorienne, poesie_humour_medieval_grivoiserie_moine_volage_grivois_clement_marotle salut passe tout entier par l’église et puisque cette dernière a voulu que l’homme ait à transiter par elle et ses représentants, pour s’adresser à son créateur et trouver le salut, il faut bien qu’elle en soit à la hauteur. A-t-elle mis la barre trop haute?

Pour contrebalancer, il faut encore insister sur le fait qu’à l’autre extrémité du spectre, l’image du moine « saint » et même sanctifié est encore bien présente. S’ils n’ont pas été les seuls à en produire, les ordres monastiques n’ont pas été avares de Saints, et ces derniers sont largement célébrés  et continuent de fournir, dans ce moyen-âge central, des modèles de perfection de la foi et de la vie chrétienne. Il ne s’agit bien encore une fois d’un modèle à deux pôles et si nous nous intéressons un peu plus ici à l’émergence de la figure du moine dévoyé, c’est qu’il nous semble y lire un signe plus profond qui va au delà de la simple farce et pointe du doigt un malaise spirituel et social réel au regard des valeurs du temps.

Du questionnement à une dynamique chrétienne de renouveau

M_lettrine_moyen_age_passionoine sanctifié, moine dévoyé, d’une certaine manière, ces figures aux deux extrêmes de la réalité monastique chrétienne ou de ses représentations médiévales, battent encore d’un mouvement pendulaire, qui marque le questionnement des valeurs chrétiennes  et s’annonce aussi comme générateur de renouveau au sein de l’église. Il semble, en effet, que si un certain relâchement intervient dans les rigueurs de la vie monde_medieval_gravure_satirique_moine_replet_moyen-age_monastique_chrétienmonastique, un mécanisme intervient bientôt pour le réguler et le ramener vers un idéal plus conforme à un « christianisme des origines ».

La fracture peut venir de l’extérieur, mais vient encore souvent de l’intérieur-même avec l’émergence de nouveaux ordres, la création de nouvelles règles, prônant un retour à des sources plus épurées de la pratique et des textes. Sans doute peut-on en voir les prémices dans l’arrivée de la règle de Saint Benoit au VIe siècle dans son contexte, pour venir en quelque sorte ré-évangéliser de l’intérieur les ordres monastiques et les ramener vers quelque discipline de modération et de tenue chrétienne. On notera au passage que le changement ne se fait pas sans heurt et que les oppositions peuvent être meurtrières, pour preuve Saint-Benoit échappa de peu à l’empoisonnement. Dans leur forme les plus archétypales, saints moines et moines dévoyés ne se vouent, en général, pas grand respect et quand les uns sont dans le lâcher prise matériel, il n’est pas rare que les autres s’y accrochent.

La vie communautaire des moines bénédictins, Bibliothèque royale de Belgique
La vie communautaire des moines bénédictins, Bibliothèque royale de Belgique

D_lettrine_moyen_age_passione la même façon, quelques siècles plus tard, à partir du XIIe siècle, à ce clergé aristocratique économiquement surpuissant qui, commence même à se draper dans ses évêchés d’habits de prestige et à dispendre autour de lui des signes de plus en plus ostentatoires de richesse, à l’opulence encore des abbayes cisterciennes et leurs pouvoirs – politique, économique et foncier – affichés, viendra bientôt « répondre » la naissance des ordres mendiants et leurs tentatives de retour à un évangélisme dépouillé et christique des origines. Garants des valeurs chrétiennes et de leur bonne tenue, les moines questionnent leur pratique et leur chemin de foi dans une tension qui se joue entre ses deux figures  du dépouillement et du trop plein, dusse-t-elle faire éclater de l’intérieur l’ordre établi ou le faire essaimer plus loin.

Dans le même ordre d’idées et au niveau social, suivant le fil de la satire et de l’émergence de la figure du moine dévoyé, ces siècles seront aussi ceux de la naissance des dissidences albigeoises et vaudoises qui iront toutes dans le sens du retour à un christianisme dépouillé de tout artifice.  A  défaut d’entrer dans les rangs, – En auront-elles les moyens doctrinaux ou même le souhait? Ou étaient-elles déjà perdues à  jamais pour l’église? – elles seront toutes écrasées, quand leurs pratiquants ne seront pas absorbés par les saint_francois_assise_monde_medieval_figure_monastique_moyen-age_central_vie_valeurs_chretiennes_litterature_satiriquenouveaux ordres mendiants, satisfaits de la réponse que ces derniers fourniront à des aspirations pour un christianisme plus proche de la lettre, autant qu’à une plus grande ouverture sociale aux candidats de la vie monacale.

(Portrait de Saint-François, par Francisco  de Zubarán, 17e siècle)

Les franciscains et les dominicains seront les ordres monastiques triomphants de ce mouvement d’ouverture et de renouveau. Pourtant ces ordres mendiants auront tôt fait d’être dénoncés à leur tour, par la satire d’un Rutebeuf, au point qu’on se demande à quel point le ver de l’apparat, des richesses et de la cupidité est entré dans le fruit pour en gâter pour longtemps la saveur ou, en tout cas, le rendre à jamais suspect pour certains. Quoiqu’il en soit,  si elle ne permettra pas toujours de « réparer » aux yeux de tous ou de « restaurer » pour le dire autrement, une foi aussi aveugle dans les représentants de l’église que celle que l’on pouvait alors avoir dans la Sainte mère ou le fils de Dieu mort en croix, cette forme de régulation procédera, à tout le moins, d’une avancée dans les pratiques spirituelles chrétiennes à laquelle une certaine forme de critique sociale et, peut être même pourquoi pas?, l’idée est plaisante, la satire auront contribué.

En vous souhaitant une excellente journée
Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.

Règle de Saint-Benoit et Voeu de silence

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Bonjour à tous,

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour les besoins de l’indexation et pour ceux qui sont passés à côté, nous repostons, aujourd’hui, dans un post séparé cette ânerie inspirée visuellement du film le nom de la Rose.

Comme les moines sont au coeur du moyen-âge pendant de longs siècles, on ne peut parler de monde médiéval sans parler de la force motrice qu’ils représentent pour ces sociétés, au niveau moral, regle_saint-benoit_mystique_chretienne_medievale_moines_silence_moyen-agereligieux mais aussi, avec leurs grands monastères et leurs abbayes au niveau économique et politique. Or, autour de l’an 500 après Jésus-Christ, est apparu en Italie, un mystique qui a changé pour longtemps les pratiques monastiques : Saint-Benoit.

D’une certaine façon, après lui, les moines seront dans la règle ou hors de la règle. Bien que courte et simple en apparence, cette règle, édictée par Saint-Benoit, sera et reste toujours d’ailleurs, mil cinq cents ans ans plus tard, approfondie durant la vie du moine et dans l’ensemble des aspects de sa vie monastique. Nous parlerons un peu plus avant de ce moine très particulier que fut Saint-Benoit, un de ses jours futurs.

Un belle journée à tous!
Fred
Pour moyenagepassion.com

Une belle reconstitution historique 3D de l’Abbaye de Clairvaux à travers les âges et depuis sa création

mondes_3D_virtuels_rue_médiévale_unity_3D_jeux_videosSujet : Abbaye de Clairvaux, Abbayes cisterciennes, Bernard de Clairvaux, Règle de Saint-Benoit
Période : du moyen-âge central à Napoléon
Média : vidéo documentaire, 3D
Production : département de l’Aube en Champagne

Un vidéo-documentaire très sourcé sur la grande abbaye de Clairvaux à travers les âges
Un vidéo-documentaire très sourcé sur la grande abbaye de Clairvaux à travers les âges

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, nous vous proposons une nouvelle reconstitution historique. Il s’agit là de la mythique abbaye de Clairvaux et de son évolution à travers les âges. Ce vidéo documentaire très sourcé et très sérieux se base sur l’ensemble des données archéologiques actuelles concernant cet ensemble d’édifice religieux gigantesque et mythique. Il date de 2015 et nous est proposé par le Département d’Aube en Champagne qui entendait de cette manière célébrer les 900 ans de l’abbaye. Au passage, c’est à ce même département auquel nous devions, par ailleurs, la belle reconstitution de la commanderie des templiers de Payns  que nous avons postée ici, il y a quelques temps.

Le vidéo-documentaire sur l’histoire de l’abbaye de Clairvaux

D_lettrine_moyen_age_passionu côté réalisation, c’est la société Aloest qui s’est collée à cette reconstitution historique, avec un choix graphique plutôt épuré au niveau des textures et de l’environnement mais qui reste irréprochable au niveau de la réalisation architecturale et colle parfaitement au sujet.

L’objectif de restituer l’évolution de l’abbaye de Clairvaux à travers l’Histoire, du moyen-âge central jusqu’au XVIIIe siècle est donc parfaitement atteint et cette vidéo à l’autre avantage indéniable de nous faire bien comprendre à quel point au niveau tant économique, social, culturel et même cloitre_abbaye_clairvaux_reconstitution_3D_bernard_de_clairvauxscientifique, les moines des abbayes cisterciennes étaient des acteurs majeurs de leur temps, totalement impliqués dans leur monde et extrêmement bien organisés. Leurs compétences, en matière d’ingénierie économique et technique forcent autant le respect que leur activisme économique et mercantile, qu’il s’agisse d’architecture des bâtiments comme des travaux hydrauliques d’envergure: dévier le cours d’un fleuve, créer des canaux pour venir irriguer leurs lieux saints qui servent encore à faire fonctionner des moulins, etc. Cette caractéristique n’est pas propre à Clairvaux, c’est une compétence ou un mode opératoire que mettront en oeuvre nombre d’abbayes Cisterciennes. Si l’on en doutait encore, il demeure évident que nous n’avons pas à faire avec ces moines là, à de simples anachorètes contemplatifs assis passivement au coeur de leur cloître, mais à de véritables travailleurs visionnaires qui oeuvrent activement à transformer leur monde pour en extraire le meilleur.

Une reconstitution 3D épurée et très réussie
Une reconstitution 3D épurée et très réussie

Bernard de Clairvaux (1090-1153): « simple » abbé au coeur de l’Histoire médiévale

« Commence par te considérer toi-même, bien plus, finis par là… Tu es le premier, tu es aussi le dernier. »
Bernard de Clairvaux. Saint-Bernard Citations

O_lettrine_moyen_age_passionn a presque, aujourd’hui, du mal à imaginer que c’est à peine âgé de vingt cinq ans que le moine Bernard de Clairvaux, déjà habité depuis longtemps par sa vocation et sa dévotion quitte l’abbaye de Citeaux pour fonder Clairvaux avec une poignée de moines.

Pour en dire un mot, cet homme au destin hors du commun, qui sera canonisé par l’église, un peu moins de vingt ans après sa mort, devenant ainsi Saint Bernard de Clairvaux, ne laissera pas que cette immense abbaye, comme legs. Il marquera, en effet, son siècle de son empreinte par son rôle actif, son implication politique. Sa piété et son charisme n’y sont, à coup sûr, pas étrangers même si plusieurs facteurs s’en sont encore, certainement mêlés: la puissance économique de l’ordre cistercien, assurément, la naissance d’un Bernard de Clairvaux dans une famille noble, proche des puissants peut-être encore. Le XIe et le XIIe siècles sont aussi des siècles très chrétiens où l’image du moine et de la vie monacale et monastique restent fortes parce qu’elles sont alors considérées comme étant les voies les plus voisines du chemin du Christ lui-même. A ce titre, même s’ils n’échappent pas toujours à la satire, les moines emportent alors bien souvent l’admiration ou à tout le moins le respect, et leur parole semble plus écoutée, au sein même de l’église.  Mais, tout de même, au delà de tout cela, il aura fallu que Bernard de Clairvaux se distingue notablement par sa pratique, ses actions et une certaine aura de sagesse pour que, de simple moine à abbé, il en vienne, entre autres faits notables, à être consulté directement par un roi, en cas de litige sur l’élection d’un pape.

monde_medieval_bernard_clairvaux_abbe_moine_cistercien_saint_moyen-ageDu seul côté de ses frères cisterciens, on lui prête d’avoir participé au renouveau de l’ordre puisque, alors qu’il construisait Clairvaux, Citeaux déclinait déjà. Il laissa d’ailleurs derrière lui, à sa mort, plus de cent soixante maisons fondées par son abbaye sur les trois cent cinquante que l’ordre cistercien totalisait.

Ci-contre portrait de Bernard de Clairvaux par Georg Andreas Wasshuber (1650–1732).

Au delà de son influence sur son propre ordre monastique, Bernard De Clairvaux se retrouva bientôt au coeur même de l’Histoire et réussit à tenir un rôle central dans de nombreuses affaires qui concernait les plus hautes sphères de l’église; il y eu les polémiques sur les élections épiscopales contestées dans lesquelles il mit plusieurs fois la patte pour aider à trancher, mais il entretint aussi des relations très étroites avec la papauté et même les rois desquels il avait plus qu’une oreille attentive. Sur d’autres plans, on se souvient encore de son rôle majeur dans les statuts et, finalement, « l’officialisation » auprès de l’église du célèbre ordre des templiers. Au moment de l’émergence du catharisme et inquiet de la propagation de cette nouvelle doctrine, on le vit encore se rendre dans le sud de France pour y prêcher le retour des brebis égarées humour_monde_medieval_deuxieme_croisade_bernard_clairvaux_vezelay_biere_abbayedans le cheptel de l’église officielle. Il fut encore, dit-on, fortement engagé et partie-prenant de la deuxième croisade pour laquelle son Sermon de Vezelay est souvent présenté comme le réel déclencheur, l’appel du pape l’ayant précédé n’ayant pas été entendu*. Enfin, sa doctrine théologique a profondément influencé la mystique chrétienne de son temps.

*Il semblerait que certains historiens contestent aujourd’hui la réalité de ce Sermon de Vezelay par Bernard de Clairvaux.

Bonus : la maquette interactive de l’abbaye

La maquette interactive 3D de l'abbaye de Clairvaux avec le Plug in Unity
La maquette interactive 3D de l’abbaye de Clairvaux avec le Plug in Unity

R_lettrine_moyen_age_passionéalisée avec Unity3D par la société Arts Graphiques et Patrimoine, cette maquette vous permet de vous ballader en temps réel dans le monde de l’abbaye de Clairvaux reconstitué. Petit hic, il faut installer le player Unity et cela ne fonctionne qu’avec les navigateurs Mozilla et Internet Explorer, Google Chrome n’ayant toujours pas, à ce qu’il semble, développé de plug-in pour Unity player ce qui est bien dommage.

Voila donc le lien, à consulter uniquement avec Internet Explorer ou Mozilla Firefox : maquette 3D interactive de l’abbaye de Clairvaux.
Une fois équipés de tout cela, armez-vous de patience c’est assez long à charger.

Bon, mais allez encore une ânerie et un peu d’humour détourné (de l’excellent film le nom de la rose) pour finir dans la bonne humeur et sur une note monastique en évoquant un aspect de la grande règle, la seule, la pure, la vraie, celle qui guide depuis plus de mille cinq cents ans tant de moines chrétiens, du haut moyen-âge à nos jours: la règle de Saint-Benoit.

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Une belle journée à tous!
Fred
Pour moyenagepassion.com
« A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes »

Documentaire médiéval : une commanderie des templiers reconstituée et un mot sur l’ordre du temple

ecu_templier_ordre_commanderie_histoire_monde_medievalSujet : Templiers, reconstitution historique d’une commanderie, troisième croisade, fortifications médiévales, ferme fortifiée
Période : XIIe, XIIIe moyen-âge central,
Média : vidéo documentaire en 3D, 2012
Réalisation : Conseil général de l’Aube, Okénite Animation et de nombreux experts en archéologie médiévale.

Bonjour à tous,

« Au mois de mars 1139, le pape Innocent II confirme l’institution des moines combattants par sa bulle Omne datum optimum. Cette confirmation favorisa le développement temporel de l’ordre, auquel s’ajoutèrent de nombreux privilèges et exemptions. Il en résulta, aussi bien en Orient qu’en Occident, un accroissement considérable des biens et du nombre des frères. »
Laurent DAILLIEZ, « Templiers », (Universalis.fr)

V_lettrine_moyen_age_passion copiaoilà un vidéo-documentaire sur le moyen-âge comme on n’aimerait en voir plus souvent et qui nous plonge au coeur du XIIe siècle, sous le règne de Philippe-Auguste et dans le contexte de la troisième croisade. Il nous présente une commanderie des templiers en Champagne: la commanderie de Payns, du nom d’un des chevaliers hugues_de_payns_fondateur_ordre_templiers_histoire_medievalequi créa l’ordre des Pauvres Chevaliers du Christ en 1119, ordre qui sera rebaptisé, quelques temps après, l’ordre du temple. Proposée par le conseil général de l’Aube, cette belle reconstitution historique a été réalisée par une équipe d’experts, à l’aide de sources très sérieuses: un sondage archéologique sur le site de Payns, datant de 1998, et les sites d’Aubois de Fresnoy et d’Avalleur pour la modélisation des bâtiments,  (ci-contre portrait de Hugues de Payns (Payens)1070–1136, fondateur historique de l’ordre du temple, XIXe siècle, Musée de Versailles)

Fondée en 1127 et occupant un vaste site de 2,5 hectares, la commanderie de Payns, est une des douze infrastructures de ce type que l’on dénombrera en Champagne à la fin du XIIe siècle. Le documentaire est concis mais nous permet d’avoir une vision réaliste de l’économie et de l’activité autour de ce type d’installation durant cette période. Les templiers n’y manquent ni de moyens, ni de richesses,  privilégiés par le prélèvement de la dîme autant que par les nombreuses donations que les évêques et les seigneurs leur font alors, mais on sait aussi y faire fructifier la terre. En plus d’être des moines guerriers, les templiers avaient encore de véritables compétences de gestionnaires et savaient allier agriculture, commerce et développement économique. Pour s’en convaincre, il suffit de voir les différents élevages et la variété des productions que l’on retrouve dans cette commanderie du moyen âge central: laine, miel, vin, ovins, maraîchage, plantes médicinales. En plus des templiers, ce sont encore plus de cent paysans qui gravitent autour de ce véritable centre social, économique et religieux et son infrastructure n’est pas sans rappeler ce  que l’on peut rencontrer aux mêmes époques, dans les abbayes cisterciennes ou autour de leurs granges.

Les templiers en Terre Sainte, illustration d'Angus Mc Bride
Les templiers en Terre Sainte, illustration d’Angus Mc Bride

N_lettrine_moyen_age_passionous sommes avec ce documentaire à l’aube de l’ordre du temple et l’ordre du temple bénéficie alors de tout le respect et la confiance de l’Eglise et même des princes pour aider à financer et à mener les croisades en terre sainte. Son règne durera jusqu’à début du XIVe siècle, le 13 octobre 1307 précisément, date à laquelle, Philippe IV, dit Philippe le Bel, onzième roi de la dynastie capétienne, y mettra fin (portrait ci-dessous). Les templiers lui philippe_le_bel_ordre_templier_archeologie_histoire_monde_medievalavaient refusé l’ordination, et se trouvant en plus dans la nécessité de renflouer  les caisses de l’Etat, le souverain leur portera un coup fatal en les faisant tous arrêter.  Le souverain récupérera bien sûr au passage leurs richesses mettant ainsi fin à un ordre des moines-chevaliers légendaires qui avait duré près de trois cent ans. Revenus en terre de France après l’effondrement de l’empire chrétien d’Orient, fait dont on considérait les templiers à demi-responsables, la fin de cet ordre dont la puissance devenait gênante pour le pouvoir royal, mais aussi peut-être pour l’Eglise – le maître du temple jacques de Molay, ayant refusé, peu avant, d’unir son ordre à celui des Hospitaliers – s’écrira dans le sang avec la complicité passive de la papauté qui les avait consacré et fortement soutenu depuis leur naissance et qui s’en détourna à ce moment là.

La fin des templiers et l'exécution du dernier grand maître de l'ordre Jacques de Molay
La fin des templiers et l’exécution du dernier grand maître de l’ordre Jacques de Molay

« Les cent quarante templiers de Paris subirent les pires tortures de la part des inquisiteurs dominicains, qui usèrent de tous les moyens en leur pouvoir (ruse, mensonge, chevalet, bûcher). Cent trente-sept d’entre eux avouèrent des ignominies incroyables ; mais, par la suite, plusieurs se rétractèrent. L’Angleterre, l’Espagne, le Portugal, l’Allemagne, l’Écosse reconnurent l’innocence du Temple et de ses membres. De son côté, le pape Clément V, faible et lâche, circonvenu par Philippe le Bel, fit lire à l’ouverture de la deuxième session du concile de Vienne, le 3 avril 1312, la bulle Vox clamantis qui portait la suppression par provision de l’ordre en attendant le jugement définitif d’un prochain concile ; celui-ci ne devait jamais se réunir. Il fut décidé qu’en attendant la réunion d’une assemblée tous ceux qui porteraient le costume et continueraient à se faire appeler templiers seraient excommuniés. Le soir du 18 mars 1314, le maître Jacques de Molay et le commandeur de Normandie furent brûlés vifs dans l’île aux Juifs. »
Laurent DAILLIEZ, « Templiers », (Universalis.fr)

L_lettrine_moyen_age_passioneur arrestation brutale par le roi de France pour des raisons souvent présentées comme uniquement vénales, autant que les aveux choquants qui ont suivi leur arrestation, même s’ils avaient été soutirés sous d’affreuses tortures ont marqué les mémoires et n’ont pas encore fini de susciter de polémiques. Malgré cela ou peut-être même du fait de cela, la légende a traversé les siècles et avec elle, le trésor des templiers autant que l’aura de mystère et de puissance qui a entouré leur ordre. Elle continue de s’écrire dans notre monde moderne jusque dans des romans de littérature contemporaine et inspire même encore nombre d’objets à leur effigie, comme on peut le voir ici. En bref, l’affaire des ordre_templier_histoire_medievale_commanderie_de_payns_champagnetempliers, autant que leur histoire est un sujet qu’un seul article ne saurait épuiser mais en voilà au moins un premier, à la faveur de cette reconstitution de la commanderie de Payns.

Un très belle journée à tous.
Fred
pour moyenagepassion.com
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