Sujet : amour courtois, musique, poésie médiévale, chanson médiévale, Cantigas de amigo, galaïco-portugais, troubadour, lyrique courtoise. Période : XIIIe siècle, Moyen Âge central Auteur : Martín (ou Martim) Codax Titre : Eno sagrado en Vigo, Cantiga VI Interprètes : The Dufay Collective Album : Music for Alfonso the Wise (2005)
Bonjour à tous,
ujourd’hui, nous revenons sur les Cantigas de Amigo de l’Espagne et du Portugal du Moyen Âge central. Nous le faisons même avec un des plus célèbres compositeurs de ce genre galaïco-portugais du XIIIe, le jongleur (jogral) et troubadour Martín Codax.
Les Cantigas de Amigo conjuguent l’amour courtois au féminin, en donnant la parole à des jeunes filles : espoir, attente de l’être aimé (« l’ami »), joie ou tristesse, les compositeurs de ces chansons médiévales se glissent dans le cœur des damoiselles pour nous chanter avec grâce, les émois et les revers du sentiment amoureux. Au delà de leur contenu, ces poésies se signent par leur simplicité, leur pureté de style et la présence d’un refrain qui vient créer une résonance sur l’émotion au centre de chaque composition.
Une belle sur le parvis de l’église de Vigo
Cette Cantiga de amigo de Martín Codax est connue sous le titre Eno sagrado en Vigo (sur la base de son premier vers) : en français, on peut le traduire par sur le parvis de Vigo. On peut supposer, sans trop de risques, qu’il s’agit là d’une allusion au parvis de l’actuelle collégiale de Santa Maria de Vigo, en Galice. Datée du XIXe siècle, cette dernière a été reconstruite en lieu et place d’un autre édifice religieux qui, lui même, était venu faire suite, au XVe siècle, à une église Santa Maria qui se tenait, là, depuis le Moyen Âge central et le XIIe siècle.
Du point de vue du sens de cette composition, la jeune fille y danse en chantant et on l’imagine tournant et souriant, emportée par la joie de l’amour qu’elle porte en elle. Pour faire bonne mesure, nous vous en proposerons une traduction sur laquelle on pourra d’ailleurs argumenter. La simplicité des vers prête, en effet, à interprétation suivant les auteurs qui s’y sont penchés et notamment ce refrain : » Amor ei… » . Faut-il simplement traduire : « Oh Amour » ou « J’ai de l’amour« , autrement dit « Je suis amoureuse » ou même encore « Je suis aimé » ? Nous avons penché, de notre côté, pour « Je suis amoureuse ».
Sources et interprétations
Cette cantiga de amigo, que l’on retrouve dans le Parchemin Vindel, actuellement conservé à la Morgan Library de New York, a été reprise par une certain nombre de formations médiévales contemporaines. On pense notamment à celle d’Eduardo Paniagua ou encore, plus près de nous, au groupe allemand Triskilian. Pour vous la faire découvrir, nous avons, pour cette fois, choisi la version des anglais de The Dufay Collective.
Eno sagrado en Vigo de Martin Codax par The Dufay Collective
Quand le Dufay Collective chantait
l’Espagne médiévale d’Alphonse le Sage
En 2005, les artistes du Dufay Collective décidèrent de consacrer leur talent aux musiques contemporaines de la cour d’Alphonse X de Castille. Intitulé « Music for Alfonso the Wise » (musique pour Alphonse le Sage), l’album sortit chez Harmonia Mundi. Il proposait pas moins de 19 pièces pour plus d’un heure d’écoute entre lesquelles de nombreuses Cantigas de Santa Maria (dix compositions) du roi savant d’Espagne. Dans la deuxième partie de l’album, on retrouvait aussi huit cantigas de Amigo, signée de la main de Martín Codax. Enfin, une danse anonyme de la même période venait compléter le tableau de cette production.
Au moment de cet article, l’album n’est pas disponible à la vente en ligne ( en tout cas sur Amazon). Il n’est même pas sûr qu’il ait été réédité. Nous en avons trouvé un copie d’occasion à la vente, mais le vendeur en attendait un prix tellement indécent que nous avons préféré ne pas vous en donner le lien ici. En contrepartie, nous mettons le lien par défaut vers ce produit, en espérant que tôt ou tard, de nouveaux CD’s fassent leur apparition : Music for Alfonso the Wise by The Dufay Collective (2005-04-20).
Eno sagrado en Vigo, de Martin Codax
traduite en français moderne
Eno sagrado en Vigo, Beylava corpo velido En Vigo, no sagrado, Beylava corpo delgado Amor ei…
Sur le parvis, à Vigo. Dansait une belle (un joli corps) Sur le parvis, à Vigo. Dansait une jolie fille (un corps fin) :
Je suis amoureuse …
Beylava corpo delgado Que nunc’ ouver’ amado Beylava corpo velido Que nunc’ ouver’ amigo Amor ei…
Dansait une jolie fille Qui n’avait jamais eu d’être aimé Dansait une belle Qui n’avait jamais eu d’ami
Je suis amoureuse …
Que nunc’ ouver’ amigo Ergas no sagrad’, en Vigo Que nunc’ ouver’ amado Ergas en Vigo, no sagrado Amor ei…
Qui n’avait jamais eu d’ami Sauf à Vigo, sur le parvis, Qui n’avait jamais eu d’aimé Sauf à Vigo, sur le parvis, Je suis amoureuse …
En vous souhaitant une très belle journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes.
Sujet : poésie médiévale, fable médiévale, langue d’oïl, vieux français, anglo-normand, auteur médiéval, ysopets, poète médiéval, vilain, dragon, convoitise, cupidité Période : XIIe siècle, Moyen Âge central. Titre : Dou Dragon è d’un Villain Auteur : Marie de France (1160-1210) Ouvrage : Poésies de Marie de France Tome Second, par B de Roquefort, 1820,
Bonjour à tous,
ous repartons, aujourd’hui, pour le XIIe siècle avec une fable de Marie de France. Il y sera question de vilenie, de trahison, mais aussi d’un œuf de dragon renfermant bien des trésors dont la confiance d’un animal mythique et l’utilisation qu’il en fera pour mettre à l’épreuve un faux ami.
Un autre vilain littéraire « archétypal »
On reconnaîtra, dans cette poésie sur le thème de la défiance et de la cupidité, ce « vilain archétypal » de la littérature médiévale du XIIe siècle. Nous voulons parler de celui qui porte, si souvent, tous les travers : rustre, « convoiteux », avare, indigne de confiance, malicieux ou, selon, un peu crétin sur les bords (cf de Brunain la vache au prêtre de jean Bodel).
Dans ces premiers usages, dans la littérature médiévale, le terme de vilain finira par désigner souvent autant le travailleur de la terre que celui sur lequel la société des valeurs et de la bienséance n’a aucune prise : une profession de tous les défauts et tous les préjugés, qu’elle cristallise sans doute d’autant plus que le monde médiéval tend à s’urbaniser (opposition « campagne/monde civilisé » ou encore « nature/culture » ?).
Quant au dragon, s’il a représenté plutôt, dans les premiers temps du moyen-âge central, une créature maléfique, ici et sous la plume de Marie de France, il incarne la raison. Il se fait même le représentant des hommes (éduqués, fortunés, nobles ?) pour les aider à tirer une leçon de sagesse : à défaut d’avoir le choix, méfions-nous toujours de ceux à qui nous confions nos avoirs.
Dou Dragon è d’un Villain
Or vus cunterai d’un Dragun K’un Vilains prist à compaignun ; E cil suvent li prometeit Qe loiaument le servireit. Li Dragons volut espruvier Si se purreit en lui fier, Un Oef li cummande à garder ; Si li dit qu’il voleit errer.
De l’Uef garder mult li pria E li Vilains li demanda Pur coi li cummandeit enssi : E li Draguns li respundi Que dedenz l’Uef ot enbatu Tute sa force et sa vertu, Tut sereit mort s’il fust brisiez.
Qant li Draguns fu eslungiez Si s’est li Vileins purpenssez Que li Hués n’iert plus gardez ; Par l’Oues ocirra le Dragun S’ara sun or tut-à-bandun. E qant li Oës fu despéciez Si est li Dragons repairiez ; L’eschaille vit gésir par terre, Si li cummencha à enquerre Purquoi ot l’Oef si mesgardé. Lors sot-il bien la vérité Bien aparçut la tricherie ; Départie est lur cumpaignie.
MORALITÉ
Pur ce nus dit icest sarmun, Q’à trichéour ne à félun Ne deit-l’en cummander sun or, N’abandunner sun chier thrésor ; En cunvoitex ne en aver Ne se deit nus Hums affier.
Traduction adaptation en français moderne
Or (à prèsent) vous conterai d’un dragon Qui vilain prit pour compagnon Et qui, souvent, lui promettait Que toujours il le servirait. Le Dragon voulut éprouver S’il pourrait vraiment s’y fier. Et d’un œuf lui confia le soin Pendant qu’il partirait au loin.
De garder l’œuf, tant le pria
Que le vilain lui demanda, Pourquoi il insistait autant. Lors, le dragon lui répondit Que dedans l’œuf il avait mis Toute sa force et sa vertu Et qu’il mourrait s’il fut brisé.
Quand le dragon fut éloigné Le vilain se mit à penser Que l’œuf il n’allait plus garder Mais qu’avec il tuerait le Dragon Pour lui ravir ses possessions. Une fois l’œuf dépecé Voilà dragon qui reparaît.
Voyant les coquilles à terre Il interroge le compère Sur les raisons de sa mégarde.
A découvrir le vrai ne tarde Et mesurant la tricherie Il met fin à leur compagnie.
MORALITÉ
La morale de notre histoire Est qu’à tricheur ni à félon, On ne doit laisser son or, Ni ne confier son cher trésor,
Qu’ils soient avares ou convoiteux
Tout homme doit se défier d’eux.
En vous souhaitant une très belle journée.
Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.
Sujet : musique médiévale, galaïco-portugais, lyrisme médiéval, culte marial, miracle, traduction. Période : XIIIe siècle, Moyen Âge central Auteur : Alphonse X de Castille, (1221-1284) Interprète : Edouardo Paniagua Titre : Cantiga Santa Maria 188, « Coraçôn d’hóm’ ou de mollér que a Virgen muit’ amar « Album : Cantigas de Mujeres (2011)
Bonjour à tous,
ujourd’hui, nous vous proposons l’étude et la traduction en français d’une nouvelle Cantiga de Santa Maria. Ces célèbres chansons dédiées à la vierge sont tirées du legs du roi d’Alphonse X de Castille. Au Moyen Âge central, le souverain castillan en a compilées et composées pas moins de 420, dans un corpus qui fait encore la joie des ensembles de la scène musicale médiévale.
Cette fois-ci, la Cantiga nous conte la grande dévotion d’une jeune fille. Comme on le verra, le miracle accompli ne se situera pas forcément là où on l’attendait. D’une certaine façon, cette Cantiga remettra même les pendules à l’heure des mentalités très chrétiennes du Moyen Âge occidental, pour le cas où on les aurait perdu de vue.
Une image de la vierge dans le cœur d’une damoiselle pieuse
Le poète nous conte, en effet, l’histoire d’une demoiselle a l’amour si grand pour la sainte vierge qu’elle n’avait fini par concevoir plus qu’un grand détachement, voire même du mépris, pour ce monde de matière. Emportée par ses jeûnes et sa volonté d’abstinence, la jeune fille finit même par refuser toute nourriture et toute boisson durant un mois entier.
Alitée et affaiblie, quand on prononçait le nom de la Sainte devant elle, elle n’avait pour seul geste que de porter la main à son cœur. Finalement dans sa grande bonté et sans plus attendre, Dieu manda la vierge pour emporter la jeune fille au Paradis.
Le salut comme récompense suprême
Ici, la dévotion se conclut donc par la mort et le miracle ne consistera pas à ramener la pieuse damoiselle à la vie. Nous sommes bien au cœur du Moyen Âge chrétien : la mort n’est pas un drame. Ce n’est qu’un passage et même l’âge n’importe pas. Ce qui compte c’est le Salut.
Dans l’esprit de cette cantiga de Santa Maria, c’est donc une fin heureuse que trouve la jeune fille. D’une certaine façon, elle l’a même appelée de ses vœux. Récompense suprême de sa foi, de son abstinence et de son grand détachement de ce monde, elle accède donc au Paradis et au bonheur éternel.
Le miracle suivra. Face à la mort prématurée de la jeune fille et convaincus qu’elle faisait le geste de montrer son cœur pour designer le siège de son mal, les parents manderont une autopsie. Se pouvait-il qu’on ait empoisonné leur enfant ? Nenni.
Durant l’opération post mortem, ils découvriront, stupéfaits, la présence de l’image de la vierge, à l’intérieur du cœur de la défunte : « même pour ceux, hommes ou femmes, qui veulent taire leur grand foi dans la sainte, cette dernière s’arrange toujours pour que cela soit établi et reconnu« . A la fin du récit et, comme dans chaque miracle, les témoins, en l’occurrence les parents et leur entourage, verront leur foi et leur dévotion renforcées.
La Cantiga de Santa Maria 188 par Eduardo Paniagua
« Cantigas de Mujeres », l’album d’Eduardo Paniagua
Nous vous avons déjà mentionné, à plusieurs reprises, Eduardo Paniagua. Grand musicien espagnol, passionné de musiques médiévales profanes ou sacrées, on lui doit de nombreux albums sur ce thème.
Concernant les Cantigas de Santa Maria en particulier, son legs est immense puisqu’au fil du temps , il a fini par toutes les enregistrer dans de nombreux albums classés par thématique. Dans ce vaste travail, on retrouve même quelquefois plusieurs versions de la même Cantiga. C’est le cas de cette Cantiga 188.
Ainsi, dans un double album daté de 1998, intitulé Cantigas de Sevilla, Eduardo Paniagua avait déjà proposé une version instrumentale de cette Cantiga 188.
En 2011, avec l’album Cantigas de Mujeres, il en proposait, cette fois, un version vocale et instrumentale qui est celle que nous vous proposons aujourd’hui. En plus de cette cantiga, l’album en présente huit autres issues du legs d’Alphonse le savant. Comme son titre l’indique, cette sélection se base sur le thème des femmes dans les Cantigas de Santa Maria, même s’il faut noter que leur corpus complet présentent un nombre de récits bien plus vaste mettant en scène des femmes.
Cet album est toujours disponible. Retrouvez-le chez votre meilleur disquaire et à défaut, vous pourrez en trouver quelques copies à la vente en ligne : Cantigas de Mujeres, Album de Edouardo Paniagua.
La Cantiga de Santa Maria 188 du galaïco-portugais au français moderne
Esta é dũa donzéla que amava a Santa María de todo séu coraçôn; e quando morreu, feze-a séu padre abrir porque põía a mão no coraçôn, e acharon-lle fegurada a omage de Santa María.
Celle-ci (cette cantiga) est à propos d’une jeune fille qui aimait Sainte Marie de tout son cœur ; Et quand elle mourut, ses parents la firent ouvrir parce qu’ils pensaient qu’on l’avait empoisonnée, et ils trouvèrent dans son cœur une image de la vierge.
Coraçôn d’ hóm’ ou de mollér que a Virgen muit’ amar, macá-lo encobrir queiran, ela o faz pois mostrar.
Cœur d’hommes ou de femmes qui aiment beaucoup la Vierge, Même quand ils veulent le cacher (couvrir), cette dernière fait le nécessaire pour que cela soit montré.
Desto ela un miragre mostrou, que vos éu direi, a que fix bon son e cobras, porque me dele paguei; e des que o ben houvérdes oído, de cérto sei que haveredes na Virgen porên mui mais a fïar.
Coraçôn d’ hóm’ ou de mollér que a Virgen muit’ amar…
A propos de cela, elle fit un miracle que je vous conterai Et duquel je fis un bon son et de bonnes strophes, pour que vous puissiez m’en payer (?) Et dès que vous l’aurez entendu, je suis bien certain Que vous aurez encore plus confiance dans le pouvoir de la vierge.
Refrain
Esto por ũa donzéla mostrou a Sennor de prez, que mui de coraçôn sempre a amou des meninnez e servía de bon grado; porên tal amor lle fez, que o ben que lle quería non llo quis per ren negar.
Coraçôn d’ hóm’ ou de mollér que a Virgen muit’ amar…
Le dame de grande valeur montra ceci par une jeune fille (donzelle) Qui de tout son cœur, l’avait aimée depuis toujours et depuis l’enfance Et qui la servait de bonne volonté ; pour cela, elle lui tenait un tel amour Que le bien qu’elle lui voulait, elle n’aurait pu le nier en rien. Refrain
Esta donzéla tan muito Santa María amou, que, macar no mund’ estava, por ela o despreçou tanto, que per astẽença que fazía enfermou, e un mes enteiro jouve que non pode ren gostar
Cette donzelle aimait si fort Sainte Marie Que, bien qu’elle était dans le monde, pour la Sainte elle le méprisait tant, que par les jeûnes (abstinences) qu’elle fit, elle tomba malade Et elle demeura ainsi, durant un mois entier, sans pouvoir rien apprécier
do que a comer lle davan e a bever outrossí. E pero que non falava, segundo com’ aprendí, se lle de Santa María falavan, en com’ oí, ao coraçôn a mão ía tan tóste levar.
Coraçôn d’ hóm’ ou de mollér que a Virgen muit’ amar…
De ce qu’on lui donnait à manger et à boire. Et bien qu’elle ne parlait pas, suivant ce que j’ai appris, Si on lui parlait de Sainte Marie, comme je l’entendis dire, Elle posait aussitôt sa main sur son cœur. Refrain
A madre, que ben cuidava que éra doente mal e que o põer da mão éra ben come sinal que daquel logar morría; e quis Déus, non houv’ i al, que a sa Madre bẽeita a fosse sigo levar.
Coraçôn d’ hóm’ ou de mollér que a Virgen muit’ amar…
La mère, était bien convaincue qu’elle était gravement malade Et qu’elle mettait sa main ainsi pour signaler Un mal à cet endroit dont elle allait mourir ; Et Dieu voulut, sans plus attendre, Que sa mère bénie s’en fut pour emporter la jeune fille. Refrain
O padr’ e a madre dela, quando a viron fĩir, cuidaron que poçôn fora e fezérona abrir; e eno coraçôn dentro ll’ acharon i sen mentir omagen da Grorïosa, qual x’ ela foi fegurar.
Coraçôn d’ hóm’ ou de mollér que a Virgen muit’ amar…
Son père et la mère, quand ils la virent mourir, Crurent qu’elle avait été empoisonnée et la firent ouvrir; Et, sans mentir, ils trouvèrent à l’intérieur de son cœur, L’image de la glorieuse, comme la jeune fille se l’était imaginée (figurée). Refrain
E dest’ a Santa María déron porên gran loor eles e toda-las gentes que éran en derredor, dizendo: “Bẽeita sejas, Madre de Nóstro Sennor, que a ta gran lealdade non há nen haverá par.”
Coraçôn d’ hóm’ ou de mollér que a Virgen muit’ amar…
Et à partir de cet instant, ils firent de grandes louanges à Sainte Marie Eux et tous les gens qui les entouraient En disant : « Bénie sois-tu, Mère de notre Seigneur, Toi dont la grande loyauté n’a et n’aura jamais d’égale. » Refrain.
En vous souhaitant une belle journée.
Fred Pour Moyenagepassion.com A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes.
Sujet : troubadour, lyrique courtoise, galaïco-portugais, poésie, chansons médiévales, cantigas de amor, galicien-portugais, musique médiévale Période : Moyen Âge central, XIIIe, début XIVe Titre :Amigo, queredes vos ir ? Auteur : Denis 1er du portugal (1261-1325) Interprète : Paulina Ceremuzynska Album : Cantigas de amor y de amigo, 2004
Bonjour à tous,
u Moyen Âge central, de nombreux seigneurs et même rois se sont adonnés à l’art des troubadours et à l’exercice de la poésie courtoise. On en trouve de célèbres dans le sud, comme dans le nord de la France, mais de nombreux autres pays d’Europe ne sont pas en reste. C’est notamment le cas de la péninsule ibérique.
En Espagne, on connaîtra des lignées de grands rois et seigneurs, grand amoureux de littérature et férus de rimes, dont Alphonse X de Castille n’est pas le moindre, bien sûr. Quant au Portugal des XIIIe et XIVe siècles, il léguera aussi de beaux auteurs et troubadours à la postérité, dont l’un des plus célèbres n’est autre qu’un monarque du Portugal lui-même : Dom Dinis, connu encore sous le nom de Denis 1er du portugal, grand roi laboureur, fin politique, homme de lettres et poète à ses heures qui laissera de très belles pièces courtoises. C’est donc une d’entre elles que nous vous présentons aujourd’hui, et sa belle interprétation par la talentueuse Paulina Ceremuzynska. Cette chanson d’amour médiévale a pour titre « Amigo, queredes vos ir ? » : Ami, (ainsi) vous voulez partir ? »
Une cantiga de amor
Cantiga de amor plus que cantiga de amigo, en fait de belle esseulée chantant l’absence de son amant, le Roi Denis nous propose plutôt ici un dialogue entre un amant courtois et sa dame. Sur le thème de la séparation et du déchirement, on peut lire entre ses rimes ce qui pourrait être une situation digne de celle de Tristan et Yseult : amour interdit ou illégitime qui semble même peut être déjà consommé ? La liaison qui sous-tend cette pièce poétique est, en tout cas, réciproque et bien engagée mais elle doit se terminer à l’initiative de l’amant.
On peut trouver notamment cette pièce dans le Cancioneiro da Vaticana. Cet impressionnant manuscrit du XVIe siècle est la copie d’un original daté du XIIIe-XIVe siècle. Il contient plus de 1200 cantigas, pour près d’une centaine d’auteurs. Voir également cet article.
Bien qu’à la torture, ce dernier prend en effet sur lui de se « départir » de la dame. Dut-il en mourir, il lui faut s’en aller pour la sauver, elle ou sa réputation. L’amour impossible, illicite, trouve ici ses limites et découvre toute l’étendue de son drame.
Du point de vue du style, le choix des mots reste celui de la simplicité comme c’est presque toujours le cas dans le genre des cantigas de amigo ou de amor espagnoles et portugaises. En fait de refrain formel, c’est le thème de la mort qui vient ici scander cette poésie, en faisant planer sa menace sur les deux amants meurtris d’avance à l’idée de la séparation.
Amigo, queredes vos ir par Paulina Ceremuzynska
Cantigas de amor y de amigo
l’album de Paulina Ceremuzynska
En 2004, Paulina Ceremuzynskasortait un superbe album sur le thème des Cantigas de amor y de amigo du Moyen Âge central qu’elle affectionne particulièrement. On se souvient, en effet, que cette talentueuse chanteuse soprano et musicologue portugaise s’est installée à Santiago de Compostelle où elle a eu l’occasion d’étudier de près la musique ancienne et les manuscrits du Portugal et de l’Espagne médiévale. Cet album présente treize pièces superbement interprétées : neuf cantigas sont issues du répertoire de Don Denis du Portugal. Quatre autres proviennent de celui du célèbre troubadour Martin Codax.
A ce jour, cette production ne semble pas avoir été rééditée. Les seuls exemplaires qui se trouvaient disponibles à l’import sur Amazon, sont, à date de cet article, écoulés : voir cantigas de Amor e Amigo. On pourra peut-être la retrouver sur quelques plateformes dématérialisées légales mais il faut espérer qu’il sera également disponible à nouveau au format CD : la voix et les performances de Paulina Ceremuzynska ont toujours quelque chose de très spéciale et de très pur et, à l’image de son travail, cet album est un véritable réussite.
« Amigo, queredes vos ir ? » du roi Denis
traduit en français moderne
Amigo, queredes vos ir? Si, mia senhor, ca nom poss’al fazer, ca seria meu mal e vosso; por end’a partir mi convem d’aqueste logar; mais que gram coita d’endurar me será, pois m’é sem vós vir!
– Mon ami, vous voulez partir ? – Oui, ma dame, puisque je ne peux faire autrement, car rester serait mon malheur et le vôtre : c’est pourquoi il convient,
pour finir, que je quitte cet endroit. Mais quel grand malheur vais-je devoir endurer Puisque je ne vous verrai plus !
Amigu’, e de mim que será? Bem, senhor bõa e de prez; e pois m’eu fôr daquesta vez, o vosso mui bem se passará; mais morte m’é de m’alongar de vós e ir-m’alhur morar. Mais pois é vós ũa vez ja!
– Mon ami, et de moi qu’adviendra-t-il ? – Et bien, belle dame de grande valeur Quand je serais parti, cette fois Votre bonheur disparaîtra, Mais m’éloigner de vous me tuera, Et pourtant il me faut m’éloigner Même si c’est pour vous que je le fais!
Amigu’, eu sem vós morrerei. – Nom querrá Deus esso, senhor; mais pois u vós fôrdes, nom fôr o que morrerá, eu serei; mais quer’eu ant’o meu passar ca assi do voss’aventurar, ca eu sem vós de morrer hei!
Queredes-m’, amigo, matar? Nom, mia senhor, mais por guardar vós, mato-mi que m’o busquei.
– Mon ami, moi sans vous, je mourrai – Je ne veux pas cela, madame, Mais puisque là où vous irez, je ne pourrais aller, Celui qui mourra, ce sera moi Mais je veux mourir avant De vous causer des mésaventures Car sans vous je mourrais.
– Ami, vous voulez-me tuer ? – Non ma dame, mais pour vous protéger C’est moi que je cherche à tuer (c’est moi que je veux tuer puisque je l’ai mérité).
Note : cette traduction mériterait quelques vérifications aussi disons que c’est une premier jet.
En vous souhaitant une belle journée.
Fréderic EFFE
Pour moyenagepassion.com A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes.