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« Chanson ferai », une chanson d’amour courtois de Thibaut de Champagne

thibaut_le_chansonnier_troubadour_trouvere_roi_de_navarre_comte_de_champagneSujet : chanson médiévale, poésie, amour courtois, roi troubadour, roi poète, lyrisme courtois, trouvères.
Période : moyen-âge central
Auteur : Thibaut IV de Champagne (1201-1253), Thibaut 1er de Navarre
Titre : « chanson ferai »
Interprètes : Diabolus in Musica
Album :  La Doce Acordance: chansons de trouvères (2005).

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, nous revenons au lyrisme courtois en langue d’oil et à la poésie des trouvères des XIIe et XIIIe siècles, avec une chanson du roi de Navarre et comte de Champagne Thibaut le chansonnier.

Au vue du nombre de chansons que le roi poète nous a laissé sur le thème de l’Amour courtois, il aimait à l’évidence  s’y exercer, comme nombre d’artistes de son temps : la dame est belle, il en est épris et il en souffre. Douleur, affres du doute, elle tient son pauvre coeur « en sa prison » et à sa merci.

Même s’il n’est ni le premier ni le dernier puissant à s’y adonner, avec lui, l’exercice poétique de l’amour courtois peut d’autant plus surprendre que c’est un grand seigneur et même un prétendant au trône et un roi. Il régna plus de cinquante ans, fit les croisades, fut un grand vassal de la couronne, et pourtant, dans sa poésie, nous le retrouvons tout de même très souvent « à nu » et en but à ses « dolentes » passions. Signe du temps, l’Amour élève quand il est courtois. Faut-il donc que Thibaut souffre tant et que la(les) dame(s) qu’il convoite ne cède(nt) pas pour qu’il en ressorte d’autant plus chevaleresque ? N’est-ce là qu’un exercice thibaut_thibault_champagne_navarre_poesie_chanson_medievale_amour_courtois_trouvere_moyen-age_central_XIIIede style auquel il se prête, comme tant d’autres poètes d’alors ? C’est encore possible bien que sa poésie courtoise ne soit pas dénuée de grands accents de sincérité.

Thibaut de Champagne, roi de Navarre, enluminure du XIIIe siècle, manuscrit Français 12615, Bnf, départements des manuscrits

Par le passé, certains historiens ou chroniqueurs lui ont prêté d’avoir choisi l’illustre  Blanche de Castille, épouse de Louis VIII et mère de Saint-Louis, comme témoin et objet de son ardeur poétique. Au vue de son statut et pour que l’amour courtois fonctionne, il lui fallait trouver une dame d’un rang supérieur à lui. De ce point de vue là au moins, choisir la reine de France se serait avéré fonctionnel et puis ne dit-il pas ici :  « la grant biautez (…) Qui seur toutes est la plus desirree » ?  Troublant ? ou pas…

Dans sa vie maritale et sentimentale réelle, on le trouvera, au moins dans les faits, lié et même marié à d’autres dames. De fait, l’affaire de cette passion qu’on prêta à Thibaut de Champagne pour la reine Blanche alla si loin que certains le calomnièrent même injustement, à la mort de Louis VIII, en l’accusant d’avoir empoisonné le roi par passion et par amour pour la reine. (voir l’ouvrage Chanson de Thibault IV, comte de champagne  et de Brie, roi de Navarre, et l’introduction de Prosper Tarbé, 1851).  Quoiqu’il en soit, tout cela ne s’appuyant sur rien de bien concret, on l’a depuis laissé au rang des manipulations politiques ou des conclusions hâtives et sans doute un peu trop « romantiques ». Et si les poésies de Thibaut avaient un véritable objet et si même sa souffrance était peut-être sincère, il est bien difficile d’établir avec certitude quelle(s) dame(s) la lui inspira(rèrent).

« Chanson ferai » par l’ensemble médiéval Diabolus in Musica

« La Doce Acordance »  Diabolus in Musica
et les trouvères des XIIe et XIIIe siècles

Nous vous avions déjà présenté cet ensemble médiéval à l’occasion d’un article précédent. Il nous gratifiait alors d’un album autour du compositeur du XVe siècle Guillaume Dufay. L’oeuvre que nous présentons d’eux aujourd’hui est en réalité antérieure et date du tout début de l’année 2005. Elle  emprunte au répertoire plus ancien du moyen-âge et avec l’album  intitulé « La Doce Acordance« , la formation Diabolus in Musica se donnait pour objectif de revisiter des chansons et poésies des trouvères des XIIe et XIIIe siècles.chanson_poesie_musique_medievale_trouveres_diabolus_in_musica_album_doce_acordance_XIIe_XIIIe_siècle_moyen-age_central

Salué par le Monde le la Musique, ce bel album s’est vu attribuer, peu après sa sortie, 4 étoiles et 5 Diapasons d’or. Il présente dix-sept pièces, certaines de Thibaut de Champagne, d’autres du Châtelain de Coucy ou de Conon de Béthune, entre autres trouvères célèbres, et même certains textes de Chrétien de Troyes.  On le trouve encore à la vente en CD, mais il est aussi disponible en version digitalisée et MP3. Voici un lien utile pour l’acquérir sous une forme ou une autre, si le coeur vous en dit : La Doce Acordance; Chansons de trouvères.

Les paroles de la chanson
de Thibaut de Champagne

Concernant la chanson du jour, nous le disions plus haut, c’est une jolie pièce d’amour courtois. Comme dans bien des textes issus de cette poésie, le fond est toujours à peu près le même. Le désir du prétendant reste inassouvi, il ne trouve pas à se poser sur son objet et tout cela donne naissance à un mélange de louanges, d’exaltation et de souffrance. Il faut qu’il en soit ainsi, du reste, puisque s’il se posait sur son objet et se consumait dans l’acte, il n’y aurait pas lieu de brûler du parchemin et, en tout cas, pas de cette manière.

manuscrit_ancien_thibaut_de_champagne_enluminure_poesie_chanson_medievale_amour_courtois_moyen-age_XIIIeDelectatio Morosa, l’amant de l’amour courtois est attaché à ses propres « maux », venus, la plupart du temps, de l’attente, de la distance, quand ce n’est pas du silence, de l’indifférence ou pire, de la trop grande sagesse de la dame déjà souvent engagée par ailleurs et qui se refuse. L’aime-t-elle ou l’aimera-t-elle ? Il espère la délivrance de ses (doux) maux dans l’après, ce moment où il verra peut-être enfin sa patience récompensée. Il en jubilerait presque d’avance, jusque dans ce désespoir qui exacerbe son sentiment amoureux, autant qu’il redoute que ce moment n’arrive pas et que la porte demeure à jamais fermée.

Chançon ferai, que talenz* (envie, désir) m’en est pris,
De la meilleur qui soit en tout le mont.
De la meilleur? Je cuit que j’ai mespris.
S’ele fust teus, se Deus joie me dont,
De moi li fust aucune pitié prise,
Qui sui touz siens et sui a sa devise.
Pitiez de cuer, Deus! que ne s’est assise
En sa biauté ? Dame, qui merci proi*(à qui je demande merci), 
Je sent les maus d’amer por vos.
Sentez les vos por moi ?

Douce dame, sanz amor fui jadis,
Quant je choisi vostre gente façon ;
Et quant je vi vostre tres biau cler vis ,
Si me raprist mes cuers autre reson :
De vos amer me semont et justise,
A vos en est a vostre conmandise.
Li cors remaint, qui sent felon juïse*, (jugement)
Se n’en avez merci de vostre gré.
Li douz mal dont j’atent joie
M’ont si grevé
Morz sui, s’ele m’i delaie.

Mult a Amors grant force et grant pouoir,
Qui sanz reson fet choisir a son gré.
Sanz reson ? Deus ! je ne di pas savoir,
Car a mes euz* (yeux) en set mes cuers bon gré,
Qui choisirent si tres bele senblance,
Dont jamès jor ne ferai desevrance*, ( je ne me séparerai)
Ainz sousfrirai por li grief penitance,
Tant que pitiez et merciz l’en prendra.
Diré vos qui mon cuer enblé m’a ?
Li douz ris et li bel oeil qu’ele a.

Douce dame, s’il vos plesoit un soir,
M’avrïez vos plus de joie doné
C’onques Tristans, qui en fist son pouoir,
N’en pout avoir nul jor de son aé; (*âge, vie)
La moie joie est tornee a pesance.
Hé, cors sanz cuer! de vos fet grant venjance
Cele qui m’a navré sanz defiance,
Et ne por quant je ne la lerai ja.
L’en doit bien bele dame amer
Et s’amor garder, qui l’a.

Dame, por vos vueil aler foloiant,
Que je en aim mes maus et ma dolor,
Qu’après les maus la grant joie en atent
Que je avrai, se Deu plest, a brief jor*. (si à Dieu plait, un jour prochain)
Amors, merci! ne soiez oublïee!
S’or me failliez, c’iert traïson doublee,
Que mes granz maus por vos si fort m’agree.
Ne me metez longuement en oubli!
Se la bele n’a de moi merci,
Je ne vivrai mie longuement ensi.

La grant biautez qui m’esprent et agree,
Qui seur toutes est la plus desirree,
M’a si lacié mon cuer en sa prison.
Deus! je ne pens s’a li non.
A moi que ne pense ele donc ?

En vous souhaitant une belle journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes

Une chanson d’amour Courtois par le roi poète Thibaut de Champagne

thibaut_le_chansonnier_troubadour_trouvere_roi_de_navarre_comte_de_champagneSujet : chanson médiévale, poésie, amour courtois, roi troubadour, roi poète
Période : moyen-âge central
Auteur : Thibaut de Champagne (1201-1253)
Titre : chanson d’amour ou « Por conforter ma pesance »
Manuscrit ancien : le chansonnier du roi
Interprètes : Alla Francesca. Vocal: Emmanuel Vistorky, Harpe: Brigitte Lesne

Bonjour à tous,

C_lettrine_moyen_age_passion‘est toujours un plaisir que d’approfondir la découverte de Thibaut de Champagne à travers ses chansons et ses compositions. Roi de Navarre, Comte de Champagne, il est entré dans la légende comme Thibaut le Chansonnier en léguant à la postérité pas moins de soixante chansons. Son répertoire est large et va de la chanson courtoise à des chansons plus engagées sur le plan politique ou religieux, en passant encore par le jeu-parti, ce divertissement médiéval qui prenait la forme de  joutes verbales entre troubadours où alternant les couplets chaque protagoniste défendait une positon contraire. Au niveau stylistique, on prête généralement à ce noble chevalier et poète d’avoir revisité des formes classiques de son temps tout en y amenant sa propre touche d’humour et de distance.

Pour ce qui est de la pièce du jour, comme son titre l’indique, il s’agit d’une chanson d’amour courtois dans laquelle le roi poète, victime impuissante et consentante de ses sentiments amoureux, chante  à sa dame la douce flamme qui le retient prisonnier.

Alla Francesca: à la découverte du Thibaut de Champagne et du Chansonnier du roi

O_lettrine_moyen_age_passionn doit à la très sérieuse formation artistique et musicale Alla Francesca, spécialisée dans le répertoire des musiques anciennes et médiévales un album entier sur le roi troubadour.

Les chansons sont tirées du manuscrit du roy (roi) ou chansonnier du roi, ouvrage d’importance majeure pour la musique médiévale des XIIe et XIIIe siècles qu’il s’agisse de danses, de pièces instrumentales, comme de chansons monophoniques ou polyphoniques.

chanson_musique_medievale_amour_courtois_thibaut_de_champagne_roi_troubadour_chansonnier_alla_francesca

chanson_musique_medievale_amour_courtois_thibaut_de_champagne_troubadour_chansonnier_alla_francesca_Emmanuel_VistorkyL’interprétation qu’ils font de cette pièce d’amour courtois de Thibaut de Champagne, tout en délicatesse avec une harpe pour seul accompagnement et cette voix tout en notes graves vous emportera peut-être à la cour de Champagne ou de Navarre du XIIIe siècle, pour vous y faire revivre les plus belles heures du roi chansonnier. Nous n’avons bien entendu aucune trace de la voix originelle de ce dernier, mais je dois avouer que l’incarnation subtile et toute en élégance qu’en fait le chanteur Emmanuel Vistorky est fort convaincante, en plus d’être très agréable à écouter.

Les paroles de la chanson d’amour de Thibaut le Chansonnier
et leur adaptation en français moderne

Por conforter ma pesance
Faz un son.
Bons ert, se il m’en avance,
Car Jason,
Cil qui conquist la toison,
N’ot pas si grief penitance.
E! é! é!

Pour soulager mon coeur lourd
Je compose un air.
Il serait bon qu’il puisse m’aider
Car Jason,
Celui qui conquit la toison,

Ne subit pas si dure pénitence.
Hé, hé, hé !

Je meïsmes a moi tence,
Car reson
Me dit que je faz enfance,
Quant prison
Tieng ou ne vaut raençon;
Si ai mestier d’alejance.
E! é! é!

Je me fais à moi-même des reproches
Car ma Raison
Me dit que je fais une folie
De rester dans une prison
Où il n’y a de rançon qui vaille.
J’ai donc bien besoin de soulagement.
Hé, hé, hé !

Ma dame a tel conoissance
Et tel renon
Que g’i ai mis ma fiance
Jusqu’en son.
Meus aim que d’autre amor don
Un regart, quant le me lance.
E! é! é!

Ma dame est si reconnue
Et renommée
Que j’ai mis toute confiance
jusqu’en elle

Plus que l’amour d’une autre, Je préfère
un seul regard, quand c’est elle qui me le lance.
Hé, hé, hé !

Melz aim de li l’acointance
Et le douz non
Que le roiaume de France.
Mort Mahon!
Qui d’amer qiert acheson
Por esmai ne pour dotance!
E! é! é!

J’aime mieux sa présence
Et son doux nom
Que le royaume de France.
Maudit soit, par Mahomet !
Qui l’Amour veut accuser
En ce qu’il apporte peine et souffrance.
Hé, hé, hé !

Bien ai en moi remenbrance
A conpaignon;
Touz jorz remir sa senblance
Et sa façon.
Aiez, Amors, guerredon!
Ne sosfrez ma mescheance!
E! é! é!

J’ai en moi mes souvenirs
Qui m’accompagnent ;
Pour chaque jour contempler son image
Et son visage.
Amour, accordez-moi récompense,
Ne souffrez pas mon malheur !
Hé, hé, hé !

Dame, j’ai entencion
Que vos avroiz conoissance.
E! é! é!

Dame, j’espère bien
Que vous saurez faire preuve de discernement.
Hé, hé, hé !

En vous souhaitant une excellente journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.

L’unicorne de Thibaut de Champagne

troubadour_satire_poesie_satirique_sirventes_monde_medieval_thibaut_le_chansonnierSujet :  musique et poésie médiévale, chanson,trouvère, roi poète, roi troubadour, amour courtois.
Auteur : Thibaut de Champagne, Thibaut de Navarre, Thibaut le chansonnier
Titre : Ausi conme unicorne sui
Période : moyen-âge central
Interprète :
FAUN
Album : Totem (2007)

Bonjour à tous,

C_lettrine_moyen_age_passion‘est toujours un plaisir que de pouvoir poster ici quelques textes ou quelques éléments d’histoire supplémentaires concernant le roi poète et trouvère thibaut_le_chansonnier_troubadour_trouvere_roi_de_navarre_comte_de_champagneThibaut le chansonnier, roi de Navarre et comte de Champagne (1201-1253).*

Pour nous changer un peu de ses deux derniers textes qui gravitaient autour du thème des croisades, c’est ici une ode à l’amour courtois que nous vous proposons. Elle prend la forme d’un animal de légende très présent dans les bestiaires et l’imagerie du moyen-âge: la licorne.

La licorne ou le monocéros,
créature mythique des bestiaires médiévaux

La licorne dans les bestiaires du moyen-âge, ici tirée du Historiae Animalium de Conrad Gessner, XVIe siècle (1551)
La licorne dans les bestiaires du moyen-âge, ici tirée du Historiae Animalium de Conrad Gessner, XVIe siècle (1551)

M_lettrine_moyen_age_passionême si on la connait depuis l’antiquité, on retrouve la mythique licorne de la légende à laquelle se réfère Thibaut de Champagne dans notre poésie du jour, à partir du haut moyen-âge et plus exactement du IVe siècle. On la nomme alors Monocéros ou unicorne et elle est décrite comme une créature puissante et sauvage, que, dit-on, seule une vierge peut aider à capturer. L’animal en voyant la pure jeune fille, viendrait, en effet, trouver refuge en son sein et la belle n’aurait alors qu’à lui laisser téter son lait pour monoceros_licorne_poesie_bestiaire_medieval_thibaut_de_champagneque la bête devenue docile et soumise puisse être capturée ou abattue.

ci contre illustration de chasse à la licorne, XIIIe siècle, Bestiaire de Rochester (1230)

Voilà donc, ici, une poésie de notre bon roé de Navarre, Thibaut de Champagne, captif de son amour et toute à sa fascination pour l’objet de son désir,  laissé sans plus de défense que cette fameuse licorne de la légende, devant une vierge.

Le chansonnier Cangé : manuscrit ancien de poésie françoise du XIIIe siècle

O_lettrine_moyen_age_passionn retrouve cette chanson de Thibaut de Champagne dans le manuscrit 846 de la Bibliothèque Nationale de France: le Chansonnier Cangé. Cet  ouvrage est, comme son nom l’indique, un recueil de chansons de troubadours  de la fin du XIIIe siècle.

poesie_medievale_troubadour_trouvere_thibaut_de_champagne_manuscrit_ancienIl vaut la peine, ici, d’en dire un mot parce qu’outre le fait que l’original nous vient du XIIIe siècle, la version que nous connaissons de ce manuscrit est le fruit du travail d’un passionné collectionneur de la poésie et de la musique des troubadours d’alors; il a pour nom Jean-Baptiste Châtre de Cangé et est contemporain du XIIXe siècle.

Il acquit, en effet, le manuscrit en question en 1724 et comme il possédait également d’autres recueils de chansons, se mit même à annoter les pages du manuscrit, comparant entre elles les chansons des troubadours et de trouvères et recoupant les différentes versions. Il en résulte que ce manuscrit ancien, annoté de la main de ce collectionneur, porte désormais son nom et reste, au demeurant, un précieux témoin du monde médiéval et de l’art des troubadours et trouvères du XIIIe siècle.

Outre le fait qu’il recèle des trésors de la poésie française du moyen-âge central, les annotations musicales originales qui accompagnent ces chansons sont aussi particulièrement remarquables. Le Chansonnier Cangé reste, en effet, un des rares ouvrages faisant état  d’une écriture musicale qui comprend les temps et  la rythmique.
Si vous vous souvenez, nous avions mentionné dans un article  précédent sur l’art des troubadours, que la plupart du temps, les compositeurs utilisaient une autre forme d’écriture musicale et  manuscrit_ancien_chansonnier_cange_poesie_musique_troubadours_medievaln’annotaient pas les rythmes, laissant en quelque sorte la libre interprétation de ces aspects au troubadour ou au trouvère.

Sur le fond, le Chansonnier Cangé contient plus de 351 chansons et forme une véritable anthologie de la poésie des troubadours sur le  thème de l’amour courtois. On y retrouve en plus de Thibaut de Champagne qui y est à l’honneur avec 64 de ses chansons, suivi de près par Gace Brûlé avec 46 chansons, d’autres noms célèbres tels que Adam de la Halle, Richard Coeur de Lion et d’autres encore, mais aussi un certain nombre de chansons et compositions d’auteur étant demeurés anonymes.

Faun, « folk celtique néo-médiéval païen » en provenance d’Allemagne

I_lettrine_moyen_age_passion copial existe des versions bien plus lyriques de cette pièce de Thibaut de Champagne que celle que nous vous proposons d’aujourd’hui, cette dernière appartenant à un registre plus résolument folk médiéval. Elle est interprétée par FAUN, une formation relativement récente de musiciens et d’artistes allemands qui a fait ses premières armes en  2002. Le groupe faun_troubadours_modernes_musique_folk_celtique_medievalse définit lui-même comme proposant une musique qui « fusionne les sons anciens et médiévaux, le folk celtique et nordique avec la musique moderne », d’où le nom de « folk néo-médiéval celtique » qu’on lui donne souvent et qui sonne un peu tout de même comme une appellation marketing clinquante pour inscrire leur travail dans un genre. Si je voulais faire court et sans déprécier du tout leurs talents, je dirais que FAUN est un peu à la musique médiévale ce que le Rondo Veneziano était à la musique classique. On n’est dans l’easy listening celtique à consonances médiévales (ce qui n’exclut pas bien sûr la qualité, mais qui reste une manière de montrer que, quand je m’y mets, je peux moi-aussi inventer des mots qui claquent bien). Bref, vous l’avez compris, leur travail les situe dans un moyen-âge plus résolument allégorique et imaginaire que classique.

FAUN, quand le monde médiéval fusionne musicalement avec les sons modernes
FAUN, quand le monde médiéval fusionne musicalement avec les sons modernes

A_lettrine_moyen_age_passionu delà du fait qu’il est toujours intéressant de voir comment le monde médiéval s’invite dans l’actualité de notre XXIe siècle, on trouve du reste chez FAUN des choses très agréables à écouter. A en juger, nous ne sommes pas les seuls à partager ce goût, puisqu’ils furent nominés à trois reprises pour les « Echo », le music awards allemand. Le groupe est aussi très actif et productif puisqu’on leur doit déjà, à ce jour, 8 CDs et quelques tournées d’envergure mondiale : USA, Brésil et j’en passe. Le néo médiéval folk celtique païen semble donc aussi entré dans la World Music!

faun_folk_medieval_unicorn_licorne_thibaut_de_champagne_troubadourPour ce qui est du morceau d’aujourd’hui, qui est un classique médiéval revisité par leurs soins, je dois avouer que la performance vocale de la chanteuse reste très convaincante et que les choix mélodiques sont aussi très agréables, mais je vous laisse vous en faire une idée.

Tout cela étant dit, voilà le texte de cette chanson de Thibaut de Navarre, en vieux français du XIIIe siècle que nous nous fendrons sans doute d’adapter en français moderne sous peu.

Les paroles de la chanson de Thibaut de Champagne en vieux français

Ausi conme unicorne sui
Qui s’esbahist en regardant,
Quant la pucelle va mirant.
Tant est liee de son ennui,
Pasmee chiet en son giron;
Lors l’ocit on en traïson.
Et moi ont mort d’autel senblant
Amors et ma dame, por voir :
Mon cuer ont, n’en puis point ravoir.

Dame, quant je devant vous fui
Et je vous vi premierement,
Mes cuers aloit si tressaillant
Qu’il vous remest, quant je m’en mui.
Lors fu menez sans raençon
En la douce chartre en prison
Dont li piler sont de talent
Et li huis sont de biau veior
Et li anel de bon espoir.

De la chartre a la clef Amors
Et si i a mis trois portiers :
Biau Senblant a non li premiers,
Et Biautez cele en fet seignors;
Dangier a mis en l’uis devant,
Un ort, felon, vilain, puant,
Qui mult est maus et pautoniers.
Ciol troi sont et viste et hardi:
Mult ont tost un honme saisi.

Qui porroit sousfrir les tristors
Et les assauz de ces huissiers?
Onques Rollanz ne Oliviers
Ne vainquirent si granz estors;
Il vainquirent en combatant,
Més ceus vaint on humiliant.
Sousfrirs en est gonfanoniers;
En cest estor dont je vous di
N’a nul secors fors de merci.

Dame, je ne dout més rien plus
Que tant que faille a vous amer.
Tant ai apris a endurer
Que je suis vostres tout par us;
Et se il vous en pesoit bien,
Ne m’en puis je partir pour rien
Que je n’aie le remenbrer
Et que mes cuers ne soit adés
En la prison et de moi prés.

Dame, quant je ne sai guiler,
Merciz seroit de seson més
De soustenir si greveus fés.

En vous souhaitant une belle journée!
Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes

* J’en profite pour faire ici une petite parenthèse sur l’orthographe du prénom Thibaud, ou Thibault ou Thibaut qui n’a décidément jamais l’air de savoir comment il veut s’écrire. Nous avons donc décidé ici, une bonne fois pour toutes, de l’écrire avec un T mais vous trouverez le roi de Navarre sous toutes les formes possibles de l’orthographe de son prénom.

Le manuscrit du roy : chansons de troubadours et trouvères du XIIIe siècle pour des musiciens de Provence du XXe

Sujet : musique médiévale, troubadours, trouvères, musique ancienne de provence
Période :  moyen-âge central, XIIIe siècle,
Titre : Au Renouvel Auteur  : inconnu
Tirée du manuscrit du Roy ou chansonnier du Roy, manuscrit 844 bnf
Interprète ; Les musiciens de Provence
Album :  Musique des trouvères et des troubadours, Volume 1  (1980)

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, nous vous proposons une pièce musicale de moyen-âge tirée d’un recueil de chanson des XIIe et XIIIe siècles: le manuscrit 844 de la bnf, appelé encore le manuscrit du Roy ou le chansonnier du Roy.

Le Manuscrit du Roy: manuscrit ancien
de chansons des XIIe XIIIe siècles

Le chansonnier du roy, héritage du XIIIe siècle musical, manuscrit 844, bnF
Le chansonnier du roy, héritage du XIIIe siècle musical, manuscrit 844, bnF

O_lettrine_moyen_age_passionn attribue la compilation de ce manuscrit  à Charles d’Anjou (1226-1285), Comte d’Anjou et du Maine, Comte de Provence, roi de Naples et de Sicile et frère de Saint-Louis. qui  l’aurait probablement fait réaliser en vue de l’offrir à William de Villehardouin prince d’Achaïe (ancienne région de la Grèce antique ) même s’il semble que le manuscrit soit finalement revenu  en sa possession. Bien qu’assez mal conservé, le recueil contient près de six cents chansons, certaines composées par des troubadours célèbres, d’autres étant restées anonymes. Y est adjoint, également, un livret de chansons de Thibaut de Navarre, le roi poète chansonnier et comte de Champagne que nous n’en finissons pas de croiser quand il s’agit de parler de la musique et de la poésie de XIIIe siècle.

Troubadours et trouvères du moyen-âge
Par l’ensemble les musiciens de provence

trouveres_troubadours_musique_medievale_de_provence_moyen-age_centralSur l’ensemble des chansons du manuscrit du roy, seule une cinquantaine comprend des partitions, c’est donc de ces dernières qu’est tiré le morceau que nous vous proposons aujourd’hui. Il est interprété par l’ensemble « les musiciens de Provence », groupe musical crée dans les années 1970, autour de Maurice Guis, pianiste, organiste, compositeur originaire de Marseille, passionné de musique ancienne. La vocation de l’ensemble était de faire revivre et mieux connaître les musiques anciennes de Provence sur une période qui s’étale du moyen-âge et des trouvères provençaux jusqu’à la renaissance. Le fruit de leur travail et de leur recherche a permis de reconstituer et faire revivre des sonorités d’instruments à cordes anciens disparus,  mais aussi de remettre au goût du jour, un troubadours_maurice_guis_les_musiciens_de_provence_musique_medievaleinstrument traditionnel Provençal : le galoubet-tambourin que Maurice Guis affectionne particulièrement (pour l’instrument, voir photo en tête d’article).

La formation a laissé plus de dix albums autour de ces thèmes mais ne semble plus se produire depuis quelques années déjà, à tout le moins sous le nom qu’on lui connaissait, même s’il n’y a de doute que ces musiciens sont encore actifs. Ils se sont reformés notamment à l’occasion d’un concert privé en Provence courant 2012. On doit aussi à Maurice Guis la parution en 2015 d’un ouvrage sur le Galoubet tambourin justement (photo ci-dessus)

Sur ce nous vous laissons en compagnie de ce très joli morceau évocateur des temps anciens et du moyen-âge central.

En vous souhaitant une excellente journée!

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes

Festival médiéval ce week end: les 33èmes médiévales de Provins

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Sujet :
 festival, les  médiévales de Provins, divertissement sortie, lieux d’intérêt,
Lieu : Provins, haut site historique, patrimoine mondial de l’UNESCO
Dates: Samedi 11 et Dimanche  12 juin 2016

Bonjour à tous!

S_lettrine_moyen_age_passioni vous avez un peu de temps pour vous détendre cette fin de semaine et que vous êtes autour de Paris, la cité de Provins vous propose ses 33e médiévales, un festival de taille à ne pas manquer pour célébrer le monde médiéval à moins d’une heure de distance de la Capitale.

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Les 33e Médiévales de Provins :
Un festival intense et ambitieux

A_lettrine_moyen_age_passionu programme: fête dans la joie et immersion dans le moyen-âge réaliste ou imaginaire récrée par la ville de provins pour deux jours pleins de festival: concerts et ripailles, reconstitutions historiques, jeux, gastronomie, découverte de la vie quotidienne médiévale, ateliers participatifs (forge, cuisine, tissage, cuir, etc). art du rue, danses médiévales et animations à ne plus les compter. Il y aura même de nombreux campements à thème (tir à l’arc, escrime médiévale, enluminure, cuir, vikings,…) dont un sur le thème de Thibaut IV de festival_medieval_voyage_patrimoine_france_historique_medievales_provinsChampagne ou Thibaut le chansonnier, roi troubadour de Navarre et comte de Champagne dont nous avons déjà eu l’occasion de vous parler à plusieurs reprises sur ce site.

Du côté spectacles de rue et animations, le festival vous régalera encore de théâtre comique autour de la légende d’Arthur et des chevaliers de la table ronde (Compagnie Crealid), de spectacles équestres à la poursuite de la légende des chevaliers et bien sûr de nombreux troubadours, jongleurs, équilibristes et autres saltimbanques venus pour ravir vos sens et vous transporter quelques sept ou huit siècles en arrière. La très joyeuse et dynamique compagnie  Gueule de Loup sera aussi sur place et il y aura encore, provins_festival_medievales_33_lieux_interets_moyen-agedes  caravanes de marchands venues de pays lointains qui déambuleront dans la ville; vous pourrez même d’ailleurs vous essayer à des balades à dos de chameaux  si le coeur vous en dit!

Bref, j’en passe, mais une chose est sûre quand Provins se met à l’âge médiéval, tout est fait pour que vous y trouviez votre plaisir et votre divertissement. Sachez encore que des navettes gratuites sont organisées dans la ville, tout au long des deux jours du festival pour vous faciliter les accès à toutes ces réjouissances. Pour plus de détail le programme des festivités des 33e médiévales de Provins est ici. Vous pouvez aussi consulter le site web des 33e médiévales ici.

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La ville de Provins
Au coeur de l’histoire médiévale

D_lettrine_moyen_age_passionotée d’un très beau patrimoine historique et médiéval, la ville de Provins a conservé, à ce jour, près de soixante monuments historiques classés ou inscrits au registre du patrimoine. Elle peut être, à juste titre, considérée comme une véritable témoin de l’histoire de l’architecture militaire, civile et religieuse et de l’Histoire de France mais aussi de l’Europe commerciale et marchande. De fait, en 2001, la valeur historique de monde_medieval_provins_moyen-age_ville_patrimoine_mondial_unescola ville à été reconnue mondialement puisqu’elle a été classée sur la liste du Patrimoine Mondial de l’UNESCO.

Provins a vu passer plus d’un personnage illustre de l’Histoire de France. Clovis  s’empara de son Castrum Romain à la fin du Ve siècle et plus tard, on sait que Charlemagne y envoya ses « missi dominici », hauts fonctionnaires royaux très proches du roi que ce dernier mandait dans les points les plus importants du royaume afin d’en contrôler la bonne marche.

La majestueuse tour César de Provins, élevée sur une motte artificielle et datant du XIIe siècle
La majestueuse tour César de Provins, élevée sur une motte artificielle et datant du XIIe siècle

Plus tard et dès l’an mille, la ville s’impose comme un carrefour commercial de première importance. L’économie y sera florissante et elle attirera alors à elle de nombreux habitants et marchands. Durant le XIIIe siècle, on fortifiera la ville en y faisant construire des remparts de plus de cinq kilomètres de long pour protéger ses gens et ses richesses. Bénéficiant  de la protection des comtes de Champagne, la ville connaîtra également le très célèbre roi guerrier troubadour, Thibaud le Chansonnier ou Thibaud IV de
Champagne, vassal de Philippe Auguste et de Saint Louis, dont nous vous parlions  plus haut  dans cet article..

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Les Hauts remparts de la ville, témoin de l’opulence économique de Provins au XIIIe siècle

Provins sera alors devenue une ville de majeure importance avec plus de 80 000 habitants ce qui en fera la troisième ville de France et les célèbres foires de Champagne du XIIe et XIIIe siècles consacreront encore son grand renom.  En 1429, la ville verra aussi Charles VII et sa cour, en compagnie de Jeanne d’Arc, communier ensemble autour provins_patrimoine_histoire_france_medievale_Collégiale_Saint_Quiriaced’une messe dans son église du XIIe siècle, la collégiale Saint-Quiriace (photo à droite).  A la fin du XVe siècle, le roi Louis XI dit le Prudent, visitera même la ville.

Quand il s’agit de faire revivre et d’animer sa propre Histoire. la ville de Provins n’en est pas à son galop d’essai et loin de là. Elle propose en effet, tout au long de l’année, de nombreux événements et visites de ses monuments ou de ses rues, à la découverte de son patrimoine et, pour ce qui nous intéresse, de la période médiévale de son Histoire. Avec les 33e médiévales, l’ambition est clairement de faire de cet événement l’un des plus grand festival de France sur le moyen-âge. Nul doute qu’avec l’expérience acquise, les efforts fournis, la qualité patrimoniale et monumentale de cette belle ville, et encore l’exceptionnel programme des festivités, le pari sera réussi. Alors, encore une fois, si le coeur vous en dit, voilà une très belle sortie pour égayer cette fin de semaine et la finir dans la joie!

Une merveilleuse journée à tous et, par dessus tout, joie et longue vie!

Fred
Pour moyenagepassion.com
« A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes »