Sujet : fêtes, événement, marché médiéval, moyen-âge, sorties, week end, animations médiévales. marché de noel. compagnies médiévales. Evénement : 8ème Marché médiéval de Noël de Provins. Un Noël Insolite à Provins. Lieu : Seine-et-Marne, Île-de-France Dates : 16 et 17 décembre 2017
Bonjour à tous,
u croisement des fêtes de la nativité et du thème médiéval, cette fin de semaine, la Cité de Provins vous propose la huitième édition de son Marché de Noël aux couleurs du moyen-âge.
L’événement est organisé par l’Association des Gardes-Foires deChampagnequi entend bien, à nouveau, faire honneur à la grande réputation de la cité en matière de célébration historique et médiévale. Avec près de quarante d’artisans démonstrateurs, mais aussi de nombreuses animations autour de la période médiévale, ce marché festif s’étalera sur toute la durée du week-end et proposera même un grand nocturne le samedi, jusqu’à 23 heures.
Seize troupes ou compagnies médiévales y sont attendues pour faire vivre le centre historique de la cité au rythme de leurs musiques, danses, démonstrations de combats, spectacles de feu, scénettes, arts de rue et autres facéties. Plusieurs campements sur le thème de la vie militaire et de l’artisanat au moyen-âge y seront également installés,
Animations médiévales : liste des compagnies attendues
Pater Patriae (campement templier) – Les Danceries Thibaud de Champagne – L’Ost de l’Arc droit – La forge du Berry – Le boudoir d’Amandine – Le Mesnie de la Fortelle – Les bateleurs de Sir Jean (spectacle de feu) – Rhésus Positif (musique) – Les Tritons Ripailleurs (musique) – Les R’monTemps (Arts de Rue) – L’amici d’Orbais – Passe Goulette (musique) – Le clan du Lys (campement) – Tengri (musique) – La Cie du Bord de Seine (campement) – L’atelier des Laines
En sus de toutes ces réjouissances, auxquelles il faut bien sûr ajouter quelques franches ripailles car ce marché de Noël se veut aussi gourmand, une vente aux enchères de « matériel médiéval » – entendez armures, armes, et autres accessoires utiles et prisés des reconstituteurs et férus d’Histoire vivante – sera encore organisée sur place. Elle aura lieu le samedi et le dimanche à partir de 15 heures.
Sujet : chanson médiévale, poésie, amour courtois, roi troubadour, roi poète, lyrisme courtois, trouvères. Période : Moyen Âge central, XIIIe siècle Auteur : Thibaut IV de Champagne (1201-1253), Thibaut 1er de Navarre Titre : « chanson ferai » Interprètes :Diabolus in Musica Album : La Doce Acordance: chansons de trouvères (2005).
Bonjour à tous,
ujourd’hui, nous revenons au lyrisme courtois en langue d’oil et à la poésie des trouvères des XIIe et XIIIe siècles, avec une chanson du roi de Navarre et comte de Champagne Thibaut le chansonnier.
Au vue du nombre de chansons que le roi poète nous a laissé sur le thème de l’Amour courtois, il aimait à l’évidence s’y exercer, comme nombre d’artistes de son temps : la dame est belle, il en est épris et il en souffre. Douleur, affres du doute, elle tient son pauvre coeur « en sa prison » et à sa merci.
Même s’il n’est ni le premier ni le dernier puissant à s’y adonner, avec lui, l’exercice poétique de l’amour courtois peut d’autant plus surprendre que c’est un grand seigneur et même un prétendant au trône et un roi. Il régna plus de cinquante ans, fit les croisades, fut un grand vassal de la couronne, et pourtant, dans sa poésie, nous le retrouvons tout de même très souvent « à nu » et en but à ses « dolentes » passions. Signe du temps, l’Amour élève quand il est courtois. Faut-il donc que Thibaut souffre tant et que la(les) dame(s) qu’il convoite ne cède(nt) pas pour qu’il en ressorte d’autant plus chevaleresque ? N’est-ce là qu’un exercice de style auquel il se prête, comme tant d’autres poètes d’alors ? C’est encore possible bien que sa poésie courtoise ne soit pas dénuée de grands accents de sincérité.
Thibaut de Champagne, roi de Navarre, enluminure du XIIIe siècle, manuscrit Français 12615, Bnf, départements des manuscrits
Par le passé, certains historiens ou chroniqueurs lui ont prêté d’avoir choisi l’illustre Blanche de Castille, épouse de Louis VIII et mère de Saint-Louis, comme témoin et objet de son ardeur poétique. Au vue de son statut et pour que l’amour courtois fonctionne, il lui fallait trouver une dame d’un rang supérieur à lui. De ce point de vue là au moins, choisir la reine de France se serait avéré fonctionnel et puis ne dit-il pas ici : « …la grant biautez (…) Qui seur toutes est la plus desirree » ?Troublant ? ou pas…
Dans sa vie maritale et sentimentale réelle, on le trouvera, au moins dans les faits, lié et même marié à d’autres dames. De fait, l’affaire de cette passion qu’on prêta à Thibaut de Champagne pour la reine Blanche alla si loin que certains le calomnièrent même injustement, à la mort de Louis VIII, en l’accusant d’avoir empoisonné le roi par passion et par amour pour la reine. (voir l’ouvrage Chanson de Thibault IV, comte de champagne et de Brie, roi de Navarre, et l’introduction de Prosper Tarbé, 1851). Quoiqu’il en soit, tout cela ne s’appuyant sur rien de bien concret, on l’a depuis laissé au rang des manipulations politiques ou des conclusions hâtives et sans doute un peu trop « romantiques ». Et si les poésies de Thibaut avaient un véritable objet et si même sa souffrance était peut-être sincère, il est bien difficile d’établir avec certitude quelle(s) dame(s) la lui inspira(rèrent).
« Chanson ferai » par l’ensemble médiéval Diabolus in Musica
« La Doce Acordance » Diabolus in Musica
et les trouvères des XIIe et XIIIe siècles
Nous vous avions déjà présenté cet ensemble médiéval à l’occasion d’un article précédent. Il nous gratifiait alors d’un album autour du compositeur du XVe siècle Guillaume Dufay. L’oeuvre que nous présentons d’eux aujourd’hui est en réalité antérieure et date du tout début de l’année 2005. Elle emprunte au répertoire plus ancien du Moyen Âge et avec l’album intitulé « La Doce Acordance« , la formation Diabolus in Musicase donnait pour objectif de revisiter des chansons et poésies des trouvères des XIIe et XIIIe siècles.
Salué par le Monde le la Musique, ce bel album s’est vu attribuer, peu après sa sortie, 4 étoiles et 5 Diapasons d’or. Il présente dix-sept pièces, certaines de Thibaut de Champagne, d’autres du Châtelain de Coucy ou de Conon de Béthune, entre autres trouvères célèbres, et même certains textes de Chrétien de Troyes. On le trouve encore à la vente en CD, mais il est aussi disponible en version digitalisée et MP3. Voici un lien utile pour l’acquérir sous une forme ou une autre, si le coeur vous en dit : La Doce Acordance; Chansons de trouvères.
Les paroles de la chanson
de Thibaut de Champagne
Concernant la chanson du jour, nous le disions plus haut, c’est une jolie pièce d’amour courtois. Comme dans bien des textes issus de cette poésie, le fond est toujours à peu près le même. Le désir du prétendant reste inassouvi, il ne trouve pas à se poser sur son objet et tout cela donne naissance à un mélange de louanges, d’exaltation et de souffrance. Il faut qu’il en soit ainsi, du reste, puisque s’il se posait sur son objet et se consumait dans l’acte, il n’y aurait pas lieu de brûler du parchemin et, en tout cas, pas de cette manière.
Delectatio Morosa, l’amant de l’amour courtois est attaché à ses propres « maux », venus, la plupart du temps, de l’attente, de la distance, quand ce n’est pas du silence, de l’indifférence ou pire, de la trop grande sagesse de la dame déjà souvent engagée par ailleurs et qui se refuse. L’aime-t-elle ou l’aimera-t-elle ? Il espère la délivrance de ses (doux) maux dans l’après, ce moment où il verra peut-être enfin sa patience récompensée. Il en jubilerait presque d’avance, jusque dans ce désespoir qui exacerbe son sentiment amoureux, autant qu’il redoute que ce moment n’arrive pas et que la porte demeure à jamais fermée.
Chançon ferai, que talenz* (envie, désir) m’en est pris, De la meilleur qui soit en tout le mont. De la meilleur? Je cuit que j’ai mespris. S’ele fust teus, se Deus joie me dont, De moi li fust aucune pitié prise, Qui sui touz siens et sui a sa devise. Pitiez de cuer, Deus! que ne s’est assise En sa biauté ? Dame, qui merci proi*(à qui je demande merci), Je sent les maus d’amer por vos. Sentez les vos por moi ?
Douce dame, sanz amor fui jadis, Quant je choisi vostre gente façon ; Et quant je vi vostre tres biau cler vis , Si me raprist mes cuers autre reson : De vos amer me semont et justise, A vos en est a vostre conmandise. Li cors remaint, qui sent felon juïse*, (jugement) Se n’en avez merci de vostre gré. Li douz mal dont j’atent joie M’ont si grevé Morz sui, s’ele m’i delaie.
Mult a Amors grant force et grant pouoir, Qui sanz reson fet choisir a son gré. Sanz reson ? Deus ! je ne di pas savoir, Car a mes euz* (yeux) en set mes cuers bon gré, Qui choisirent si tres bele senblance, Dont jamès jor ne ferai desevrance*, ( je ne me séparerai) Ainz sousfrirai por li grief penitance, Tant que pitiez et merciz l’en prendra. Diré vos qui mon cuer enblé m’a ? Li douz ris et li bel oeil qu’ele a.
Douce dame, s’il vos plesoit un soir, M’avrïez vos plus de joie doné C’onques Tristans, qui en fist son pouoir, N’en pout avoir nul jor de son aé; (*âge, vie) La moie joie est tornee a pesance. Hé, cors sanz cuer! de vos fet grant venjance Cele qui m’a navré sanz defiance, Et ne por quant je ne la lerai ja. L’en doit bien bele dame amer Et s’amor garder, qui l’a.
Dame, por vos vueil aler foloiant, Que je en aim mes maus et ma dolor, Qu’après les maus la grant joie en atent Que je avrai, se Deu plest, a brief jor*. (si à Dieu plait, un jour prochain) Amors, merci! ne soiez oublïee! S’or me failliez, c’iert traïson doublee, Que mes granz maus por vos si fort m’agree. Ne me metez longuement en oubli! Se la bele n’a de moi merci, Je ne vivrai mie longuement ensi.
La grant biautez qui m’esprent et agree, Qui seur toutes est la plus desirree, M’a si lacié mon cuer en sa prison. Deus! je ne pens s’a li non. A moi que ne pense ele donc ?
En vous souhaitant une belle journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes
Sujet : citation, Histoire, historien, conduite de l’Histoire, Ecole des Annales.
“Il m’est arrivé un soir, à l’intérieur de l’État de Bahia, d’être pris brusquement au milieu d’une montée prodigieuse de lucioles phosphorescentes. Elles éclataient partout, sans arrêt, innombrables, en gerbes au sortir des taillis et des fossés de la route, comme autant de fusées, trop brèves pourtant pour éclairer le paysage avec netteté. Ainsi des événements, ces points de lumière. Au-delà de leur éclat plus ou moins vif, au-delà de leur propre histoire, tout le paysage environnant est à reconstituer.” Fernand Braudel (1902-1985) Les Ambitions de l’Histoire
Sujet : poésie, littérature médiévale, ballade, poète médiéval, bourgogne, poète bourguignon, bourgogne médiévale, poésie réaliste, poésie morale, fortune. Période : moyen-âge tardif, XVe Auteur : Michault (ou Michaut) Le Caron, dit Taillevent ( 1390/1395 – 1448/1458) Titre : O folz des folz…
Bonjour à tous,
oici un nouvel extrait de la poésie de Michault Caron dit Taillevent. Loin du jeune auteur qui se faisait attaquer dans le bois de Saint-Maxence et contait dans La Détrousse,non sans un certain humour, sa malencontreuse aventure devant la cour du duc de Bourgogne, c’est un poète plus résolument moraliste que nous retrouvons ici. Tirée d’un traité de Sagesse appelé le régime de fortune et fait en référence à Horace, cette ballade est assurément plus une oeuvre de la maturité.
Les exigences et les caprices de Fortune
« Ce n’est que vent de la gloire du monde, A ung hasart tout se change et se cesse. » Michault Le Caron, dit Taillevent
Michault Taillevent nous rappellera ici cette notion de « Fortune » dont nous avons déjà parlé et qui se trouve être si importante au Moyen-âge. C’est ce sort, personnifié par sa roue qui tourne inexorablement. Symbole de l’impermanence et de l’arbitraire, elle vient sanctionner, de manière inéluctable l’impuissance des hommes à rien pouvoir saisir, ni tenir.
La Roue de Fortune, miniature médiévale de Maître de Coëtivy (Colin d’Amiens 1400-1450) grand maître enlumineur du XVe siècle.
C’est un fait bien établi, dans la vision chrétienne médiévale comme actuelle d’ailleurs, notre passage en ce bas monde matériel n’est que transitoire et n’a de raison que préparer notre entrée dans l’immatériel, le royaume du divin. Ce devrait ou pourrait être, en soi, une raison suffisante pour ne point s’obséder d’y accumuler biens et richesses puisque le chrétien ne pourra pas, quoiqu’il advienne, les emporter avec lui de l’autre côté de la rive et ils pourraient même l’alourdir au jour de sa mort et de son jugement, mais si cela ne suffisait pas à lui faire comprendre la vanité de l’entreprise, les exigences du sort et les caprices de Fortune viennent s’y ajouter. Dans les représentations médiévales, tous les hommes sans exception, du plus démuni au plus grand prince, y sont, en effet, soumis.
Présente dès l’antiquité, dans le monde médiéval chrétien, Fortune si elle prend, par instants, les traits d’une déesse ambivalente et capricieuse, puise sa raison d’être ou ses origines dans la bible et l’Ecclésiaste :
« Puis, j’ai considéré tous les ouvrages que mes mains avaient faits, et la peine que j’avais prise à les exécuter; et voici, tout est vanité et poursuite du vent, et il n’y a aucun avantage à tirer de ce qu’on fait sous le soleil. »
Ecclésiaste, 2 – 11
C’est visiblement sous l’influence du philosophe Boèce (480-524) qu’elle sera, quelques siècles plus tard, représentée sous la forme d’une roue et connaîtra de belles heures dans l’iconographie et les miniatures du moyen-âge, à partir du XIe siècle.
« Notre nature, la voici, le jeu interminable auquel nous jouons, le voici :
tourner la Roue inlassablement, prendre plaisir à faire descendre ce qui
est en haut et à faire monter ce qui est en bas. » Boèce – Consolation de Philosophie
« O folz des folz », ballade contre l’ambition
et les illusions de l’Avoir
Quoiqu’il en soit, se fier à la hauteur de son trône ou de sa position et s’en gargariser quand, d’aventure, Fortune vous a placé tout en haut, ne serait que pure déraison pour les auteurs du moyen-âge central. Le lendemain, elle peut tout aussi bien vous faire choir.
Se glorifier de ses possessions de ses richesses, les poursuivre, s’en croire même le juste détenteur ou, pire, l’artisan ? Folie ! Pure Vanité ! Contre fortune, il faut garder raison. On peut conter sur l’auteur du moyen-âge tardif pour nous le rappeler. Nus comme au premier jour, nantis pour seuls habits de ceux que la nature nous a donnés et de ses dons, il nous enjoint à nous contenter de peu, en nous souvenant des leçons de fortune et en nous rappelant ses droits.
O folz des folz, et les folz mortelz hommes, Qui vous fiez tant es biens de fortune En celle terre et pays ou nous sommes, Y avez vous de chose propre aucune ? Vous n’y avez chose vostre nesune* (*aucune, pas même une) Fors les beaulx dons de grace et de nature. Se fortune donc, par cas d’aventure, Vous toult* (*ôte) les biens que vostres vous tenez, Tort ne vous fait, ainçois vous fait droicture*,(*justice) Car vous n’aviez riens quant vous fustes nez.
Ne laissez plus le dormir a grans sommes En vostre lict, par nuit obscure et brune, Pour acquester richesses a grans sommes, Ne convoitez chose dessoubz la lune, Ne de Paris jusques a Pampelune, Fors ce qu’il fault, sans plus, a creature Pour recouvrer sa simple nourriture ; Souffise vous d’estre bien renommez, Et d’emporter bon loz en sepulture : Car vous n’aviez riens quant vous fustes nez.
Les joyeulx fruitz des arbres, et les pommes, Au temps que fut toute chose commune, Le beau miel, les glandes et les gommes Souffisoient bien a chascun et chascune, Et pour ce fut sans noise*(* bruit,querelle) et sans rancune. Soyez contens des chaulx et des froidures, Et me prenez Fortune doulce et seure. Pour voz pertes, griefve dueil* n’en menez,(*deuil douloureux) Fors a raison, a point, et a mesure, Car vous n’aviez riens quant vous fustes nez.
Se fortune vous fait aucune* (*quelque)injure, C’est de son droit, ja ne l’en reprenez, Et perdissiez jusques a la vesture : Car vous n’aviez riens quant vous fustes nez.
Michault Le Caron, dit Taillevent – Le régime de Fortune
En vous souhaitant une très belle journée.
Frédéric EFFE
Pour Moyenagepassion.com A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.