Sujet : musique, chanson ancienne, médiévale, musicien, maître de musique, virelai, amour courtois, fine amour Titre : « Quant(d) je suis mis au retour » Auteur: Guillaume de Machaut (1300-1377) Période : XIVe siècle, Moyen Âge tardif Interprétes, orchestration : Roland Rizzo, Geoff Knorr Jeu vidéo : Civilization 6
Bonjour à tous,
uand le compositeur Guillaume de Machaut et ses mélodies uniques se réinvitent dans notre modernité, cela peut quelquefois prendre des dehors surprenants. Cette fois-ci, nous retrouvons deux pièces du maître de musique du XIVe siècle dans un des titres les plus mythiques de l’histoire des jeux vidéo : Civilization VI de Sid Meyer.
Ces chansons ont, bien entendu, été réarrangées pour l’occasion et ne sont proposées que dans leur version instrumentale. Elles ne forment qu’une infime partie de l’ambiance sonore du jeu qui, par ailleurs, propose plus de quatre heures trente de musique contextuelle, cette dernière variant en fonction de la civilisation choisie, autant que de la période historique traversée par le joueur. Nous sommes bien loin du temps où les jeux vidéos ne proposaient que de petits jingles ou des bandes son midi en boucle.
Concernant les pièces issues du répertoire de Guillaume de Machaut, Civilization 6 propose une reprise de Douce Dame Jolie et une autre chanson de lui dont cet article nous donne l’occasion de parler et qui s’intitule : Quant je sui mis au retour.
Cette dernière chanson se situe encore dans le registre de la « fine amor » et nous conte le transport et l’émoi de l’amoureux qui s’en revient de voir sa belle et n’en finit plus de conter les louanges de cette dernière. Nous aurons sans nul doute l’occasion d’en partager d’autres versions dans le futur, et nous publions dors et déjà les paroles ici. Cette interprétation du jour nous fournit l’occasion de l’anecdote et nous permet aussi de mesurer à quel point la musique et les mélodies du compositeur du Moyen Âge tardif continuent à travers les siècles de servir sa renommée.
Les paroles de la chanson de Guillaume de Machaut
Quant je sui mis au retour De veoir ma dame, Il n’est peinne ne dolour Que j’aie, par m’ame. Diex! c’est drois que je l’aim, sans blame, De loial amour.
Sa biauté, sa grant douçour D’amoureuse flame, Par souvenir, nuit et jour M’esprent et enflame. Diex! c’est drois que je l’aim, sans blasme, De loial amour.
Et quant sa haute valour Mon fin cuer entame, Servir la vueil sans folour Penser ne diffame. Diex! c’est drois que je l’aim, sans blame, De loial amour.
En vous souhaitant une belle journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com L’ardente passion, que nul frein ne retient, poursuit ce qu’elle veut et non ce qui convient. Publilius Syrus Ier s. av. J-C.
Sujet : musique, poésie médiévale, chanson, chants polyphoniques, maître de musique, rondeau, loyal amour, amour courtois. Titre : Puis qu’en oubli Auteur: Guillaume de Machaut (1300-1377) Période : XIVe siècle, Moyen Âge tardif Interprétes : Ensemble Oxford Camerata
Bonjour à tous,
ujourd’hui, nous vous proposons la découverte d’un chant polyphonique composé par Guillaume de Machaut, et interprété par l’ensemble anglais Oxford Camerata.
Nous sommes encore ici dans le registre du loyal et « fine » amour que Guillaume de Machaut a su si bien mettre en paroles et en musique. Dans ce rondeau, le maître de musique du Moyen Âge central nous conte ses déboires amoureux. Le voici donc oublié de son amie, lui promettant pourtant de rester fidèle à l’amour dont il a été confisqué. Le sujet de l’oubli qui l’aborde ici, comme celui de la crainte d’être oublié dans l’éloignement sont des thèmes qu’on recroise à plusieurs reprises dans ses poésies et chansons. Voici d’ailleurs l’extrait d’une autre ballade sur le même thème :
« Loing de vous souvent souspir, Douce dame débonnaire, Pour ce que trop fort désir A veoir vo dous viaire. Mais se vers vous ne puis traire A mon voloir, je vous pri, Ne me mettes en oubli. »
Malgré ses exhortations et ses appels du poète, il semble que ce que l’on redoute le plus finisse quelquefois par survenir et c’est le sujet du chant médiéval que nous vous proposons ici.
L’ensemble Oxford Camerata
Fondé en 1984, en Angleterre, par le chef d’orchestre Jeremy Summerly, l’ensemble Oxford Camerata était à l’origine un groupe de douze choristes. Au fil des concerts et en fonction des projets, l’ensemble s’est produit dans des formations plus réduites ou même plus grandes (jusqu’à vingt choristes), a capela ou accompagné de formation orchestrale.
Dans les six premières années suivant leur création, la formation a proposé principalement un répertoire autour de la période médiévale et renaissance mais depuis les années 90 les artistes ont élargi leur champ à des pièces qui vont des chants grégoriens et polyphoniques du Moyen Âge à un répertoire plus moderne. Entre sa naissance et l’année 2008, l’Oxford Camerata a légué à la postérité près de trente albums et s’est produit activement en concert au niveau européen, jusqu’à l’année 2015.
Puis qu’en oubli :
paroles et adaptation en français moderne
Puis qu’en oubli sui de vous, dous amis, Vie amoureuse et joie à Dieu commant.
Mar vi le jour que m’amour en vous mis,
Puis qu’en obli sui de vous, dous amis.
Mais ce tenray que je vous ay promis,
C’est que ja mais n’aray nul autre amant. Puis qu’en oubli sui de vous, dous amis, Vie amoureuse et joie à Dieu commant.
Puisque je suis oublié de vous, douce amie Je remets à Dieu ma vie amoureuse et ma joie Malheureux* fut le jour où je mis mon amour en vous, Puisque je suis oublié de vous, douce amie Mais je tiendrai ce que je vous ai promis Jamais je n’aurai d’autre amante Puisque je suis oublié de vous, douce amie
Je remets à Dieu ma vie amoureuse et ma joie
* Malencontreux, Mal à propos, vain.
En vous souhaitant une excellente journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.
Sujet : musique médiévale, chant royal, maître de musique, chanson, amour courtois. Titre : Joie, plaisance et douce nourriture Auteur: Guillaume de Machaut (1300-1377) Période : XIVe siècle, Moyen Âge central Interprète : Ensemble Gilles de Binchois Album : Guillaume de Machaut, le jugement du roi de Navarre (1999)
Bonjour à tous,
ujourd’hui, nous vous proposons un peu de la belle musique et de la poésie de Guillaume de Machaut, grand compositeur de musiques du moyen-âge central, et une pièce interprétée ici pour nous par le très talentueux ensemble Gilles de Binchois.
Ce chant royal puise dans les œuvres profanes du grand compositeur du XIVe et est extrait d’un album que la formation Gilles de Binchois dirigée par Dominique Vellard lui dédiait alors entièrement,en 1999.
Le remède de la fortune : pièce d’amour courtois
La nature monophonique de ce chant le situe encore dans l’héritage des trouvères et des troubadours. Il est tiré de la longue poésie « Le remède de Fortune » que l’auteur écrivit et mit en musique, autour de l’année 1341. Cette longue pièce d’amour courtois qui contient sept poésies est considérée comme ayant notablement influencé son temps, au niveau musical comme au niveau poétique. L’œuvre conte les déboires d’un poète amoureux de sa dame et qui tardera à lui confesser, mais finira tout de même par oser s’en ouvrir à elle. Elle lui fournit l’occasion d’une initiation à l’amour courtois autant qu’à l’art poétique.
Manuscrit ancien et sources médiévales
On retrouve le remède de fortune ainsi que huit autres pièces et poèmes de Guillaume de Machautdans le manuscrit ancien référencé Manuscrit Fr 1586 datant de 1356-1360 et donc contemporain de l’auteur. Le titre en est : Œuvres poétiques de Guillaume de Machaut. EtSi le cœur vous dit de le consulter, vous pourrez le trouver à l’adresse suivante sur l’excellent site Gallica de la BnF : Manuscrit FR 1586, Guillaume de Machaut.
Il y a décidément autour de ce compositeur de l’excellence autant dans sa musique et sa plume que dans les manuscrits dont le monde médiéval nous a gratifiés à son sujet. Outre qu’il est parfaitement conservé, l’ouvrage en question contient, en effet, des enluminures d’exception et est même, à ce jour, considéré par des historiens et experts de ces questions comme une des œuvres majeures du XIVe siècle en matière d’enluminures. Son commanditaire autant que son destinataire nous sont restés inconnus autant que le nom de l’artiste principal qui l’a illustré.
Le remède de fortune, référence musicale et poétique du XIVe siècle, enluminure Manuscrit Gilles de Machaut (1356)
Les paroles de Joie, plaisance et douce norriture de Guillaume de Machaut
Joie, plaisance, et douce norriture Vie d’onnour prennent maint en amer; Et pluseurs sont qui n’i ont fors pointure, Ardour, doulour, plour, tristece, et amer, Se dient, mais acorder Ne me puis, qu’en la souffrence D’amours ait nulle grevance, Car tout ce qui vient de li Plaist a cuer d’ami;
Car vraie Amour en cuer d’amant figure Trés dous Espoir et gracieus Penser: Espoirs attrait Joie et bonne Aventure; Dous Pensers fait Plaisence en cuer entrer. Si ne doit plus demander Cils qui a bonne Esperance, Dous Penser, Joie et Plaisance, Car qui plus requiert, je di Qu’Amours l’a guerpi.
Dont cils qui vit de si douce pasture Vie d’onneur puet bien et doit mener, Car de tous biens a comble mesure, Plus qu’autres cuers ne saroit desirer, Ne d’autre merci rouver N’a desir, cuer, ne bëance, Pour ce qu’il a souffissance; Et je ne say nommer ci Nulle autre merci.
Mais ceaus qui sont en tristesse, en ardure, En plours, en plains, en dolour sans cesser, Et qui dient qu’Amours luer est si dure Qu’il ne peulent sans morir plus durer, Je ne puis ymaginer Qu’il aimment sans decevance Et qu’en eaus trop ne s’avance Desirs. Pour ce sont einsi, Qu’il l’ont desservi.
Qu’Amours, qui est de si noble nature Qu’elle scet bien qui aimme sans fausser, Scet bien paier aus amans leur droiture: C’est les loiaus de joie säouler Et d’eaus faire savourer Ses douceurs en habundance; Et les mauvais par sentence Sont com traïtre failli De sa court bani.
Amours, je say sans doubtance Qu’a cent doubles as meri Ceaus qui t’ont servi.
En vous souhaitant une merveilleuse journée.
Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.
Sujet : musique, danse médiévale, estampie, Tristan et Yseut, littérature médiévale, amour courtois. Période : XIIIe siècle, moyen-âge central Auteur : anonyme Manuscrit ancien : Add MS 29987 Interprète : Jordi Savall, Hespèrion XXI Titre: Lamento di Tristano e rotta Album : « Orient – Occident » Editeur : Alia Vox (2006)
Bonjour à tous,
ous vous proposons un peu de musique en provenance des XIIIe, XIVe et de l’Italie aujourd’hui, en compagnie de l’excellente formation Hespèrion XXI et son talentueux directeur Jordi SAVALL.
Tirée de l’album Orient-Occident dont nous avons déjà parlé ici, cette « complainte » de Tristan, ayant pour titre original italien « Lamento di Tristano e rotta » est une Estampie (Istampitta) anonyme provenant du manuscrit ancien de Londres, référencé Add MS 29987et dont nous avons déjà parlé ici. Si vous vous en souvenez l’ouvrage date du XVe et contient principalement des pièces et des danses médiévales en provenance de Toscane et de l’Italie du XIIe et XIVe siècles.
Pour y revenir souvent ici, nous ne présentons plus Hespérion XXI et Jordi Savall, ces « musiciens-chercheurs » passionnés en quête de la restitution la plus fidèle qui soit de l’univers musical du moyen-âge, de la renaissance, et même encore plus largement du répertoire des musiques anciennes ou classiques.
La patience d’orfèvres, le talent de virtuoses, de longues recherches immergées dans les partitions d’époques, chansonniers, manuscrits du roy et autres précieux codex, nous leur devons de nombreux concerts dans toute l’Europe et, à ce jour, ils ont déjà produits plus de cents albums de haute qualité. Tous sont disponibles sur leur site Alia Vox et vous pouvez également vous abonner à leur chaîne youtube officielle pour les suivre de plus près.
Le roman de Tristan & Yseut :
oeuvre médiévale majeure
« Belle amie, si est de nous : ni vous sans moi, ni moi sans vous. » Tristan – Le roman de Tristan et Yseut
Pièce littéraire majeure de l’amour Courtois, l’histoire de Tristan et Yseut (Iseut ou encore Iseult) dont les premiers écrits remontent au XIIe siècle a fortement marqué le moyen-âge et sa littérature de son empreinte, autant qu’il a encensé les premières formes d’un amour qui allait connaître de longues heures de gloire et de noblesse: l’amour courtois. Concernant cet aspect, et même si les déboires des deux amants seront citée souvent par les poètes chantant l’amour courtois, leur passion dans le récit, à l’image de celle de Héloïse et Abelard finira pourtant par sortir du modèle de l’amour impossible et jamais consommé pour devenir transgressif, et partant transgresser aussi les valeurs de l’amour courtois, autant d’ailleurs que les valeurs chevaleresques. Tout n’est donc pas aussi simple.
Même si l’on a quelquefois glosé sur de plus lointaines origines de cette histoire, les historiens s’entendent, dans l’ensemble sur le fait, que les premières versions connues et datées de ce récit proviennent d’un poème narratif français du XIIe siècle dont la source se serait perdue, mais qui aurait inspirée l’auteur normand Béroul. (voir Le premier roman de Tristan – article persée).
« Le philtre d’amour”. Enluminure (1470) Manuscrit de Gautier de Map, Tiré du “Livre de Messire Lancelot du Lac” de Gautier de Map, Ms. français 112, fol. 239, BnF
A l’image du corpus des légendes arthuriennes, maintes fois reprises et ré-écrites par de nombreux auteurs (le normand Béroul, Eilhart Von Oberg, Thomas d’Angleterre, Marie de France, etc…) l’histoire du chevalier héroïque condamné à un amour impossible avec celle qui deviendra la reine a fasciné bien des esprits dans le courant du moyen-âge central, et au delà, depuis huit siècles. Certains auteurs lui feront d’ailleurs croiser le mythe arthurien en faisant de Tristan un chevalier du roi Arthur et de la table ronde, ce qu’il n’est pas dans la première version.
( Ci-contre enluminure du début du XVe siècle. Le roi Marc épie les deux amants), Manuscrit français 97, BnF )
Magie et philtres d’amour, dragons et géants belliqueux, actes héroïques, intrigues et rebondissements, tous les ingrédients d’une grande aventure s’y trouvent, mais c’est aussi et surtout le récit d’un l’amour impossible qui, devenu charnel et passionné, conduira les deux amants à braver tous les interdits, jusqu’à défier l’autorité du Roi et toutes les règles sociales, pour finir par les dévorer dans les flammes de la passion et ne les unir que dans la mort. On fera de l’histoire de Tristan et Yseut pas moins que le premier roman d’amour français et certains auteurs le décriront même comme l’archétype de tous les romans d’amour qui lui succéderont par la suite dans la littérature.
Comme toute oeuvre devenue mythique, avec le temps, cette pièce médiévale a inspiré de nombreuses artistes et sous bien des formes: peinture, littérature, danse, théâtre et musique, et ce, dès les premiers temps de sa rédaction et pour longtemps encore après lui. La pièce d’aujourd’hui en témoigne.
En vous souhaitant une bonne écoute et une très belle journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.