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Agenda moyen-âge festif : trois jours de fête aux Médiévales auvergnates de Montferrand

heraldique_ecu_clermont-ferrand_blasonSujet : fêtes médiévales, compagnies médiévales, animations  historiques, agenda, marché artisanal médiéval.
Période  : moyen-âge
Lieu : Clermond-Ferrand,  Puy-de-Dôme, Auvergne-Rhône-Alpes,
Evénements: Les 23ème Médiévales de Montferrand
Dates : du   1er au  3 juin 2018

Bonjour à tous,

D_lettrine_moyen_age_passionans le cadre des événements autour du moyen-âge festif de cette fin de semaine, il faut souligner trois grandes journées de célébration aux Médiévales de Montferrand. Avant de continuer et pour éviter toute confusion sur l’intitulé de ces festivités, il ne s’agit pas ici de la commune occitane et languedocienne de Montferrand mais bien d’une référence historique au nom ancien de la commune auvergnate de Clermont- Ferrand.

Organisé par l’Association Il était une fois Montferrand, cet événement, encore connu sous le nom de Fêtes médiévales du agenda_fetes_animations_marche_medievale_montferrand_2018_moyen-age_festifDauphin d’Auvergne, célèbre, cette année, sa 23eme édition.

AU PROGRAMME

En plus des parades festives et des animations de rues : musique, théâtre, bateleurs, cracheurs de feu, scénettes et démonstrations de combat d’époque, tournois  et mêlées de chevaliers en armure ancienne, etc…, il y aura encore sur place des camps installés par les différentes mesnies présentes, ainsi qu’un marché artisanal d’inspiration médiévale.

Liste des compagnies médiévales et artistes attendus

Galapiat & Médiévalys – Les Triton Ripailleurs – Teutonic Orders – L’Ost du Phénix – La Cie De La Lanterne Magique – Vire et Volte – Cie Les Tout Petits  – Le Sieur de Montplaisant – Les Ecuyers du Marchidial – La Mesnie du Hibou – L’Arroi des trois roues – L’Epée et  l’Archet – Les Ecuyers du Marchidial – Entre chien et jeux – Marina Lys – Gueux et ladres du Sud- Ferme itinérante du Chaineau

agenda_fetes_medievales_montferrand_2018

Site de l’événement Page FB

Clermont et Monferrand,
un peu d’histoire médiévale

Du haut moyen-âge jusqu’à l’an 1000, des visigoths du Ve siècle aux raids viking des VIIIIe et IXe siècles, une partie de l’histoire de Clermond-Ferrant s’est écrit sous le signe des invasions.

La présence d’un édifice défensif sur le site est mentionné dès le Ve siècle. Il a pour nom  Claremontem Castrum  ou « château du Mont Clair » et donnera plus tard son nom à la cité, qui se nommait avant cela Arvernis (la cité des Arvernes). Dans le courant du VIIIe siècle, la forteresse sera prise par Pépin Le Bref et il pillera lui aussi, le site au passage.

Evénement d’importance qui marquera longtemps la destinée de Clermond, dès le milieu du Ve siècle, l’évêque Saint-Namace y établira une église épiscopale. Quelques siècles plus tard, au moyen-âge central et vers la fin du Xe siècle, l’évêque Etienne II consacrera, à son tour, une cathédrale romane, dans la cité.  Tout au long de ces siècles, les évêques confirmeront leur pouvoir sur le lieu et on se souvient encore qu’à la fin du XIe siècle, la cité sera aussi le siège du fameux clermond_ferrand_urbain_III_premiere_croisade_moyen-age_centralConcile de Clermond qui verra le pape Urbain II prêcher la première croisade.

Au XIIe et XIIIe siècle, la ville demeurera encore sous la main des évêques mais les comtes et seigneurs d’Auvergne tenteront d’atermoyer ce pouvoir pour en reprendre le contrôle. En 1120 et n’y parvenant pas, ces derniers établiront la cité comtale de Montferrand, à moins de 4 kilomètres de Clermond « l’épiscopale ».

Bien déterminés à assurer le développement de leur nouvelle installation, les comtes d’Auvergne oeuvreront à y développer l’économie, les foires et le commerce. A la fin du XIIe siècle, une charte de franchise sera même accordée aux citadins qui favorisera l’essor économique de la cité comtale, autant que l’installation de nouveaux habitants. En réalité et pour donner la mesure de la compétition qui s’est alors installée entre les comtes et l’épiscopat, cette charte fait suite à une autre charte elle-même accordée par l’évêque de Clermond, un an auparavant (voir article BnF ici).

La naissance de Montferrand n’empêchera pas les seigneurs et comtes d’Auvergne de poursuivre leurs tentatives pour annexer Clermond, dans le courant du XIIe siècle. Quelques années seulement après la création de la nouvelle ville, en 1125-1126, il faudra même l’intervention royale de Louis VI pour venir secourir les évêques assiégés par les armées comtales et la ville sera encore pillée par un autre comte en 1165.

L’annexion de l’Auvergne  par Philippe-Auguste

Ala fin du XIIe siècle, ses conflits sans  fin entre les seigneurs du lieu et l’épiscopat se cristalliseront encore en la personne de Guy II comte d’Auvergne, opposé à Robert, évêque de Clermont qui se trouve être aussi son frère.

Malgré plusieurs trêves entre les deux hommes au fil des ans, entrecoupées de quelques sérieux coups bas (ou l’inverse), le conflit perdurera durant des années et fournira même le prétexte à Philippe-auguste pour partir en guerre contre armoirie_guy_comte_auvergne_histoire_medievale_clermont_montferrand_moyen-agel’Auvergne et annexer les terres de Guy II.  Ce dernier ayant commis l’erreur de s’en prendre à  l’abbaye royale de Mozac et au prieuré de Marsat, il n’en fallut guère plus au roi pour lever une armée. On connait la volonté de Philippe-Auguste d’étendre les terres de la couronne, tout en récupérant au passage quelques bonnes provinces des mains de vassaux ou seigneurs devenus un peu trop puissants à la faveur du système féodal.

De fait, les tentatives d’alliances avec les anglais du comte d’Auvergne n’y feront rien, l’Auvergne et ses châteaux s’effondrèrent un à un devant l’armée royale. Après un dernier siège, durant l’année 1213, à la forteresse de Tournoël, dernier bastion où s’était réfugié Guy II, la province sera définitivement tombée sous la main de Philippe-Auguste.

De l’âge d’or de Montferrand au XIIIe siècle
à la brutale mise à sac de 1388

Malgré ces oppositions entre les deux parties en présence, comtes et évêques et pour y revenir, le XIIe et même le XIIIe siècle consacreront un âge d’or dont bénéficieront les deux cités et qui verra les foires s’y développer. Cette période florissante perdurera jusqu’au XIVe, siècle noir de la peste, des famines et de la guerre de Cent ans, qui n’épargnera pas la ville.

En dépit des précautions prises et du renforcement de son enceinte dans les débuts du XIVe siècle, Montferrand sera notamment mise à sac en 1388 par les routiers sous le commandement de Perrot  le Béarnais. Immortalisé par jean Froissart dans ses chroniques, ce pillage, portera un coup de grâce au développement économique du bourg et à son expansion médiévale.

Montferrand_siege_routiers_sac_1388_enluminure_medievale_MS_865_besancon_moyen-age_XIVe_siècle(ci-contre miniature de maître  Boethius, combats à l’extérieur de Montferrand contre les troupes de Perrot le Béarnais, Chroniques de Froissart, MS 865, bibliothèque de Besançon,  TheonlineFroissart)

Pour le reste, les deux villes garderont jusqu’au XVIe siècle ce double statut et leur destinée séparée, jusqu’à se trouver fusionnées en une seule par un édit royal de 1630, confirmé à nouveau en 1731.

Voilà pour l’histoire originale et médiévale de la capitale auvergnate.  Ce week end, on y fera donc un voyage jusqu’au moyen-âge central pour revivre, le temps de quelques jours, les riches heures de Montferrand, la seigneuriale et la comtale.

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
« Pardonnez-moi, Prince, si je suis foutrement moyenâgeux. »
Georges Brassens – Le moyenâgeux –  1966


Sources

Montferrand et Riom, XIIe-XVe siècleJosiane Teyssot

Evolution géographique de Clermont-Ferrand, Archives départementales du Puy-de-Dôme.

TheonlineFroissard, projet universitaire mutualisé anglais

Le château de Foix part en campagne: des médiévales effervescentes pour fêter le printemps en Ariège

foix_ville_medievale_festival_festivites_moyen-age_idees_sortiesSujet : agenda, reconstitution, fêtes historiques, médiévales, château-fort, compagnies médiévales,
Période : moyen-âge central, 1362
Evénement : Les médiévales de printemps du château de Foix
Lieu : Château de Foix (Ariège)
Date : le 27 et 28 mai 2017

Bonjour à tous,

C_lettrine_moyen_age_passionomme chaque année, depuis maintenant trois ans, à l’arrivée de la belle saison, le beau château de Foix dans l’Ariège vous convie à ses fêtes médiévales de printemps.

medievales_de_foix_printemps_2017_agenda_medieval_reconstitution_historique_moyen-age_centralL’esprit y est toujours résolument à la reconstitution historique et à l’Histoire vivante, au plus près du moyen-âge central. L’ombre du Lion des Pyrénées Gaston III de Foix-Béarn, plus connu encore sous le nom de Gaston Fébus, grand seigneur et maître des lieux durant presque toute la deuxième moitié du XIVe siècle, planera plus que jamais au dessus des remparts du château durant toute cette fin de semaine.

Au programme : 1362, bataille de Launac, l’aube d’une grande campagne militaire

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour cette édition, avec plus de cinquante acteurs et spécialistes, le château se propose, entre autres réjouissances festives, de vous faire découvrir le maniement des armes anciennes, les bases et les principes de la vie en camp militaire d’époque mais aussi de lever pour vous le voile sur les techniques de soin et de chirurgie médiévale.

medievales_printemps_chateau_foix_ariege_agenda_sortie_historique_gaston_febusEn octobre dernier,  vous y étiez transporté en 1391 après la disparition de Gaston Fébus, cette fois-ci, la machine à remonter le temps marquera la date de 1362 pour  vous propulser dans un voyage médiéval jusqu’à une période contemporaine du Lion des Pyrénées. Le célèbre Comte de Foix sera donc bel et bien là et sur son impulsion, ses troupes se prépareront même à partir en campagne pour affronter les Armagnacs. Vous serez rendus aux portes de la bataille de Launac dont Gaston Fébus reviendra triomphant puisqu’il y fera même prisonnier Jean 1er, comte d’Armagnac, mais encore l’allié de ce dernier, le baron de Launac. Il ne relâchera d’ailleurs ses belles prises que contre une rançon sonnante, trébuchante et de taille, qui fera même de lui, un des Seigneurs et prince les plus puissant et fortuné de son temps.

Chevaliers, mercenaires et routiers
tous aux ordres de Gaston Fébus

I_lettrine_moyen_age_passion copial y aura là, sur le parvis du château et autour des remparts, des hommes de tous bords, les fidèles de Gaston Fébus et ses hommes d’armes, mais aussi des routiers et mercenaires engagés pour l’occasion.

Entraînements intensifs, coups d’éclats et tensions au moment de partir au combat, entre ces hommes venus d’horizon divers, tenez-vous prêts à vivre un moment véritablement unique dans agenda_sortie_historique_chateau_foix_fetes_medievales_printemps_2017_1362_gaston_febus_moyen-age_centralune ambiance rien moins qu’effervescente et électrique. Foix tout entier sera sur le pied de guerre jusqu’au coeur de ses vieilles pierres!

Et qui sait, en observant bien et en tendant l’oreille, vous pourrez peut-être y vérifier les mots de Jean Froissart au sujet de Gaston Fébus, grand chef de guerre, comte de Foix, vicomte de Béarn et encore viguier d’Andorre et de sa détermination au moment d’en découdre avec ses ennemis :

«  J’ai vu bien des chevaliers, des rois, des princes. Mais jamais je n’en vis qui fut de si magnifique stature et de si merveilleuse prestance. (…) En toutes choses il était parfait. Il aimait ce qu’il devait aimer, haïssait ce qu’il devait haïr. Il était aimable et accessible à toutes gens et il leur parlait doucement et amoureusement. Mais dans son courroux nul n’avait pardon. »
Jean Froissart – Les Chroniques

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P_lettrine_moyen_age_passion copiaour le reste, détails logistiques et pratiques, mais aussi de très beaux portraits de certains protagonistes qui vous attendent cette fin de semaine au pied des remparts du château de Foix, n’hésitez pas à consulter le Facebook des sites touristiques de l’Ariège qui se chargent de l’organisation de l’événement.

Enfin et pour en terminer, si, par le plus grand des hasards, vous n’étiez pas déjà convaincu de la beauté saisissante de ce site historique d’exception, niché dans les hauteurs vertigineuses de son piton rocheux, voici une vidéo qui achèvera certainement de vous en  persuader

Pour plus d’informations historiques, retrouvez notre article détaillé sur ce haut lieu de l’histoire ariégeoise et languedocienne ici.

Une très belle journée à tous !

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes

Idées week-end: deux jours de festivités médiévales autour d’un marché de Noël à Estrées-Lès-Crécy

crecy_en_ponthieu_bataille_medievale_blason_heraldique_marche_medieval_noelSujet : événement moyen-âge, compagnies médiévales. idée sorties, marché Noël médiéval, festivités
Evénement : « Manifestation médiévale de Noël»
Lieu : Estrées-Lés-Crécy , Picardie (Hauts de France)
Date : les 10 et 11 décembre 2016

Bonjour à tous,

S_lettrine_moyen_age_passionaison oblige, nous faisons encore une petite note, aujourd’hui, sur une manifestation autour d’un marché de Noël et du moyen-âge qui a aussi l’intérêt de se tenir à Estrées-Lés-Crécy en Picardie, non loin du théâtre d’une bataille qui fit date dans l’Histoire médiévale : la bataille de Crécy, premier grand affrontement de la guerre de cent ans qui vit la déroute des Armées du roi d’Angleterre devant celles de les armées du Roi de France.

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Le programme de la manifestation médiévale d’Estrées-Lés-Crécy

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S_lettrine_moyen_age_passioni l’événement gravite autour d’un marché de Noël où sont attendus plus de cinquante exposants en costume du moyen-âge,  les organisateurs nous ont gratifié d’animations en plus aux couleurs du saltimbanques_fetes_marche_noel_medievale_evenement_picardie_idee_sortie_moyen-agemoyen-âge. Durant ces deux journées, des compagnies seront donc là pour égayer la fête et lui donner un tour médiéval supplémentaire: danse médiévale et de la renaissance avec la Guilde du Lys d’or et les croissants d’or, parade et spectacle déambulatoire avec la Compagnie Trancrede Artois, théâtre de rue avec les Etoiles Bleues, combats de chevaliers avec la Confrérie du Cerbère, cracheurs de feu et autres saltimbanques par la Compagnie de Ur.

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Pour cette 21e édition du marché médiéval de Noël d’Estrées-lès-Crecy, il y aura même, le samedi à 23 heures, du théâtre en nocturne en langue régionale picarde avec la compagnie locale les merlettes. A savoir toutefois, concernant cette dernière activité, le sujet de la pièce présentée n’a pas de relation avec le moyen-âge.

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Pour le programme et plus d’informations, vous pouvez consulter la page Facebook de l’événement ici.

Un mot de la bataille de Crécy

Le roi d’Angleterre alors dit à ses gens : — « Prenons place ici, car je n’irai pas plus avant que je n’aie vu nos ennemis ; et il y a bien raison que je les attende, car je suis sur le vrai héritage de madame ma mère et qui lui fut donné en mariage ; aussi je le  veux défendre et revendiquer contre mon adversaire Philippe de Valois. »
Jean Froissart (1337 -1405) – Les Chroniques

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P_lettrine_moyen_age_passion copiaour dire un mot de la célèbre bataille médiévale de Crécy, elle tint place dans le lieu que l’on appelle aujourd’hui la vallée de Clercs, entre Crécy-en-Ponthieu et Estrées-Lès-Crécy. Les pertes furent immenses pour l’ost de Philippe VI de Valois qui découvrit alors les avantages stratégiques que confère pour le défenseur le choix de son terrain, en l’occurrence un camp retranché sur une légère élévation, autant qu’il pu mesurer les ravages que pouvait faire l’arc long contre la chevalerie, autant que l’infanterie.

bataille_medievale_crecy_histoire_guerre_de_cent_ansLes chiffres avancés ont été longtemps voisins de dix contre un en faveur des français. Ils ont permis de forger une véritable mythe du côté des anglais sur cette bataille de Crécy qui perdure jusqu’à ce jour, mais ils ont été depuis, quelque peu revisités à la baisse, pour être ramenés à un ratio plus raisonnable de 1 contre 2, voir 1 contre 2,5, en défaveur du camp anglais.

Quoiqu’il en soit, le résultat fut cuisant et les pertes terribles. Sur le champ de bataille, on parle de près de 30 000 morts du côté français, dont plus de 1000 nobles et chevaliers. Galvanisé par cette victoire, Edouard III d’Angleterre poursuivra sur sa lancée à la conquête de Calais. Après un long siège, la ville tombera d’ailleurs entre ses mains, pour devenir durant l’ensemble du conflit, une tête de pont stratégique des armées anglaises en France. Elle sera d’ailleurs un des derniers bastions anglais à tomber, à la fin de la guerre de cent ans.

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La bataille de Crécy, enluminure des Chroniques de Froissart (1475) BnF, Manuscrits, Fr. 2643.

Q_lettrine_moyen_age_passionuelques siècles après la bataille de Crécy, l’Historien et écrivain Jules Michelet remettra en perspective ses conséquences dans le contexte du monde médiéval et des valeurs de la chevalerie, en écrivant ces lignes :

jules_michelet_auteur_ecrivain_historien_XIXe_siecle_monde_medieval« La bataille de Crécy n’est pas seulement une bataille, la prise de Calais n’est pas une simple prise de ville; ces deux événements contiennent une grande révolution sociale. La chevalerie tout entière du peuple le plus chevalier avait été exterminée par une petite bande de fantassins. »
(…) A Crécy, toute la chevalerie était là réunie, toute bannière flottait au vent, ces ners blasons, lions, aigles, tours, besans des croisades, tout l’orgueilleux symbolisme des armoiries. En face, sauf trois mille hommes d’armes, c’étaient les va-nu-pieds des communes anglaises, les rudes montagnards de Galles, les porchers de l’Irlande’; races aveugles et sauvages, qui ne savaient ni français, ni anglais, ni chevalerie. »
Jules Michelet – Histoire de France Tome IV

Le style est, bien sûr, à l’image de Michelet. Aussi racialiste que lyrique et emporté, il n’appartient qu’à lui, même si, par certains aspects, il sonne aussi très XIXe siècle. Reste que l’on s’entend, en général, sur le fait que les armées d’Angleterre n’étaient pas faites alors que de professionnels, loin de là, mais de paysans ou petite gens dont la discipline militaire était pourtant irréprochable. Le corps des archers longs anglais qui fit la différence, ici comme à Azincourt, procédait,  bataille_medievale_crecy_histoire_guerre_de_cent_ans_camp_retranche_anglais_edouard_IIIlui aussi,  de la même discipline que ces forces d’infanterie issus des classes populaires.

Face à la chevalerie française, ces mêmes archers, par leur puissance et l’utilisation stratégique qui en sera faite durant les batailles, seront un atout majeur du camp anglais, et ce pendant de longues années. Il faut dire que les systèmes de valeur et la vision de la guerre diffèrent sensiblement d’un camp à l’autre. Du côté de l’approche de la bataille, on a, en effet, souvent relevé la nature très pragmatique des anglais pour lesquels les valeurs du combat au corps à corps ne priment pas sur le résultat à atteindre. Dans ce cadre, la victoire à distance ne représente pas un obstacle, mais un moyen. Cet argument ne peut pourtant tout expliquer et concernant la déroute de Crécy, les notions de conseil militaire et de discipline doivent certainement être prises en compte pour comprendre la mauvaise tournure que prit cette bataille du côté français.

Pour quelques éléments supplémentaires sur Crécy et sur la guerre de cent ans, vous pouvez vous reporter utilement à l’article suivant: vidéo-documentaire: la guerre de 100 ans en 30 m. chrono.

En vous souhaitant une belle journée et un excellent week-end!

Fred.
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.

Une ballade « fleurie » de Jean Froissart et un court portrait du poète, historien, chroniqueur du moyen-âge

histoire_poesie_medievale_jean_froissart_chroniqueur_du_moyen-age_centralSujet : histoire médiévale, troubadour, poète, historien, chroniqueur du moyen-âge, poésie médiévale,
Période : XIVe siècle, moyen-âge central
Auteur : Jean Froissart (1337-1410)
Titre : Ballade
(Ci contre portrait de Jean Froissart, anonyme, XIXe siècle, © National Portrait Gallery, Londres)

Bonjour à tous,

Aujourd’hui, nous dédions un premier article à Jean Froissart, Chroniqueur, écrivain et poète du XIVe, reconnu comme comptant parmi les premiers historiens médiévaux par nombre de nos  contemporains.

Eléments de Biographie

N_lettrine_moyen_age_passioné à Valenciennes et ayant reçu une éducation de clerc qui le destinait à l’Eglise, Jean Froissart ne s’y incline pourtant pas et lui préfère, très tôt, le monde de l’Art, de la musique et de la poésie, autant que celui de la chevalerie. De fait, il commence, âgé à peine de vingt ans, à rédiger l’histoire des guerres de son siècle, et notamment bien sûr la guerre de cent ans, à la demande de son protecteur d’alors Robert de Namur, un noble proche du roi Edouard III d’Angleterre. C’est ce dernier qui amènera Froissart en Angleterre et l’introduira à la cour en lui présentant notamment la reine Philippe, épouse d’Edouard III. Il y reviendra plus tard, quand inconsolable et n’ayant pu séduire la dame de son coeur qui, non contente de s’être mariée, n’avait de cesse de se refuser à lui. (Vous voyez où ça mène l’amour reine_philippe_angleterre_jean_froissart_historien_troubadour_chroniqueur_poete_medievalcourtois? Je plaisante, pardon, restons concentré). Quoiqu’il en soit, la reine Philippe le prendra longtemps sous son aile et grâce à elle, il pourra approcher nombre de nobles et les interroger pour continuer son entreprise d’historien et de témoin de son temps.

Curieux de tout et aimant les voyages, l’âme d’un troubadour tout autant que celle d’un chevalier (même si l’on est pas certain qu’il fut véritablement adoubé), Jean Froissart voyagera dans de nombreux pays d’Europe, pour satisfaire son insatiable appétit de découvertes; Angleterre, Pays de Galles, Pays Bas, Ecosse, Espagne, Italie, etc. Avec méthode, il interrogera ses différents protecteurs et les chevaliers qu’il croisera au hasard de sa grande destinée afin de parfaire l’oeuvre de sa vie: ses chroniques historiques.  Vers la fin de son existence, il sera aussi ordonné prêtre, rattrapant en quelque sorte, la voie qu’on avait voulu lui faire suivre.

Jean Froissart, gravure du XIXe siècle,colorisée moyenagepassion;com
Jean Froissart, gravure du XIXe siècle,colorisée moyenagepassion;com

« Les Croniques de France, d’Engleterre et des païs voisins »

« Partout où je venais, je faisais enquête aux anciens chevaliers et écuyers qui avaient été dans les faits d’armes, et qui proprement en savaient parler ; et aussi aux anciens hérauts d’armes, pour vérifier et justifier les matières. Ainsi ai-je rassemblé la noble et haute histoire, et tant que je vivrai par la grâce de Dieu, je la continuerai ; car plus j’y suis et plus y labeur, plus me plaît. »
Jean Froissart, Citation, Extrait. 

E_lettrine_moyen_age_passionn plus d’être considéré comme un des chroniqueurs de référence du quatorzième siècle dont il est contemporain, on doit encore à Jean Froissart des pièces lyriques, mais aussi un certain nombre d’écrits ou de poèmes qui s’inscrivent dans l’amour courtois, et également un roman « Meliador » qui se déroule dans le monde des légendes Arthuriennes qui semble loin de faire l’unanimité au niveau littéraire dans le genre et qui n’a connu qu’un petit succès.

En dehors de ses productions littéraires, et même si on y a, longtemps, peu prêté d’attention, l’Histoire retiendra bien plus ses Croniques de France, d’Engleterre et des païs voisins, fortement inspirées d’une chronique du chanoine liégeois Jean le Bel mais qu’il aura eu à coeur de compléter et d’étoffer de sa plume talentueuse, autant que du large travail de terrain qu’il aura pu effectuer tout au long de sa vie. Froissart n’est pas le premier, bien sûr, à s’essayer au genre des chroniques historiques et elles sont assez prisées des rois et des nobles durant cette partie du moyen-âge central. On les illustre et on les enlumine, en général, et elles servent tout autant à histoire_medieval_crecy_jean_froissard_chroniqueur_poete_ecrivain_moyen-age_centralapprendre l’histoire qu’à s’y retrouver soi-même sous un jour avantageux. De fait, les chroniques de Jean Froissart ont donné lieu à un nombre impressionnant de manuscrits illustrés. (Ci-contre, Manuscrit 2643, Chroniques de Jean Froissart, BnF, XVe, Bruges)

Concernant cet ouvrage, haut en faits et en couleurs, on se doit encore ajouter que, comme pour bien des chroniques de cette période, il ne faut pas nécessairement y rechercher l’objectivité. Cela a-t’il vraiment changé de nos jours pour ce même genre, peut-être finalement plus proche d’un certain journalisme que de l’Histoire? Rien n’est moins certain. Dés l’instant où quelqu’un paye, il finit bien toujours par en demander pour son argent.

Quoiqu’il en soit, concernant les chroniques de Froissart, les dates n’ont pas la précision qu’un Historien moderne exigerait, les faits relatés ne le sont pas toujours à l’aide d’une méthodologie sans faille, les témoignages ne sont pas systématiquement recoupés, etc.., et Froissart n’échappe pas non plus à sa propre condition qui l’incline quelquefois à encenser ses protecteurs ou la chevalerie, au détriment du reste. Ce n’est, donc, bien entendu, qu’en les recoupant avec d’autres documents d’époque que l’on peut faire le tri des talents littéraires de Froissart et de ses propres implications, avec la justesse de ses vues sur les faits qu’il décrit. Il reste que son legs demeure une référence et, son approche opiniâtre pour témoigner de son époque autant que ses efforts pour la relater au plus près, lui ont gagné, pour beaucoup, une place de choix parmi les premiers historiens du monde médiéval. Ses chroniques restent aussi une oeuvre de référence majeure sur la guerre de cent ans.

Pour ce premier article le concernant, nous prenons un peu le contre-pied de l’habituel et plutôt qu’un extrait de ses chroniques, nous vous présentons, ici, une de ses ballades, ma foi, assez légère et très fleurie.

Ballade de Jean Froissart

SUS toutes flours tient on la rose à belle,
Et, en après, je croi, la violette.
La flour de lys est belle, et la perselle;
La flour de glay est plaisans et parfette;
Et li pluisour aiment moult l’anquelie;
Le pyonier, le muget, la soussie,
Cascune flour a par li sa merite.
Mès je vous di, tant que pour ma partie:
Sus toutes flours j’aimme la Margherite.

Car en tous temps, plueve, gresille ou gelle,
Soit la saisons ou fresce, ou laide, ou nette,
Ceste flour est gracieuse et nouvelle,
Douce et plaisans, blancete et vermillette;
Close est à point, ouverte et espanie;
Jà n’i sera morte ne apalie. 
Toute bonté est dedens li escripte,
Et pour un tant, quant bien g’i estudie:
Sus toutes flours j’aimme la Margherite.

Mès trop grant duel me croist et renouvelle
Quant me souvient de la douce flourette;
Car enclose est dedens une tourelle,
S’a une haie au devant de li fette,
Qui nuit et jour m’empeche et contrarie;
Mès s’Amours voelt estre de mon aye
Jà pour creniel, pour tour ne pour garite
Je ne lairai qu’à occoision ne die:
Sus toutes flours j’aimme la Margherite.

Une belle journée à tous et longue Vie!

Fred
Pour moyenagepassion.com
« A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes«