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OMNIA: fusion folk rock celtique médiévale hollandaise

geek_culture_medieval_fantastique_fantaisie_dragonSujet : pagan folk, paganisme, légendes celtiques, médiéval imaginaire, musique, néofolk médiéval,  médiéval fantaisie,
Période : médiéval fantastique
Groupe : OMNIA
Titre : Fee Ra Huri
Album :  Live On Earth  (2012)

omnia_neofolk_musique_pagan_folk_paganisme_medievale_paienne_celtique_moyen-age_fantaisie_imaginaireBonjour à tous,

Q_lettrine_moyen_age_passionuand les instruments du monde médiéval fusionnent avec le folk celtique et la musique rock du côté de la Hollande, cela donne OMNIA.  Bien sûr, il ne faut pas chercher ici à retrouver le réalisme d’un Hespèrion XXI ou d’un Micrologus, nous sommes face à une réinterprétation  qui s’assume et dont les racines vont bien plus certainement chercher dans le folk irlandais des siècles postérieurs au moyen-âge mélangés d’autres influences,   et, peut-être même encore, dans les  racines folk celtiques remises au goût du jour par un nombre important de groupes dans les années soixante-dix, dans la continuité de la mouvance contestataire californien hippie.

Au delà de la musique  et du sens de la fête
un mouvement et des valeurs

« OMNIA est un groupe d’amoureux inconditionnels de la nature et de Musiciens guerriers de la terre qui voyage de part le mond pour diffuser leur musique et célébrer à travers elle, l’amour de la vie, la créativité, la nature et la fantaisie avec un public de tout âge et de toute culture. »
OMNIA – Biographie – Site web

Pour autant que la formation hollandaise interpelle bien plus le public sur un imaginaire celtique médiéval que sur un moyen-âge musical authentique, il faut reconnaître que l’ambiance est largement festive et les musiciens talentueux.

Folk, paganisme, et musique festive

A  travers tout cela, on  peut difficilement s’empêcher de penser qu’une certaine idée de la fête reste attachée à l’univers médiéval même quand il est revisité comme ici par une modernité technique et musicale assumée:  « Au moyen-âge on sait faire la fête ». Cette idée semble relativement partagée et sans doute qu’un certain nombre de bandes omnia_musique_medieval_folk_paien_celtique_paganisme_wiccamédiévales Folk ou néofolk récentes lui fait écho, même s’il faut bien sûr s’entendre sur  le moyen-âge auquel il est ici fait référence.

Quoiqu’il en soit, le  genre musical d’OMNIA s’inscrit,  de manière déclarée, dans un Folk Païen (Pagan Folk)  ouvert à toutes les influences et qui ne se prive d’aucune. Au delà du positionnement musical, il faut encore dire un mot de l’ambition  qui sous-tend tout cela. Il ne s’agit pas,  en effet et même loin de là, que de célébrer un certain sens de la fête. Plus qu’un style de musique, le groupe  veut aussi être la manifestation  toute à la fois « d’un style de vie, d’une philosophie et d’une religion « naturelle » sans leader et sans  règle ».

Formé autour de l’an 2000, on doit depuis  à la formation hollandaise quelque chose comme dix-sept albums. Leur philosophie restant l’indépendance dans la production musicale en particulier et dans leur choix de vie en général, ils auto-produisent leur création et on peut même trouver sur leur site web,  outre la  possibilité d’acquérir leur musique  sous toutes les forme (CD, Itunes, etc), une boutique  de Tee shirts et autres « goodies »  de leur cru. Ajoutons à cela qu’ils écrivent leurs chansons dans des langues aussi diverses que l’anglais, le breton, le latin, le français, le finlandais, l’arabe, l’espagnol, l’allemand, le mongolien, l’Hindi et qu’ils ont même comme le groupe MAGMA de Christian Vander l’avait fait en son temps, créé leur propre language appelé l’OMNIAN. On doit également à ses étonnants musiciens, amants de littérature, la mise en musique et la reprise de poésies célèbres  de Catulle, Edgar Poe, William Blake, Shakespeare,  et encore d’autres auteurs.

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Un mouvement naturaliste à l’ambition globale

Au delà  de  sa nature festive, le folk médiéval celtique est bien souvent le signe ou la tête émergée d’un « mouvement » social qui, culturellement, nous dit bien plus que sa simple manifestation musicale.  Ainsi, la formation hollandaise entend bien chanter:  « la liberté individuelle,  les anciennes valeurs celtiques de bien et du mal » et, à travers tout cela, prétend encore  encenser une « conscience écologique globale et  la connexion spirituelle entre l’homme et la nature ».

Sans vouloir généraliser, le PAGAN FOLK (folk païen) en provenance d’Angleterre, d’Allemagne ou d’Europe du Nord puise, presque de manière systématique, ses valeurs de référence dans une antique culture celtique (souvent plus rêvée qu’historique), mélangée à d’autres traditions, et ancre ses racines  dans un univers pré-chrétien dont peu de choses nous sont finalement parvenues, mais  dont on pourrait encore trouver les dernières traces dans la  survivance de guérisseurs de tous bords et autres « sorciers » et « magiciens » que l’église romaine a poursuivi, sans relâche, de son inquisition dans les courants du XVIe et XVIIe siècles

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Indéniablement, il y a encore, derrière tout cela,  la marque d’un mouvement naturaliste, qui, en réaction avec la modernité et le monde post-industriel, se cherche un terrain d’élection dans une  époque où l’homme était, dans l’idée, plus proche de la nature et où il vivait « en harmonie » avec elle. Concernant OMNIA, pour donner encore  la dimension qui sous-tend tout cela et comprendre jusqu’où leur ambition se situe, voilà une de leur citation  sur la question que je ne fais ici que traduire :

« Le monde meurt… Les singes mutant sont devenus totalement  dingues.  En tant qu’espèce nous devons la fermer une bonne fois pour toutes et écouter ce que la nature a à nous dire. »
OMNIA – Biographie – Site web

Des racines plus imaginaires et allégoriques que réalistes

Rattachement donc à une tradition naturaliste à reconquérir, il s’agit donc bien d’ouvrir des perspectives pour le futur et pas de passéisme. Concernant cette harmonie et cette connexion perdue avec mère  nature, il faut sans doute dire ici, qu’elle ne correspond pas tout à fait non plus à la réalité du monde médiéval et contient  largement sa part de rêve et d’ imaginaire. Même si  le moyen-âge, durant ses mille ans d’histoire,  était clairement moins urbanisé que notre monde moderne,  on assiste, dès le XIIIe siècle, à un premier phénomène de regroupement urbain musique_folk_paganisme_medievale_paienne_celtique_omnia_moyen-age_fantaisie_imaginairesignificatif et dès le XVe cette urbanisation a déjà conduit à une déforestation déplorable qui a ouvert, par la suite, aux colons du nouveau monde, de larges voies d’exportation du bois qui commençait déjà à se raréfier  en Europe.

Dans le même ordre d’idée, dans le monde médiéval historique, pour autant que la relation de l’homme avec la nature était indéniablement plus prégnante que dans notre monde post-industriel, il faut encore ajouter que c’était d’abord et avant tout, une relation de dur  labeur et de travail agraire et agricole, dans le cadre d’une nature déjà largement domestiquée. Plus que le moyen-âge réel, c’est donc bien plutôt, vers les légendes celtiques et nordiques, relayées et souvent revisitées, de manière moderne,  par la littérature médiévale fantastique  et ses  peuples naturels – elfes, trolls et autres nains de montagnes -, que nous ramène souvent cet cet idéal de connexion naturaliste moderne.  Nous  nous trouvons avec lui face à un moyen-âge rêvé ou « reconstruit ».

Pour mieux comprendre encore ce mouvement folk païen et même si tous les groupes ne se rattachent pas nécessairement à cela,  il est encore utile d’évoquer le  Wicca de Gerald Brousseau Gardner, écrivain ésotériste britannique et anthropologue  qui, dans le courant du XXe siècle, présenta un modèle de religion basé  sur « l’ancienne religion » et sur une fusion  empruntant, à la fois,   à la omnia_neofolk_musique_folk_paganisme_medievale_paienne_celtique_moyen-age_fantaisie_imaginairetradition celte, au chamanisme, au druidisme,   ainsi qu’à des éléments nordiques et slaves.

Quoiqu’il en soit, il reste que la recette du Pagan Folk trouve largement son public et le succès d’OMNIA en est encore une belle preuve. Dans les espaces imaginaires où vivent encore les légendes celtiques et nordiques autant qu’un moyen-âge naturaliste à célébrer,  il y a de la place pour un rêve qui , à défaut d’être toujours historiquement réaliste, parle   à l’évidence, à beaucoup d’entre nous.

Fee Ra Huri, les paroles

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Du point de vue des paroles, il ne faut pas sur ce morceau particulier au moins chercher la profondeur du sens  et l’on se trouve  presque face aux performances vocales tel que peut les affectionner un Gilles Vignault. Si vous voulez vous y entraîner en tout cas, voici les lyrics:

Wack fol’a day diddle dee dye doe
Je le len ‘o je le la le len ‘o
Fiddle daddle day diddle dee dye doe
Ho ri f dhe ra hur

Wack fol’a Day diddle dee dye do
Je le s ‘je le la o le s’ o
Fiddle diddle dee dye daddle day doing
Ho f ri dhe ra hur

En vous souhaitant une excellente journée!

Fred
Pour moyenagepassion.com
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Musique ancienne: une légende et du folk en provenance des terres du nord

geek_culture_medieval_fantastique_fantaisie_dragonSujet : ballade, légendes nordiques, musique folk médiéval, ancienne, troll, chevalier, médiéval fantaisie, légendes celtiques.
Période : médiéval fantastique (?)
Groupe : Garmarna
Titre : Herr Mannelig ou Bergtrollets frieri
Album : Guds spelemän (1996)

Bonjour à tous,

S_lettrine_moyen_age_passioni vos racines normandes vous grattouillent ou si le celte en vous brûle de se frotter à de vieilles légendes et rêve encore de dragons et de trolls, nous avons trouvé, aujourd’hui, exactement ce qu’il vous faut. Nous vous proposons, en effet, une vieille légende du nord de l’Europe, en forme de ballade  musicale et folklorique.

La demande en mariage d’une troll des montagnes à un chevalier

Garmarna, les interprètes du jour.

L_lettrine_moyen_age_passione groupe GARMARNA est d’origine suédoise. Formé dans les années 93, il est bien plus spécialisé dans le rock que la dans les musiques anciennes. A l’occasion de leur second album, en 1996, ils décidèrent pourtant de faire une incursion dans le genre folk de l’Europe du nord et de la Suède, en y consacrant un album complet ayant pour titre, Guds spelemän: les violons de Dieu ou les violoneux divins.

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La chanson que nous vous proposons aujourd’hui est la première de l’album. C’est une belle ballade de style médiévale qui nous entraîne dans l’univers fantastique des légendes et des terres du nord. Elle est connue sous plusieurs titres Bergtrollets frieri (la proposition (en mariage) de la Troll des montagnes) ou Herr Mannelig musique_folk_legende_celtique_medieval_fantastique_suede_troll(Messire Mannelig et quelquefois même Mannerlig). Comme le titre est devenu populaire au delà de l’Europe du nord dans les milieux néo-folk ou dans le registre du folk-médiéval, elle est loin d’en être à sa première reprise. Vous en trouverez donc des versions suédoises, mais aussi d’autres en allemand, en italien, ainsi qu’en Polonais ou même en biélorusse.

L’histoire de la chanson

E_lettrine_moyen_age_passionlle conte les déboires d’une femme troll des montagnes  qui, pensant ainsi devenir humaine, essaya de persuader un preux et jeune chevalier de l’épouser. La chanson rapporte leur dialogue et sa tentative et ses mensonges pour le convaincre.

Malgré tous ses arguments, l’homme de guerre ne se laissera pas tenter et ne l’épousera pas car, dira-t-il, elle est fille de troll de montagnes et du Diable et n’est pas chrétienne. La pauvre « trollette » ne se délivrera donc pas de sa malédiction au sortir de la chanson.

Datation?

Concernant la datation, on trouve, ici ou là, affirmé que c’est une des plus anciennes chansons suédoises. De notre côté, nous n’avons trouvé, pour l’instant, aucun élément fiable permettant de l’affirmer. La seule certitude c’est qu’on la retrouve imprimée et mentionnée, avec sa partition, dans un vieil ouvrage suédois du milieu du XIXe siècle et de l’année 1877 (visuel ci-dessus pour la partition). Ce livre, qui ne nous dit rien de précis sur les origines ou sur l’auteur de la chanson, regroupe des chansons folkloriques de Sudermanie (Södermanland), un antique province de Suède, situé au Sud de Stockholm. La ballade Herr Mannelig est la première à être citée dans l’ouvrage et elle est sans doute originaire de la même région, puisque ses paroles mentionnent deux lieux qui s’y trouvent: Tillo et Terno.

Pour le reste, nous savons aussi qu’elle est écrite en vieux suédois et comme beaucoup de chansons réputées médiévales, il est possible qu’elle soit antérieure au XIXe siècle, mais pas au point d’avoir ses origines avant le XVe siècle. Est-elle du XVIe, du XVIIe siècle? encore une fois et pour le moment en tout cas, il demeure difficile d’en être certain.

Adaptation française des paroles.

Nous vous en proposons ici une adaptation libre en français. Si vous êtes « suèdophone », la version en langue originale vient après.

Un matin, à l’aube, avant que le soleil ne luise
Et que les oiseaux se mettent à chanter
La troll des montagnes s’offrit au juste chevalier
Et lui conta de fausses paroles

Messire Mannelig, Messire Mannelig, m’épouserez-vous?
Pour tout ce que je vous offrirai sans compter
Répondez seulement oui ou non
Dites moi si vous voulez ou pas

A vous, je donnerai douze chevaux véloces
Ils se tiennent dans le bosquet rose
Ils n’ont jamais été sellés
Et leur bouche n’a connu de bride

A vous, je donnerai douze moulins
Qui sont entre Tillo et Terno
Les meules sont de l’or le plus rouge
Et leurs roues couvertes d’argent

A vous, je donnerai une épée dorée
Qui brille de quinze anneaux d’or
Pour que vous soyez fort au combat
Et gagnez toutes vos batailles

A vous, je donnerai une tunique
Des meilleures et des plus brillantes
Non cousue de fil à l’aiguille
Mais crocheté de pure soie blanche

(il répond)

Des cadeaux comme ceux-là, je prendrai volontiers
Si tu étais une femme chrétienne.
Mais je sais que tu es fille de troll des montagnes
Des mauvais esprits et du diable

La troll des montagnes est sortie par la porte
En gémissant et en criant:
Si j’avais pu avoir pour moi
ce jeune chevalier juste et bon,
Mes tourments aurait pris fin.

Messire Mannelig,  Messire Mannelig, m’épouserez-vous?
Pour tout ce que je vous offrirai sans compter
Répondez seulement oui ou non
Dites moi si vous voulez ou pas

Version originale suédoise

Bittida en morgon innan solen upprann
Innan foglarna började sjunga
Bergatrollet friade till fager ungersven
Hon hade en falskeliger tunga

Herr Mannelig herr Mannelig trolofven i mig
För det jag bjuder så gerna
I kunnen väl svara endast ja eller nej
Om i viljen eller ej

Eder vill jag gifva de gångare tolf
Som gå uti rosendelunde
Aldrig har det varit någon sadel uppå dem
Ej heller betsel uti munnen

Eder vill jag gifva de qvarnarna tolf
Som stå mellan Tillö och Ternö
Stenarna de äro af rödaste gull
Och hjulen silfverbeslagna

Eder vill jag gifva ett förgyllande svärd
Som klingar utaf femton guldringar
Och strida huru I strida vill
Stridsplatsen skolen i väl vinna

Eder vill jag gifva en skjorta så ny
Den bästa I lysten att slita
Inte är hon sömnad av nål eller trå
Men virkat av silket det hvita

Sådana gåfvor jag toge väl emot
Om du vore en kristelig qvinna
Men nu så är du det värsta bergatroll
Af Neckens och djävulens stämma

Bergatrollet ut på dörren sprang
Hon rister och jämrar sig svåra
Hade jag fått den fager ungersven
Så hade jag mistat min plåga

Herr Mannelig herr Mannelig trolofven i mig
För det jag bjuder så gerna
I kunnen väl svara endast ja eller nej
Om i viljen eller ej

En vous souhaitant une très belle journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com
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L’unicorne de Thibaut de Champagne

troubadour_satire_poesie_satirique_sirventes_monde_medieval_thibaut_le_chansonnierSujet :  musique et poésie médiévale, chanson, trouvère, roi poète, roi troubadour, amour courtois.
Auteur : Thibaut de Champagne, Thibaut de Navarre, Thibaut le chansonnier
Titre : Ausi conme unicorne sui
Période : Moyen Âge central
Interprète :
FAUN
Album : Totem (2007)

Bonjour à tous,

C_lettrine_moyen_age_passion‘est toujours un plaisir que de pouvoir poster ici quelques textes ou quelques éléments d’histoire supplémentaires concernant le roi poète et trouvère thibaut_le_chansonnier_troubadour_trouvere_roi_de_navarre_comte_de_champagneThibaut le chansonnier, roi de Navarre et comte de Champagne (1201-1253).*

Pour nous changer un peu de ses deux derniers textes qui gravitaient autour du thème des croisades, c’est ici une ode à l’amour courtois que nous vous proposons. Elle prend la forme d’un animal de légende très présent dans les bestiaires et l’imagerie du Moyen Âge: la licorne.

La licorne ou le monocéros,
créature mythique des bestiaires médiévaux

La licorne dans les bestiaires du moyen-âge, ici tirée du Historiae Animalium de Conrad Gessner, XVIe siècle (1551)
La licorne dans les bestiaires du Moyen Âge, ici tirée du Historiae Animalium de Conrad Gessner, XVIe siècle (1551)

Même si on la connait depuis l’antiquité, on retrouve la mythique licorne de la légende à laquelle se réfère Thibaut de Champagne dans notre poésie du jour, à partir du haut Moyen Âge et plus exactement du IVe siècle. On la nomme alors Monocéros ou unicorne et elle est décrite comme une créature puissante et sauvage, que, dit-on, seule une vierge peut aider à capturer. L’animal en voyant la pure jeune fille, viendrait, en effet, trouver refuge en son sein et la belle n’aurait alors qu’à lui laisser téter son lait pour monoceros_licorne_poesie_bestiaire_medieval_thibaut_de_champagneque la bête devenue docile et soumise puisse être capturée ou abattue.

ci contre illustration de chasse à la licorne, XIIIe siècle, Bestiaire de Rochester (1230)

Voilà donc, ici, une poésie de notre bon roé de Navarre, Thibaut de Champagne, captif de son amour et toute à sa fascination pour l’objet de son désir,  laissé sans plus de défense que cette fameuse licorne de la légende, devant une vierge.

Le chansonnier Cangé : manuscrit ancien de poésie françoise du XIIIe siècle

On retrouve cette chanson de Thibaut de Champagne dans le manuscrit 846 de la Bibliothèque Nationale de France: le Chansonnier Cangé. Cet  ouvrage est, comme son nom l’indique, un recueil de chansons de troubadours  de la fin du XIIIe siècle.

Chansonnier Cangé Manuscrit médiéval Il vaut la peine, ici, d’en dire un mot parce qu’outre le fait que l’original nous vient du XIIIe siècle, la version que nous connaissons de ce manuscrit est le fruit du travail d’un passionné collectionneur de la poésie et de la musique des troubadours d’alors; il a pour nom Jean-Baptiste Châtre de Cangé et est contemporain du XVIIIe siècle.

Il acquit, en effet, le manuscrit en question en 1724 et comme il possédait également d’autres recueils de chansons, se mit même à annoter les pages du manuscrit, comparant entre elles les chansons des troubadours et de trouvères et recoupant les différentes versions. Il en résulte que ce manuscrit ancien, annoté de la main de ce collectionneur, porte désormais son nom et reste, au demeurant, un précieux témoin du monde médiéval et de l’art des troubadours et trouvères du XIIIe siècle.

Outre le fait qu’il recèle des trésors de la poésie française du Moyen Âge central, les annotations musicales originales qui accompagnent ces chansons sont aussi particulièrement remarquables. Le Chansonnier Cangé reste, en effet, un des rares ouvrages faisant état  d’une écriture musicale qui comprend les temps et  la rythmique.  Si vous vous souvenez, nous avions mentionné dans un article  précédent sur l’art des troubadours, que la plupart du temps, les compositeurs utilisaient une autre forme d’écriture musicale et  manuscrit_ancien_chansonnier_cange_poesie_musique_troubadours_medievaln’annotaient pas les rythmes, laissant en quelque sorte la libre interprétation de ces aspects au troubadour ou au trouvère.

Sur le fond, le Chansonnier Cangé contient plus de 351 chansons et forme une véritable anthologie de la poésie des troubadours sur le  thème de l’amour courtois. On y retrouve en plus de Thibaut de Champagne qui y est à l’honneur avec 64 de ses chansons, suivi de près par Gace Brûlé avec 46 chansons, d’autres noms célèbres tels que Adam de la Halle, Richard Coeur de Lion et d’autres encore, mais aussi un certain nombre de chansons et compositions d’auteur étant demeurés anonymes.

Faun, « folk celtique néo-médiéval païen » en provenance d’Allemagne

Il existe des versions bien plus lyriques de cette pièce de Thibaut de Champagne que celle que nous vous proposons d’aujourd’hui, cette dernière appartenant à un registre plus résolument folk médiéval. Elle est interprétée par FAUN, une formation relativement récente de musiciens et d’artistes allemands qui a fait ses premières armes en  2002. Le groupe faun_troubadours_modernes_musique_folk_celtique_medievalse définit lui-même comme proposant une musique qui « fusionne les sons anciens et médiévaux, le folk celtique et nordique avec la musique moderne », d’où le nom de « folk néo-médiéval celtique » qu’on lui donne souvent et qui sonne un peu tout de même comme une appellation marketing clinquante pour inscrire leur travail dans un genre. Si je voulais faire court et sans déprécier du tout leurs talents, je dirais que FAUN  est un peu à la musique médiévale ce que le Rondo Veneziano était à la musique classique. On n’est dans l’easy listening celtique à consonances médiévales (ce qui n’exclut pas bien sûr la qualité, mais qui reste une manière de montrer que, quand je m’y mets, je peux moi-aussi inventer des mots qui claquent bien). Bref, vous l’avez compris, leur travail les situe dans un Moyen Âge plus résolument allégorique et imaginaire que classique.

Au delà du fait qu’il est toujours intéressant de voir comment le monde médiéval s’invite dans l’actualité de notre XXIe siècle, on trouve du reste chez FAUN des choses très agréables à écouter. A en juger, nous ne sommes pas les seuls à partager ce goût, puisqu’ils furent nominés à trois reprises pour les « Echo », le music awards allemand. Le groupe est aussi très actif et productif puisqu’on leur doit déjà, à ce jour, 8 CDs et quelques tournées d’envergure mondiale : USA, Brésil et j’en passe. Le néo médiéval folk celtique païen semble donc aussi entré dans la World Music. faun_folk_medieval_unicorn_licorne_thibaut_de_champagne_troubadourPour ce qui est du morceau d’aujourd’hui, qui est un classique médiéval revisité par leurs soins, la performance vocale de la chanteuse reste très convaincante et que les choix mélodiques sont aussi très agréables, mais je vous laisse vous en faire une idée.

Tout cela  étant dit, voilà le texte de cette chanson de Thibaut de Navarre, en vieux français du XIIIe siècle que nous nous fendrons sans doute d’adapter en français moderne sous peu.


Les paroles de la chanson de Thibaut de Champagne en vieux français

Ausi conme unicorne sui
Qui s’esbahist en regardant,
Quant la pucelle va mirant.
Tant est liee de son ennui,
Pasmee chiet en son giron;
Lors l’ocit on en traïson.
Et moi ont mort d’autel senblant
Amors et ma dame, por voir :
Mon cuer ont, n’en puis point ravoir.

Dame, quant je devant vous fui
Et je vous vi premierement,
Mes cuers aloit si tressaillant
Qu’il vous remest, quant je m’en mui.
Lors fu menez sans raençon
En la douce chartre en prison
Dont li piler sont de talent
Et li huis sont de biau veior
Et li anel de bon espoir.

De la chartre a la clef Amors
Et si i a mis trois portiers :
Biau Senblant a non li premiers,
Et Biautez cele en fet seignors;
Dangier a mis en l’uis devant,
Un ort, felon, vilain, puant,
Qui mult est maus et pautoniers.
Ciol troi sont et viste et hardi:
Mult ont tost un honme saisi.

Qui porroit sousfrir les tristors
Et les assauz de ces huissiers?
Onques Rollanz ne Oliviers
Ne vainquirent si granz estors;
Il vainquirent en combatant,
Més ceus vaint on humiliant.
Sousfrirs en est gonfanoniers;
En cest estor dont je vous di
N’a nul secors fors de merci.

Dame, je ne dout més rien plus
Que tant que faille a vous amer.
Tant ai apris a endurer
Que je suis vostres tout par us;
Et se il vous en pesoit bien,
Ne m’en puis je partir pour rien
Que je n’aie le remenbrer
Et que mes cuers ne soit adés
En la prison et de moi prés.

Dame, quant je ne sai guiler,
Merciz seroit de seson més
De soustenir si greveus fés.


En vous souhaitant une belle journée!
Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes

* J’en profite pour faire ici une petite parenthèse sur l’orthographe du prénom Thibaud, ou Thibault ou Thibaut qui n’a décidément jamais l’air de savoir comment il veut s’écrire. Nous avons donc décidé ici, une bonne fois pour toutes, de l’écrire avec un T mais vous trouverez le roi de Navarre sous toutes les formes possibles de l’orthographe de son prénom.

Un conte médiéval « moderne » par des troubadours catalans

Sujet : troubadour et trouvère, conte médiéval
Type de musique : folk médiévale, folk catalan
Groupe : Esquirols (les écureuils)
Auteur de la chanson : Joan Vilamala
Période :  moyen-âge imaginaire, monde féodal
Tiré de : album « Fent Cami » sorti en  1975

Le conte médiéval folk d’Esquirols 

Nous continuons aujourd’hui notre ballade dans le moyen-âge rêvé ou imaginaire avec une pièce de musique et un conte évocateurs du monde médiéval mais plus moderne que véritablement anciens.

Les langues des troubadours du moyen-âge

O_lettrine_moyen_age_passionn peut difficilement éviter les langues provençales  ou encore le vieux français quand on s’intéresse de près aux auteurs, poètes, trouvères ou troubadours du moyen-âge. Or, dans le berceau de nos langues latines, il en est une encore bien vivante qui court de l’Espagne au Sud de la France et qui est le Catalan.

La Catalogne au Moyen-âge, Anton van den Wyngaerde 1563

Attachée autant à la défense de sa langue qu’à celle de sa propre culture, la Catalogne se passionne beaucoup de moyen-âge et d’Histoire et à travers ces thèmes de sa propre histoire et ses propres racins. L’avocat et écrivain Ildefonso Falcones, à qui l’on doit un certain nombre de beaux romans historiques ayant pour théâtre la Catalogne et, notamment, la cathédrale de la mer, est bien loin, en effet, d’être le seul à se passionner de ces questions et nombre d’amis troubadour_trouvere_monde_medieval_moyen_age_feodal_enluminurecatalans pourraient vous surprendre tant ils sont intarissables sur ces sujets. Pour toutes ses raisons, c’est un plaisir pour nous de vous faire partager, aujourd’hui, ce « conte médiéval » catalan, sur une musique et un texte moderne aux accents anciens et qui nous vient d’un groupe catalan mythique des années soixante-dix. Ils s’appellent « Esquirols » (les « écureuils ») et pour vous faire apprécier pleinement cette belle chanson, nous nous sommes fendu d’en traduire et d’en adapter les paroles en français.

conte_medieval_catalan_moyen-age_passion_vilains_seigneur
Moyen-âge et monde féodal : serfs moissonant le blé dans leur champ


Traduction libre  du  « conte médiéval »


Je vous propose, ici, une traduction « libre » de ce conte, en ce sens que j’ai revu quelques tournures pour la rime et pour l’adapter, autant qu’il était possible de letroubadour_menestrel_moyen-age_conte_medieval_esquirols faire, sans le dénaturer.  Peut-être vous plaira-t-il de vous y essayer, à l’occasion d’une veillée entre amis  ?

L’histoire se passe donc durant le moyen-âge féodal et nous parle d’un seigneur et baron abusif, mauvais et cupide, dont le peuple finira par se défaire à l’aide d’un troubadour. Le petit ménestrel itinérant leur donnera, en effet, avec une simple chanson, la force de se soulever.


Temps era temps hi havia
en un poblet medieval
un baró de mala jeia
que a tothom volia mal

Il était, il y avait une fois
dans une ville médiévale
un baron méchant et mauvais
Qui à  tous voulait du mal

Amb carrossa d’or i plata
passetjava tot superb
pel seu terme que moria
d’esquifit i famolenc

En  carrosse d’or et d’argent
Il passait tout fier de lui
sur ses terres qui mouraient
de faim et de rachitisme

Xics i grans mig morts de gana
li sortien al seu pas
demanant-li amb ulls plorosos
que tingués d’ells pietat

Jeunes et Vieux moitié mort de faim
sortaient tous sur son chemin
l’implorant les yeux embués
qu’il les prenne en  pitié

Però ell somreia, i burleta
els cridava amb veu de tro:
« A pencar males abelles,
necessito molt més or »

Mais lui souriait et se moquait
Leur criant d’une voix de tonnerre
« Au travail, mauvaises abeilles
J’ai besoin de bien plus d’or »

Els diumenges a la tarda
organitzava un gran joc.
« Villageois venez à la fête,
Vilatans vinga a la festa,
a la festa de la mort »

Les dimanches après-midi
Il organisait un grand jeu
« Villageois, venez à la fête,
A la fête de la mort »

« Vull setze joves per banda
amb espases i garrots
a fer d’escacs a la plaça
i que guanyin els més forts »

Je veux seize jeunes en bandes
avec épée et bâtons
croisant le fer sur la place
et que gagne le plus fort!

Xics i grans mig morts de pena
li sortien al seu pas
demanant-li amb ulls plorosos
que tingués d’ells pietat

Jeunes  et Vieux moitié mort de peine
Sortaient tous sur son passage
L’implorant les yeux mouillés
Qu’il les prenne en pitié

Però ell somreia, i burleta
els cridava amb veu de tro:
« A jogar batua l’olla,
que a mi m’agrada aquest joc »

Mais lui souriait et se moquait
Criant d’une voix de tonnerre
« Tous au jeu, Diables de vous,
A moi ce jeu plait beaucoup »

Un juglar passà pel poble
avançada la tardor
que amb senzilla veu cantava
i així deia la cançó:

Au village vint un menestrel
Tandis qu’avançait l’automne
qui d’une voix simple chantait
Et ainsi son chant disait

« Ai! del poble, ai! de la vila
que té un lladre per senyor
si vol pau que sigui justa
l’haurà de guanyar amb suor »

Hélas, gens  du    peuple! Hélas gens de la ville
Qui avez un voleur pour seigneur
si vous voulez paix et justice,
les devrez gagner par la sueur

Xics i grans tots l’escoltaven
li donàven la raó
els neixia l’esperança
van anar a trobar el baró

Jeunes et vieux  l’écoutèrent
Et raison il lui donnèrent
Une  espérance était née
Et baron s’en furent trouver

Però ell somreia, i burleta
els cridava amb veu de tro:
« Us faré tallar una orella
si escolteu el trobador »

Mais lui souriait et se moquait
Criant d’une voix de tonnerre
« Je ferais couper l’oreille
de qui écoute ce trouvère »

Els vilatans es negaren
a pagar més els tributs,
a palau armats anaren
i parlaren sense embuts:

Les villageois refusèrent
de payer plus de tributs,
Au palais venus armés,
Ils parlèrent sans retenue

« No et volem per baró nostre,
no et volem ves-te’n d’aquí
que si et quedes ai! de tu,
a la forca has de morir »

Ne te voulons pas pour Baron, 
pars d’ici, ne te voulons plus,
car si tu restes, Hélas!
tu devras mourir pendu

Xics i grans tots a la una
li cantaven la cançó,
« Ai! del poble, ai! de la vila
que té un lladre per senyor »

Jeunes et vieux tous ensemble
entonnèrent la chanson
Hélas, du peuple, Hélas de la ville
qui avez  un voleur pour seigneur

I ell callava, i de ràbia,
se li corsecava el cor
mentre el poble repetia
la cançó del trobador:

Et lui  se tut, et de rage
son cœur se consuma
tandis que tous entonnaient
la chanson du troubadour

« Ai! del poble, ai! de la vila
que té un lladre per senyor
si vol pau que sigui justa
l’haurà de guanyar amb suor »

Hélas du peuple! Hélas de la ville!
Qui avez un voleur pour seigneur
Pour avoir paix et justice,
les devrez gagner par la  sueur.


Une très belle journée à tous!

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com

« L’ardente passion, que nul frein ne retient, poursuit ce qu’elle veut et non ce qui convient. » Publiliue Syrus  Ier s. av. J.-C