Archives de catégorie : Musiques, Poésies et Chansons médiévales
Vous trouverez ici une large sélection de textes du Moyen âge : poésies, fabliaux, contes, chansons d’auteurs, de trouvères ou de troubadours. Toutes les œuvres médiévales sont fournis avec leurs traductions du vieux français ou d’autres langues anciennes (ou plus modernes) vers le français moderne : Galaïco-portugais, Occitan, Anglais, Espagnol, …
Du point du vue des thématiques, vous trouverez regroupés des Chansons d’Amour courtois, des Chants de Croisade, des Chants plus liturgiques comme les Cantigas de Santa Maria d’Alphonse X de Castille, mais aussi d’autres formes versifiées du moyen-âge qui n’étaient pas forcément destinées à être chantées : Ballades médiévales, Poésies satiriques et morales,… Nous présentons aussi des éléments de biographie sur leurs auteurs quand ils nous sont connus ainsi que des informations sur les sources historiques et manuscrites d’époque.
En prenant un peu le temps d’explorer, vous pourrez croiser quelques beaux textes issus de rares manuscrits anciens que nos recherches nous permettent de débusquer. Il y a actuellement dans cette catégorie prés de 450 articles exclusifs sur des chansons, poésies et musiques médiévales.
Sujet : musiques médiévales et anciennes, danse médiévale, manuscrit ancien, ballades, madrigaux, estampies. Période : moyen-âge central, XIVe siècle, Titre : La rotta della Manfredina Tirées de : manuscrit add 29987, manuscrit de Londres, British Museum. Interprètes : Micrologus Album : Alla Festa Leggiadra(2005)
Bonjour à tous,
ujourd’hui, nous partageons une nouvelle pièce tirée du Manuscrit Ancien de Londres ou le MS ADD 29987. C’est encore une danse médiévale comme cet ouvrage en contient de nombreuses, connue sous le titre de La rotta della Manfredinaou La Manfredina etdemeurée anonyme à ce jour.
De nombreuses formations musicales de qualité l’ont reprise mais puisqu’il fallait en choisir une pour vous en présenter une première version, nous avons choisi de le faire en compagnie de l’excellent ensemble médiéval italien Micrologus (voir articles précédents).
Alla Festa Leggiadra avec Micrologus
ette pièce est tirée de l’album Alla Festa Leggiadra daté de 2005 et sous-titré : Ballate, madrigali e danze all’epoca di Boccaccio, XIV sec.
C’est donc un album tout entier dédié aux danses, ballades et madrigaux du XIVe siècle contemporains de Giovanni Boccaccio (1313-1375) mieux connu en français sous le nom de Jean Boccace.
On doit à ce célèbre auteur médiéval florentin, entre autres ouvrages le Décaméron eton a fait de lui, avec Dante et Petrarque, l’un des inspirateurs du renouveau de la littérature italienne ainsi que de la renaissance européenne. (ci dessus, portrait de Boccaccio, détail d’une fresque de Andrea del Castagno, 1450, Galleria degli Uffizi, Florence)
Pour plus d’informations sur cet album, toujours disponible à la vente en ligne, cliquez sur le lien suivant : Alla festa leggiadra [Import anglais]
En vous souhaitant une bonne écoute et une très belle journée.
Fred
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Sujet : poésie médiévale, poésie réaliste, satirique, trouvère, élément de biographie, ménestrel, jongleur, lectures, traduction, auteur médiéval. Période : moyen-âge central, XIIIe siècle. Auteur ; Rutebeuf (1230-1285?) Titre : Poèmes de l’Infortune et de la Croisade Programme : Agora, Gilles Lapouge. Invité : Jean Dufournet Média : émission radio – France Culture
Bonjour à tous,
‘est toujours un plaisir de revenir à la poésie de Rutebeuf, autant qu’aux mystères qui entourent cet l’homme et, aujourd’hui, nous vous proposons de découvrir une émission que France Culture lui consacrait en 1979.
Proposé par Gilles Lapouge, ce programme résume les quelques éléments de biographie que nous possédons sur le poète et nous gratifie également de quelques extraits-lectures dans le verbe original ou traduit de Rutebeuf dont le Dit des ribauds de Grèveauquel nous avions déjà dédié un article ici.
On y parle encore des ménestrels, jongleurs et trouvères du moyen-âge, en compagnie de l’érudit et médiéviste Jean Dufournet (1933-2012) qui présente, ici, son ouvrage de traduction de poésies choisies de Rutebeuf :Poèmes de l’Infortune et de la Croisade. Au delà, Il nous entraîne à la découverte des double-sens, des finesses de langage et de l’humour de l’auteur médiéval.
Emission Agora – France Culture – Autour de Rutebeuf
Autour de la poésie et des auteurs
Coup de coeur chaîne youtube
Poète et écrivain lui-même, engagé pour un art poétique vivant, Arthur Yasmine a été, lui-même, primé en 2016 pour son ouvrage Les clameurs de la ronde (Prix Amélie Murat), Et quand il laisse de côté, pour un instant, sa plume, cet auteur très prometteur trouve encore le temps de débusquer des programmes radiophoniques de qualité et des émissions rares autour de la poésie. Qu’il en soit chaleureusement remercié ici. La chaîne youtube qu’il anime est de très grande qualité et nous ne pouvons que vous enjoindre à la visiter.
En vous souhaitant une excellente journée et une très bonne écoute de ce programme autour de Rutebeuf.
Fred
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Sujet : contes moraux, sagesse, poésie persane, justice, valeurs humaines, citation médiévale. exercice du pouvoir, clémence, fourmi,éléphant. Période : moyen-âge central Auteur : Mocharrafoddin Saadi (1210-1291) Ouvrage : Gulistan, le jardin des roses.
J’ai toujours dans la pensée ce vers que me dit un gardien d’éléphants, sur le bord du fleuve du Nil : « Si tu ne connais pas la situation de la fourmi sous ton pied, sache qu’elle est comme serait la tienne sous le pied d’un éléphant. » Mocharrafoddin Saadi (1210-1291), Gulistan.
Bonjour à tous,
iré du premier chapitre du Gulistan et de la vingt deuxième historiette du conteur et poète médiéval persan Mocharrafoddin Saadi, ce distique vient conclure un des savoureux contes moraux dont il a le secret.
Il est question, ici, d’un sultan ayant décidé, sur le conseil de ses médecins, de tuer un enfant pour sauver sa propre vie et pour échapper à la maladie. Au moment fatidique, les paroles de l’enfant rappelleront finalement le vieux souverain à la raison et il décidera de le gracier. Clémence du roi envers le petit sujet, de l’homme envers la fourmi mis en abîme sous le pied de l’éléphant, parabole et leçon de discernement surtout: une vie en vaut une autre, et l’existence même du plus grand sultan ne saurait le soustraire à cette règle. Il aura fallu l’innocence et les rires d’un enfant pour le lui rappeler. Il aura fallu aussi que le sultan soit assez sage pour l’entendre. Voici le conte en entier.
Une fourmi sous le pied d’un éléphant
et la sagesse persane de Saadi
Un certain roi avait une maladie épouvantable. dont il ne convient pas de répéter le nom. Une troupe de médecins grecs s’accordèrent à dire : « Il n’y a point de remède pour cette maladie, si ce n’est le fiel d’un homme distingué par tels signes. »
Le roi ayant ordonné que l’on recherchât cet homme , on trouva un fils de villageois avec les qualités que les sages avaient dites. Le roi manda son père et sa mère, et les rendit satisfaits au moyen de richesses immenses.
Le câdhi* (*juge) délivra un fetva (décision juridique), portant qu’il était permis de répandre le sang d’un sujet pour la conservation de la vie du roi. Le bourreau se disposa donc à tuer l’enfant. Celui-ci leva son visage vers le ciel et se mit à rire. Le roi demanda : « Quel sujet y a-t-il de rire dans cette circonstance? »
Le jeune garçon répondit: « Caresser un enfant est une obligation pour ses père et mère; on porte les procès devant le câdhi, et l’on demande justice au roi. Or, maintenant mon père et ma mère m’ont livré au supplice, à cause des faux biens* (*bagatelles) de ce monde; le câdhi a rendu un fetva pour qu’on me tue, et le sultan voit son salut dans ma perte. Je n’aperçois donc pas de refuge, si ce n’est Dieu très-haut.‘’
« Devant qui élèverai-je mes cris contre toi ? Je demande justice de toi-même, devant toi-même. »
Le coeur du sultan se contracta à cause de cette parole ; il fit rouler des larmes dans ses yeux et dit : « Il vaut mieux pour moi périr que de répandre le sang d’un innocent« . Il le baisa sur la tète et les yeux, le serra sur son sein, lui donna des richesses immenses et le renvoya libre. On dit que le roi obtint sa guérison dans cette même semaine.
J’ai toujours dans la pensée ce vers que me dit un gardien d’éléphants*, sur le bord du fleuve du Nil : « Si tu ne connais pas la situation de la fourmi sous ton pied, sache qu’elle est comme serait la tienne sous le pied d’un éléphant. »
Mocharrafoddin Saadi (1210-1291), Gulistan, le parterre de roses. Traduit du persan par Charles Defréméry, 1858.
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* suivant les versions de la traduction du jardin des roses, on traduit quelquefois d’un gardien de chameaux et non pas d’éléphants, mais cela n’affecte en rien la morale.
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En vous souhaitant une très belle journée.
Fred
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Sujet : poésie médiévale, satirique, morale, fables, valeurs humaines, métaphores animalières, Isopets, Ysopet, littérature médiévale, ballade, français ancien, Période : moyen-âge tardif Auteur : Eustache Deschamps (1346-1406) Titre : « Le chat et les souris » Ouvrage : Poésies morales et historiques d’Eustache Deschamps, Georges Adrien Crapelet (1832)
Bonjour à tous,
illes d’Esope, écrivain grec des VIIe et VIe siècles avant Jésus-Christ, dont on a fait l’illustre père bien avant La Fontaine, les fables se sont perpétuées avec succès dans la France du moyen-âge central.
Les fables au moyen-âge
Recopiées tout d’abord en latin à partir des écrits de Phèdre, fabuliste du Ier siècle de notre ère, adaptateur d’Esope, mais aussi à partir des oeuvres du fabuliste romain de langue grecque Babrius (IIe siècle) ou encore du poète romain Avianus des IVe et Ve siècles, les fables gagneront leurs lettres de noblesse en anglo-normand et en français sous la plume de la célèbre poétesse Marie de France. Un peu avant la fin du XIIe, cette dernière en écrira, en effet, plus de 100.
Enluminure, Marie de France, Ms. 3142, BnF (retouche feuille d’or)
Sur l’ensemble, elle ne se contentera pas de retranscrire et de paraphraser l’héritage des auteurs latins et grecs des origines, elle créera aussi un bon nombre de fables inédites, consacrant là un véritable genre littéraire. Ses écrits seront, par la suite, largement repris contribuant à la diffusion du genre dans les siècles suivants. On les connaîtra alors sous le nom d’Isopets ou Ysopets, dérivés du nom de l’illustre Esope évoqué plus haut. C’est indéniable, la satire de la comédie humaine derrière l’écran de l’image animalière séduit et ce n’est pas le Roman de Renartet son succès, dès la fin du XIIe et les débuts du XIIIe siècle qui viendront le démentir.
Ballade & Fable : Le chat et les souris d’Eustache Deschamps
Comme nous l’avions déjà évoqué dans un portrait précédent, au XIVe siècle et un peu plus près déjà du moyen-âge tardif, Eustache Deschamps s’essayera lui aussi au genre de la fable et même à quelques autres dérivés autour de la métaphore animalière. La fable du jour est devenue, sans nul doute, la plus célèbre d’entre elles qui se trouve être aussi une ballade. Elle doit, entre autre, son succès à son refrain : « Qui pendra la sonnette au chat?« .
Autrement dit : Qui viendra pendre le grelot au cou du chat ? Au moment de conseiller ou d’argumenter, tout le monde est bien d’accord, mais au moment d’agir et d’en avoir le courage, il en reste peu pour prendre le risque d’entreprendre une affaire périlleuse pour le bien de tous ? La question reste posée et ouverte dans cette fable qui inspirera d’ailleurs, à son tour, Jean de La fontaine dans son Conseil tenu par les Rats, etlui tirera cette morale :
« Ne faut-il que délibérer, La cour en conseillers foisonne ; Est-il besoin d’exécuter, L’on ne rencontre plus personne. »
Je treuve qu’entre les souris Ot un merveilleux parlement Contre les chas leurs ennemis, A veoir manière comment Elles vesquissent* seurement (* vécurent) Sanz demourer en tel débat; L’une dist lors en arguant : Qui pendra la sonnette au chat?
Cilz consaulz fut conclus et prins ; Lors se partent communément. Une souris du plat pais Les encontre et va demandant Qu’om a fait: lors vont respondant Que leur ennemi seront mat : Sonnette aront ou coul pendant. Qui pendra la sonnette au chat?
« Cest le plus fort », dist un rat gris Elle demande saigement Par qui sera cilz fais fournis. Lors s’en va chascune excusant ; Il n’y ot point d’exécutant, S’en va leur besongne de plat; Bien fut dit, mais, au demeurant, Qui pandra la sonnette au chat?
L’envoy
Prince, on conseille bien souvent, Mais on puet dire, com le rat. Du conseil qui sa fin ne prant : Qui pendra la sonnette au chat?
Eustache Deschamps (1346-1406)
En vous souhaitant une belle journée.
Fred
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