Archives par mot-clé : Emmanuel Bonnardot

Octobre médiéval à la Basilique cathédrale Saint-Denis

Sujet : concerts, musiques médiévales, patrimoine, cathédrale, ensemble médiéval, site classé, conférences.
Période : Moyen Âge central à tardif.
Événement : Octobre médiéval 2026
Dates : 4 concerts de musique médiévale et 2 conférences, octobre 2026.
Lieu : Basilique cathédrale Saint-Denis, Centre des Monuments nationaux, 1, rue de la Légion d’Honneur, Saint-Denis

Bonjour à tous,

e mois d’octobre sera de nouveau médiéval à la Basilique cathédrale Saint-Denis. L’événement, proposé par le Centre des monuments nationaux, séduit et cette nouvelle édition devrait encore confirmer son succès.

La recette est simple et ambitieuse à la fois : proposer des concerts d’exception dans le cadre patrimonial unique. La Basilique Saint-Denis est incontestablement un des plus prestigieux édifice religieux classé d’Île de France. Le programme musical se complète également de deux conférences sur des thèmes touchant le patrimoine et l’Histoire médiévale.

Les Concerts de musique médiévale

Pour cette nouvelle édition, quatre concerts vous attendent dans le chevet gothique du monument. Les performances scéniques seront suivies d’échanges et dialogues avec le public (présentation d’instruments, contexte et travail de restitution, etc…).

Ai Lemozi : du chant monastique à la lyrique des troubadours en Aquitaine

Interprètes : Ensemble Beatus
Date : Samedi 3 octobre – 16H30

Jean-Paul Rigaud, directeur de l'Ensemble Beatus, portrait.

Au programme, chants grégoriens et récital autour du graduel de Saint-Yriex (manuscrit BnF Latin 903), daté du XIe siècle. On y entendra de rares pièces issues de la tradition des chrétiens de Gaule, du temps des mérovingiens.

L’ensemble Beatus a été fondé en 2005. Sous la direction de Jean-Paul Rigaud, il s’est spécialisé sur le répertoire médiéval. Il explore les chants grégoriens, mais aussi les œuvres des premiers troubadours jusqu’aux compositeurs et maîtres de musique du Moyen Âge tardif.

Paris gothique : une visite guidée musicale dans le Paris de 1250

Interprètes : Ensemble Rue des Chantres
Date : Samedi 10 octobre – 16H30

Ce voyage original mené par le trio vocal l’Ensemble Rue des Chantres vous propose une exploration en musique du Paris du milieu du 13e siècle.

L'Ensemble de musique médiévale "Rue des Chantres"

L’ensemble Rue des Chantres s’est formé en 2019, sous l’impulsion d’Erwan Picquet, Vincent Pislar et de Christian Ploix. Pour ces trois chantres de Notre-Dame, l’envie de partager les chants interprétés historiquement entre les murs de la célèbre cathédrale s’est imposée un point de départ naturel avant de s’élargir vers d’autres horizons.

Le concert explorera ici le spectacle vivant, avec des projections d’extraits de manuscrits et d’iconographie issu du répertoire proposé.

Les Anges musiciens : à la découverte des instruments du Moyen Âge

Interprètes : Ensemble Obsidienne
Date : Vendredi 16 octobre – 20H00

Nous avons tous en tête les anges sculptés des églises ou des cathédrales et leurs instruments musicaux. Pour ce concert, l’ensemble Obsidienne a voulu relever le défi de nous les faire entendre. Musique du ciel pour instruments anciens et découvertes étonnantes sont au programme de ce concert à ne pas manquer. On pourra y écouter, entre autres pièces, des extraits des cantigas de Santa Maria ou encore des chansons plus tardives du célèbre manuscrit de Bayeux (ms Français 9346).

L'ensemble de musiques médiévales et renaissantes Obsidienne

Mené par Emmanuel Bonnardot, l’ensemble Obsidienne est de ces formations que l’on ne présente plus. Formé en 1993, largement primé depuis pour ses interprétations, il a proposé de nombreux programmes pour un répertoire allant du Moyen Âge central aux polyphonies renaissantes.

Je loe amours : chansons à la cour de Bourgogne au XVe siècle

Interprètes : Anne Delafosse et Angélique Mauillon
Date : Samedi 24 octobre – 16H30

Ce concert vous entraînera à la découverte de la courtoisie du Moyen Âge tardif à la cour de Bourgogne. A l’exploration d’un style et de compositeurs demeurés anonymes ou confidentiels, il aura pour guide principal le Manuscrit Ms Canon ou Misc 213 de la Bodleian Library d’Oxford.

Angelique Mauillon et Anne Delafosse, passion musiques médiévales

Anne Delafosse et Angélique Mauillon, les deux interprètes de talent au service de ce programme, sont coutumières du répertoire médiéval et des musiques anciennes. Leur complicité scénique et musicale patinée au fil de nombreuses années, viendra s’ajouter à leur passion et leur enthousiasme contagieux pour produire un autre concert d’exception à ne pas manquer.


Les Conférences

Deux conférences viennent dont compléter ce programme musical pour les férus d’histoire médiévale et de patrimoine.

Notre-Dame de Paris et Saint-Denis : émulations et rivalités de deux grandes voisines à la fin du Moyen Âge

Conférencier : Damien Berné
Date : Mardi 6 octobre – 19H30

Cette conférence permettra d’explorer les interactions, relations et frictions entre les deux géantes chrétiennes de la région parisienne. La période porte du Moyen Âge central (12e siècle) au tardif.

Archiviste paléographe et docteur en histoire de l’art, Damien Berné est également conservateur en chef de la collection de sculpture médiévale du musée de Cluny (musée national du Moyen Âge).

Compositrices, interprètes, mécènes : les actrices de la musique médiévale

Conférencière : Anne Ibos-Augé
Date : Mardi 13 octobre – 19H30

Octobre médiéval 2026, affiche de l'événement de la basilique cathédrale Saint-Denis

Au programme de cette conférence, une exploration dans les archives du Moyen Âge à la découverte de trobairitz et compositrices du Moyen Âge, mais aussi d’héroïnes littéraires ou de figures culturelles ayant compté dans la musique médiévale.

Musicologue agrégée, Anne Ibos-Augé est actuellement associée à l’Institut de recherche en musicologie de la Sorbonne. Elle est également membre de la Société française de musicologie.

Pour le détail des réservations et des tarifs, veuillez consulter directement le site officiel de la Basilique Saint-Denis.


Retrouvez nos articles sur les éditions précédents de cet événement aux liens suivants : Edition 2024 – Edition 2025 (avec présentation de la Basilique et de son histoire) – Conférence Marc Bloch 2026

En vous souhaitant une belle journée.
Frédéric Effe.
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes.

Manuscrit de Bayeux, amour et frivolité au renouveau printanier

Sujet :  chanson, musique, manuscrit de Bayeux, renouveau, moyen français, chant polyphonique, français 9346.
Période  : Moyen Âge tardif (XVe s), Renaissance.
Titre : Vecy le may.
Interprètes  :  Ensemble Obsidienne et Ensemble Ligérianes
Album : Chansons traditionnelles de France : Manuscrit de Bayeux (2021).

Bonjour à tous,

la faveur du calendrier, nous partons à la découverte d’une nouvelle chanson empreinte de bonne humeur et de légèreté tirée du manuscrit de Bayeux.

Au XVIe siècle, ce codex richement orné proposait un peu plus de cent pièces annotées musicalement, prises dans des registres assez variés : chansons pastorales et populaires, pièces évocatrices de batailles, chansons humoristiques et à boire ou encore chansons autour du sentiment amoureux. La plupart fut composée dans la deuxième partie du XVe siècle. Le manuscrit date, quant à lui, du siècle suivant et a appartenu à Charles III de Bourbon.

"Vecy le may", dans le joli manuscrit enluminé de Bayeux - ms français 9346, chansonnier de Bayeux
La chanson « Vecy le mai » dans le chansonnier de Bayeux – ms fr 9346 (à consulter sur Gallica)

« Vecy le mai », une chanson légère
loin de la courtoisie

La pièce du jour nous entraîne à la célébration du renouveau et du plus joli mois de l’année. Au Moyen Âge, mai est le temps des espoirs renaissants, des énergies nouvelles et des amourettes. Nous disons bien amourettes car nous sommes clairement à la Renaissance ici et le ton de la chanson est bien plus proche de la légèreté des pièces du XVe siècle que de la Fine Amor ou de la courtoisie très codifiée des XIIe et XIIIe siècles.

Dans cette chanson, point de contrition, ni de mortification à l’idée d’essuyer un refus. L’amant ne se meurt pas. Il propose d’offrir une couronne de fleurs à sa mie en témoignage de son amour mais si elle n’en veut point, rien de bien fâcheux. Il lui trouvera bien vite une remplaçante.

La courtoisie du loyal amant a cédé la place au badinage du courtisan. On est bien plus proche d’ouvrages comme La Fleur de poésie françoyse ou de certaines pièces de l’école marotique (voir par exemple Récréation et passe-temps des tristes) que de l’art des premiers troubadours ou trouvères consommés à la lyrique courtoise. Peut-être le registre est-il aussi plus populaire et moins allégorique.

Vecy le mai interprété par les ensembles de musique médiévale Obsidienne & Ligérianes

Les ensembles Obsidienne & Ligérianes
à la découverte du manuscrit de Bayeux

En 2021, l’ensemble Obsidienne sous la direction d’Emmanuel Bonnardot s’associait à l’ensemble vocal Ligérianes de Gilles Demurger pour proposer un album tout entier dédié au Manuscrit de Bayeux.

"Chansons traditionnelles de France, Manuscrit de Bayeux" (2021), le CD et sa pochette.

Sous le titre « Chansons traditionnelles de France : Manuscrit de Bayeux« , cette production propose pas moins de 24 titres pour des interprétations de belle facture et près de 59 minutes d’écoute.

L’album est assez récent et vous pourrez donc, sans trop de problème, le trouver chez votre disquaire préféré ou même sur le site officiel de l’ensemble Obsidienne (obsidienne.fr). A défaut, il est également disponible à la vente au format CD ou dématérialisé sur les plateformes en ligne : voici un lien utile à cet effet.

Musiciens ayant participé à cet album

Florence Jacquemart (chant, flûtes, cornemuses), Hélène Moreau (chant, psaltérion, tambour à cordes) Camille Bonnardot (chant, vihuela, citole, ), Ludovic Montet (chant, tympanon, percussions), Emmanuel Bonnardot (chant, rebec, vièle à archet).


« Vecy le jolly moys de mai« 
dans le moyen français du Ms de Bayeux

Vecy le may, le jolly moys de may
Qui nous demeine.
Au jardin mon pere entrai,
Vecy le may, le jolly moys de may,
Trois fleurs d’amour y trouvai
En la bonne estraine
(bonne chance, bonne fortune),
Vecy le may, le jolly moys de may
Qui nous demeine
(nous amuse, nous rend joyeux).
Qui nous demeine.

Vecy le may, le jolly moys de may
Qui nous demeine.
Troys fleurs d’amour y trouvay
Vecy le may, le jolly moys de may,
Un chapelet
(couronne de fleurs) en feray
En la bonne estraine.
Vecy le may, le jolly moys de may
Qui nous demeine.
Qui nous demeine.

Ung chapelet en feray
Vecy le may, le jolly moys de may
A m’amye l’envoyerai
A la bonne estraine.
Vecy le may, le jolly moys de may
Qui nous demeine.
Qui nous demeine.

A m’amye l’envoyeray,
Vecy le may, le jolly moys de may.
S’i le prent, bon gré luy sçay
A la bonne estraine,
Vecy le may, le jolly moys de may
Qui nous demeine.
Qui nous demeine.

S’i le prent, bon gré luy sçay,
Vecy le may, le jolly moys de may
Ou sinon, renvoye le may
A la bonne estraine.
Vecy le may, le jolly moys de may
Qui nous demeine.
Qui nous demeine.

Ou sinon, renvoye le may
Vecy le may, le jolly moys de may,
Une aultre amye en feray
A la bonne estraine.
Vecy le may, le jolly moys de may
Qui nous demeine.
Qui nous demeine.


Pour tous nos articles sur les chansons du manuscrit de Bayeux, c’est ici.

Sur le thème courtois du renouveau et du printemps, voir aussi :

En vous souhaitant une belle journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes.

Une Chanson de Mal mariée du Manuscrit de Bayeux

Sujet :  chanson, musique, médiévale, poésie médiévale,  manuscrit de Bayeux, mal mariée, humour, chanson d’amour.
Période  : Moyen Âge tardif (XVe), Renaissance.
Auteur :  anonyme.
Titre : Ne l’oserai-je dire
Interprète  :  Ensemble Obsidienne (2020).

Bonjour à tous,

ujourd’hui, nous repartons au Moyen Âge en musique et avec une nouvelle chanson du Manuscrit de Bayeux. Ce très beau manuscrit normand, joliment enluminé et daté des débuts de la Renaissance (XVIe siècle) contient un peu plus de cent chansons de la fin du XVe siècle.

Les pièces du Manuscrit de Bayeux sont assez variés. On y trouve des chansons d’amour et d’autres plus grivoises, politiques ou satiriques. Nous avons eu l’occasion d’en aborder déjà un certain nombre sur Moyenagepassion (voir référence en pied d’article).

Le Manuscrit de Bayeux est actuellement conservé à la BnF sous la référence Français  9346 et on peut le consulter librement sur Gallica. Vous pouvez également le retrouver avec ses notations musicales modernes et ses textes retranscrits en graphie actuelle dans l’ouvrage de Théodore Gérold : Le Manuscrit de Bayeux, texte et musique d’un recueil de chansons du XVe siècle, aux Editions Librairie Istra (1921).

Une chanson de mal mariée

Le Manuscrit de Bayeux, "Ne l'oserais-je dire" chanson et partition, chanson des XVe, XVIe siècles

Loin de l’amour courtois, la chanson du jour est une pièce qu’on rattache généralement aux chansons de mal mariée. Comme leur nom l’indique, ces compositions ont pour thème les mariages arrangés mais qui ne conviennent guère aux intéressées (voir également cette chanson de Moniot de Paris).

Sous des airs retenus, une belle se plaindra ici du peu d’ardeur de son partenaire, considérant même d’en changer pour un plus adapté à ses désirs. Sous le drame apparent de l’union arrangée, difficile de ne pas lire entre les lignes de cette pièce un humour dont le Manuscrit de Bayeux ne tarit pas, par ailleurs.

D’un point de vue musical, la pièce est une branle coupé. On peut retrouver cette danse « récréative » et joyeuse de la fin du Moyen Âge décrite dans l’Orchésographie de Thoinot Arbeau.

Une interprétation en duo de l’Ensemble Obsidienne

Pour découvrir cette chanson du Manuscrit de Bayeux en musique, nous vous proposons une version de l’Ensemble Obsidienne. On retrouve ici Hélène Moreau et Emmanuel Bonnardot en duo, formation plutôt inhabituelle pour cet ensemble de musiques anciennes.

Un mot de l’ensemble Obsidienne

Sous la direction d’Emmanuel Bonnardot, l’ensemble Obsidienne officie depuis 1993 sur un répertoire marqué par les musiques médiévales à renaissantes. Au sortir d’une longue carrière, la discographie de cette formation est ample et de qualité : Guillaume de Machaut, Guillaume Dufay, Josquin Desprez, les Cantigas de Santa Maria, Carmina Burana, etc… Ce sont plus de 20 albums en tout autour des musiques profanes ou sacrées du Moyen Âge.

Largement reconnu sur la scène médiévale, l’ensemble Obsidienne s’est vu gratifier de nombreux prix pour son travail de restitution et d’interprétation. On lui doit encore quelques escapades hors de sa période historique de prédilection. Ainsi, la formation s’ouvre aussi sur le thème « de la chanson du Moyen Age à nos jours ». Dans sa discographie, on trouvera également des contes musicaux et des albums à destination de la jeunesse. Pour les suivre de près, nous vous invitons à consulter leur site web officiel sur obsidienne.fr.

Album : Chansons traditionnelles de France, Manuscrit de Bayeux

L'album, Chansons traditionnelles de France, Manuscrit de Bayeux de l'Ensemble Obsidienne

L’Ensemble Obsidienne a particulièrement bien mis en valeur les chansons du Manuscrit de Bayeux dans cet album sorti en 2021. Vous y retrouverez 24 titres dont une bonne partie est extraite de l’ouvrage renaissant. Cet album qui privilégie une approche polyphonique a fait l’objet d’une collaboration entre l’Ensemble Obsidienne et l’Ensemble Vocal Ligérianes dirigé par Jean-Charles Dunand.

Si vous souhaitez vous la procurer, cette production devrait être toujours à la vente chez votre disquaire habituel. A défaut, vous pourrez également la trouver à la vente en ligne (voir lien ). Hors du format CD, et pour les fans de musique dématérialisée, on trouve également cet album au format MP3 sur certaines plateformes de streaming légales.


Ne l’oserai-je dire si j’aime par amour

Ne l’oserai-je dire si j’aime par amour
Ne l’oserai-je dire.
Mon père m’y maria,
Un petit devant le jour;
A un vilain m’y donna
Qui ne sait bien ni honnour.
Ne l’oserai-je dire.

Ne l’oserai-je dire si j’aime par amour
Ne l’oserai-je dire.
La première nuitée
Que je fus couchée o lui,
Guère ne m’a prisée,
Au lit s’est endormi.
Ne l’oserai-je dire.

Ne l’oserai-je dire si j’aime par amour
Ne l’oserai-je dire.
Je suis délibérée
De faire un autre ami,
De qui serai aimée
Mieux que ne suis de lui !
Ne l’oserai-je dire.


Découvrir d’autres chansons du manuscrit de Bayeux :
Hélàs, mon coeur – Ung espervier venant du vert boucaige – Triste plaisir et douloureuse joie Par droit, je puis bien complaindre et gemir – Le Roi anglais – Hellas Ollivier Basselin – La belle se sied au pied de la tour – bon jour, bon mois.

En vous souhaitant une belle journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes

L’adieu à une « douce dame jolie » du maître de musique Francesco Landini

Sujet : musique médiévale, musiques anciennes, chants polyphoniques, Ars nova, chanson. amour courtois, loyal amant, trecento, compositeur florentin, virelai.
Période : Moyen Âge tardif, XIVe siècle
Auteur : Francesco Landini (1325-1397)
Titre : Adiu, adiu, dous dame jolie
Interprètes : Alla Francesca.
Album : Landini and Italian Ars Nova (1992)

Bonjour à tous,

ujourd’hui, nous vous invitons à bord du vaisseau Moyenagepassion, pour un voyage en direction du trecento italien. Nous sommes, donc au début de la Renaissance italienne, dans un XIVe siècle qui correspond encore au Moyen-Âge tardif français et nous y découvrirons une nouvelle pièce de Francesco Landini.

La douleur du partir de l’amant courtois

La chanson du jour est un virelai. Elle appartient au registre de l’amour courtois, à l’image des autres compositions qui nous sont parvenues du maître de musique florentin. Cette pièce se distingue, toutefois, de celles que nous avons étudiées précédemment par sa langue ; elle est, en effet, en français ancien et non en italien, comme le reste de l’œuvre de Landini.

Sur le fond, le compositeur et poète nous contera la douleur de l’amant courtois, au moment de se séparer d’avec sa dame. Cette dernière est, ici, désignée par l’auteur comme sa « douce dame jolie » et on ne pourra s’empêcher de voir là, une claire évocation à la célèbre chanson de Guillaume de Machaut portant le même titre. Contemporain de Landini, le maitre de l’Ars Nova Français le précède d’une petite vingtaine d’années. On sait aussi que l’Ars nova français a notablement influencé la musique italienne de cette période, même si l’Ars nova qui s’est développé sur la péninsule italienne s’en démarque par son style et ses particularités.

Aux sources anciennes de cette chanson

La chanson "Adieu douce dame jolie" de Landini dans le codex Squarcialupi, de la Bibliothèque Laurentienne de Florence
Une « Douce dame Jolie » » à la façon de Francesco Landini

Du point de vue des sources anciennes, on pourra retrouver cette chanson de Francesco Landini, avec sa partition dans le célèbre codex Squarcialupi (le Med Palat 87). Daté du XV siècle, ce manuscrit richement enluminé est aujourd’hui conservé à la Bibliothèque Laurentienne de Florence. En cherchant un peu, on peut également le trouver en ligne, sous une forme digitalisée.

L’hommage à Landini et à l’Ars Nova,
de l’ensemble ‘Alla Francesca

Pour la version en musique de ce chant polyphonique, nous vous proposons l’interprétation qu’en avait fait la célèbre formation médiévale française Alla Francesca, il y a déjà quelque temps déjà.

En 1991, soit l’année suivant sa création, l’ensemble de musiques anciennes et médiévales Alla Francesca partait, donc, à la découverte de Francesco Landini et de l’Ars Nova italien. Ce thème leur a même fourni l’occasion de leur toute première production. En terme de discographie, Alla Francesca en est, désormais à son vingtième album pour plus de trente ans de carrière. C’est dire le chemin parcouru par cette excellente formation depuis ses premiers pas.

L'album de musiques médiévales et d'Ars Nova de Alla Francesca

Cet album, sorti en 1992 sous le titre « Landini and Italian Ars Nova » propose un total généreux de 17 pièces, pour 55 minutes d’écoute. La formation attachée au Centre de musique médiévale de Paris signait là un vibrant hommage à l’Ars Nova florentin. Et si l’œuvre de Francesco Landini y trouve une place de choix, elle y côtoie aussi des pièces de Jacopo da Bologna, Ghirardello et Lorenzo da Firenze, et encore quelques autres compositeurs italien de cette période, dont des anonymes.

Plus de trois décennies après sa sortie, ce bel album peut encore se trouver à la vente au format CD, chez votre disquaire habituel ou encore en ligne. Voici un lien utile à cet effet : Landini and Italian Ars Nova, Alla Francesca (1992).

Musiciens ayant participé à cet Album

Catherine Joussellin (voix, vièle, percussion), Brigitte Lesne (voix, harpe, percussion), Emmanuel Bonnardot (voix, vièle, rebec), Pierre Hamon (instruments à vents, cornemuses, flûtes, percussion)


Adiu, adiu, dous dame jolie,
dans la langue d’oïl de Landini

Adiu, adiu, douce dame jolie,
kar da vous si depart lo corps plorans
Mes a vous las l’esprit et larme mie.

Lontan da vous, aylas, vivra dolent.
Byen che loyal sera’n tout ma vie.

Poyrtant. ay! clere stelle. vos prie
Com lermes e sospirs tres dous mant
e
Che loyaute haies pour vestre amye.

Les paroles en français actuel

Adieu, adieu, douce dame jolie,
Car de vous je me sépare le corps en pleurs,
Mais je laisse près de vous mon esprit et mon âme.

Loin de vous, hélas, je vivrai dans la peine,
Bien que je vous demeurerai loyal toute ma vie.

Voilà pourquoi, hélas, claire étoile, je vous prie
Avec larmes et très doux soupirs et vous enjoins
De garder votre loyauté pour votre amant.


En vous souhaitant une excellente journée.
Fred
pour moyenagepassion.com
A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes