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la Cantiga de Santa Maria 421 par le menu


Sujet :  musique médiévale, Cantigas de Santa Maria, galaïco-portugais, culte marial, Sainte-Marie. jugement dernier, prière, chant polyphonique
Epoque :  moyen-âge central, XIIIe siècle
Auteur :  Alphonse X  (1221-1284)
Titre :  Cantiga  421, souviens-toi Mère de Dieu, Nenbre-sse-te, Madre de Deus
Interprètes :  Micrologus, Patricia Bovi   
 Album :  Madre de Deus, Cantigas de Santa Maria (1999)

Bonjour à tous,

ans l’Espagne du XIIIe siècle, féru de lettres, de sciences et de culture, le roi Alphonse X de Castille, dit Alphonse le savant ou le sage, s’entoure d’érudits de tout bord et de disciplines variées. Lui même s’adonne aussi à l’écriture et la poésie et on lui prête d’avoir recompilé, de sa plume, de nombreux récits de miracles qui circulaient alors à propos du personnage biblique de la sainte vierge. Connus sous le nom de Cantigas de Santa Maria, ces chants sont un fleuron de la littérature castillane médiévale. Ils constituent également un grand témoignage du culte marial qui courut, en Europe, à partir du moyen-âge central et de nombreux siècles plus tard.

Depuis quelque temps, nous avons entrepris de partir à la découverte de ce corpus de plus de 420 chansons, en le commentant, le traduisant, mais en nous accompagnant, aussi, des plus belles formations de la scène musicale médiévale pour vous le faire découvrir. Aujourd’hui, pour cette cantiga 421, nous vous présenterons une belle version à deux voix de l’ensemble Micrologus.

Une prière d’intercession et un appel à la miséricorde

Nous vous avons présenté, jusque là, de nombreux récits de miracles autour de pèlerinages ou de lieux de culte dédiés à la Sainte, ainsi que quelques chants de louanges, La cantiga de Santa Maria 421 sort un peu de ce cadre, puisque c’est un chant assez court qui se présente plus comme une prière d’intercession. A travers elle, le croyant demande à la vierge d’intervenir auprès de Dieu en sa faveur et même de le prier pour qu’il lui accorde sa miséricorde et sa protection, en particulier au moment du jugement dernier.

La cantiga 421 à deux voix par l’ensemble Micrologus

Micrologus et les cantigas Santa Maria

En 1999, la formation italienne Micrologus menée par Patrizia Bovi partait à la conquête des cantigas d’Alphonse le Sage, dans un album intitulé Madre De Deus, Cantigas de Santa Maria. Nous avons déjà eu l’occasion de vous toucher un mot de cette production (voir article). Elle fut, du reste, saluer par plusieurs magasines de la scène des musiques anciennes et médiévales. On peut y retrouver 15 pièces pour 16 cantigas évoquées et, entre versions vocales ou instrumentales, sa durée dépasse légèrement une heure d’écoute.

Cet album est toujours disponible à la vente, en commande chez votre disquaire, sous forme de CD ou même en format MP3, à la vente en ligne. Voici un lien utile pour plus d’informations : Madre de Deus, Cantigas de Santa Maria.

Ajoutons que plus de 20 ans après la sortie de cette production, l’ensemble Micrologus continue toujours de proposer un programme et des concerts autour de ses cantigas de l’Espagne mariale et médiévale.

Musiciens & artistes ayant participé à cet album

Patrizia Bovi (voix et harpe), Adolfo Broegg (oud, guitare), Goffredo Degli Esposti (flutes, percussion, cornemuses), Gabriele Russo (violon, rebec), Alessandro Quarta (voix), Ulrich Pfeifer (vièle à roue, voix), Luigi Germini et Mauro Morini (cuivres), Gabriele Miracle (percussion, darbouka,), Francesco Speziali (riqq, percussions). Chœurs : Alberto Berettini, Francesca Breschi, Barbara Bucci, Flaviana Rossi, Claudia Mortali, Laura Scipioni.


La cantiga 421 version originale galaïco-portugaise et traduction française

Esta undécima, en outro día de Santa María, é de como lle venna emente de nós ao día do jüízio e rógue a séu Fillo que nos haja mercee.

Nenbre-se-te, Madre
de Deus, Maria,
que a el, téu Padre,
rogues todavia,
pois estás en sa compania
e es aquela que nos guia,
que, pois nos ele fazer quis,
sempre noit’ e dia
nos guarde, per que sejamos fis
que sa felonia
non nos mostrar queira,
mais dé-nos enteira
a ssa grãada merçee,
pois nossa fraqueza vee
e nossa folia,
con ousadia
que nos desvia
da bõa via
que levaria
nos u devia,
u nos daria
sempr’ alegria
que non falrria
nen menguaria,
mas creçeria
e poiaria
e compriria
e ‘nçimaria
a nos.

En un nouveau jour destiné à Sainte Marie, cette XIe cantiga est pour qu’elle se souvienne de nous, au jour du jugement dernier et qu’elle prie son fils d’avoir pitié de nous.

Souviens-toi, Marie, Mère de Dieu,
De prier ton Père,
chaque jour,
Puisque tu es en sa compagnie
Et que tu es celle qui nous guide,
Afin que, puisqu’il nous a élevé (créé),
Il nous tienne en sa garde, nuit et jour,
Et pour que nous soyons assurés
Qu’il ne nous veuille point
montrer sa colère (sa sévérité),
Mais plutôt qu’il nous accorde
Sa grande miséricorde.
Car il voit notre faiblesse
Et notre folie,
Qui, avec audace,
Nous détourne
Du bon chemin ;
Celui qui nous conduirait
Sans détour
Et nous apporterait
Toujours la joie (la joie éternelle)
Qui ne se tarirait jamais
Ni ne nous ferait défaut,
Mais qui croîtrait
Et grandirait
Et nous remplirait
Et nous comblerait
De sa présence.


En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

NB : pour l’image en tête d’article, nous nous sommes un peu avancé dans le temps. Elle ne date pas, en effet, du moyen-âge central, mais de la renaissance italienne et c’est une des superbes madones peintes par le grand Sandro Botticelli (1445-1510)

Le jeu de Marion et Robin du trouvère Adam de la Halle, par la formation Micrologus.

trouveres_troubadours_musique_poesie_medievale_musique_ancienneSujet : musique, chanson, poésie médiévale, vieux français, trouvères d’Arras, théâtre profane. opéra, pastourelle.
Période : moyen-âge central, XIIIe siècle
Auteur : Adam de la Halle (1235-1285)
Titre : Le jeu de Robin et Marion (extrait)
Interprètes : Micrologus
Album : Adam de la Halle – Le Jeu De Robin Et Marion (2004)

Bonjour à tous,

D_lettrine_moyen_age_passionans la famille des trouvères  arrageois dont nous avons déjà dit un mot en présentant un  fabliau de Jean Bodel, l’un des plus célèbres est, sans conteste, Adam de La Halle. Fils d’un bourgeois d’Arras, du nom de Henri le Bossu, on connait encore cet artiste du moyen-âge central sous le nom de Adam le Bossu.

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Le jeu de Robin et Marion, Adam de la Halle, miniature moyen-âge tardif, début renaissance (1500), le Petit Livre d’amour, Pierre Sala

Adam de la Halle,
dernier  trouvère du moyen-âge

Digne trouvère picard du XIIIe siècle, et de fait, auteur, compositeur et poète, Adam de la Halle  nous a légué des pièces qui ont traversé les siècles et continuent, à ce jour, d’être encore jouées.  Son œuvre variée, mêle polyphonie et monodie, et on le considère comme un des derniers trouvères.

On lui doit des Jeux, pièces de théâtre qui mélangent textes et chansons et se situent dans un registre profane, mais aussi des rondeaux, ainsi que quelques poésies non musicales. Parmi son legs, les deux pièces « le jeu de la feuillée » et le « jeu de Marion et Robin » sont, encore à ce jour, considérées comme les plus anciennes pièces connues en langue française d’une nouvelle forme de théâtre, détachée  de la liturgie, qui s’inscrit encore dans le genre de « l’opéra ».

Le jeu de Robin et Marion

Ce jeu de Robin et Marion dont nous vous proposons, aujourd’hui, un extrait a été présenté, pour la première fois vraisemblablement, à la cour de Charles d’Anjou, en 1285. Le thème traité est celui de la pastourelle. C’est un genre poétique commun dans le courant du moyen-âge central. De manière classique, il met en scène l’histoire d’un chevalier tentant de séduire une bergère, nommée « Marion », qui ne se laisse pas impressionner par le prestige musique_poesie_chanson_profane_medievale_pastourelle_adam_de_la_halle_trouvere_arraspas plus que le statut social du noble en armes et lui résiste.

En l’occurrence dans la pièce d’Adam de la Halle, la jeune fille est déjà amoureuse par ailleurs d’un jeune berger du nom de Robin. Elle se refusera donc au chevalier et ce dernier tentera même de l’enlever, mais devant la détermination de la belle, il finira par comprendre qu’il ne pourra parvenir à soustraire son coeur déjà pris et la relâchera. L’intrigue fournira le prétexte à un divertissement où se mêleront entre poésies, chants et danses: jeux de séduction, amours champêtres, folklore et fêtes paysannes.

Un  maigre repas de fiançailles
pour  Marion et Robin

L’extrait que nous partageons aujourd’hui est dans la langue originale de l’œuvre. Il est tiré de la scène des fiançailles de Marion et Robin. Les deux tourtereaux y font l’inventaire de leurs maigres provisions en vue de la célébration de l’événement.

Robin:
J’ai encore une tel paste
Qui n’est mie de laste
Que nous mengerons, marote,
bec a bec, et moy et vous
Chi me ratendes, marote
Chi venrai parler a vous.

[ Marote, veus tu plus de mi

Marion:
Oil, en non dieu

Robin:
Et jou te di ]

Que jou ai un tel capon
Qui a gros et gras crepon
Que nous mengerons, marote,
bec a bec, et moy et vous
Chi me ratendes, marote
Chi venrai parler a vous.

Micrologus – Ensemble Médiéval

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musique_poesie_chanson_picarde_medievale_trouvere_arras_adam_de_la_halle_micrologusEnsemble italien, créé dans le courant de l’année 1984, Micrologus exerce son talent dans le répertoire des musiques médiévales avec un parti-pris de perfectionnisme voisin de celui d’un Jordi Savall et de quelques autres groupes du même type.

Au vue du travail de recherches, tant sur les sources que sur les instruments, les annotations musicales et le contexte d’époque, nous sommes ici clairement au carrefour de la musique et de l’ethnomusicologie. L’art musical que la formation Micrologus nous livre est donc toujours le fruit d’un long travail en amont qui fait largement appel à la méthode comparative et ne musique_medievale_ancienne_trouvere_adam_de_la_halle_micrologus_Patrizia_Bovi_sopranocraint pas l’exhaustivité dans ses références. Plus qu’une interprétation, nous sommes ici face au résultat de recherches conduisant à une véritable redécouverte de la musique médiévale, soutenus par rien moins qu’une « théorie » de l’interprétation médiévale.

Depuis sa fondation par Patrizia BOVI, chanteuse soprano de talent, formée au conservatoire de Pérouse (Perugia) en Italie, on doit à Micrologus plus de 40 albums et quelques prix notoires dans le répertoire des musiques anciennes, du moyen-âge à la renaissance.

Nous aurons, sans aucun doute, l’occasion de poster ici d’autres pièces interprétées par cette belle formation.

En vous souhaitant une très belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.