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« Diex comment porroie » au XIIIe siècle, un rondeau courtois du trouvère Adam de la Halle

trouveres_troubadours_musique_poesie_medievale_musique_ancienneSujet :    musique, chanson médiévale, vieux français, trouvères d’Arras,  rondeau, amour courtois, langue d’oïl, courtoisie.
Période :  moyen-âge central, XIIIe siècle
Auteur :     Adam de la Halle (1235-1285)
Titre :    Diex  comment porroie
Interprète  :  Ensemble Sequentia
Album  : Trouvères (1984)

Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionotre  vaisseau continue de voguer, toutes voiles dehors, sur les eaux du passé et du monde médiéval.  Aujourd’hui, c’est au XIIIe siècle que nous vous entraînons, au nord de la France et dans   une province qui a vu  naître de très grands auteurs du moyen-âge central : celle d’Arras.

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Tiré des Œuvres complètes du trouvère Adam de la Halle (poésie et musique), Edmond de Coussemaker (1872)

Parmi  eux,   dans la famille des trouvères,   Adam de la Halle ou Adam le bossu est, sans doute, demeuré l’un des plus célèbres. Il faut dire que l’oeuvre de celui que l’on a appelé, parfois, le dernier trouvère, est particulièrement prolifique. À la lisière des compositions monodiques et des premiers envols de la musique polyphonique, il  nous a légué de nombreuses compositions et chansons :  motets et rondeaux, mais aussi pièces de théâtre aux thèmes variés,   pastourelles, congés, …, trempées de lyrisme et de courtoisie mais aussi, quelquefois, de notes plus  satiriques.

Le Ms Français 25566  ou  chansonnier français W

adam-de-la-halle-rondeau-chanson-medievale-diex-coment-porroie-ms-français-25566-moyen-age-sOn peut trouver les œuvres d’Adam de la Halle dans plusieurs sources d’époque, mais nous profitons de ce rondeau pour vous parler du manuscrit Français 25566 de la BnF, également connu sous le nom de Chansonnier  français W (consultable sur Gallica au lien suivant).

Daté du XIIIe siècle, ce beau manuscrit médiéval enluminé,  plutôt bien conservé, est donc sous bonne garde au département des manuscrits de la BnF.   Ses 283 feuillets comprennent de nombreuses œuvres de la province d’Arras, entre chansons, poésies et pièces  littéraires. Pour n’en citer que quelques auteurs, on y retrouve Jean bodel et ses célèbres « congiés », des pièces de Huon de Mery, Richard de Fournival, Baudouin de Condé  et encore d’autres auteurs du cru ou des alentours. Quant à Adam de la halle, entre rondeaux, motets et pièces plus étoffées, il s’y trouve clairement à l’honneur. Ce manuscrit médiéval contient, en effet, l’essentiel de son legs.

« Diex comment porroie » avec l’Ensemble médiéval Sequentia

Trouvères : chansons d’amour courtois du nord de la France

« Trouvères : Hofische Liebeslieder Aus Nordfrankreich« . En 1984  l’Ensemble Sequentia signait un triple album monumental  sur le thème des trouvères du nord de la France médiévale. Trois ans plus tard, l’oeuvre était rééditée sous forme de double album , avec pas moins album_sequential_trouveres_musique_chanson_medievale_amour_courtois_moyen-age_centralde 43 pièces   finement  interprétées, sous la direction de Benjamin Bagby.  

Pour qui s’intéresse de près à la musique des trouvères   du moyen-âge central ou même à la langue d’oïl, cet album demeure  incontournable. On le trouve encore à la vente, sous forme CD ou MP3, au lien suivant   :  Trouvères : Chants d’amour courtois des pays de langue d’oïl.


« Diex comment porroie » :   de la langue d’oïl
d’Adam de la halle  au français moderne

Diex, coment porroie
Sans cheli durer (résister, endurer, poursuivre, durer)
Qui me tient en joie ? (joie, amour)
Elle est simple et coie (calme, tranquille),
Diex coment porroie, etc.

Ne m’en partiroie (séparer),
Pour les iex (yeux) crever,
Se s’amours n’avoie.
Diex, coment porroie
Sans cheli durer
Qui me tient en joie.

Dieu comment pourrais-je
Résister  sans celle
Que me tient en joie.
Elle est simple et tranquille
Dieu comment pourrais-je
Résister sans celle
Que me tient en joie.

Ne m’en séparerais,
Dût-on me crever les yeux
Pour que je n’ai plus son amour.
Dieu comment pourrais-je
Résister    sans celle
Que me tient en joie.


En vous souhaitant une fort belle journée.

Frédéric EFFE.
Pour moyenagepassion.com
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Conon de Bethune, chevalier, trouvère et noble seigneur d’Artois

musique_danse_moyen-age_ductia_estampie_nota_artefactumSujet : musique, poésie, chanson médiévale, amour courtois, trouvère, oil, biographie, portrait, chants de croisades, lyrique courtoise.
Période :  XIIe,  XIIIe, moyen-âge central
Auteur :  Conon de Béthune ( ?1170 – 1219/20)
Biographe :  Axel Wallenskôld
Livre : Les chansons de Conon de Béthune
Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous poursuivons aujourd’hui notre découverte des trouvères champenois et artésiens des débuts du XIIIe siècle. Après avoir parlé de Gace Brûlé et Blondel de Nesle, nous nous penchons ici sur un autre de leur contemporain :  Conon de Bethune.

Eléments de biographie

deco_medievale_enluminures_trouvere_Les origines de Conon de Bethune sont un plus claires ou certaines que celles des deux sus-nommés. Si sa date de naissance n’est pas connue avec précision – on la situe autour de 1150 -il fait partie du lignage des seigneurs de Bethune, puissante famille artésienne avouée d’Arras depuis les débuts du XIe siècle et qui s’illustra notamment à plusieurs reprises aux croisades.

Conon est ainsi le cinquième fils de Robert V de Bethune, lui-même sixième seigneur de ce lignage. Concernant l’exercice de son art, il se réclame lui-même disciple de Hue de Coicy (Huon III d’Oisi), châtelain de Cambrai, qu’il désigne comme son « maître à trouver ».

« Or vos ai dit des barons ma sanblance;
Si lor an poise de ceu que je di,
Si s’an praingnent a mon mastre d’Oissi,
Qui m’at apris a chanter très m’anfance. »

On rencontrera encore le nom de notre trouvère dans des poésies tierces (sous les formes de Quesnes, Quenes) et notamment sous la plume de Gace Brûlé. Il semble donc qu’il ait côtoyé au moins quelques temps ce dernier ainsi que Blondel de Nesle.

Des traits « d’artois » dans le « françois »

D’après une de ses chansons, Conon de Bethune séjourna à la cour de France au moins une fois. Il y eut même l’opportunité (cuisante) d’y pousser quelques chansons. A cette occasion, il se fit en effet « remballer » par la reine en personne  pour les traits d’Artois tintant son François, tout cela en présence de Philippe-Auguste et semble-t-il de Marie de Champagne (ce qui l’a, au passage, le plus affecté). Voici un large extrait de la chanson dans laquelle il  témoigne de cette déconvenue.

« Mout me semont Amors ke je m’envoise,
Quant je plus doi de chanter estre cois;
Mais j’ai plus grant talent ke je me coise,
Por çou s’ai mis mon chanter en defois;
Ke mon langaige ont blasmé li François
Et mes cançons, oiant les Champenois
Et la Contesse encoir, dont plus me poise.

La Roïne n’a pas fait ke cortoise,
Ki me reprist, ele et ses fieus, li Rois.
Encoir ne soit ma parole franchoise,
Si la puet on bien entendre en franchois;
Ne chil ne sont bien apris ne cortois,
S’il m’ont repris se j’ai dit mos d’Artois,
Car je ne fui pas norris a Pontoise. »

Maladresse diplomatique ou signe de temps, la langue d’oil de la cour de France de cette fin de XIIe siècle s’imposerait-elle déjà sous le ton qu’on devine narquois de la reine, comme le parler qu’il convient de maîtriser pour prétendre se produire devant la couronne et surtout la séduire ? Si Conon De Bethune, piqué dans son amour propre et laissé à son desarroi, relèvera ici la scène avec une pointe d’ironie, on se souvient qu’un peu plus tard dans le temps et dans le courant du XIIIe siècle, Jean de Meung (Clopinel) confirmera en quelque sorte cette tendance, en s’exprimant sur le même sujet en préambule du roman de la rose et en prenant les devants (peut-être même en forçant un peu le trait?): « Si m’excuse de mon langage – Rude, malotru et sauvage, – Car né ne suis pas de Paris. »

Les croisades

Pour le reste et dans les événements marquants de son parcours, Conon de Bethune se croisa, semble-t-il, deux fois. La première lui valut de se faire railler par ses contemporains poètes. A l’occasion des préparatifs de Philippe Auguste pour la 3ème croisade et devant la tiédeur manifeste de l’entreprise autant que la deco_medievale_enluminures_trouvere_lenteur des uns et des autres à engager le départ, le trouvère composa, avec grande conviction deux chants de croisades pour ajouter un brin d’allant à cette cause. Las!, une fois parti pour l’Orient, son ardeur fut de courte mèche puisqu’il finit par rentrer de manière anticipée. A son retour, celui que le poète avait reconnu comme son maître dans l’art de trouver, lui servira sur un plateau un  sirventes acerbe dans lequel il se gaussera de lui autant que de son  roi  « failli » (Philippe Auguste).

Pour la deuxième expédition, la quatrième croisade, le noble artésien aura l’occasion de mieux illustrer ses qualités et d’écarter tout doute sur ses motivations. Sur le terrain, il sera, en effet à plusieurs reprises le porte-parole des barons croisés à Constantinople et jouera par la suite un rôle politique et militaire important dans la tenue de l’empire latin d’Orient. On trouve notamment dans les Chroniques de la prise de Constantinople par les Francs, de Geoffroi de Ville-hardouin de nombreuses mentions de ses actions sur le terrain.  Avant sa mort que l’on situe autour de l’année 1219 ou 1220, Conon de Bethune fut encore nommé sénéchal sous l’impératrice Yolande de Flandre, puis régent de l’Empire.

Oeuvre, chansons et legs

L_lettrine_moyen_age_passione trouvère nous a laissé un peu moins de quinze chansons. Une fois passée au filtre de l’analyse, dix d’entre elles demeurent certaines, les autres sont d’attribution plus contestable. L’ensemble de ce legs se trouve réparti dans dix-sept manuscrits.

A ce jour, un des plus sérieux biographes du trouvère demeure encore Axel Wallenskôld (1864-1933) romaniste, linguiste et philologue finlandais passionné de français médiéval et ancien.  Son ouvrage sur les chansons de Conon de Bethune qui, en 1921, faisait suite à la thèse qu’il avait publiée quelques années auparavant (1891), a d’ailleurs été réédité jusque dans les années 1981, chez Honoré Champion.

Voilà la liste courte que ce biographe a établi des chansons de Conon Bethune. D’autres médiévistes ou spécialistes de littérature médiévale seront peut-être encore tentés de l’élargir, en en ajoutant deco_medievale_enluminures_trouvere_quelques-unes supplémentaires, mais l’essentiel est là :

Chançon legiere a entendre – Si voiremant con celé don je chant – Moût me semont Amors que je m’envoise – Ahil Amors, com dure départie – Bien me défisse targier – Se raige et derverie – Belle doce Dame chiere – Tant ai amé c’or me convient haïr – L’autrier un jor après la Saint Denise. – L’autrier avint en cel autre pais.

Les thèmes abordés oscillent entre l’amour courtois et le contexte de la croisade (ralliement, dénonciation, pesance du chevalier tenu de quitter sa dame pour les terres lointaines). Nous aurons dans de futurs articles l’occasion de vous en présenter quelques unes, par le menu.

En vous souhaitant une excellente journée.

Fred
Pour Moyenagepassion.com
A la découverte du Moyen-Age sous toutes ses formes.

Le jeu de Marion et Robin du trouvère Adam de la Halle, par la formation Micrologus.

trouveres_troubadours_musique_poesie_medievale_musique_ancienneSujet : musique, chanson, poésie médiévale, vieux français, trouvères d’Arras, théâtre profane. opéra, pastourelle.
Période : moyen-âge central, XIIIe siècle
Auteur : Adam de la Halle (1235-1285)
Titre : Le jeu de Robin et Marion (extrait)
Interprètes : Micrologus
Album : Adam de la Halle – Le Jeu De Robin Et Marion (2004)

Bonjour à tous,

D_lettrine_moyen_age_passionans la famille des trouvères  arrageois dont nous avons déjà dit un mot en présentant un  fabliau de Jean Bodel, l’un des plus célèbres est, sans conteste, Adam de La Halle. Fils d’un bourgeois d’Arras, du nom de Henri le Bossu, on connait encore cet artiste du moyen-âge central sous le nom de Adam le Bossu.

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Le jeu de Robin et Marion, Adam de la Halle, miniature moyen-âge tardif, début renaissance (1500), le Petit Livre d’amour, Pierre Sala

Adam de la Halle,
dernier  trouvère du moyen-âge

Digne trouvère picard du XIIIe siècle, et de fait, auteur, compositeur et poète, Adam de la Halle  nous a légué des pièces qui ont traversé les siècles et continuent, à ce jour, d’être encore jouées.  Son œuvre variée, mêle polyphonie et monodie, et on le considère comme un des derniers trouvères.

On lui doit des Jeux, pièces de théâtre qui mélangent textes et chansons et se situent dans un registre profane, mais aussi des rondeaux, ainsi que quelques poésies non musicales. Parmi son legs, les deux pièces « le jeu de la feuillée » et le « jeu de Marion et Robin » sont, encore à ce jour, considérées comme les plus anciennes pièces connues en langue française d’une nouvelle forme de théâtre, détachée  de la liturgie, qui s’inscrit encore dans le genre de « l’opéra ».

Le jeu de Robin et Marion

Ce jeu de Robin et Marion dont nous vous proposons, aujourd’hui, un extrait a été présenté, pour la première fois vraisemblablement, à la cour de Charles d’Anjou, en 1285. Le thème traité est celui de la pastourelle. C’est un genre poétique commun dans le courant du moyen-âge central. De manière classique, il met en scène l’histoire d’un chevalier tentant de séduire une bergère, nommée « Marion », qui ne se laisse pas impressionner par le prestige musique_poesie_chanson_profane_medievale_pastourelle_adam_de_la_halle_trouvere_arraspas plus que le statut social du noble en armes et lui résiste.

En l’occurrence dans la pièce d’Adam de la Halle, la jeune fille est déjà amoureuse par ailleurs d’un jeune berger du nom de Robin. Elle se refusera donc au chevalier et ce dernier tentera même de l’enlever, mais devant la détermination de la belle, il finira par comprendre qu’il ne pourra parvenir à soustraire son coeur déjà pris et la relâchera. L’intrigue fournira le prétexte à un divertissement où se mêleront entre poésies, chants et danses: jeux de séduction, amours champêtres, folklore et fêtes paysannes.

Un  maigre repas de fiançailles
pour Marion et Robin

L’extrait que nous partageons aujourd’hui est dans la langue originale de l’oeuvre. Il est tiré de la scène des fiançailles de Marion et Robin. Les deux tourtereaux y font l’inventaire de leurs maigres provisions en vue de la célébration de l’événement.

Robin:
J’ai encore une tel paste
Qui n’est mie de laste
Que nous mengerons, marote,
bec a bec, et moy et vous
Chi me ratendes, marote
Chi venrai parler a vous.

[ Marote, veus tu plus de mi

Marion:
Oil, en non dieu

Robin:
Et jou te di ]

Que jou ai un tel capon
Qui a gros et gras crepon
Que nous mengerons, marote,
bec a bec, et moy et vous
Chi me ratendes, marote
Chi venrai parler a vous.

Micrologus – Ensemble Médiéval

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Ensemble italien, créé dans le courant de l’année 1984, Micrologus exerce son talent dans le répertoire des musiques médiévales avec un partie-pris de perfectionnisme voisin de celui d’un Jordi Savall et de quelques autres groupes du même type.

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Au vue du travail de recherches, tant sur les sources que sur les instruments, les annotations musicales et le contexte d’époque, nous sommes ici clairement au carrefour de la musique et de l’ethno-musicologie. L’art musical que la formation Micrologus nous livre est donc toujours le fruit d’un long travail en amont qui fait largement appel à la méthode comparative et ne musique_medievale_ancienne_trouvere_adam_de_la_halle_micrologus_Patrizia_Bovi_sopranocraint pas l’exhaustivité dans ses références. Plus qu’une interprétation, nous sommes ici face au résultat de recherches conduisant à une véritable redécouverte de la musique médiévale, soutenus par rien moins qu’une « théorie » de l’interprétation médiévale.

Depuis sa fondation par Patrizia BOVI, chanteuse soprano de talent, formée au conservatoire de Pérouse (Perugia) en Italie, on doit à Micrologus plus de 40 albums et quelques prix notoires dans le répertoire des musiques anciennes, du moyen-âge à la renaissance.

Nous aurons, sans aucun doute, l’occasion de poster ici d’autres pièces interprétées par cette belle formation.

En vous souhaitant une très belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.