Sujet : fêtes médiévales, Marché artisanal, animations médiévales, compagnies médiévales, spectacles, campements, ateliers d’artisanat, Evénement : La 23ème Médiévale de Brie Comte Robert Lieu : Brie-Comte-Robert, Seine-et-Marne, Île-de-France Dates : 1 et 2 octobre 2022
Bonjour à tous,
ur l’agenda du week-end prochain, ce sera au tour de Brie Comte Robert de faire un voyage dans le temps, en direction du monde médiéval. Il s’agira de la 23ème édition de ces Médiévales organisées par la municipalité, en collaboration avec d’autres partenaires publics et privés, dont le département de Seine-et-Marne.
Après des dernières éditions compliquées par les mesures sanitaires, l’événement devrait se tenir, cette année, dans les meilleures conditions et renouer avec son habituelle fréquentation ; pour en donner une idée, plus de 25000 visiteurs y sont, en général, attendues.
Des animations médiévales à profusion
Nous sommes ici dans le cadre d’une médiévale assez mixte dans le sens où vous y trouverez des reconstituteurs historiques et des groupes de musiques médiévales mais aussi des troupes ou des comédiens inspirées par un Moyen Âge plus imaginaire, voire fantaisie. Ce cadre posé, le programme 2022 affiche un large panel d’animations continues sur les deux journées du 1er et du 2 octobre prochain : saynètes et théâtre de rue, déambulations joyeuses, bateleurs et saltimbanques mais encore une grande quantité de concerts seront au rendez-vous par les rues de la cité, le samedi et le dimanche, à partir du milieu de matinée.
Pour un voyage réussi aux temps médiévaux, les campements de chevaliers et de mesnies ne pouvaient manquer. Animés par les compagnies de reconstituteurs invitées pour l’occasion, on y retrouvera la vie militaire et civile d’époque avec des tentes de croisés, des expositions d’armes, des démonstrations de combat, du lancer de haches ou encore de l’escrime médiévale. Des ateliers d’artisanat comme au Moyen Âge sont aussi programmés ( mobiliers et serrurerie, orfèvrerie, calligraphie,…) et une troupe de bâtisseurs évoquera également les chantiers de construction au temps médiévaux.
Grand marché artisanal et autres temps forts
Viendront s’ajoutera à cela, des jeux et surprises variés, mais encore un marché artisanal de belle taille (120 échoppes annoncées). La fête connaîtra aussi des temps forts avec des spectacles équestres, à la façon de tournois de chevalerie donnés, à plusieurs reprises, durant le week-end ou, encore, avec la nocturne du samedi soir, qui enchaînera un grand spectacle de feu après une retraite aux flambeaux.
Compagnies médiévales invitées
Cie Sonj – Datura – Les coupeurs de Bourses – Gueux à chiens – Cie Rhésus – Bandura – Prodzopa – Les tritons ripailleurs – Ambraluna – Bleu Nuage – Cie Meerant – Cie Chevaux de Prestige – Cie Vénère Gumain – Monts Rieurs – Cie des Barbiers – Association Du Moyen Âge à nos jours – Cie Dog Trainer – Cie Lez’Accros – Cie Henrichemont & Babelle – Cie La Maison des fers croisés – Les Heritiers du DAGR – Les Bretteurs Caudaciens – Cie Tan Elleil – Cie Zoolians – Cie Les Dernières Amazones – Gweltaz le File
Sujet : poésie médiévale, auteur médiéval, moyen-français, manuscrit ancien, poésie, chant royal, impôts, taxation, poésie morale, poésie politique, satire. Période : Moyen Âge tardif, XIVe siècle. Auteur : Eustache Deschamps (1346-1406) Titre : «Pour ce vous pri, gardez-vous des barbiers !» Ouvrage : Œuvres inédites d’Eustache Deschamps, T I Prosper Tarbé (1849)
Bonjour à tous,
otre périple, d’aujourd’hui, nous entraîne vers la fin du XIVe siècle pour y retrouver une nouvelle poésie politique et satirique d’Eustache Deschamps. Comme on le verra, elle prendra la forme d’une fable singulière dans laquelle le poète médiéval montera à nouveau à l’assaut du pouvoir et de la cour pour mettre en garde la couronne contre les trop lourds charges et impôts qu’on fait alors peser sur les populations.
Les peuples tondus par leurs Etats
A chaque reprise des hostilités, la guerre de cent ans coûte cher et les princes de part et d’autre, en font, inévitablement, supporter le poids à leur peuple. Il en va toujours ainsi, avec ou sans argent magique sorti d’une planche à billet aux rotatives bien huilées, c’est toujours lui qui finit par payer le plus cher les prix des conflits entre nations.
Dans le chant royal du jour, Eustache Deschamps se servira d’animaux familiers de nos campagnes pour faire toucher du doigt les lourdes charges que la couronne fait peser sur les petites gens à la fin du XIVe siècle. L’auteur du Moyen Âge tardif n’a jamais hésité à user de sa poésie comme d’une arme pour tenter de raisonner les puissants et, une fois de plus, il ne mâchera pas ses mots. « Pour ce vous prie, gardez vous des barbiers » scandera-t-il dans le refrain de ce chant royal. Autrement dit, méfiez-vous ou prenez-garde de ceux qui ne pensent qu’à vous tondre et vous prendre vos deniers.
Aux sources historiques de cette ballade
D’un point de vue historique, et sous des airs qui pourraient vous paraître déjà-vus, ce chant royal était, plus particulièrement, destiné au roi Charles VI. Depuis 1384, ce dernier a, en effet, mis en place une nouvelle taxe : « la taille ». Au départ, cet impôt direct avait pour vocation le financement d’une opération militaire particulière contre l’anglais mais comme la règle le veut presque toujours en matière fiscale, la mesure se verra répétée. Ainsi, dans les années suivantes, à chaque nouvel effort de guerre, le souverain français se tournera vers le peuple pour le ponctionner lourdement (voir notamment Les finances royales sous Charles VI (1388-1413), Perrin Charles-Edmond, Journal des savants, 1967).
En ce qui concerne les sources, vous pourrez retrouver ce chant royal dans le manuscrit médiéval référencé MS français 840. Cet ouvrage que nous avons déjà abondamment cité, qui contient les œuvres complètes d’Eustache Deschamps. La poésie du jour se trouve au feuillet 103v et 104r, et à nouveau, un peu plus loin dans le manuscrit au feuillet 135v et suivant. Pour sa graphie en français moderne, nous nous sommes appuyés sur le Tome 1 des Œuvres inédites de Eustache Deschamps par Prosper Tarbé (1849). Pour ne citer que cette autre source du XIXe, notez que cette poésie politique est aussi présente dans les Œuvres complètes d’Eustache Deschamps par le marquis de Queux de Saint Hilaire et Gaston Raynaud.
Le chant royal d’Eustache « sur les impôts excessifs mis sur la nation »
NB : le titre « sur les impôts excessifs… » vient de Prosper Barbé, le manuscrit 840 n’en mentionne pas.
Une brebis, une chièvre, un cheval, Qui charruioient (labourer) en une grant arée (terre de labour), Et deux grans buefs qui tirent en un val Pierre qu’on ot d’un hault mont descavée (extraite), Une vache sans let, moult décharnée, Un povre asne qui ses crochès portoit S’encontrèrent là et aux besles disoit : Je vien de court. Mais là est uns mestiers Qui tond et rest (rase) les bestes trop estroit (fig : court): Pour ce vous pri, gardez-vous des barbiers !
Lors li chevaulx dist : trop m’ont fait de mal, Jusques aux os m’ont la char entamée : Soufrir (supporter) ne puis cuillier (collier, harnais), ne poitral. Les buefs dient : nostre pel est pelée. La chièvre dit : je suis toute affolée. Et la vache de son véel (veau) se plaingnoit, Que mangié ont. — Et la brebis disoit : Pandus soit-il qui fist forcés premiers (1) ; Car trois fois l’an n’est pas de tondre droit (droit : justement). Pour ce vous pri, gardez-vous des barbiers!
Ou temps passé tuit li occidental Orent long poil et grant barbe mellée. Une fois l’an tondirent leur bestal, Et conquistrent mainte terre à l’espée. Une fois l’an firent fauchier la prée : Eulz, le bestail, la terre grasse estoit En cet estat : et chascuns labouroit. Aise furent lors nos pères premiers. Autrement va chascuns tout ce qu’il voit (2): Pour ce vous pri, gardez-vous des barbiers.
Et l’asne dit: qui pert le principal Et c’est le cuir, sa rente est mal fondée : La besle meurt ; riens ne demeure ou pal Dont la terre puist lors estre admandée. Le labour fault (fait defaut, manque) : plus ne convient qu’om rée (tarde). Et si faut-il labourer qui que soit ; Ou les barbiers de famine mourroit. Mais joie font des peaulx les peletiers ; Deuil feroient, qui les écorcheroit (3): Pour ce vous pri, gardez-vous des barbiers.
La chièvre adonc respondit : à estal (étable) Singes et loups ont ceste loy trouvée, Et ces gros ours du lion curial Que de no poil ont la gueule estoupée (bouchée, pleine). Trop souvent est nostre barbe couppée Et nostre poil, dont nous avons plus froit. Rère (raser, tondre) trop près fait le cuir estre roit (dur) : Ainsi vivons envix ou voulentiers. Vive qui puet : trop sommes à destroit (détresse, difficulté) : Pour ce vous pri, gardez-vous des barbiers.
L’envoy.
Noble lion, qui bien s’adviseroit, Que par raison son bestail ne tondroit, Quant il seroit lieux et temps et mestiers. Qui trop le tond, il se gaste et déçoit, Et au besoing nulle rien ne reçoit : Pour ce vous pri, gardez-vous des barbiers !
Notes (1)Pandus soit-il qui fist forcés premiers : pendu soit celui qui, le premier, se procura les ciseaux. (2)Autrement va chascuns tout ce qu’il voit : les choses en vont bien autrement désormais (3)Deuil feroient, qui les écorcheroit : ils (les pelletiers) seraient en liesse si on les écorchait
La défiance d’Eustache Deschamps envers les abus financiers des princes
Ce chant royal ne sera pas l’unique occasion donnée à Eustache Deschamps de mettre en garde les princes contre leurs abus financiers à l’égard des petites gens. Il a adressé dans plus d’une poésie, le sujet des dépenses des puissants comme il a souvent montré du doigt leur rapacité ou leur trop grande convoitise.
Comme toujours, quand il le fait, il se place en conseiller moral et, s’il se tourne vers le pouvoir, c’est d’abord dans le souci de lui faire entendre raison. N’oublions pas qu’il sert ces mêmes princes. Son intention est donc d’appeler à plus de justice sociale pour les gens du peuple, mais aussi de permettre de maintenir la système monarchique en place et sa stabilité. Pour qu’on le situe bien, il n’est pas question pour lui d’allumer les feux de la révolte même si cela n’enlève rien à son engagement, ni à son courage.
Une opposition de fond
« La nécessité d’une utilisation plus modérée des ressources du royaume pour assurer sa pérennité est un thème majeur de la poésie de Deschamps. «
En suivant les pas de l’historienne : sur la question de la taxation, Eustache se situe en droite ligne d’une Ecole de pensée qui se défie de l’usage outrancier de l’impôt comme moyen de pourvoir aux besoins de la couronne et de l’administration du royaume. D’entre tous les savants apparentés à ces idées, on retiendra des noms comme Nicolas Oresme, Philippe de Mézières, ou encore Évrard de Trémaugon.
Dans cette continuité et pour notre poète, la condition d’un royaume stable et florissant demeure, en premier lieu, un « peuple productif et prospère » et non un roi replet entouré d’une administration roulant sur l’or, au détriment du bien commun. Au delà du fond philosophique et pour faire une parenthèse, ajoutons que la longue carrière d’Eustache près de la cour n’a, sans doute, rien fait pour changer ses vues sur ces questions. Bien loin de toute frugalité, il y fut, en effet, témoin de fastes, d’excès et de travers sur lesquels il s’est largement épanché (voir, par exemple, une ballade acerbe sur les jeux de cour) .
Les financiers contre les sachants
Corollaire de cet abus de taxation et d’une gestion dispendieuse, Eustache se défie également d’une nouvelle classe de financiers qui émergent et qui prend de plus en plus d’importance dans l’administration du royaume et les décisions prises. Comme Laura Kendrick le souligne encore :
« (…) Mais il y a aussi un côté auto-défensif et partisan dans la véritable guerre verbale que Deschamps a menée, à travers ses ballades et chansons royales, non seulement contre cette taxation injuste et gaspilleuse des ressources du royaume, mais aussi contre la montée en puissance des officiers et personnels chargés des finances du royaume. Les deux maux vont de pair. Deschamps s’en prend surtout aux hommes nouveaux sachant peu sauf « compter, getter et mannier argent » ; grâce à cette compétence limitée, ils deviennent plus importants et plus respectés que les « sages preudommes » ayant fait de longues études de textes d’autorité. Il critique le prince qui élève ces « nonsaichants » et appelle à la diminution de leur nombre. »
Laura Kendrick (op cité).
Il est extrêmement intéressant de constater qu’avec la centralisation étatique de l’impôt nait, aussi, une caste financière qui prend, peu à peu, l’ascendant sur des vues plus profondes, voir plus philosophiques et morales, dans la conduite des affaires de l’Etat. Pour le reste, nous ne pouvons que vous inviter à consulter cet excellent article de Laura Kendrick sur l’engagement politique d’Eustache Deschamps sur toutes ces questions.
Pour élargir, rappelons que ce dernier a beaucoup écrit sur la thématique de l’obsession de l’avoir ou de l’argent contre un peu de mesure, des valeurs plus charitables et plus, généralement, un sens de la vie plus conforme aux valeurs chrétiennes médiévales. A ce sujet, on pourra se reporter, par exemple, aux ballades : « Car Nul ne pense qu’à remplir son sac« , « mieux vaut honneur que honteuse richesse » ou encore « ça de l’argent » (cette dernière mettant en scène, comme celle du jour, des animaux).
Derrière la biquette, collecte d’impôt – Français 9608 BnF – Mélanges théologiques (XVe s)
Révoltes fiscales et opacité des finances
Bien avant le mouvement des gilets jaunes dont l’augmentation d’une taxe et, finalement, d’un impôt indirect avait été le détonateur social, les abus fiscaux ont été la source de nombreuses contestations à travers l’histoire française. Selon les deux économistes et universitaires Jean-Édouard Colliard et Claire Montialoux, au delà du principe même de l’impôt et de ses augmentations intempestives, le manque de clarté sur la destination réelle des fonds resterait, à travers l’histoire depuis le XIIIe siècle, une des causes majeures de soulèvements sociaux ou de mécontentement.
« En dehors de ces circonstances exceptionnelles (victoire de Charles VII) où la survie de la communauté est en jeu, les prélèvements sont considérés comme abusifs. Les révoltes fiscales parsèment ainsi l’Histoire de France jusqu’au XVIIIe siècle. Quand le roi décide à la fin du XIIIe siècle d’imposer un impôt sur chaque marchandise vendue, le tollé est si grand que le monarque est contraint d’en revenir aux aides. (…) Plus que le principe même de la levée des impôts, c’est donc l’arbitraire et l’opacité des finances royales qui nuisent à leur légitimité. »
Une brève histoire de l’impôt , Regards croisés sur l’économie 2007/1. Jean-Édouard Colliard et Claire Montialoux
Résonnances actuelles
L’article des deux économistes montre également assez bien les changements des représentations sur l’impôt d’Etat au cours de son histoire : « l’impôt est un véritable palimpseste où s’écrivent les tensions et les accords d’une société avec le corps qui la représente et les voies de réforme sont complexes, par paliers, tant son histoire est foisonnante, et chargée de consensus passés.«
On y voit, notamment, que son principe est désormais bien accepté. Le peuple français a, de longtemps, admis l’idée d’un effort individuel en contrepartie d’avantages sociaux et collectifs. Cependant, sans prendre de raccourci, les réticences eu égard à son opacité ne semblent guère avoir changé sur le fond. Certes, on peut constater, avec les auteurs, que les finances sont désormais publiques et donc supposément moins opaques, mais il reste difficile de ne pas souligner que leur niveau de complexité et d’empilement bureaucratique les rendent tout aussi abscons et inaccessibles pour le citoyen.
Aujourd’hui comme hier, ce manque de clarté continue d’alimenter les contestations autant que les suspicions. Et la grogne semble même s’accentuer plus encore à l’heure où les services publics continuent d’être démantelés ou privatisés, face à des taux de prélèvement fiscaux qui restent, dans le même temps, record ; la France est, en effet, en tête de classement dans les premiers pays européens en terme de taux d’imposition. « Où va le pognon » ? La bonne vieille question populaire semble toujours un peu triviale mais elle a la vie dure. Quant à la réponse qu’on lui fait, elle tient souvent en quelques mots qui continuent d’alimenter les interrogations : « C’est compliqué ».
Face à tout cela, un peu plus de lisibilité, de pédagogie et peut-être aussi (soyons fous), de démocratie participative ne seraient pas malvenus, particulièrement dans le contexte d’une dette française qui a littéralement explosé au cours des dernières décennies et, plus encore, ces dernières années.
En vous souhaitant une belle journée.
Frédéric EFFE Pour moyenagepassion.com A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes
NB : concernant les enluminures de cet article, elles sont tirées de diverses sources. Le fond arboré provient du Livre de chasse de Gaston Phébus, de la BnF (Français 616 -XVe siècle). Concernant les animaux, ils proviennent tous du bestiaire du Royal MS 12 C XIX de la British Library (vers 1210), à l’exception de la chèvre extraite du manuscrit MS Bodley 764 de la Bodleian Library.
Sujet : animations médiévales, reconstituteurs, marché médiéval, compagnies médiévales, siège, monde médiéval, histoire vivante Période : moyen-âge central, XIVe, 1371. Lieu : château de Tiffauges, Vendée, Pays de la Loire. Evénement : les Médiévales de Tiffauges Date : 24 & 25 septembre 2022
Bonjour à tous,
our notre sélection du week-end prochain, nous avons le plaisir de vous présenter une Médiévale du côté du Poitou et la Vendée, qui va, vraiment, valoir le détour . Organisé par une équipe de passionnés, soutenu par le département de Vendée, cet événement ambitieux, qui se tiendra au château de Tiffauges, vous proposera de revivre en grand l’histoire vivante avec un siège mené par un nombre impressionnant de reconstituteurs.
Un mot de l’organisateur le Roi Uther
Disons d’abord un mot de l’organisateur de l’événement. Menée par son président et créateur Gérard Paugam, entouré d’une équipe aguerrie, l’Association Roi Uther met un point d’honneur à allier patrimoine, histoire et transmission. A ce titre, elle propose des événements rattachés à l’histoire réelle avec un fort parti-pris de reconstitution réaliste.
Sa période de prédilection ? Le Moyen Âge, bien sûr. Et pour servir ses ambitions, elle n’hésite pas à mener des recherches approfondies sur les thèmes approchés et à s’entourer de conseillers spécialisés, de même qu’elle fédère un réseau d’associations historiques et de partenaires en France et à travers toute l’Europe. Ajoutez à tout cela une bonne dose de passion et vous aurez une bonne idée de ce qui se cache sous ce Roi Uther.
Le Roi Uther, déjà 15 ans de Médiévales
Avec l’événement à venir, Gérard Paugam et ses complices sont loin d’en être à leur galop d’essai ; depuis 2009, l’association Roi Uther a fait de l’organisation d’événements médiévaux son fer de lance avec déjà de beaux succès à son actif : les Médiévales de Malestroit, les Marches de Bretagne, les Médiévales du Roc et d’autres encore,… Chaque année, depuis 2017, elle s’est mis en devoir, également, de faire vibrer les vieilles pierres du château de Tiffauges, au son de leur histoire médiévale.
Gérard Paugam, Association Roi Uther
Le fil conducteur de ces Médiévales de Tiffauges a suivi, pour l’instant, l’histoire du Poitou de la fin du XIVe siècle tout en proposant, à chaque édition, de nouvelles thématiques. Ce sera encore le cas de cette édition. Les éditions précédentes avaient déjà présenté Tiffauges 1367, 1368 et 1369 et cette année verra renaître l’an de grâce 1371 sous les yeux émerveillés des visiteurs. D’édition en édition, ces derniers sont de plus en plus nombreux et, cette année, les organisateurs espèrent bien que le travail engagé sera récompensé par plus de 10000 visites, ce qui serait amplement mérité au vu du programme.
Au programme de ces médiévales
Fidèle à la promesse de son organisateur, divertissements, émotions et histoire vivante seront au rendez-vous, ce week-end, au château de Tiffauges. La fête battra son plein du samedi 24 au dimanche 25 septembre et des centaines de reconstituteurs ont été conviés pour l’occasion. Ils arriveront des 4 coins de France mais aussi de toute l’Europe : Allemagne, Belgique, Italie, Tchécoslovaquie, Pologne, Croatie.
Une siège avec près de 500 reconstituteurs
Si le château de Tiffauges a été rendu célèbre, dans le courant du XVe siècle par l’étrange affaire autour de Gilles de Rais, ce week-end, l’Association le Roi Uther vous proposera un bond dans le temps bien antérieur à la naissance du Baron de Retz.
Nous sommes en 1371 durant la guerre de cent ans. Péronnelle Vicomtesse de Thouars a fait allégeance à l’anglois depuis quelques années déjà et elle est à la botte du Sénéchal de Poitou. Son voisin, le Duc d’Anjou, Louis 1er, cadet du roi de France Jean le Bon et fier défenseur de la couronne française, ne l’entend pas de cette oreille. L’organisation d’une foire par sa voisine sera la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Pour lui, il est grand temps de reprendre la province des mains de l’anglais qui pille et retourne les campagnes en tout sens. Il décidera donc de frapper fort avec une attaque de Tiffauges et un siège conduit dans les règles.
Entre les remparts du château, les artisans et la population habituelle est là. La foire y bat aussi son plein avec ses stands et ses échoppes. Avisés de l’approche des troupes d’Anjou, les paysans devront rentrer à la hâte les bêtes en les murs de la forteresse. De son côté, la garnison est aux aguets. Bientôt, tous devront retenir leur souffle car le duc d’Anjou approche. Le siège s’organise et, déjà, les murs du château tremblent. L’histoire est en marche.
Compagnies médiévales et troupes attendues
Mesnie Enguerran – Lions d’anjou – La guerre des couronnes – Emptivus miles – Mesnie de l’Hermine – Confrérie de la quintefeuille – L’ost du Phoenix – Mignoned Ar Bro – L’ost du Castel – Alsaciae protectorès – Ar soudarded – Tards Venus – Le Feu Liégeois – Societas Angliciis – Elsass tempora – Les Chiens de Saint Martin – Les Armoises – Jean Marie Thomine – Mesnie de Penhoët – Simianes – Obliti Milites – Les Genz d’armes 1415 – La Guilde des 3 couronnes – La Grant Compaigne – Passion de Roy – Doba Karlova – Sir Andrew Longsword – Gesellschaft des Elefanten – Die Bledenbouer 1360 – Compania della Laginestra – Family retinue Lodzia coat of arms – Red Srebmog zmaja – Rolland de Glabbecke – Waraok – Volte Gaillarde – Via Historiae
Marché médiéval, ateliers d’antan, vie médiévale et ménestrels
En plus du fer croisé et de l’ambiance fiévreuse de la bataille, les visiteurs pourront accéder, sur place, à un marché médiéval et artisanal, mais aussi les trouvères et ménestrels ne manqueront pas non plus pour animer l’endroit de leurs musiques médiévales et de leur facéties. On pourra y ajouter de riches ateliers d’artisanat d’époque tisserand : ébéniste, serrurier, boisselier, forge, cuir, armurerie, vannier, potier, scribe,… et d’autres aspects de la vie médiévale civile et militaire se donneront, bien sûr, à découvrir.
Fred Pour moyenagepassion.com A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.
NB : les photos utilisées dans cet article sont non contractuelles et n’ont vocation qu’à donner une idée de ces Médiévales. Elles proviennent, en effet, des éditions précédentes. Crédit photo @Barry ‘s photography.
Sujet : chanson, médiévale, roi troubadour, roi poète, trouvère, vieux-français, langue d’oïl, amour courtois, chant de croisade. Période : Moyen Âge central, XIIIe siècle. Auteur : Thibaut de Champagne (1201-1253) Titre : « Dame, einsi est qu’il m’en couvient aler » Interprète : Modo Antiquo, Bettina Hoffmann Album : Secular Songs & Dances From The Middle Ages (2006)
Bonjour à tous,
u Moyen Âge central, Thibaut IV, comte de Champagne et roi de Navarre s’adonne à la poésie et à l’art des trouvères. Le talentueux roi compositeur qu’on surnommera, bientôt, Thibaut le Chansonnier, léguera une œuvre abondante encore reconnue, de nos jours, parmi les fleurons de la lyrique courtoisie de la première moitié du XIIIe siècle. Aujourd’hui, nous vous entraînons à la découverte d’une nouvelle pièce tirée du legs du noble champenois avec, à l’appui, sources, commentaires, traduction et une interprétation par une formation de musiques médiévales contemporaine, l’ensemble Modo Antiquo dirigé par Bettina Hoffman.
La douleur du partir au moment des croisades
La pièce du jour est souvent classée dans les chants de croisade même si sa thématique est double et qu’elle traite aussi de la « dure départie », autrement dit la douleur de la séparation, en l’occurrence, au moment de prendre la croix pour se rendre en terre lointaine.
On se souvient de deux autres chansons de Thibaut sur le thème de la croisade. Il y eu d’abord Au tans plein de félonie écrit une dizaine d’années auparavant. On n’y sentait le noble assez tiède et critique vis à vis de l’expédition en terre sainte. et il s’y montrait déjà réticent de s’engager pour tout laisser, y compris sa belle. Nous avions eu également l’occasion d’étudier la célèbre chanson « Seigneurs sachiez qui or ne s’en ira » écrite plus près de celle du jour et dans laquelle Thibaut de Champagne exhortera, cette fois, de manière énergique et autoritaire, ses contemporains à prendre la croix.
Sur le fond, la pièce que nous vous proposons d’étudier, aujourd’hui, est un peu entre les deux. Nous nous situons autour de 1238-1239, Thibaut s’est, cette fois, résolu à partir en expédition mais la séparation reste dure. Il lui coûte toujours de laisser la dame de son cœur et, de ce point de vue, le texte se tient dans le registre courtois et amoureux. En revanche, il n’est plus question de reculer et s’il est triste, le roi de Navarre se dit aussi joyeux de servir Dieu. Il acceptera même de trouver refuge auprès du culte marial en troquant ses amours temporelles contre une dame plus spirituelle.
Sources manuscrites d’époque
On retrouve cette pièce dans un certain nombre de manuscrits anciens. Pour l’illustration d’aujourd’hui et pour la notation musicale, nous avons choisi de vous la présenter telle qu’elle apparaît dans le Chansonnier Cangé. Le roi de Navarre y côtoie de nombreux autres trouvères qui lui sont contemporains ou antérieurs : Blondel de Nesle, le Chastelain de Coucy, Gace Brûlé, et quelques autres.
Ce célèbre ouvrage médiéval, daté de la dernière partie du XIIIe siècle, est conservé sous la référence ms Français 846 au département des manuscrits de la BnF et également consultable en ligne sur Gallica. Pour la graphie moderne de ce texte, nous avons fait appel à l’ouvrage « Les Chansons de Croisade » de Joseph Bédier et Pierre Aubry, sorti en 1909 aux éditions Honoré Champion. Pour son interprétation, nous vous entraînons du côté de l’Italie et de Florence avec l’ensemble Modo Antiquo sous la direction de Bettina Hoffmann.
L’ensemble médiéval italien Modo Antiquo
Fondé en 1984, à Florence, par Federico Maria Sardelli, la formation Modo Antiquo exerça d’abord ses talents dans un répertoire qui s’étendait du Moyen Âge à la renaissance et au baroque. Quelques années plus tard, son directeur le fera évoluer vers un brillant orchestre de 25 musiciens qui se fera connaître et même récompensé pour ses interprétations dans le domaine de la musique classique et baroque.
C’est à cette période de transition que sera formé l’ensemble médiéval Modo Antiquo, formation plus réduite dirigée par la violoncelliste, joueuse de viole de gambe et musicologue allemande Bettina Hoffman, elle-même épouse du directeur et musicologue italien. En près de 25 ans de carrière, cette formation spécialisée dans les musiques du Moyen Âge, a déjà eu l’occasion d’explorer de nombreuses thématiques : de Carmina Burana et des chants de goliards jusqu’à des chants de croisades, des danses italiennes des XIIIe et XIVe siècles ou encore les plus belles pièces des maître de musique de l’école Florentine et de Francesco Landini.
Secular Songs & Dances from the Middle Ages, un coffret complet de musique médiévale
En 2006, la formation médiévale faisait paraître un coffret de pas moins de 6 CDs dédié aux chants et danses profanes du Moyen Âge. Avec plus de 6 heures d’écoute, il comprend 2 Cds sur les Carmina Burana, 2 sur les musiques et les chants de croisade et enfin deux autres sur les danses de la France, l’Italie et l’Angleterre médiévale : estampie royale, trotto, saltarello et « tutti quanti ». Autrement dit, une belle somme d’œuvre majeures du Moyen Âge.
Notre pièce du jour trouve sa place sur le premier CD dédié aux musiques et chants de croisade et sur la deuxième partie de celui- ci, dédié justement à « la dure départie ». La première partie de ce même CD porte sur « l’appel à la croisade ». Le deuxième CD aborde, quant à lui, la difficulté des expéditions et leur conséquences, dans une première partie, et les récompenses du chevalier à l’arrivée dans la Jérusalem céleste, dans une deuxième.
Avec 27 pièces dédiées aux musiques des croisades, ces deux opus nous gratifient d’un bon nombre de compositions familières (voir nos articles sur les chants de croisade). La plupart sont en vieux français et en oïl, mais on en trouve, également, un certain nombre en latin, et même une en allemand. Les deux chansons de croisade de Thibaut de Champagne susmentionnée s’y trouvent en compagnie de celle du jour et, du point de vue des autres signatures, le noble est bien entouré : le Chastellain de Couci, Huon d’Oisi, Richard Cœur de Lion, Guiot de Dijon, … et encore de nombreuses auteurs d’époque demeurés anonyme.
Cet impressionnant coffret de l’ensemble italien, est toujours disponible à la vente. Il est édité chez Brillant Classics et on le trouve même au format digitalisé. Voici un lien utile pour plus d’informations : Chants et danses profanes du Moyen Âge de Modo Antiquo.
« Dame, einsi est qu’il m’en couvient aler« en vieux-français et sa traduction
Dame, ensi est qu’il m’en couvient aler Et departir de la douce contree Ou tant ai maus apris a endurer; Quant je vous lais, droiz est que je m’en hee. Deus! pour quoi fu la terre d’Outremer, Qui tant amant avra fait dessevrer Dont puis ne fu l’amors reconfortee, Ne n’en porent leur joie remenbrer !
Dame, c’est ainsi qu’il me faut m’en aller Et me séparer de la douce contrée Où j’ai tant appris à endurer de maux ; Et comme je vous laisse, il est juste que je me haïsse. Dieu ! pourquoi avoir fait la terre d’outre-mer, Qui aura séparé tant d’amants, Qui, ensuite, n’eurent le réconfort d’amour Ni ne purent s’en remémorer leur joie ?
Ja sans amor ne porroie durer, Tant par i truis fermement ma pensee ! Ne mes fins cuers ne m’en lait retorner, Ainz sui a lui la ou il veut et bee. Trop ai apris durement a amer, Pour ce ne voi conment puisse durer Sanz joie avoir de la plus desirree C’onques nus hons osast plus desirrer.
Jamais sans amour, je ne pourrais tenir, Tant en lui, j’ai mis fermement ma pensée, Pas d’avantage que mon cœur loyal ne me laisse m’en détourner, Mais je suis avec lui là où il veut et aspire. J’ai trop pris coutume d’aimer ; Aussi je ne vois pas comment je pourrais continuer de vivre, Sans avoir joie de la plus désirée Qu’aucun homme n’osa jamais désirer.
Je ne voi pas, quant de li sui partiz, Que puisse avoir bien ne solas ne joie, Car onques riens ne fis si a envis Con vos laissier, se je ja mès vous voie; Trop par en sui dolens et esbahis. Par maintes foiz m’en serai repentiz, Quant j’onques voil aler en ceste voie Et je recort voz debonaires diz.
Je ne vois pas, une fois séparé d’elle Que je puisse avoir ni consolation, ni joie, Car jamais je n’ai rien fait de si mauvais gré Que vous quitter, si je ne devais jamais vous revoir (1) Par quoi j’en suis trop affligé et ému ; Par maintes fois je m’en serai repenti, Quand jamais je ne voulus emprunter cette voie (2) et que je me souviens de vos aimables paroles.
Biaus sire Dex, vers vous me sui ganchis; Tout lais pour vous ce que je tant amoie. Li guerredons en doit estre floris, Quant pour vos pert et mon cuer et ma joie. De vous servir sui touz prez et garnis; A vous me rent, biaus pere Jhesu Cris ! Si bon seigneur avoir je ne porroie: Cil qui vous sert ne puet estre traïz.
Beau seigneur Dieu, c’est vers vous que je me suis tourné ; Pour vous je laisse tout ce que j’aimais tant ; La récompense devra en être belle, Quand pour vous, je perds mon cœur et ma joie. Pour vous servir, je suis tout prêt et garni (de garnison, équipé) : Je m’en remets à vous, beau père Jésus-Christ ;(3) Si bon Seigneur, je ne pourrais avoir : Celui qui vous sert ne peut être trahi.
Bien doit mes cuers estre liez et dolanz: Dolanz de ce que je part de ma dame, Et liez de ce que je sui desirrans De servir Dieu cui est mes cors et m’ame. Iceste amors est trop fine et puissans, Par la covient venir les plus sachans; C’est li rubiz, l’esmeraude et la jame Qui touz guerist des vius pechiez puans.
Mon cœur doit bien être joyeux et affligé : Affligé de ce que je me sépare de ma dame, Et joyeux de ce que je suis désireux De servir Dieu, à qui appartient mon corps et mon âme. Cet amour là est chose trop fine et puissante ; Par là il convient que viennent les plus instruits (4) : C’est le rubis, l’émeraude et la gemme Qui guérit tous les hommes des vils péchés puants.
Dame des cieus, granz roïne puissanz, Au grant besoing me soiez secorranz ! De vous amer puisse avoir droite flame ! Quant dame pert, dame me soit aidanz !
Dame des cieux, grande reine puissante, En mon grand besoin soyez-moi secourable ! ¨Puissé-je vous aimer avec la juste flamme (5) Quand je perds une dame, qu’une dame vienne à mon aide !
Notes
(1)se je ja mès vous voie. J. Bédier traduit : j’en jure sur mes chances de vous revoir un jour. Il ajoute : « J’interprète ces mots comme une application à la dame de la formule de serment : se je ja mes Dieu voie« . (2) aler en ceste voie : entrer dans ce pèlerinage (J Bédier). (3) A vous me rent, biaus pere Jhesu Cris : je me rends à vous comme votre vassal, beau père Jésus-Christ (J Bédier). (4) Notes de Bédier sur ces plus sachants : sont-ils les plus savants (au sens spéculatif), ou plutôt ceux que l’expérience de la vie a rendus les plus sages ? (5) De vous amer puisse avoir droite flame ! Puisse m’éprendre la bonne flamme de l’amour de vous ! (J Bédier)
En vous souhaitant une fort belle journée. Fred Pour moyenagepassion.com A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes.