Sujet : fêtes médiévales, annonce, recherche compagnies, artisans, reconstituteurs, animations médiévales. Lieu : La Roche-Posay, département de la Vienne, Centre-Ouest Dates : 7 et 8 juillet 2018
Bonjour,
ous sommes régulièrement contactés par des compagnies médiévales à la recherche de festivals, d’opportunités ou d’événements autour du moyen-âge. Cette fois-ci, c’est l’inverse, c’est une association qui recherche des compagnies, artistes ou artisans spécialisés dans le moyen-âge pour organiser ses médiévales. Nous relayons donc l’information auprès de tout ceux qui peuvent être intéressés.
« Coeur Chevaleresque – Médiévales Rochelaises, notre association recherche des artisans ainsi que des associations médiévales pour participer aux festivités de La Roche-Posay, les 07 et 08 juillet prochains. Si vous êtes intéressés, contactez-nous. Merci de partager cette publication avec vos amis ! «
Vous pouvez donc les contacter directement à l’adresse mail présente sur l’affiche.
En vous souhaitant une belle journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes
Sujet : Kaamelott, cinéma, trilogie, film, news, nouveautés, interview, humour, série télévisée, comédie, humour, détournement. Période : moyen-âge central pour le roman arthurien & haut moyen-âge pour la légende. Auteur : Alexandre Astier Distribution : CALT production, M6
Bonjour à tous,
vec le début d’année, les fans et amateurs de la série télévisée Kaamelottapprécieront certainement à leur juste valeur les déclarations faites aujourd’hui même, mardi 2 janvier 2018, par l’auteur lui-même, Alexandre Astier, sur l’avancée de son projet cinématographique autour des légendes arthuriennes, mais encore sur les quelques points de blocages pouvant en expliquer les retards.
NB : avant d’entrer dans le vif du sujet, précisons que nous émaillons cet article d’affiches et autres images détournées issues de la page Facebook Autour de Kaamelott et qui n’ont rien à voir avec le film original prévu. Elles seront d’ailleurs seront bientôt reléguées au rencart à en juger par les nouvelles du jour.
Déboires, retards, un peu d’histoire
On s’en souvient, plus de deux ans se sont déjà écoulés depuis la résolution des problèmes de droits d’exploitation cinématographique entre l’auteur et la société Calt qui l’avait accompagné dans la co-production de la série pour la télévision. Depuis l’annonce faite du déblocage de la situation, courant 2015/2016, la grande majorité des fans s’était donc attendue à une sortie rapide du premier volet de ce qui s’annonçait comme une trilogie, sous réserve, bien sûr, que le film trouve son public, ce qui semble, encore à ce jour, peu sujet à caution, au regard du succès de la série.
Pourtant, depuis rien n’était encore venu et ce, malgré une confirmation de l’auteur lui-même de la mise en route du projet, dans une interview donnée à l’Express en Juin 2016, suivie, dans le courant de l’automne de la même année 2016, d’annonces faites par certains acteurs de la série (dont François Rollin notamment) qui avaient confirmé un possible début de tournage au printemps 2017.
Par la suite, un black-out relatif avait de nouveau recouvert le sujet. Pas de nouvelles, à l’exception d’un ou deux tweets (énigmatiques) de l’auteur, courant juin 2017 et d’une courte interview donnée au vrai faux journal de Canal+ en avril 2017 : « Le tournage s’apprêtait à commencer » avait-il alors déclaré, En date du 13 décembre 2017, c’est cette fois Serge Papagalli, le grand Guethenoc de Kaamelott, qui annonçait dans un interview sur France3 Rhône-alpes, sa participation prévue dans le long métrage et un tournage probable prévu pour « fin printemps, début été » de cette année 2018.
Depuis, du côté des fans de la série, on attendait toujours une confirmation ou au moins une information de l’auteur lui-même qui puisse apporter un peu d’eau au moulin. C’est aujourd’hui chose faite puisque, invité de France Inter et d’Antoine De Caunes (le Dagonet de Kaamelott) Alexandre Astier révélait ce début-d’après midi et sans même entendre qu’on lui pose la sempiternelle question, être toujours affairé sur le projet, en donnant, en plus, quelques informations fraîches le concernant.
Kaamelott, le film, opus 1, les news
« Il faut le faire comme il faut. Il ne faut pas que ce soit simplement une comédie avec uniquement des vannes à la con. Il faut que ce soit un film avec tout dedans – et tout dedans c’est compliqué. Il est écrit. Simplement, voilà, il faut trouver des sous. Je ne vais pas m’en sortir avec un film d’1h25. Ça ne dépend pas que de moi, vous vous doutez bien que je vais pas faire ça tout seul dans ma cave. Il faut que je trouve un petit plus de sous parce que c’est un film de près de deux heures, c’est compliqué à monter. « Alexandre Astier – extrait interview France Inter, 2 janvier 2018
Le film est donc écrit, on le savait déjà, mais c’est une nouvelle information, il devrait durer au moins 2 heures, et c’est encore une news, sans doute même plus importante, bien que glissée entre deux phrases, le budget n’est pas encore tout à fait bouclé.
Évalué il y a quelques années, le budget du premier volet cinématographique de Kaamelott avait été annoncé comme bouclé, la partie financière comme ne constituant pas un frein à la réalisation. Il semble donc s’avérer aujourd’hui un peu plus coûteux que prévu. Sans douter aucunement de la capacité d’Alexandre Astier,le réalisateur, à évaluer les coûts et à dimensionner précisément ses ambitions, il faut dire qu’à l’époque l’enveloppe annoncée (de mémoireautour de 15 millions d’euros) avait même pu paraître à certains particulièrement modeste en prenant en considération les possibles moyens à engager pour un tel sujet et supposant que le film n’allait pas se contenter comme la série télévisée d’être tourné majoritairement à « huis clos ».
Ecrit depuis longtemps, peut-être qu’avec le temps Alexandre Astier y a aussi apporté quelques petites retouches ? Difficile de le savoir. Quoiqu’il en soit, il nous annonce en tout cas et c’est une bonne nouvelle un film de 2 heures, ce qui semble une durée bienvenue pour traiter convenablement un thème de la richesse des légendes arthuriennes. Au passage, cela devrait aussi permettre aux spectateurs d’en avoir pour leur faim, après une si longue attente.
Ajoutons que si nous n’avons pas encore de date de sortie précise, pour la recherche de fonds, les millions de fans encore actifs sur les réseaux sociaux, les conférences, les ouvrages et le mouvement que la série suscite encore, devraient largement rassurer quelques financiers ou producteurs désireux de participer ou de s’associer au projet. Gageons donc que de ce côté là, la situation saura se débloquer rapidement et c’est tout le bien que l’on souhaite à l’auteur et à son projet.
Réécouter l’émission complète de France Inter
Kaamelott en bande Dessinée, le tome 8 :
L’antre du basilic
Dans l’attente de la sortie au cinéma, les fans pourront toujours se mettre sous la dent le Tome 8 de Kaamelott en Bande dessinée « l’Antre du Basilic » qui vient à peine de sortir chez Casterman. Ecrit par Alexandre Astier, l’album a été réalisé, comme les sept premiers, en collaboration avec le dessinateur belge Steven Dupré. Vous pourrez le trouver à la vente ici: Kaamelott, Tome 8 : L’Antre Du Basilic ou en cliquant sur l’image ci-contre.
En vous souhaitant une belle journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.
Edito du 4 janvier 2018.
Suite à l’interview sur France Inter, de nombreux fans s’étaient manifestés pour se dire prêts à financer eux-mêmes et en partie le film, via des opérations de Crowd-funding, etc. Du coup, une petite clarification d’Alexandre Astier est arrivée, aujourd’hui même (4 janv) sur son compte Twitter, quant à ce « manque d’un peu de sous » dont il avait parlé à la radio. L’affaire est en bonne marche et il n’y a donc pas lieu de s’inquiéter.
Sujet : musique, chanson et poésie médiévale, troubadours, servantois, sirventes. chanson de voeux, portrait, éléments biographiques, vidas. Titre : « Ar’ agues eu mil marcs de fin argen », « Puisse-je avoir mil marcs d’argent fin » Auteur : Pistoleta, troubadour provençal, Aquitaine et Languedoc Période : moyen-âge central, XIIIe siècle
Bonjour à tous,
u troubadour Pistoleta, les vidas ou le parnasse occitan nous apprennent qu’il fut lui-même le chanteur du troubadour et conteur Arnaud de Mareuil. Clerc d’assez pauvre condition, ce dernier colporta son art dans l’entourage de Raymond V de Toulouse et notamment de la soeur de ce dernier la contesse de Burlats. Il est d’ailleurs entré plus largement dans la postérité que l’artiste qui nous intéresse aujourd’hui mais il faut dire qu’à la période contemporaine de Pistoleta et au vue de leur nombre, les troubadours qui se tenaient en Provence, en Aquitaine et au delà se trouvaient exposés à une sérieuse concurrence.
Vida de Pistoleta et parnasse occitanien
« Pistoleta si fo cantaire d’en Arnaut de Maruoill e fo de Proensa; e pois venc trobaire e fez cansos con avinens sons. E fo ben grazitz entre la bona gen ; mais hom fo de pauc solatz, e de paubra enduta, e de pauc vaillimen. E tolc moiller à Marseilla ; e fes se mercadier e venc rics ; e laisset d’anar per cortz. »Le parnasse occitanien. Edtion de 1819.
Le peu d’informations biographiques que l’on trouve concernant Pistoleta puise, de manière plus ou moins explicite, à la même source : les Vidas. Nous l’avons déjà dit par ailleurs mais il est sans doute bon de le répéter ici : issues vraisemblablement de la tradition orale provençale colportée sur les troubadours, ces « biographies » furent rédigées près d’un siècle plus tard et se présentent toutes sous une forme plus ou moins anecdotique et romancée. Leur nature littéraire a été largement soulignée par Michel Zink qui recommande de prendre, à leur égard, un certain recul critique, en privilégiant plutôt l’analyse littéraire justement, la véritable valeur historique des faits rapportés ne pouvant, dans bien des cas, pas être corroborée par d’autres sources. Nous mettons donc quelques guillemets à ces éléments biographiques mais comme ils sont à peu près les seuls en notre possession, il nous faut bien au moins les citer ici.
Ci-contre représentation de Pistoleta, Chansonnier provençal dit chansonnier K, manuscrit ancien, ms 12473 Bnf, milieu du XIIIe siècle)
En activité de la fin du XIIe siècle au début du XIIIe (1230), il semble donc qu’à force de colporter et de chanter les oeuvres d’Arnaud de Mareuil, Pistoleta fut lui-même tenté de s’essayer à la composition et à la rédaction de ses propres chansons. Homme de pauvre apparence et peu de moyens (toujours d’après les vidas), il se serait fait plus tard marchand en la ville de Marseille ce qui lui aurait réussi plutôt bien . Il aurait alors laisser de côté l’art de trobar et ses errances de cour en cour pour se consacrer entièrement à cette nouvelle activité.
Histoire générale de Provence
En fouillant un peu plus loin dans les sources, nous trouvons encore les lignes suivantes (plutôt lapidaires) concernant notre troubadour. L’ouvrage est une Histoire générale de Provence, rédigée vers la fin du XVIIIe siècle :
« Pistoleta, après avoir longtems chanté les chansons des autres, voulut en faire ; mais il n’eut point de succès : on n’en aima que les airs qui furent trouvé agréables. Il nous reste de lui cinq chansons triviales, sur l’amour qu’il avoît pour une dame d*un haut rang, qui ne pouvoit le souffrir. C’est lui-même qui nous apprend cette circonstance dans une pièce, où il dit, que le tems qu’il passe avec elle, « lui paroit si court y que l’adieu touche presqu’au bon jour ». La dame ne devoit pas le trouver de même, s’il est vrai, comme le dit l’historien provençal, qu’il fut peu amusant, qu’il eût peu de mérite et peu d’usage du monde.
Dans ce cas-là, il fit très-bien de renoncer à la poésie, & de se faire marchand à Marseille, où il s’enrichit ; ce qu’il n’auroit pas fait dans la carrière du bel esprit, ingrate même pour les talens & où l’on se couvre de ridicules, quand on n’y porte que des prétentions. Pistoleta avoit été dans plusieurs cours : nous avons de lui une chanson dont l’envoi est au comte de Savoie, ( probablement Amédée IV), prince sage, dit-il, doué de toutes les belles qualités, aimant le mérite et se faisant aimer. » Histoire générale de Provence T2, page 414. (1778)
Pistoleta connut-il un succès relatif ou pas du tout ? Suivant qu’ils se fient ou non aux Vidas, Les auteurs semblent plutôt mitigés sur cette question même si le changement d’orientation dans la carrière de l’infortuné troubadour semble plutôt plaider en défaveur de son art. Quoiqu’il en soit, la chanson que nous vous proposons de découvrir aujourd’hui est joliment tournée et on devine bien, à travers ses lignes, la vie de misère et les difficultés que l’artiste dut traverser, du temps où il s’exerçait à la poésie et au chant. Sans être très caustique, ni d’une satire manifeste, elle est sans doute à ranger dans les « sirventes » pour sa dimension sociale puisqu’elle compte les misères du poète et ce même si elle comprend aussi des éléments courtois.
Servantès ou chanson de vœux adaptée
Ar agues eu mil marcs de fin argen
Contre l’Histoire générale de Provence citée plus haut, dans un ouvrage de 1893, intitulé La poésie lyrique et satirique au moyen-âge, le philologue et chartiste lyonnais Léon Clédat se rangeait lui-même, implicitement (et même mot pour mot, mais sans les citer), du côté des Vidas pour nous parler de Pistoleta : « Il se fit troubadour à son tour, et il eut beaucoup de succès parmi les bonnes gens ». ( « E fo ben grazitz entre la bona gen ») .
Dans la foulée, il faisait encore remarquer que la chanson du troubadour que nous vous présentons aujourd’hui avait due connaître un succès suffisamment important pour se voir traduite en français et nous fournissait même l’adaptation de deux de ses paragraphes (hélas sans en citer la source, ni l’auteur précis).De son titre provençal qui est, en général, la reprise de la première ligne de la chanson « Ar agues eu mil marcs de fin argen », le titre de la version française était alors devenu « Chanson de Voeux ».
Pour le reste de la traduction, hormis ses deux paragraphes livrés « clefs en main » par Leon Clédat(voir image en tête d’article) nous nous sommes basés pour « adapter » le reste de la chanson sur une traduction de Cyril Heshon, paru en 2003, dans la revue des langues romanes(la partition moderne que nous livrons plus haut provient du même article). Pour être honnête, nous n’avons pas cherché la rime et cette adaptation mériterait franchement que l’on y revienne à un moment ou à un autre. Pour le moment, elle aura au moins le mérite de rendre un peu plus intelligible l’Oc original de Pistoleta.
Ar agues eu mil marcs de fin argen et atrestan de bon aur e de ros, et agues pro civada e formen, bos e vacas e fedas e moutos, e cascun jorn .c. liuras per despendre, e fort chastel en que·m pogues defendre, tal que nuls hom no m’en pogues forsar, et agues port d’aiga dousa e de mar.
Puissé-je avoir mil marcs de fin argent Et tout autant de bon or et de roux, Et quantité d’avoine et de froment. Boeufs et vaches et brebis et moutons, Et chaque jour cent livres à répandre, Et fort château où me pusse défendre, Tel que nul homme y forcer ne me pût ; Puissé-je avoir port d’eau douce et de mer !…
Et eu agues atrestan de bon sen et de mesura com ac Salamos, e no·m pogues far ni dir faillimen, e·m trobes hom leial totas sasos, larc e meten, prometen ab atendre, gent acesmat d’esmendar e de rendre, et que de mi no·s poguesson blasmar e ma colpa cavallier ni joglar.
Et si j’avais suffisamment de sens Et de mesure comme en eut Salomon, Ne me trompant jamais, ni en faits, ni en dits, Et si j’étais loyal en toutes circonstances, Large et généreux, fidèle à mes promesses, bien prompt à m’amender et à payer mes dettes, Et que de moi jamais on ne puisse blâmer Ni critiquer mes faits, jongleurs ou chevaliers.
Et eu agues bella domna plazen, coinda e gaia ab avinens faissos, e cascun jorn .c. cavallier valen que·m seguisson on qu’eu anes ni fos ben arnescat, si com eu sai entendre; e trobes hom a comprar et a vendre, e grans avers no me pogues sobrar ni res faillir qu’om saubes atriar.
Et si j’avais aussi une dame plaisante aimable, belle et gaie, aux manières avenantes, Et chacun jour pour moi des chevaliers vaillants qui me suivent où que j’aille et où que je me tienne Bien harnaché, comme je sais m’y entendre; Et si j’avais assez pour acheter et vendre, Et que grands avoirs ne me manquent jamais Ni ne me manque rien que l’on puisse acquérir.
Car enueis es qui tot an vai queren menutz percatz, paubres ni vergoinos, perqu’eu volgra estar suau e gen dinz mon ostal et acuillir los pros et albergar cui que volgues deissendre, e volgra lor donar senes car vendre. Aissi fera eu, si pogues, mon afar, e car non pois no m’en deu hom blasmar.
Car dur il est tout l’an d’aller chercher Menus profits comme un pauvre honteux. Aussi voudrais être heureux et tranquille Dans mon hôtel et accueillir les preux. Et héberger qui voudrait y descendre, Et je voudrais leur donner sans rien vendre. Si je pouvais, mènerais telle vie : Quand ne le puis, ne m’en doit-on blâmer.
Domna, mon cor e mon castel vos ren e tot quant ai, car etz bella e pros; e s’agues mais de que·us fezes presen, de tot lo mon o fera, si mieus fos, qu’en totas cortz pois gabar ses contendre qu’il genser etz en qu’eu pogues entendre. Aissi·us fes Dieus avinent e ses par que res no·us faill que·us deia ben estar.
Mon cœur et mon château, Dame, je vous remets Et tous les biens que j’ai, car êtes noble et belle; Si j’avais plus encore, présent je vous ferais, pour peu qu’il soit mien du monde en son entier Car en toutes les cours je vante sans ambages que plus belle que vous, on ne puisse trouver. Ainsi comme Dieu vous fit, charmante et sans égale que jamais rien ne manque qui puisse vous contenter.
En vous souhaitant une excellente journée.
Fred
pour moyenagepassion.com A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes
Sujet : amour courtois, musique, poésie médiévale, Cantigas de amigo V, galaïco-portugais, troubadour. Période : XIIIe siècle, moyen-âge central Auteur : Martín (ou Martim) Codax Titre: Quantas Sabedes Amar Amigo Interprètes : Montserrat Figueras, Jordi Savall, Ferran et Arianna Savall Album : Du temps & de l’instant (2005)
Bonjour à tous,
robablement natif de la Province de Vigo en Gallice qu’on retrouve présente dans nombre de ses chansons, Martín Codax fut un troubadour galaïco-portugais du moyen-âge central. Bien qu’il soit indéniablement l’un des poètes les plus connus et les plus diffusés de la littérature médiévale galaïco-portugaise (« profane ») nous n’avons pas la date précise de sa naissance ou de sa mort et nous connaissons de sa vie, comme beaucoup de troubadours, uniquement ce que ses poésies nous en apprennent, c’est à dire presque rien. On situe, en général, ses activités artistiques entre le milieu du XIIIe et les débuts du XIVe siècle.
Le Parchemin Vindel
Ses oeuvres nous sont connues par les chansonniers et manuscrits anciens de lyrique galaïco-portugais ou même encore par le Parchemin Vindel. C’est d’ailleurs grâce à ce dernier document, découvert totalement par hasard au début du XXe siècle dans un exemplaire de l’ouvrage De Officiis de Cicéron que l’on a pu retrouver les notations musicales des chansons du poète. Le parchemin daté du milieu du XIIIe siècle et composé de plusieurs feuillets, avait vraisemblablement servi plus tardivement à un moine pour effectuer la reliure de l’ouvrage politique de l’homme d’Etat romain. C’est un libraire madrilène du nom de Pedro Vindel qui fit cette découverte en 1914. Aujourd’hui, le précieux document est conservé aux Etats-Unis, à la Morgan Library & Museum, de New York.
Ajoutons encore qu’à ce jour, le Parchemin Vindel et le Parchemin Sharrer(lui aussi découvert très tardivement, vers la fin du XXe siècle), sont les deux seuls documents anciens ayant permis de retrouver les compositions musicales originales des Cantigas de Amigo.
Le legs et les chansons de Martín Codax
Les chansons de Martín Codax sont toutes regroupées sous le genre des Cantigas de amigo ou chansons pour l’être aimé et nous sommes donc clairement ici dans le registre lyrique de l’amour courtois.
Les oeuvres léguées par le poète galaïco-portugais sont peu nombreuses ; sept chansons ont été mises à jour pour l’instant et le parchemin Vindel a permis de retrouver la musique de six d’entre elles. Jusqu’à encore récemment le succès de ce troubadour médiéval a largement débordé la péninsule ibérique et on le trouve repris par un nombre incalculable de formations spécialisées dans les musiques anciennes, à travers l’Europe et même au delà. La musicalité de la langue galaïco-portugaise autant que la pureté et la simplicité de sa poésie y sont indéniablement pour beaucoup. Les chansons de Martin Codax les plus souvent reprises mettent en scène la mer de Vigo et ses vagues évocatrices de contemplation et de poésie. C’est le cas de celle du jour à laquelle la talentueuse chanteuse lyrique soprano Montserrat Figueras prêtait son talent dans les années 2000.
Quantas sabedes amar amigo, par Montserrat Figueras
Du temps & de l’instant
Pour l’interprétation de la Cantiga de Amigo du jour, la V, nous avons donc choisi l’envoûtante interprétation de Montserrat Figueras accompagnée de Jordi Savall, de leurs deux enfants Ferran et Arianna et du percussionniste Pedro Estevan.
L’enregistrement date de 2005 et il est tiré de l’album au titre français : Du temps & de l’instant. Les artistes catalans signaient là une production familiale et intimiste présentant une sélection de pièces allant du moyen-âge central à des siècles plus récents (XVIIIe et au-delà). Ils y visitaient au passage l’Espagne, la Catalogne, l’Orient et même encore la Grèce et le mexique. L’album est toujours disponible à la vente sur le site officiel d’Alia Vox, leur maison de distribution.
Les Paroles de la Cantiga de Amigo V
et leur traduction, adaptation en français
Dans les chansons issues de Cantigas de Amigo, le troubadour met en général ses mots dans la bouche d’une demoiselle parlant de l’être aimé, le louant ou l’attendant. C’est le cas ici.
Quantas sabedes amar amigo treydes comig’ a lo mar de Vigo: E banhar-nos-emos nas ondas!
Jusqu’à quel point sais-tu aimer un ami (mon ami?)* Viens avec moi à la mer de Vigo : Et nous nous baignerons dans les vagues !
Quantas sabedes amar amado treydes comig’ a lo mar levado: E banhar-nos-emos nas ondas!
Jusqu’à quel point sais-tu aimer l’être aimé (mon aimé?) Viens avec moi à la mer de Vigo : Et nous nous baignerons dans les vagues !
Treydes comig’ a lo mar de Vigo e veeremo’ lo meu amigo: E banhar-nos-emos nas ondas!
Viens avec moi à la mer de Vigo Et nous verrons mon ami : Et nous nous baignerons dans les vagues !
Treydes comig’ a lo mar levado e veeremo’ lo meu amado: E banhar-nos-emos nas ondas!
Viens avec moi dans la mer agitée Et nous verrons mon aimé : Et nous nous baignerons dans les vagues !
* Notez que nous traduisons « Quantas sabedes amar » comme « Jusqu’à quel point (COMBIEN) sais-tu aimer » ce qui me parait le plus littéral et logique même si c’est une traduction totalement hispanisante que j’assume : « Cuantas Sabeis amar… »
L’absence de ponctuation laisse à penser que « Combien sais-tu aimer, ami » sous entendu « mon ami, mon aimé » peut-être sujette à caution, ce qui pourtant serait, là encore en espagnol contemporain, sans doute plus correct et donnerait en plus à la chanson un sens différent certes, mais peut-être plus logique ou « coulant ». Comme on trouve de nombreuses traductions espagnoles à la ronde qui ajoutent l’article indéfini « UN ». « Combien sais-tu aimer UN ami ou l’être aimé » Dans le doute, je le laisse donc et garde la porte ouverte aux deux options, même si je ne suis convaincu qu’à moitié et lui préfère largement la première : la jeune fille parlant à son propre amoureux, le « défiant » gentiment et l’invitant à la rejoindre dans les vagues. On retrouve encore et quelquefois cette phrase traduite comme « Toi qui sais aimer un ami » mais dans ce cas-là le « Quantas » est occulté et cela me semble encore moins correct.
En vous souhaitant une belle journée.
Fréderic EFFE
Pour moyenagepassion.com A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.