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« La grande histoire de Notre-Dame de Paris » une anthologie littéraire d’actualité

cathedrale-notre-dame-livre-litterature-reflexions-actualite-representation-Pascal-TonassiSujet  :  Notre Dame de Paris, cathédrale, littérature, grands auteurs, florilège, anthologie, réflexions, actualité, représentations, symboles.
Période  : du Moyen-âge à nos jours
Auteur :  Pascal Tonazzi
Titre :   La grande histoire de Notre-Dame dans la littérature, Edition le Passeur,  octobre 2019.

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionu cœur de l’actualité 2019,  nombre d’entre nous auront grand peine à oublier le funeste incendie qui emporta, dans ses terribles flammes, la flèche de Notre Dame de Paris et bien d’autres de ses  richesses.

L’émotion passée, l’heure fut bientôt aux interrogations autour de l’événement. Les plus croyants et les plus sensibles au sentiment religieux n’ont pu s’empêcher d’y lire quelques signes divins, en se perdant en conjectures sur la manière de les interpréter. D’autres s’étonnèrent aussi de la nature, définie (un peu trop vite à leur goût) comme accidentelle du sinistre. A l’habitude, les réseaux  sociaux s’y sont joint, mettant de l’huile sur le feu des émotions,  déchaînant les thèses, les antithèses et leurs trolls, ; et même les grands donateurs  qui s’affichèrent bientôt, n’échappèrent pas à  la diatribe.  A quelques mois de là, toutes les questions n’avaient pas été adressées,   mais   les préoccupations liées à la reconstruction de la célèbre  cathédrale, allaient bientôt donner lieu à de nouveaux débats.

Comment restaurer un symbole  et lequel ?

cathedrale-notre-dame-actualite-reflexion-litterature-moyen-ageAu titre des plus épineux, on trouvait et on trouve toujours, celui sur la décision architecturale : fallait-il opter pour le classique ou le moderne ? Privilégier une révolution complète dans les matériaux et les formes ? Ou préférer une restauration au plus près de l’original et de ses aménagements, y compris ceux de Viollet le Duc, datant du XIXe siècle.  Là encore, les esprits se sont échauffés. On ne touche pas si facilement à un symbole, fut-il partiellement brûlé.

Nous n’allons pas, ici, trancher sur ces débats mais plutôt observer combien toutes ses questions touchent à la nature polymorphe du symbole que représente, aujourd’hui, Notre-Dame.  De sa vocation religieuse évidente et manifeste, la cathédrale semble avoir glissé vers un statut largement plus flou : repère patrimonial, urbain, politique ou « culturel » ? Un peu tout à la fois ? Quelquefois, elle cumule, d’autre fois non. Pour le dire trivialement, au moment de l’incendie et pour une partie des regards, Dieu ou son temple ne semblaient  rien avoir à y faire,  c’est d’abord Paris qu’on amputait :  Notre Dame,  symbole divin, symbole historique, symbole parisien, symbole  de la nation, voire  de la république, symbole d’un continent même pourquoi pas ? (« Notre Dame d’Europe » !), et même encore symbole sans frontière, pleuré ou trollé mondialement, sur les réseaux  planétaires. Dans une éclipse presque total du religieux par le politique, on a même pu comparer l’impact symbolique de l’événement au tragique septembre outre-atlantique du World Trade Center.

Entre tradition   et   modernité

Pour abonder encore dans ce sens d’une Notre Dame de Paris, devenue réceptacle de tous les symboles, certains projets architecturaux ayant émergé par la suite ont bien montré la nature éclectique des projections et même, disons-le, des glissements. On pense, notamment, à cette idée de transformer le toit de l’antique cathédrale en une sorte de « serre botanique » ; autrement dit, de réaffecter totalement la nature originelle du bâtiment pour l’amener sur le terrain des idéologies modernes : Notre Dame de Paris ambassadrice de l’écologie.  Désacralisation du Monument, négation du sacré  ? Ou nouvelles formes de « sacralité » en quête de temples ?

Bref.  En dehors de ceux, sans doute minoritaires, que le sujet aura laissé totalement indifférent et qui n’ont vu, là,  qu’un brasier sur un amas de vielles pierres, tout se passe comme si chacun s’était fait de la cathédrale, son propre symbole. Et ce sont là autant de visions qui s’étalent et s’entrechoquent entre histoire, tradition et modernité.

Penser Notre Dame : une mise en profondeur et  en perspective

Face à tout cela, l’heure est sans doute venue de réfléchir, un peu plus posément, à Notre Dame  de Paris. Mieux la resituer dans notre histoire, notre héritage, notre culture, notre paysage urbain, notre imaginaire, voilà qui semblerait une excellente idée. Or, pour nous y aider, un ouvrage vient justement de paraître aux Editions Le Passeur. On le doit à Pascal Tonazzi et il a pour titre :  Une grande histoire de Notre-Dame  dans la littérature.

Un  patient travail de recherche  &    de compilation

cathedrale-notre-dame-de-Paris-livre-histoire-litterature-medievale-actualite-Pascal-TonazziDepuis plus de 15 ans déjà, Pascal Tonazzi est parti à la rencontre de la cathédrale sous un angle à la fois littéraire et monographique. Du moyen-âge à nos jours, il a ainsi patiemment collecté les textes, poésies, chansons et les vues des plus grands auteurs français et étrangers, au sujet de Notre Dame de Paris.

A travers leurs yeux et en suivant les pas de l’auteur dans ses recherches, nous redécouvrons l’édifice dans toute sa profondeur et dans toute la grâce de ses inspirations.    Certes, il n’est pas question de réduire le livre  de Pascal Tonazzi  à la seule actualité du sujet, mais, dans le même temps,   il ne pouvait mieux tomber.  Et si, comme le dit l’adage, c’est toujours sur les épaules des géants (qui les ont précédés) que les grands hommes ont pu voir plus loin, cet ouvrage se pose, aujourd’hui, comme un outil précieux pour mettre en perspective Notre Dame, dans son héritage comme dans son actualité.

La    grande histoire de Notre-Dame  de Pascal Tonazzi est disponible au format poche   ou ebook  au lien suivant : La grande histoire de Notre-Dame dans la littérature.

Pascal Tonazzi, auteur et artiste :
esquisse de biographie

pascal-tonazzi-auteur-livre-histoire-cathedrale-notre-dame-de-Paris-litteratureAmis des étiquettes figées et des avis tranchés, voila un auteur qui va vous obliger à réviser vos classiques. Pascal Tonazzi est, en effet, tout à la fois, un passionné de littérature et un musicien compositeur de jazz.

A l’aide de son instrument de prédilection, la guitare, il a même été primé, à plusieurs reprises, par des médailles d’or et on le trouve  aussi à l’accompagnement de nombreuses formations de jazz.    De grandes facilités donc. Il faut dire que, né en 1963 d’un père lui-même guitariste, notre auteur est tombé dans la musique, un peu comme Obelix dans la potion magique.  Du côté artistique, le cursus de Pascal s’enrichit encore du goût de la transmission. En plus de composer des partitions et des pièces pédagogiques pour guitare, il enseigne, en effet,  la musique et cet instrument au Conservatoire de Stains, mais encore au sein de diverses autres associations.

Ouvrages  et livres

Pour ce qui est de  son oeuvre écrite, on retiendra, pour l’instant un  précis sur le vocabulaire des fables de la Fontaine (datant de 2017), mais aussi une première sélection d’auteurs sur le thème de Notre Dame. Sorti en 2007, l’ouvrage avait pour titre : florilège de Notre Dame de Paris. Désormais, il faudra ajouter à ces deux parutions, cette « Grande histoire de Notre-Dame dans la littérature » qui se présente comme une version encore plus complète de  l’anthologie  de 2007.

En vous souhaitant une belle journée.

Frédéric Effe
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

Edito 2019, une belle aventure médiévale

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionvec la nouvelle année, vient le temps des résolutions et c’est aussi le bon moment de faire un édito de rentrée pour présenter un peu mieux ce qui se cache derrière Moyenagepassion.

Avant toute chose, une petit bilan : après plus de 3  ans de posts réguliers, sous-tendus par des milliers d’heures de recherche, nous aurons bientôt publié 1000 articles exclusifs sur le moyen-âge, incluant des centaines de traductions originales de textes médiévaux, chansons, poésies, citations, en langues modernes (italien, espagnol, catalan, anglais) mais aussi et surtout en langues anciennes (vieux-français d’oïl, moyen-français, langue d’oc, galaïco-portugais).

Avec une audience qui s’est constituée progressivement (voir courbe  graphique dans l’illustration ci dessous), Moyenagepassion a vu passer, depuis  sa création, plus de 380 000 utilisateurs, pour près de 800 000 pages vues. Plus de la moitié de ces chiffres est représentée par l’année 2018, à quoi il faut ajouter de nombreux partages sur nos réseaux sociaux (lancés plus tardivement). De son côté, notre chaîne Youtube est un peu demeurée en retrait, faute de temps, mais totalise tout de même près de 250 000 vues.

Tous ces chiffres ne font qu’augmenter, aussi, pour introduire cet édito 2019, permettez-nous, une fois encore, de vous remercier chaleureusement de votre présence, de votre suivi et de vos partages.

Qu’est-ce que le Moyen-âge ?

« Le Moyen-âge est à la mode et je m’en félicite » disait Jacques le Goff. Depuis que le célèbre historien médiéviste a prononcé ces mots, il y a plus de quarante ans, cette tendance n’a fait que se confirmer : littérature, romans, films, séries télévisées ou jeux vidéos, (souvent plus inspirés de l’Heroic fantasy que de l’Histoire réaliste), auxquels il faut encore ajouter les centaines de municipalités, châteaux et autres monuments de notre patrimoine classé qui, chaque année, donnent des fêtes et proposent des animations toujours plus nombreuses, en l’honneur des temps médiévaux.

C’est un fait, la soif et l’intérêt de notre monde moderne pour cette longue période ne s’est toujours pas tarie. Sans comparer sa durée à celles de certaines périodes présentes dans la préhistoire ou de la protohistoire, il faut dire que le Moyen-âge « triche » un peu avec ces 1000 ans généreux (quelquefois plus), dont les historiens lui ont fait cadeau à la suite des lettrés renaissants, 1000 ans qui couvrent, dans les faits, des réalités multiples propices à bien des séductions. Entre le haut Moyen-âge de Charles le Chauve et celui qui s’éteint déjà sous le règne d’un François 1er, que de chemin parcouru, en effet, que d’évolutions, de révolutions, presque ; dans les techniques de production et de construction, dans les mouvements architecturaux, dans les phénomènes d’urbanisation, dans la naissance, la vie et la lente agonie de la féodalité, dans l’émergence edito_2019-_moyen-age_monde_medieval_definitions_symboleset la propagation des grandes universités, dans l’évolution de la musique et de ses codes, dans la transformation des langues de l’Europe occidentale, dans les changements radicaux de l’art de la guerre, dans le redécoupage des territoires et la fixation progressive des frontières de nos nations actuelles, dans les changements de mœurs aussi.

Bien qu’on l’ait énormément étudié depuis le XIXe siècle et même s’il continue de l’être assidûment par nombre d’universitaires tombé eux-même, sans s’en voiler, dans sa fascination, les pointillés et les zones d’ombre entre les certitudes, mais plus encore, sans doute, quelques visées idéologiques passées ou actuelles, ont laissé s’installer, voire s’enraciner, nombre d’idées toutes faites sur le monde médiéval, au point qu’il semble parfois qu’il s’en niche une sous chaque pierre. Par dessus ce Moyen-âge occidental dont les grands médiévistes nous expliquent que tout y était symbole, nous avons ainsi souvent empilé nos propres projections et, finalement aussi, notre propre univers de référence et nos propres « symboles ».

Projections, représentations & symboles
Moyen-âge des légendes, moyen-âge des peurs

Du côté d’un certain « Moyen-âge des légendes », littérature et faits se mêlent souvent joyeusement dans nos représentations : lyrique courtoise et féodalité, chevaliers, valeurs chevaleresques et princesses captives, châteaux merveilleux et batailles épiques et tant de choses encore. Cette période que nous sentons si proche, alors que nous l’étudions finalement si peu dans nos cycles scolaires, peut encore évoquer une époque rêvée qui nous renvoie la tenue de grandes fêtes champêtres, sorties tout droit d’un tableau de Bruegel : du rires, des joies et des ripailles, un certain sens de la distance et de la dérision et peut-être encore l’image de myriades de petites communautés à échelle humaine soudées autour des veillées, tandis que les brigands et les loups rodent au dehors. C’est un fait pourtant, bien que sans commune mesure avec les exodes rurales de l’après révolution industrielle, le moyen-âge central et tardif voit aussi un nombre d’hommes croissant, s’émanciper de la nature, pour venir grossir les nouveaux eldorado(s) urbains et leurs promesses.

Dans cette période de notre histoire qui nous apparaît comme très « horizontale », socialement, avec de fortes lignes de démarcation entre son petit peuple et ses élites seigneuriales, princières ou épiscopales se dessine aussi une étrange solidarité et interdépendance qui perdure, nonobstant quelques coups de canifs donnés au contrat, sous l’égide du schéma triangulaire des trois ordres : Laboratores « je te nourris, je confectionne tes armes et tes vêtements, je bâtis tes châteaux », Bellatores « je te protège », Oratores « je prie pour sauver ton âme ». Bien sûr, au sein de ces 1000 ans multiformes, le paysage social évoluera aussi considérablement et des classes intermédiaires nouvelles tireront leur épingle du jeu : certains artisans, mais surtout les marchands, et avec eux, les prêteurs, les lombards, dans un Moyen-âge central qui peut nous apparaître encore comme celui de l’opulence, des richesses et du commerce, celui des nombreuses foires et de l’ouverture de nouvelles routes vers l’ailleurs.

monde_medieval_ecologie_nature_enluminureDans ce monde, sans vapeur, machine ou pesticide, on pourra encore quelquefois voir projetée la vision rétrospective d’une forme de simplicité retrouvée et même, plus loin, celle d’une écologie réconciliée qu’un cher professeur d’Oxford, caché derrière sa pipe et sa plume, était venu renforcer, dans le courant du XXe. Et pris dans les filets de ce Moyen-âge de vélin, empreint d’écologie et de magie, qui succédait peut-être avec JRR Tolkien au moyen-âge romantique et gothique revisité à la façon du XIXe, on pourra être tenté d’y laisser croître quelques racines celtes ou quelques vieilles légendes nordiques d’avant la christianisation, en oubliant un peu que cette dernière avait couru depuis déjà bien longtemps chez les peuples d’Europe.

Dans sa vaste majorité, l’homme médiéval occidental, celui que l’on connait, qui nous est parvenu, à travers les textes, ne semble, en effet, déjà plus tellement enclin à quelques nostalgies païennes. Si son univers est demeuré holistique et n’est pas encore matérialiste, mécanique et tout à fait froid, la « magie » naturaliste a reculé, au fil de ses siècles, pour se couler dans le moule chrétien et monothéiste. Certes, quelques fées demeurent ci ou là et, jusque dans le courant du XIVe, l’ombre de Mélusine vient planer sous les frondaisons de Brocéliande, mais les premières traces factuelles et documentaires qui subsistent, jusqu’aux premiers écrits arthuriens nous montrent déjà le roi des Bretons portant la croix pendant les batailles. Les miracles du moyen-âge sont aux Saints, à la Vierge, au Christ ou à Dieu et jusqu’au bout de ses espoirs et de ses plus grandes peurs, l’homme de l’Europe médiévale demeure un chrétien, occupé de salut. Sur les traces de l’Empire romain finissant, jamais avant cela, le christianisme et son universalisme n’avaient connu si vaste laboratoire et si longue expérience.

Bien sûr, on ne se défait pas non plus des représentations les plus sombres à l’égard des temps médiévaux. Elles font encore les choux gras de bien des plaisanteries, quand médiéval et moyenâgeux viennent se confondre jusque dans nos coquilles de vocabulaire. Sous le trait d’une barbarie définitivement reléguée aux oubliettes par notre modernité, si douce et de si bon ton qu’elle n’en finit plus de se mentir sur ses propres exactions, ces projections prennent alors souvent les traits, de la caricature. Dans leur grand faim d’émotions et d’images fortes, leurs appétits vont au manichéisme, et elles n’ont souvent, elles aussi, de vérités que celles des cavernes platoniciennes : obscurantisme, peste, saleté, injustice, arbitraire du pouvoir, tortures, clergé gros, gras et cruel, elles recréent alors devant nous le visage d’un monde médiéval fait de cris, de peurs, de violence, de mort et d’ignorance crasse. C’est dans ce même monde que, par exemple, l’inquisition espagnole de la fin du XVe ou même encore les chasses aux sorcières du XVIIe n’en finiront pas de se réinviter, avec quelques siècles d’avance, sur toutes les terres d’Europe quand ce n’est pas, dans les esprits, sur toute la durée du moyen-âge. Et sous la pression de vieux préjugés, regonflés de nouvelles idéologies, on continuera d’instrumentaliser alors, sans le savoir, un moyen-âge devenu repoussoir à la façon dont la renaissance et plus tard les lumières l’avaient instrumentalisé. Faut-il que notre passé soit drapé à ce point de couleurs sombres, pour que notre présent en sorte plus lumineux ?

Et Moyenagepassion dans tout ça ?

A_lettrine_moyen_age_passionlors, au milieu de tout cet enchevêtrement d’archétypes, de projections, de guerres d’idées et de symboles, entre réalités et faits, rêves et fantasmagories, notre projet éditorial, celui de Moyenagepassion est certes un peu fou. En manière de clin d’œil, il pourrait sembler inspiré des visées encyclopédiques que portaient quelquefois sur leurs frêles épaules, d’ambitieux chroniqueurs médiévaux, mais il n’en a pourtant pas la nature systématique. A petit pas, jour après jour, notre projet d’archives se signe sous les dehors de l’aventure et de la musardise même si, dans cette entreprise forcément démesurée, nous ne voulons rien négliger de toutes les facettes du moyen-âge : de sa part certaine, historique et factuelle, de sa merveilleuse littérature qui nous demeure encore, par endroits, si obscure, de ses peurs, de ses joies, de ses forces, de ses croyances profondes, de ses guerres, de ses misères, jusqu’à sa part réinventée : ces temps médiévaux devenus ceux du médiévalisme à l’aulne de nos a priori, comme ceux revisités à la lumière de l’imagination ou des passions fertiles de nos contemporains entre reconstruction onirique assumée ou volonté plus rigoureuse de les faire renaître au plus près, dans de vibrantes reconstitutions historiques.

monde-medieval_moyen-age_enluminures_chevalierDans cette approche, nous n’en sommes pourtant pas aux conclusions et nous voulons toujours garder un peu de cette fraîcheur et de cet étonnement face à toutes ces « réalités ». Au bout du compte, il appartiendra à chacun de faire le tri. A force de moudre et à force de sens critique, nous fondons toutefois l’espoir de lever quelques coins de voile et de favoriser l’émergence de quelques vues plus nuancées.

Sous l’archive, bien sûr, une autre question de fond demeure. Sous le charme piquant et savoureux de l’évocation ou de l’invocation, quelles qu’en soient les formes, cet étrange « objet médiéval », support et réceptacle de tant de projections, serait-il devenu une forme d’échappatoire salutaire contre la grisaille de notre oppressante modernité ? Cette dernière a-t-elle encore des visions, des ambitions ou des valeurs à nous offrir en échange, pour faire le contrepoids ? Au delà de la légèreté et du peu de substance du concept de « Mode », c’est bien de nous, de nos aspirations et de nos rêves dont la fascination pour le moyen-âge nous parle, de nos véritables racines aussi, de celles qui ont façonné notre monde et qui lui ont donné du sens et peut-être encore de cette volonté que nous avons de nous inscrire dans une histoire qui fait sens.

Alors, approchez, approchez bonne gens ! Entrez avec nous dans ce Moyen-âge de tous les visages. Chacun pourra reconnaître le sien, celui qui se niche au plus profond de nous comme une réminiscence, quelque chose que l’on savait être mais que l’on avait oublié, celui qui court entre les lignes de nos plus beaux auteurs médiévaux et de leurs legs, celui qu’on trouvera au détour d’une rue animée, colorée et criarde, le temps d’une fête ou celui, encore, que les Historiens nous montrent du doigt.

Approchez, approchez ! Choisissez votre personnage pour le temps du voyage : serez-vous ce moine rieur à la franche descente et au joyeux coup de fourchette ou ce frère miséreux qui a tourné le dos au monde des illusions pour s’en aller prier pour un monde meilleur et le salut des âmes ? Serez-vous prince, seigneur, chevalier ou princesse ? Ce paysan goguenard qui moque le clerc venu quémander à sa porte ? Cette reine stratège qui impose à tous ses décisions et sa puissance ? Cette bergère qui se refuse au chevalier et à ses promesses de richesse, par amour pour son promis ? Soyez tout ce qu’il vous plaira et qui puisse vous rendre heureux le temps d’une incursion à nos côtés, au cœur du moyen-âge.

Une belle année 2019 à tous sur Moyenagepassion.com et encore merci de votre présence.

Frédéric F

l’homme au coeur de l’histoire et l’histoire au coeur des sciences de l’homme

histoire_questionnement_sciences_humaines_anthropologie_liberte_representations_symboliquesSujet : citations  histoire, historien médiéviste, Michel Pastoureau,  Sciences humaines, anthropologie et histoire, réflexions , pluridisciplinarité,  histoire des symboles et des représentations, liberté, sociologie.

“La préférence individuelle, le goût personnel existent-ils vraiment ? Tout ce que nous croyons, pensons, admirons, aimons ou rejetons passe toujours par le regard et le jugement des autres. L’homme ne vit pas seul, il vit en société.”
Citation de Michel PASTOUREAU, historien médiéviste,  Bleu : Histoire d’une couleur

Bonjour à tous,

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour ne pas être ciblée uniquement sur le monde médiéval,  cette citation de Michel Pastoureau reste un axiome pour tout amateur ou chercheur en sciences humaines. L’homme, animal social, n’existe qu’en relation. Il « épouse » ou « contredit » dans des positions ou des histoire_libre_arbitre_empreinte_determinisme_sciences_humaines_anthropologie_symbolespostures qui n’en finissent pas d’interroger ou de refléter, en miroir, le contexte social, culturel et historique dans lequel il se trouve pris. Et même le deux-plumes d’Edouard Sapir,  interrogé dans sur la culture de sa tribu et qui n’était jamais de l’avis de personne, ne pouvait s’y soustraire.

Echapper aux déterminismes, exercer notre  libre arbitre, espérer faire le deuil de nos « habitus » en faisant la nique à Bourdieu, bien sûr, nous en avons quelquefois soif, mais aux frontières de nos conformismes comme de nos échappées belles, nous demeurons le produit d’un contexte et nous évoluons dans un champ de symboles et de représentations dont les contours nous sont tracés.  Alors, si la beauté de nos itinéraires existe, sans doute est-ce dans le dessin et les motifs que nous laissons de nos empreintes, sur la toile  figée de ces espaces possibles.  Le « génie », ou celui que l’on pointe du doigt comme tel, y  échappe-t-il ou ne fait-il que les réagencer en se juchant un peu plus haut, à des hauteurs qui lui permettent de regarder un peu plus loin ? Il faut relire l’archéologie du savoir de Foucault pour trouver quelques éclairages sur ces questions.

histoire_pluridisciplinarite_anthropologie_sociologie_sciences_humaines_representations_symboles_liberte_determinisme

De la même façon, la richesse, la distinction unique et ce qui fait nos différences, sont toutes entières contenues dans ces déterminismes. Combien de  vocables pour décrire le sable chez les Touaregs, là où nous ne voyons que des dunes? On pense encore à cette tribu indienne d’Amérique latine dont Jean Stoetzel nous parlait dans sa psychologie sociale et qui étaient les seuls à percevoir dans le ciel, une étoile que nul autre ne voit.  Alors, prenant la mesure de notre histoire_sciences_humaines_complexite_pluridisciplinarite_citation_michel_pastoureaupropre ignorance et touchant du doigt les merveilles et les richesses insoupçonnables de tous les ailleurs possibles, on ne peut s’empêcher d’attraper le vertige, celui-là même qui effleure l’historien, face à un manuscrit ancien exhumé du passé et découvrant un simple texte  qui paraît vouloir lui parler, dans lequel il retrouve des mots même semblables aux siens, mais qui cache pourtant,  il le sait, des trésors de monde à reconstruire.

L’Histoire, complexité et pluridisciplinarité

Face à cette vérité et cet axiome, l’histoire  est devenue une science pluridisciplinaire qui tente de restituer les sociétés du point de vue non plus simplement  de leur chronologie mais qui, bien au delà, fait le pari de resituer les hommes du passé dans une histoire des symboles et des représentations, autant que dans les intrications culturelles, psychologiques et sociologiques dans lesquels ils se trouvaient pris.

C’est un travail de reconstruction complexe et subtil, une monographie patiente qui fait appel, bien au delà de la paléographie, l’analyse des sources et documents anciens,  ou l’approche des traces factuelles du passé grâce à l’archéologie sous ses formes les plus diversifiées et pointues, aux méthodes et aux apports de toutes les autres sciences humaines, et même encore, nouvellement aux données de sciences récentes comme la climatologie.

michel_Pastoureau_histoire_vivante_reflexion_pluridisciplinarite_anthropologie_complexite_representations_symbole

En changeant de visage au fur et à mesure de l’évolution des autres sciences pour élargir ses vues, l’Histoire a su opérer sa remise en cause autant que prendre la mesure de sa propre complexité. Elle a su encore retourner sur elle-même son propre regard en développant l’Historiographie pour chercher à mieux se comprendre et pour interroger ses processus de gestation idéologiques, contextuels et sociaux. Gourmande de tous les histoire_libre_arbitre_empreinte_determinisme_sciences_humaines_anthropologie_symboleséclairages, ouverte à tous les questionnements,  jamais  elle n’a été aussi vivante, vibrante  de tout embrasser. Il n’y a plus de certitudes confortables et l’on peut quelquefois s’en offusquer, habitués que nous étions à recevoir d’elles des réponses simples, mais elle y a substitué la passion de l’inconnu et, avec elle, une curiosité insatiable. Signe de maturité, nulle doute qu’elle y a aussi gagné en humilité. .

Michel Pastoureau est un de ces médiévistes qui pense la complexité historique en perspective et ses ouvrages  le place au coeur de questionnements devenus aussi anthropologiques. Vous pouvez découvrir quelques unes de ses conférences  dans les articles suivants :

universite_ete_ecole_nationale_chartes_histoire_medievale_patrimoine_moyen-ageVous pourrez  encore le retrouver comme intervenant et enseignant dans la formation unique  sur l’Histoire et le Patrimoine proposée par l’Ecole Nationale des Chartes, ce mois de juillet :
l’Ecole d’été de l’Ecole nationale des Chartes : excellence et prestige au service de l’Histoire.

En vous souhaitant une merveilleuse journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes