En ce début d’année nous vous adressons tous nos vœux de réussite et de bonheur pour les temps qui viennent. Nous en profitons pour former le souhait que 2026 soit également une année de paix retrouvée aux quatre coins de ce monde.
Danse médiévale et carole du Roman de la Rose
Pour notre carte de vœux, nous avons choisi une enluminure du célèbre Roman de la Rose. Elle est tirée du manuscrit médiéval ms 5226 de la Bibliothèque de l’Arsenal (à découvrir sur Gallica). Ce codex, très soigneusement illuminé, date du XIVe siècle.
A ce point du récit, l’acteur est attiré dans un charmant verger où s’épanouit « déduyt » (le divertissement, le plaisir) entouré de belles personnes qui semblent à des anges et dansent une carole.
« Cest gent dont je vous parolle S’estoient prins à la carrolle ; Et une dame leur chantoi Qui Lyesse appellée estoit. Bien sceut chanter et plaisamment Plus que nulle et mignotement »
NB : sur l’image d’en-tête, nous vous restituons l’enluminure sur sa page manuscrite d’origine. Comme vous pourrez le constater, nous avons effectué un peu de restauration sur notre carte, en rafraîchissant notamment la feuille d’or originelle et les danseurs.
En vous présentant à nouveau nos meilleurs vœux et en vous souhaitant une bonne année 2026.
Frédéric F.
Pour Moyenagepassion.com A la Découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes.
Sujet : Cantigas de Santa Maria, galaïco-portugais, culte marial, chants de louange, Sainte-Marie, nativité, révélation. Période : Moyen Âge central, XIIIe siècle Auteur : Alphonse X (1221-1284) Titre : Cantiga de Santa Maria 1 « Des hoge mais quér’ éu trobar. » Interprète : Boston Camerata et Joel Cohen, A Spanish Christmas ( 2008, Warner Music)
Bonjour à tous,
ujourd’hui, nous voguons vers l’Espagne médiévale du XIIIe siècle, à la découverte d’une nouvelle pièce musicale de la cour de Castille et quelle pièce : la cantiga de Santa Maria 1.
Pour rappel, les quelques 417 Cantigas de Santa Maria comportent une grand majorité de récit de miracles qui alternent régulièrement avec des chants de Louange. La pièce qui ouvre le corpus des chants à la vierge légués par Alphonse X de Castille est un de ceux là.
le somptueux Códice Rico (T. I. 1) de la Bibliothèque Royale de l’Escurial (à consulter en ligne ici)
Une représentation de la nativité dans les Cantiga de Santa Maria.
En plus d’ouvrir le bal, la Cantiga de Santa Maria 1 a ceci de particulier que ses enluminures, en particulier celles du Codice Rico représentent, entre autres scènes bien connues de l’imagerie chrétienne, une scène de la nativité. Ce chant marial nous a donc semblé particulièrement indiqué pour cette période de l’année où l’on célèbre traditionnellement, en France et dans de nombreux pays occidentaux, la naissance du christ et du christianisme mais aussi, finalement, la maternité et l’enfantement.
A noter que le Cantiga de Santa Maria n’est pas la seule à présenter une scène de la nativité dans le large corpus. On retrouve, en effet, cette scène attachée à la Cantiga 80 qui est, elle aussi, un chant de louange à la vierge.
Moyen Âge chrétien et naissance de la crèche
Pour rappel, la célébration de la nativité et l’établissement de la date du 25 décembre par l’Eglise romaine remontent au quatrième siècle de notre ère. La date avait d’abord été fixée au 6 janvier mais le 25 décembre fut bientôt établi par Rome car il coïncidait, entre autre date, avec le solstice d’hiver et le culte de Mitra, le dieu solaire 1.
Au Xe siècle, l’enthousiasme et les célébrations autour de la nativité portés par les chrétiens et relayés par le clergé commencèrent à donner lieu à des représentations et un engouement autour de moments importants des évangiles comme l’annonce aux bergers ou l’arrivée de rois mages.
Une initiative de Saint François d’Assise
Au début du XIIIe siècle, le pape romain Innocent III ne tarda pas à les interdire et il faudra attendre saint François d’Assise et quelques décennies (1223) pour que soit acceptée par la papauté romaine une première mise en scène de la nativité, à l’occasion d’une messe de Noël.
L’initiative de saint François d’Assise connut bientôt un franc succès et son installation originelle avec son bœuf et son âne allaient entrer dans la tradition. La crèche de Noël était née. Elle commença à se diversifier entre personnages à l’effigie des protagonistes, représentations artistiques, peintures, sculptures, puis figurines et finit pour traverser les siècles.
Au moment de l’écriture des cantigas et de leur mise en image dans le codice rico (daté du dernier tiers du XIIIe siècle) on est donc assez proche historiquement de la naissance de cette imagerie vivante, à quelques dizaines d’années à peine. Bien sûr, les premières représentations de la nativité sont antérieures à ce rite de la crèche et on peut dater les premières représentations des tout premiers siècles de notre ère (Catacombes de Priscille).
La Cantiga de Santa Maria 1 , ouverture du corpus sur un chant de louange
Les Cantigas de Santa Maria d’Alphonse X s’ouvrent donc sur ce chant de louange mariale particulièrement important puisqu’il introduit le corpus.
Sur huit strophes, le poète et compositeur, sans doute Alphonse X pour le coup, reprend les épisodes les plus forts des évangiles autour de la vierge. Son insistance à n’en oublier aucun marque toute l’importance qu’il accorde à la vie de la sainte et l’emphase qu’il entend mettre, dans son ouvrage, à transmettre les écritures et le culte marial.
Dans les enluminures de la première Cantiga de Santa Maria, on retrouvera tous ces temps forts représentés, aux côtés de la nativité : la révélation de l’Ange Gabriel à Marie, l’annonciation aux bergers, l’arrivée des rois mages, etc…
Sur le fond, on retrouvera tous les ingrédients qui ont fait la popularité du culte marial au Moyen Âge central et ce pouvoir de protection mais aussi d’intercession de la vierge auprès de Dieu, son fils.
Un Noël Médiéval avec la Boston Camerata et Joel Cohen
Pour l’interprétation musicale de la cantiga de Santa Maria 1, on n’a que l’embarras du choix. Sa place dans le corpus et ses qualités l’ont, en effet, rendue très populaire et elle a été enregistrée par de nombreux musiciens et formations de la scène médiévale.
Au début des années 2000, la talentueuse formation proposa un voyage musical original à travers un triple album et trois façons de célébrer Noël : à l’américaine, à la française et à l’espagnol. Cette production est sortie sous le titre « A Boston Camerata Christmas : Worlds of Early Music. »
Du milieu des années 70 et jusqu’aux années 90, la Boston Camerata et son directeur avaient eu l’occasion d’aborder, à de nombreuses reprises, le thème de Noël et des musiques anciennes. Ce travail de remise à plat était donc le fruit d’un long itinéraire de recherche et de compilation. Sur une période couvrant plus de 7 siècles et 3 continents, cet album reste, à ce jour, totalement unique.
Un Noël à l’Espagnol et en musique
Le CD dédié au Noël espagnol propose 18 pièces pour plus d’une heure d’écoute. Il est intitulé : « Un Noël Espagnol : musique de la péninsule ibérique, l’Afrique du Nord, la terre promise et le nouveau monde » (A Spanish Christmas. Music from the Iberian Peninsula, North Africa, the Holy Land & the New World, 1200-1700). On y trouve cinq cantigas de Santa Maria. Le reste des pièces s’étale sur une période allant du XIIe siècle (Calendia maya) au XVIIe siècle et voyage d’un continent à l’autre.
Cette production commence un peu à dater. En l’absence de réédition récente, il peut donc s’avérer difficile de la trouver en stock chez votre disquaire. A défaut, vous pourrez également accéder à des versions digitalisées sur de nombreuses plateformes en ligne. A toutes fins utiles, voici un lien vers le CD du Noël espagnol au format MP3 : A Spanish Christmas, Joel Cohen et la Boston Camerata
La Cantiga de Santa Marial d’Alphonse X et sa traduction française
Esta é a primeira cantiga de loor de Santa María, ementando os séte goios que houve de séu Fillo.
Voici le premier chant de louange à Sainte Marie, évoquant les sept joies qu’elle a éprouvées pour son Fils.
Des hoge mais quér’ éu trobar pola Sennor honrrada, en que Déus quis carne fillar bẽeita e sagrada, por nos dar gran soldada no séu reino e nos herdar por séus de sa masnada de vida perlongada, sen havermos pois a passar per mórt’ outra vegada.
A partir d’aujourd’hui, je souhaite chanter pour la Dame honorée en qui Dieu a choisi de s’incarner, bénie et sainte, pour nous donner une grande récompense dans son royaume et pour nous donner en héritage, comme [membres] de sa suite, une vie prolongée sans avoir à repasser par la mort.
E porên quéro começar como foi saüdada de Gabrïél, u lle chamar foi: “Benaventurada Virgen, de Déus amada: do que o mund’ há de salvar ficas óra prennada; e demais ta cunnada Elisabét, que foi dultar, é end’ envergonnada”.
C’est pourquoi je souhaite commencer par la manière dont elle fut accueillie par Gabriel, lorsqu’il lui dit : « Vierge bénie, bien-aimée de Dieu, de celui qui sauvera le monde, maintenant tu es enceinte, comme ta parente Élisabeth, qui avait des doutes, et en a désormais honte. »
E demais quéro-ll’ enmentar como chegou canssada a Beleên e foi pousar no portal da entrada, u pariu sen tardada Jesú-Crist’, e foi-o deitar, como mollér menguada, u deitan a cevada, no presév’, e apousentar ontre bestias d’ arada.
Et de plus, je veux me souvenir de son arrivée fatiguée à Bethléem, et de la façon dont elle s’installa, comme une pauvre femme, dans l’étable à l’entrée, où elle donna naissance à Jésus-Christ et le déposa là où l’on sème l’orge, dans la mangeoire, et comment elle se logea parmi les animaux de la ferme.
E non ar quéro obridar com’ ángeos cantada loor a Déus foron cantar e “paz en térra dada”; nen como a contrada aos tres Reis en Ultramar houv’ a strela mostrada, por que sen demorada vẽéron sa oférta dar estranna e preçada.
Et je ne veux pas oublier comment les anges chantant les louanges de Dieu chantèrent et « Paix sur la terre » ; ni comment l’étoile montra aux trois rois mages le lieu des mers lointaines, afin que sans tarder ils viennent apporter leur présent extraordinaire et précieux.
Outra razôn quéro contar que ll’ houve pois contada a Madalena: com’ estar viu a pédr’ entornada do sepulcr’ e guardada do ángeo, que lle falar foi e disse: “Coitada mollér, sei confortada, ca Jesú, que vẽes buscar, resurgiu madurgada.”
Une autre chose que je veux raconter, et que lui raconta plus tard a Marie-Madeleine : comment elle vit la pierre entrouverte du sépulcre et gardée par un ange qui lui parla et lui dit : « Femme affligée, sois réconfortée car Jésus, que tu es venue chercher, est ressuscité à l’aube. »
E ar quéro-vos demostrar gran lediç’ aficada que houv’ ela, u viu alçar a nuv’ enlumẽada séu Fill’; e pois alçada foi, viron ángeos andar ontr’ a gent’ assũada, mui desaconsellada, dizend’: “Assí verrá julgar est’ é cousa provada.”
Et je veux aussi vous montrer l’immense joie qu’elle a ressentie en voyant s’élever sur la nuée illuminée son Fils ; et une fois qu’il fut élevé, ils virent les anges marcher parmi le peuple rassemblé, qui était très déconcerté et disait : « Ainsi viendra-t-il nous juger, cela ne fait aucun doute. »
Nen quéro de dizer leixar de como foi chegada a graça que Déus envïar lle quis, atán grãada, que por el’ esforçada foi a companna que juntar fez Déus, e enssinada, de Spírit’ avondada, por que soubéron preegar lógo sen alongada.
Je ne veux pas omettre de dire comment fut reçu La grâce que Dieu voulait leur envoyer, avec une telle abondance, que par elle, le groupe que Dieu avait fait se rassembler fut très instruit et déterminé, et rempli du Saint-Esprit, si bien qu’ils apprirent à prêcher immédiatement, sans délai.
E, par Déus, non é de calar como foi corõada, quando séu Fillo a levar quis, des que foi passada deste mund’ e juntada con el no céo, par a par, e Reínna chamada, Filla, Madr’ e Crïada; e porên nos dev’ ajudar, ca x’ é nóss’ avogada.
Et, par Dieu, je ne dois pas me taire sur la façon dont elle a été couronnée, lorsque son Fils voulut la porter lorsqu’elle a quitté ce monde, et, la tenir avec lui, à ses côtés, au Ciel, où (et) elle est appelée Reine, fille, mère et servante ; et c’est pourquoi elle doit nous aider, car elle est notre avocate.
A l’approche de Noël et des fêtes de fin d’année, nous formons le vœu que vous les passiez agréablement, dans la paix et dans la joie.
NB : l’enluminure que nous avons choisie pour cette carte de fêtes est tirée du ms14 de Bruges. Elle est détaillée dans notre article précédent sur les enluminures de la nativité.
En vous souhaitons de belles fêtes à vous et vos proches de la part de Moyenagepassion.com et en vous remerciant encore de votre fidélité.
Frédéric Effe. Pour Moyenagepassion.com. A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes.
l’approche des fêtes de Noël qui verront encore de nombreux chrétiens dans le monde célébrés la nativité, nous vous proposons une sélection de quelques belles enluminures médiévales sur ce thème. Cela nous donnera aussi l’occasion de découvrir quelques précieux manuscrits et codex d’époque.
Les représentations de la nativité aux temps médiévaux
Au Moyen Âge, les bibles, les livres d’heures et les psautiers sont nombreux. Si certains sont assez modestes et de peu d’ornements, on en trouve d’autres commandités par de riches et puissants seigneurs et enluminés par les plus grands artistes de leur temps.
Difficile, dans ces circonstances, de faire un choix parmi la pléthore d’enluminures qui ne demandent qu’à sortir de leurs manuscrits. C’est d’autant plus vrai que, pour notre plus grand plaisir, les bibliothèques les plus prestigieuses comme la BnF, le KBR muséum, la British Library et d’autres encore proposent, désormais, une bonne partie de leurs manuscrits anciens à la libre consultation en ligne.
De notre côté nous avons fait notre sélection d’enluminures, sur différentes périodes et, après d’agréables recherches, voici quatre de nos coups de cœur.
La Nativité dans le prestigieux manuscrit médiéval Français 2810 de la BnF
La nativité dans le Livre des Merveilles de Marco Polo ou Ms Français 2810 (à voir sur Gallica)
La première enluminure de notre sélection provient d’un manuscrit qui diffère des habituels bibles ou psautiers communs au Moyen Âge. Le ms Français 2810 contient, en effet, un certain nombre de textes médiévaux dont le principal reste « Le Livre des Merveilles » du célèbre Marco Polo.
Ce codex, richement enluminé et daté du XVe siècle, est passé dans des mains prestigieuses. Un de ses premier possesseur et contributeur fut même rien moins que le duc de Bourgogne Jean sans peur.
Ici, l’enluminure de la vierge et du christ illustre un passage du « Liber peregrinationis » du moine Riccold de Monte di Croce, récit que l’on trouve également transcrit et traduit dans ce codex. En 1300, le dominicain italien avait fait un long voyage en Orient en passant notamment par les lieux sacrés du christianisme. Le passage de son récit concerne ici Bethléem et l’enluminure traite à la fois de la nativité, de l’annonciation aux bergers et de l’arrivée des rois mages.
Une incroyable enluminure du XVe siècle dans le Breviarium secundum ordinem Cisterciencium
La nativité, enluminure du Moyen Âge tardif dans le Rothschild 2529 (consulter sur Gallica)
Autrement connu sous le nom de Bréviaire de Martin d’Aragon, le manuscrit Rothschild 2529 est un autre manuscrit médiéval superbement enluminé.
Daté de la fin du XIVe et des débuts du XVe siècle, il est également conservé au département des manuscrits de la BnF.
Ici, la scène de la nativité est richement détaillée dans un style qui est déjà plus renaissant que médiéval. On y trouve tous les détails caractéristiques de la naissance du Christ, ainsi qu’un berger non loin. Son intégration à un riche réseau de décorations et de frises qui courent sur l’ensemble du feuillet la rend encore plus exceptionnelle.
La nativité dans le manuscrit Arundel Ms 157, dit Psautier à Marie de la British Library
Une belle enluminure de la Nativité daté du XIIIe siècle dans le Arundel ms157 de la British library
La troisième enluminure de notre sélection provient d’un livre religieux en Anglo-Normand qui contient le livre des psaumes, le psaume de la vierge Marie et le Petit office de la Sainte Vierge.
Conservé à la British Library (et remis dernièrement en ligne sous forme digitale), ce manuscrit est daté du premier quart du XIIIe siècle.
Beaux drapés et style vivant sont au rendez-vous de cette nativité qui partage son feuillet parcheminé avec une annonciation aux bergers sur fond doré.
La nativité dans le ms 14 ou psautier de Bruges
Enluminure de la Nativité dans le psautier de Bruges (ms 14) Paul Getty Museum
Notre dernière enluminure de la nativité provient d’un autre livre de psaumes daté du XIVe siècle et de la fin du Moyen Âge central.
Sous la référence ms 14, ce psautier qui avait longtemps appartenu à l’abbaye Notre-Dame de l’Étoile de Montebourg a été acquis, depuis le milieu des années 80, par le J. Paul Getty Museum de Los Angeles.
Concernant l’enluminure de la nativité qui occupe une pleine page de ce manuscrit, il s’en dégage une une joie et une émotion toute particulières qui contrastent, de manière assez plaisante, avec la fréquente dévotion réservée à cette scène, ce qui prouve que les deux sont loin d’être incompatibles.
En vous souhaitant une très belle journée.
Frédéric EFFE Pour Moyenagepassion.com. A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes.