Archives de catégorie : Romans et livres

Romans récents ou livres anciens, le moyen-âge s’édite et se réédite : fiches de lecture, extraits, impressions, une balade dans l’univers du livre autour du monde médiéval,

Entretien : un nouveau roman et la grande aventure de l’édition pour Xavier Leloup

enluminure médiéval scripte

Sujet : auteur, roman historique, guerre de cent ans, aventure, saga historique, Jeanne d’Arc, Jean Sans Peur, histoire médiévale.
Période : XVe siècle, Moyen Âge tardif
Titre : Les Trois pouvoirs T1, T2 et T3 « La Reine de Fer » , 2019-2021, .
Auteur : Xavier Leloup, Editions La Ravinière

Bonjour à tous,

la faveur de la sortie de son dernier roman historique, l’auteur Xavier Leloup nous a fait le plaisir de nous accorder un nouvel entretien. Nous l’avons interrogé sur le troisième opus de sa saga Les Trois pouvoirs qui a pour cadre le Moyen Âge tardif et le temps de la guerre de cent ans et de Jeanne d’Arc. À cette occasion, nous avons également interviewé Xavier sur la nouvelle aventure dans laquelle il vient de se lancer. Depuis quelques mois, il a, en effet, décidé d’ouvert sa propre maison d’édition et il nous en a dit un mot.


— Bonjour Xavier, on est très heureux de vous recevoir à nouveau pour parler du 3e tome de votre saga « Les Trois pouvoirs », intitulé « La Reine de Fer ». On sait que les deux premiers ouvrages ont reçu un bel écho auprès du public et que vous avez reçu de précieux soutiens du côté des libraires et de la presse à qui ces romans ont beaucoup plu. Aujourd’hui, nous n’allons pas revenir sur les détails de l’histoire, mais pour nos lecteurs, pourriez-vous resituer au moins l’intrigue et le contexte des deux premiers tomes ?

— Nous reprenons le fil du récit là où nous l’avons laissé, c’est-à-dire au lendemain de la tragique défaite d’Azincourt. De la fine fleur de la chevalerie française il ne reste, pour ainsi dire, plus rien. Et nos deux héros, Guillaume de Gaucourt et Dimenche Le Loup, en sont réduits à chercher le jeune duc Charles d’Orléans parmi les milliers de cadavres jonchant le sol boueux dans lequel se sont enfoncés nos chevaliers. Le lecteur retrouve donc le royaume de France déchiré entre deux factions avec d’un côté les Armagnacs, c’est-à-dire le clan des Orléans, et de l’autre les Bourguignons avec à sa tête Jean Sans Peur, le terrible duc de Bourgogne. La différence est qu’avec la disparition de Charles d’Orléans, le parti des Armagnacs se retrouve décapité. Et qu’avec un pouvoir royal toujours aussi affaibli par la folie du roi Charles VI, c’est la duchesse d’Anjou Yolande d’Aragon qui va devoir jouer les premiers rôles.

Couverture Roman historique sur le Moyen Âge tardif

— Le temps sera donc bientôt venu de Jeanne d’Arc et sa grande trajectoire héroïque ?

— Je dirais que ce 3ème tome nous rapproche encore un peu plus de l’épopée johannique dans la mesure où le futur roi Charles VII en devient l’un des principaux protagonistes. Ses deux frères aînés viennent de mourir coup sur coup dans des circonstances mystérieuses, ce qui fait soudain de lui l’héritier de la Couronne ; un titre de Dauphin bien lourd à porter lorsqu’on a que 14 ans et que sa mère, la reine Isabelle de Bavière, fait l’objet des plus graves rumeurs d’adultère. Mais c’est aussi dans ce 3ème opus que Yolande d’Aragon s’affirme comme ce qu’elle ne cessera d’être jusqu’à la fin de la saga : une grande femme politique, la pièce maîtresse du jeu politique français, sa « reine de fer ». Et c’est de nouveau à Paris que tout va se jouer, puisque Guillaume de Gaucourt devra protéger le Dauphin contre une bande de massacreurs menée par Capeluche, le bourreau des Halles.

— L’autre originalité de ce roman tient aussi à la place accordée au personnage du méchant, en l’occurrence Jean Ier de Bourgogne, plus connu encore sous le nom de Jean Sans Peur.

— En effet, Imperceptiblement, Jean Sans Peur finit par s’imposer comme l’une de ses figures dominantes. Le lecteur se trouve plongé dans son intimité alors qu’il se trouve confronté à un dilemme : doit-il accepter de rencontrer le Dauphin Charles et lui rendre hommage alors même que la rencontre qu’il lui propose a tout l’air d’un piège, d’un guet-apens ?

Dans ce contexte, le personnage en devient presque attachant. Pour rependre l’exemple de célèbres figures littéraires, on pourrait dire que dans LA REINE DE FER, Jean Sans Peur finit par prendre autant de place que Milady dans Les trois mousquetaires, Frollo dans Notre-Dame de Paris ou Brian de Bois-Guilbert, le ténébreux chevalier du Temple, dans Ivanohé. Côté cinéma, je pense évidemment à Dark Vador dans la Guerre des Etoiles ou au Chiffre dans Casino Royale.

— Sans trahir trop de secrets mais, pour clore cette partie de l’entretien sur ce troisième tome de votre saga historique, on sait que vous avez passé de longues heures à reconstituer le Paris du XVe siècle, mais cette fois, vos lecteurs auront, en plus, le plaisir d’y assister à un tournoi d’époque dans les règles de l’art.

—Tout à fait. Avec cette authentique scène de tournoi organisé en plein Paris, j’ai voulu faire un cadeau à tous les amoureux de romans de chevalerie, à tous les amateurs de joutes et de combats au corps à corps. LA REINE DE FER, de ce point de vue-là, répond à tous les codes du genre.

portrait et peinture médiévale de Jean-Sans-Peur
Jean sans peur au cœur des Trois pouvoirs (Toile d’après Rogier van der Weyden XVe s)

—On est bien certain qu’ils sauront l’apprécier. Pour de nombreux passionnés de Moyen Âge, les tournois restent des moments épiques difficiles de dissocier de cette période. Mais passons à l’autre grande nouveauté de votre actualité. Avec la sortie de ce nouveau tome de votre saga médiévale, vous avez également décidé de vous plonger dans une toute autre activité : l’édition. Comment un romancier historique décide-t-il de se lancer dans cette grande aventure ? Vous aviez au préalable opté pour l’autoédition. Pourquoi cette décision ?

L’autoédition a cette vertu, pour un primo-romancier, de lui permettre d’accéder aux lecteurs. C’est donc naturellement cette voie que j’ai d’abord empruntée, incité en cela par la frilosité des éditeurs français vis-à-vis des romans historiques. À dire la vérité, c’est un genre qu’ils ne savent pas bien vendre. Mais ce système de l’autoédition a aussi ses limites. En premier lieu celui de l’impression à la demande, qui oblige les libraires à faire des achats définitifs sans possibilité de retour. Grand obstacle. Fort du succès des deux premiers volumes, j’ai donc décidé de prendre le taureau par les cornes en lançant ma propre marque : les éditions La Ravinière.

Le principal intérêt, c’est l’autonomie. En devenant l’éditeur de mes livres, j’ai acquis la maîtrise de leur distribution. Il m’est désormais possible de travailler avec les libraires en leur offrant les mêmes garanties commerciales que n’importe quel autre professionnel. Or contrairement à d’autres pays, les libraires jouent encore en France un rôle essentiel dans la vente de livres. Et sans librairies, impossible d’accéder aux lecteurs autrement que par les plateformes en ligne. Pour un auteur, voilà qui est tout de même frustrant !

Vitrail de Yolande d'Aragon
Yolande d’Aragon (1380-1442)
Vitrail, cathédrale Saint-Julien, Le Mans

Tous nos amis libraires vont donc pouvoir se procurer votre livre de manière bien plus flexible et moins risquée. À l’approche des fêtes c’est, en effet, une excellent nouvelle pour eux comme pour vos lecteurs. Au passage, cela veut aussi dire que, désormais, vous prenez en charge le risque d’impression. C’est un beau défi. Félicitations ! Vous y avez trouvé d’autres avantages ?

Désormais, grâce à mon référencement chez DILICOM (NDLA : la structure interprofessionnelle des professionnels du livres), les lecteurs peuvent me trouver ou me commander dans presque toutes les librairies. Les éditions La Ravinière sont également référencées au sein des plus grands réseaux comme La FNAC, Cultura ou Les Furets du Nord. Plusieurs grandes librairies indépendantes, à l’image d’Eyrolles à Paris, Mollat à Bordeaux ou encore La Boîte à Livres à Tours, m’ont également en rayons.

En tant qu’éditeur, j’ai également pu choisir mon imprimeur et soigner la qualité de fabrication de mes ouvrages. La Ravinière publie des livres façonnés en France par VINCENT Imprimeries, l’une des rares maisons françaises à avoir conservé son appareil industriel, en l’occurrence le cœur de la Touraine. Idem pour mon distributeur, Clic Logistic, qui a ses entrepôts à quelques kilomètres de la cité royale de Loches et s’est fait une spécialité du recyclage de livres. La Ravinière constitue une maison d’édition à la fois française et engagée.

— Tout cela s’accompagne aussi du lancement d’un tout nouveau site internet sur lequel les lecteurs pourront découvrir et commander vos ouvrages mais aussi suivre votre actualité. Nous en fournirons le lien en pied d’article. Mais dites-nous, comment ce projet d’édition va-t-il se conjuguer au futur ? La maison va-t-elle s’ouvrir sur d’autres auteurs ? Gardera-t-elle une ligne éditoriale historique ?

Portrait et peinture de Charles VII, Jean Fouquet, XVe siècle
Charles VII , le « gentil dauphin » couronné
(Détail, toile de Jean Fouquet (XVe siècle)

Tout à fait. Je dirais que d’une certaine manière, La Ravinière est avant tout une ambition : celle de donner un nouveau souffle au genre du roman historique, d’offrir un espace d’expression à tous ces auteurs qui aiment l’histoire et souhaitent la faire partager auprès du plus grand nombre comme l’ont fait avant eux les glorieux Walter Scott, Alexandre Dumas, Eugène Sue et autres Maurice Druon. Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, les éditeurs français ne croient plus à ce genre littéraire. J’y vois pour ma part une opportunité. Car rien ne vaut au contraire la fiction pour raconter l’histoire avec un grand H, rien ne vaut la mise en scène de personnages de chair et de sang, avec leurs passions et leurs amours, leurs dilemmes, leurs choix parfois douloureux. Pour toucher le lecteur, l’histoire a besoin d’être incarnée. Les livres d’histoire et autres biographies historiques constituent d’excellents travaux de recherche, mais ne s’adressent souvent qu’à des sachants. Le roman historique, grâce au pouvoir de l’imaginaire, permet au contraire de toucher un plus large public.

— Alors, nous le disions, à partir de maintenant, sur le site des éditions La Ravinière, on peut suivre vos pérégrinations et vos séances de dédicaces à la rencontre des lecteurs ? Quelles seront les prochaines dates prévues ? On imagine que l’approche de Noël est propice pour proposer la trilogie aux lecteurs curieux de la découvrir ou de l’offrir?

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est deco-medieval-roman-historique-saga-moyen-age-tardif.jpg.

Mon programme de fin d’année est en effet des plus chargés puisque je serai en dédicace au magasin Cultura de Tours, à la librairie Eyrolles à Paris ainsi qu’à la librairie Les Petits Mots à Chatou. La Ravinière participera également à la 1ère édition du salon du Roman Historique de Beaumont-sur-Oise ainsi qu’à la 29ème Fête du Livre au domaine de Grand’ Maisons (78). J’aurai également l’honneur d’être interviewé en direct, le 7 décembre prochain à 18h, dans l’émission TILT sur TV Val de Loire. Pour plus de détails, je ne peux que vous inviter à consulter notre site. Vous y retrouverez dates et horaires de mes signatures ainsi que mes derniers articles à commencer, par ceux publiés sur l’excellent moyenagepassion.com !

— Très bien c’est noté ! Merci en tout cas de vous être prêté, à nouveau, au jeu de l’entretien. On vous souhaite une belle réussite pour ce troisième roman médiéval et historique, et, une toute aussi grande, dans le monde de l’édition !


Photo de Xavier Leloup, auteur de roman historique
Pho

Visitez le site des éditions La Ravinière.
Retrouvez notre premier entretien de Xavier Leloup.
Voir aussi ses articles dans le cadre du cycle Les grandes dames de la guerre de cent ansYolande d’Aragon, la reine de fer. –  Isabelle de Bavière, une reine dans la tourmente – Christine de Pizanchampionne des damesLes illusions perdues de Valentine Visconti, duchesse d’Orléans.


En vous souhaitant une excellente journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes

NB sur l’image d’en-tête : en arrière plan de la photo de Xavier Leloup, on retrouve une enluminure extraite du manuscrit médiéval :  Traité de la forme et devis comme on peut faire les tournois, de René d’Anjou (Ms Français 2683). Ce manuscrit superbement illustré et daté du XVe siècle peut être consulté en ligne sur Gallica.

Raconti, les Contes corses à la croisée des cultures et du Temps

écu blason corse

Sujet : contes, fables, Corse, origines comparées, livre, culture, contribution, tradition orale corse
Période : du Moyen Âge à nos jours.
Titre : Raconti à u crucivìa di i culturi Contes corses à la croisée des cultures, ouvrage collectif.
Parution : Octobre 2021, Editions Maïa

Bonjour à tous,

ujourd’hui, nous avons le plaisir de vous annoncer la parution prochaine d’un ouvrage collectif qui puise ses racines dans la tradition orale corse. Comme son titre l’indique, les auteurs de Raconti à u crucivìa di i culturi, Contes corses à la croisée des cultures se sont efforcés de collecter un certain nombre de contes colportés dans l’île, tout en allant bien au delà, de leur simple retranscription écrite comme nous allons le voir.

Raconti, Contes corses à la croisée des cultures

Avant d’entrer dans le détail, précisions que ce livre est le fruit de l’effort de 94 auteurs/contributeurs. Avec moyenagepassion, nous n’y avons apporté qu’une très modeste et indirecte contribution (côté archive) mais nous en sommes très heureux. Le projet est, en effet, ambitieux et de qualité.

Contes, mémoire et culture de l’oralité

Si vous êtes visiteur régulier de notre site, vous connaissez notre attachement pour les contes, les fabliaux et les fables du Moyen Âge. Ces histoires, vibrantes de vie, souvent pleines d’humour et porteuses de sagesse, demeurent de véritables témoins du monde médiéval, de ses mentalités et même de son évolution (voir le personnage du vilain dans les fabliaux). Dans un monde fortement basé sur l’oralité comme l’était le Moyen Âge, ces formes narratives avaient vocation à mettre à portée de tous les valeurs du temps, tout en créant du liant social. Rythme, suspense, humour, morale, sens critique et distance, on trouve aussi, dans ces récits oraux, propices à la transmission, de véritable concentré de sens et d’émotions.

S’ils subsistent dans des cultures qui privilégient encore l’oralité, les contes semblent avoir la vie dure dans les sociétés où les relations sociales et familiales ont été bien plus atomisées. Avec la modernité, ils ont aussi subi des mutations en passant de la veillée, aux livres, puis au monde le l’image et aux écrans (petits et grands). Indépendamment des aspects historiques, dans les nombreuses cultures qu’elles ont eu l’occasion d’approcher, l’ethnologie et l’anthropologie se sont toujours intéressées de près à ces récits populaires. On en a même souvent fait, quand on l’a pu, de précieuses monographies, sachant qu’au passage des mondes traditionnels à la modernité, quand un ancien mourrait dans un village, une société rurale ou une culture où prédominait encore une forte tradition d’oralité, avec lui s’éteignait un livre, un monde de référence et de mémoire et, quelquefois, même tout un univers culturel, voire un langage.

Un voyage dans les contes corses et au delà

Raconti, livre de contes corses anciens et traditionnels

« Histoire de Bergers corses » et « Histoires de Famille », l’ouvrage Raconti à u crucivìa di i culturi se divise en deux grandes parties. Dans chacune d’entre elles, on trouvera des contes avec leur version corse, quelques variantes locales, le cas échéant, mais aussi, des variantes aux origines géographiques les plus diverses. On voyagera ainsi de la Corse à la Haute Loire ou le Morbihan, mais encore jusqu’aux confins de l’Europe, de l’Afrique, la Chine ou l’Océanie dans un grand tour du monde comparé de ces contes corses à leurs plus (ou selon les cas, moins) lointains cousins.

Au delà de cette épopée transfrontalière, Raconti nous fait aussi voyager dans le temps. Pour ne citer que quelques-unes de ses références historiques les plus anciennes, on croisera notamment des contes de l’Egypte ancienne (les deux frères), du Moyen Âge central à tardif ((la housse partie, le violier des histoires romaines, Les facecieuses nuicts du seigneur Jean François Straparole), ou même encore du XVIIe siècle avec Le terrible dragon de Malte… Avec ses variations, ses mises en perspective et ses pistes d’interprétations, Raconti se présente donc comme un véritable trait-d’union entre la culture orale de l’île de beauté et la tradition du conte au sens large.

Divergences culturelles et universalité

« Récits du proche et du lointain – quand les faits de proximité gardent leur charge de mystère – l’expérience est là qui l’illustre. Il convient d’y être attentif et capable de s’étonner. » Contes corses à la croisée des cultures

Si les contes sont des objets culturels taillés pour le voyage, pour se sédentariser, il faut bien qu’ils entrent, à un moment donné, en résonnance avec quelques réalités locales ou quelque vision commune du monde (ou à défaut qu’on les y adapte). Ainsi, s’ils ont circulé à travers le temps et l’espace, ils ont pu être aussi sujet à des sélections ou, même encore, des arrangements, des transpositions. En étudiant certains textes anciens médiévaux sur moyenagepassion — les contes de Lucanor par exemple, les fables de Marie de France ou encore d’autres fabliaux du Moyen Âge — nous avons vu qu’en ayant pris le vent du large, ils ont souvent hérité en se fixant de variations locales, historiques et contextuelles profondes.

L’affaire n’est pourtant pas si simple car, avec le conte, entre l’avant et l’après, la séduction possède un double nature. Et suivant comme on l’approche, il peut agir comme un révélateur des mentalités locales, mais aussi comme un catalyseur à la croisée des destinées humaines. Autrement dit, s’il finit par nous parler de ceux qui le colportent, on l’adopte d’autant mieux qu’il emporte avec lui une part d’universalité. Du proche et du lointain… Au delà de ses versions, ses adaptations, ses nuances ou ses variations de styles, on pourra alors voir transparaître, dans l’essence du conte, cette « similitude fondamentale » que ne manque pas de souligner l’ouvrage Raconti.

Où trouver l’ouvrage Raconti ?

Pour mieux comprendre les hommes et leur vision du monde, il faut connaître intimement leur langue et les histoires qu’ils échangent et se transmettent. Si Raconti à u crucivìa di i culturi Contes corses à la croisée des cultures place la Corse dans une croisée des cultures, il est, aussi une ode à l’île de Beauté, à sa culture et son oralité, autant qu’un témoignage précieux de sa mémoire.

D’un point de vue éditorial Raconti est porté par les Editions Maïa. Il se présente comme un projet participatif. L’option d’acquérir le livre étant le but, il s’agit plus de participation anticipée et de préventes. Le livre, paraîtra quant à lui, fin octobre. Pour plus d’information ou pour acquérir cet ouvrage, c’est ici.

Pour le mettre en perspective d’ors et déjà, ce premier opus n’est que le début d’une aventure qui connaîtra d’autres publications autour de la culture orale corse. Un Tome 2 est même déjà prévu sur les histoires de villages qui sortira dans quelques mois, en Janvier 2022.

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com.
A la découverte du Monde médiéval sous toutes ses formes.

Citation : Bâtisseurs du Moyen Âge, La Cathédrale de la mer

Livre La Cathédrale de la Mer d'Ildefonso Falcones

Sujet : extrait, citation, roman médiéval, roman historique, culte marial, bâtisseurs médiévaux. fiction médiévale, cathédrale Santa Maria del Mar, Barcelone, Catalogne médiévale, Espagne médiévale.
Période : Moyen Âge tardif, XIVe siècle
Titre : La Cathédrale de la Mer (2006)
Auteur : Ildefonso Falcones.

Bonjour à tous,

Nous partageons, aujourd’hui, une nouvelle citation inspirée du Moyen Âge tardif, celui qu’a reconstitué pour nous l’auteur Ildefonso Falcones dans son grand roman historique : La Cathédrale de la Mer. Datée de 2006, cette fiction médiévale se déroule au XIVe siècle. Sur fond de Moyen Âge réaliste, elle conte la fuite d’un serf catalan, Arnau d’Estanyol, désireux d’échapper à sa condition et de s’affranchir. Pour tenter sa chance, le jeune paysan rejoindra Barcelone. À l’époque, la grande cité a besoin de bras et une loi y prévoit que certains asservis puissent y devenir des hommes libres.

Un beau voyage dans la Barcelone du XIVe s

Toute une vie d’aventure attendra le fugitif dans une capitale catalane fourmillante qui bat au rythme de ses activités portuaires mais aussi de l’immense projet de construction de sa Cathédrale Santa Maria del Mar. En véritable orfèvre, Ildefonso Falcones reconstitue sous nos yeux des myriades de détails d’époque et il réussit le tour de force de nous immerger totalement au cœur de cette Barcelone médiévale et de ses dimensions économiques, religieuses et sociales. Son talent et son souci du réalisme feront de son roman un succès mondial.

L’ouvrage sera traduit en de nombreuses langues et, en 2018, il donnera même lieu à la production d’un série télévisée co-produite par Netflix. Le format proposera une saison de 8 épisodes. Depuis ce fantastique best- seller, l’avocat catalan a écrit d’autres ouvrages. En 2020, on a même appris que son quatrième roman Los Herederos de la tierra (les Héritiers de la terre) devrait, lui aussi, être adapté pour le petit écran. Daté de 2016, cette fiction se déroule quelques années après l’intrigue de La Cathédral de la Mer et en reprend le fil. En attendant cette sortie, on pourra toujours lire ou relire le premier opus qui a révélé l’auteur au public.

Citation illustrée du Livre "La Cathédrale de la Mer" d'Ildefonso Falcones

Extrait de La Cathédrale de la Mer,
de Ildefonso Falcones

Un bâtisseur apparut chargé d’une pierre. Peu avait survécu à la peste. Son propre beau-père Ramon et d’autres étaient tombés en grand nombre. Arnau les avait pleuré sur la plage avec ses anciens compagnons.
— Sébastien, murmura-t-il en reconnaissant le bâtisseur.
— Que dis-tu ? lui demanda Guillem qui se tenait derrière lui, en l’entendant.
— Sébastien, répéta-t-il. Cet homme, celui qui porte la pierre, s’appelle Sébastien.
Sébastien le salua en passant à côté de lui, sans tourner la tête, en continuant de regarder face à lui, les lèvres serrées sous le poids de la pierre.
— Pendant de nombreuses années, j’ai fait pareil, continua Arnau, la voix entrecoupée. Guillem ne fit aucun commentaire.
À ce moment là, passa un autre porteur. Arnau le salua. J’ai cru que j’allais me séparer en deux, j’ai cru qui mon échine allait se rompre, pourtant, Dieu ! Quelle satisfaction je ressentis en arrivant.
—Votre vierge doit certainement avoir quelque chose de bon pour que les gens se sacrifient pour elle de telle manière. Entendit-il dire au maure.
Par la suite, les deux conservèrent le silence tandis que la procession de porteurs de pierre passait devant d’eux.

Version originale espagnole de cette citation

Apareció un bastaix cargado con un piedra. Pocas habían sobrevivido a la plaga. Su propio suergro, Ramon y muchos más habian fallecido. Arnayh habia llorado en la playa junto a sus antiguos compañeros.
— Sebastià — murmuró al reconocer el bastaix
— Que dices — oyó que preguntaba Guillem a sus espaldas. Arnau no ese volvió.
— Sebastià — repitió — . Ese hombre, el que carga la piedra, se llama Sebastià.
— Sebastià lo saludó al pasar po delante de él, sin volver la cabeza, con la vista al frente y los labios apretados bajo el peso de la piedra.
— Durante muchos años yo hice lo mismo — continuó Arnau con voz entrecortada. Guillem no hizo ningún comentario. Solo tenía catorce años cuando llevé mi primera piedra à la virgen. — En aquel momento pasó otro bastaix. Arnau lo saludo — . Creía que me iba a partir por la mitad, que se me iba a romper el espinazo, pero la satisfacción que sentí al llegar… Dios!
— Algo buneo debera de tener vuestra Virgen para que la gente se sacrifique por ella de esta manera – oyó que le decía el moro.
Luego, los dos guardaron silencio mientras la procesión de bastaixos pasaba por delante de ellos.


Désormais, vous pouvez vous procurer cet ouvrage au format pocket ou même au format kindle. Ne vous en privez pas, il est excellent.

En vous souhaitant une bonne journée.

Frédéric EFFE
Moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes

NB : au premier plan, sur l’image d’en-tête, on peut voir le personnage d’Arnau Estanyol incarné par Aitor Luna dans la série La Catedral del mar (Cathedral of the sea) de Netflix en 2018. L’enluminure, en arrière plan, est tirée du Codice Bodmer 181, superbe manuscrit du XVe siècle. Elle représente des bâtisseurs à l’œuvre pour la construction du temple de Salomon et est une reproduction d’une enluminure de Jean Fouquet. Le manuscrit est digitalisé est consultable en ligne ici. On retrouve ce même acteur sur l’image reprenant la citation.

« Des instruments artificiels merveilleux », Roger bacon

Sujet : science médiévale, savant, art mécanique, préjugés, citations médiévales, citations, extraits, médecine, philosophe, alchimiste
Période : Moyen Âge central, XIIIe siècle
Auteur : Roger Bacon (1214-1292)
Ouvrage : Lettre sur les prodiges de la nature et de l’art et la nullité de la magie, Albert Poisson, Ed Chamuel (1893)

Bonjour à tous,

ujourd’hui, nous vous proposons une citation médiévale et, même plutôt un extrait, d’un texte du XIIIe siècle. Il nous provient du médecin et savant Roger Bacon. Nous sommes donc au Moyen Âge central et dans un essai assez court où il recensait les merveilles de la nature et de la science pour les opposer à la magie (Epistola de secretis operibus naturae et artis et de nullitate magiae), le Doctor Mirabilis anglais énumèrait quelques prodiges mécaniques de sa connaissance.

Engins volants, sous-marins, chars à feux dotés de systèmes de traction autonomes, embarcations à la vitesse stupéfiante : nous sommes plus de deux siècles avant Léonard de Vinci et en puisant dans l’antiquité et ses observations, Bacon nous donne l’occasion de revenir, une nouvelle fois sur quelques préjugés concernant l’état d’ignorance dans lesquels la science du Moyen Âge et ses savants étaient censés se tenir.

Des instruments merveilleux : citation du Moyen Âge de Roger Bacon

« On peut construire des machines marines telles, que les plus grands esquifs maritimes ou fluviaux en étant munis, et un seul homme les montant et les gouvernant, ils auraient une vitesse bien plus grande que s’ils étaient mus par une grande quantité de rameurs. On peut aussi faire des chars qui, n’étant tirés par aucun animal, se meuvent avec une vitesse considérable ; l’on pense que tels étaient les chars à feux sur lesquels combattaient les anciens. On peut aussi construire des instruments pour voler; un homme est assis au centre de l’appareil et fait tourner quelque roue par laquelle des ailes artificiellement construites frappent l’air à la manière d’un oiseau qui vole. On peut aussi faire un instrument d’un petit volume pour pouvoir élever ou descendre des poids d’une pesanteur infinie, ce qui est fort utile à l’occasion. Car, à l’aide d’un semblable instrument d’une longueur de trois doigts, large comme eux et d’un volume moindre, un homme pourrait s’évader de prison, monter et descendre lui et ses compagnons.

On peut construire des instruments à l’aide desquels un homme tirerait à lui mille personnes avec violence et malgré elles, il en est de même pour les autres espèces de traction. On peut aussi faire des instruments avec lesquels on se promène dans la mer et au fond des fleuves sans aucun danger pour le corps. Alexandre se servit de cette machine pour surprendre les secrets de la mer, d’après ce que raconte Ethicus l’astronome.


Toutes ces choses ont été expérimentées soit dans l’antiquité soit à notre époque, et je les affirme être véridiques, excepté l’appareil à voler, que je n’ai pas vu; je n’ai pas non plus connu d’homme qui l’ait vu, mais je connais intimement le savant qui l’a inventé. On peut faire une infinité d’autres choses du même genre, telles que des ponts traversant les fleuves, sans piles ni autres soutiens; des machines et bien d’autres choses ingénieuses peu connues. »

Extrait de Epistola de secretis operibus naturae et artis et de nullitate magiae – Roger Bacon – Lettre sur les prodiges de la nature et de l’art
Chap IV Des instruments artificiels merveilleux. Albert Poisson (op cité).


Un mot sur ce livre de Roger Bacon

Livre : Lettre Sur Les Prodiges: de La Nature Et de L'Art, Albert Poisson (1893)

Pour dire un mot de ce précis médiéval de Roger Bacon, on y trouvera encore des réflexions sur la science, la magie, la médecine, dont certaines étonnantes de modernité, sur le prolongement de la vie. Avec un total de 70 pages, un certain nombre de chapitres sont également consacrés à des opérations alchimiques et, notamment, à la composition de l’œuf des philosophes.

Ce livre de Roger Bacon, il a été réédité chez Kessinger Legacy Reprints. Vous le trouverez donc facilement à la commande en librairie ou à la vente en ligne. Voici un lien utile pour plus d’informations : Lettre Sur Les Prodiges: de La Nature Et de L’Art, Albert Poisson (1893)

Albert Poisson (1869-1894), auteur français du XIXe siècle, s’était lui même piqué d’Alchimie. Cette passion (ou cette quête si l’on préfère), lui donna l’occasion de se pencher sur l’œuvre de Bacon mais pas seulement. Nicolas Flammel, Albert le Grand, Paracelse, Raymond Lulle, Arnaud de Villeneuve font aussi partie des auteurs qu’il a approchés, commentés ou traduits. Adepte et initié, il semble que l’alchimiste gravita dans l’entourage du médecin et occultiste Papus (Gérard Anaclet Vincent Encausse) et fréquenta assidument les milieux martinistes d’alors. On le retrouve également mentionné dans certains cercles de la Rose-Croix. Poisson a légué un nombre de livres assez conséquent autour de l’alchimie en regard de sa courte carrière. Le jeune auteur prometteur a disparu, en effet, prématurément, à l’âge de 25 ans. Son ouvrage le plus connu, écrit à l’âge de 22 ans, « Théories et symboles des alchimistes : le grand œuvre » connaîtra un certain succès au regard du thème pointu et réservé que l’auteur se proposait d’aborder.


Voici également d’autres articles qui pourraient vous intéresser sur quelques idées reçues et préjugés à l’encontre du Moyen Âge :

En vous souhaitant une belle journée.

Frédéric Effe.
Pour moyenagepassion.com.
A la découverte du Monde médiéval sous toutes ses formes.

PS : l’image d’en tête est tirée d’une gravure de l’édition de 1893 de la Lettre sur les prodiges de la nature et de l’art de Roger Bacon, traduite par A poisson.