la vue de l’épidémie de coronavirus, mais aussi des mesures de confinement, depuis quelque temps déjà, il était bien évident pour tout le monde que la saison des fêtes médiévales allait se trouver fortement compromise. De fait, après le Rassemblement du Prince d’Orange 2020 qui fut un des premiers à ouvrir ce triste bal, on ne compte même plus les annulations. Nous n’allons pas ici en tenir la liste régulière cela n’aurait aucun sens ; bien d’autres manifestations sont touchées dans le domaine de la culture, du sport, du spectacle et, pour beaucoup, on comprend que tout cela ait pu passer au second rang des priorités.
Annulation de Cidre et Dragons 2020
Dans la série de ces funestes nouvelles conjuguées au futur, on vient même d’apprendre l’annulation du Festival Cidre et Dragons 2020de Merville-Franceville que nous ne manquons jamais de mentionner dans notre agenda (voir notre article sur l’édition 2019). L’événement était prévu pour le mois de septembre prochain. Cela pourrait paraître loin mais ses organisateurs de l’Association Raid Tolkien ont préféré prendre les devants, en donnant rendez-vous à leur public pour l’année 2021. Voie de la sagesse ? Sans aucun doute. Au final, tout cela sonne comme le rappel d’une certaine réalité. Même si la situation se rétablit et même si le port du masque commence enfin à se généraliser, nous nous préparons, un peu tous, à l’idée qu’il faudra du temps avant que de grandes manifestations populaires puissent, à nouveau, se tenir en toute sérénité.
Tout cela étant dit, nous tenons à envoyer, ici, nos pensées aux artistes, artisans, musiciens et reconstituteurs qui vivent, pour tout ou partie, des fêtes et célébrations médiévales, de leurs animations et de leurs marchés médiévaux. En espérant que cette situation trouve une issue favorable plus rapide que prévue, nous adressons, aussi, une nouvelle fois, tous nos vœux de rétablissement aux malades touchés par l’épidémie, ainsi que nos vœux de courage et nos remerciements aux personnels de santé qui sont au front.
Une vraie lueur d’espoir ?
Pour ajouter une note plus positive, comme nombre d’entre vous sans doute, nous avons suivi les études des médecins chinois, auxquelles ont succédé celles du Professeur Didier Raoult de l’Institut IHU Marseille Infection, au sujetde l’efficacité potentielle de l’Hydroxychloroquine en matière de lutte contre le Coronavirus (voir article).
Après une première étude, datée de fin février, on se souvient que l’épidémiologiste marseillais avait préconisé l’usage de ce traitement, en association avec un antibiotique spécifique (l’Azithromycine). Selon ses recommandations, la prescription devait être faite sous strict contrôle médical, en cas de dépistage positif du virus et, au plus tôt, après sa détection éventuelle. Pas question bien sûr d’auto-médication. L’organisation de tests de dépistage massif faisait aussi logiquement partie des préconisations du médecin chercheur français. Plus d’un mois après son appel, sa voix n’a toujours pas été entendue. Pire, une sorte de cohue médiatique généralisée s’est même élevée pour la masquer.
Dans le même temps, aux Etats-Unis, sur la base de ces études chinoises et françaises et de leurs résultats, la FDA a fait diligence pour conduire ses propres recherches sur les risques associés à ce traitement. Il aura fallu à peine plus d’une semaine pour que cet organisme officiel, réputé par ailleurs pour sa rigidité, ne décide d’autoriser le recours possible à l’Hydroxychloroquine par les médecins américains ( en association avec d’autres prescriptions).
Les résultats de cette autorisation ne se sont pas fait attendre, puisque moins de deux semaines plus tard, un imminent professeur américain, le docteur Stephen Smith, a confirmé, à son tour, les succès rencontrés jusque là dans l’administration de ce traitement. A ce jour, aucun de ses patients traités à l’Hydroxychloroquine n’a eu, en effet, à requérir au lourd dispositif d’assistance respiratoire, qui est le signe des phases les plus avancées de cette épidémie, chez certains sujets, et qui est aussi la cause d’une envolée des taux de mortalité. Le docteur américain parle même de « game changer » soit de véritable tournant dans la gestion de l’épidémie. Son intervention (en américain) était retransmise sur Fox News début avril.
De son côté, l’administration de Donald Trump a également confirmé, ce week end, avoir lancé des commandes massives de ce produit en vue de son utilisation contre le virus. Ce détour américain et ce vent d’ouest entraînera-t-il, à l’habitude, une partie de l’Europe et notamment la France à sa traîne ? En tout état de cause, il risque de s’avérer difficile, désormais, pour le pouvoir exécutif français de rester sourd aux appels venus de l’institut marseillais et de ses imminents chercheurs et praticiens (voir autre vidéo importante sur le sujet). Une pétition a d’ailleurs été mise en place sur change.org pour aider à cela : ne perdons plus de temps.
En vous souhaitant une bonne journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com A la découverte du Moyen-âge sous toutes ses formes.
Sujet : poésie médiévale, fable médiévale, langue d’oïl, vieux français, anglo-normand, auteur médiéval, ysopets, poète médiéval, vilain, dragon, convoitise, cupidité Période : XIIe siècle, Moyen Âge central. Titre : Dou Dragon è d’un Villain Auteur : Marie de France (1160-1210) Ouvrage : Poésies de Marie de France Tome Second, par B de Roquefort, 1820,
Bonjour à tous,
ous repartons, aujourd’hui, pour le XIIe siècle avec une fable de Marie de France. Il y sera question de vilenie, de trahison, mais aussi d’un œuf de dragon renfermant bien des trésors dont la confiance d’un animal mythique et l’utilisation qu’il en fera pour mettre à l’épreuve un faux ami.
Un autre vilain littéraire « archétypal »
On reconnaîtra, dans cette poésie sur le thème de la défiance et de la cupidité, ce « vilain archétypal » de la littérature médiévale du XIIe siècle. Nous voulons parler de celui qui porte, si souvent, tous les travers : rustre, « convoiteux », avare, indigne de confiance, malicieux ou, selon, un peu crétin sur les bords (cf de Brunain la vache au prêtre de jean Bodel).
Dans ces premiers usages, dans la littérature médiévale, le terme de vilain finira par désigner souvent autant le travailleur de la terre que celui sur lequel la société des valeurs et de la bienséance n’a aucune prise : une profession de tous les défauts et tous les préjugés, qu’elle cristallise sans doute d’autant plus que le monde médiéval tend à s’urbaniser (opposition « campagne/monde civilisé » ou encore « nature/culture » ?).
Quant au dragon, s’il a représenté plutôt, dans les premiers temps du moyen-âge central, une créature maléfique, ici et sous la plume de Marie de France, il incarne la raison. Il se fait même le représentant des hommes (éduqués, fortunés, nobles ?) pour les aider à tirer une leçon de sagesse : à défaut d’avoir le choix, méfions-nous toujours de ceux à qui nous confions nos avoirs.
Dou Dragon è d’un Villain
Or vus cunterai d’un Dragun K’un Vilains prist à compaignun ; E cil suvent li prometeit Qe loiaument le servireit. Li Dragons volut espruvier Si se purreit en lui fier, Un Oef li cummande à garder ; Si li dit qu’il voleit errer.
De l’Uef garder mult li pria E li Vilains li demanda Pur coi li cummandeit enssi : E li Draguns li respundi Que dedenz l’Uef ot enbatu Tute sa force et sa vertu, Tut sereit mort s’il fust brisiez.
Qant li Draguns fu eslungiez Si s’est li Vileins purpenssez Que li Hués n’iert plus gardez ; Par l’Oues ocirra le Dragun S’ara sun or tut-à-bandun. E qant li Oës fu despéciez Si est li Dragons repairiez ; L’eschaille vit gésir par terre, Si li cummencha à enquerre Purquoi ot l’Oef si mesgardé. Lors sot-il bien la vérité Bien aparçut la tricherie ; Départie est lur cumpaignie.
MORALITÉ
Pur ce nus dit icest sarmun, Q’à trichéour ne à félun Ne deit-l’en cummander sun or, N’abandunner sun chier thrésor ; En cunvoitex ne en aver Ne se deit nus Hums affier.
Traduction adaptation en français moderne
Or (à prèsent) vous conterai d’un dragon Qui vilain prit pour compagnon Et qui, souvent, lui promettait Que toujours il le servirait. Le Dragon voulut éprouver S’il pourrait vraiment s’y fier. Et d’un œuf lui confia le soin Pendant qu’il partirait au loin.
De garder l’œuf, tant le pria
Que le vilain lui demanda, Pourquoi il insistait autant. Lors, le dragon lui répondit Que dedans l’œuf il avait mis Toute sa force et sa vertu Et qu’il mourrait s’il fut brisé.
Quand le dragon fut éloigné Le vilain se mit à penser Que l’œuf il n’allait plus garder Mais qu’avec il tuerait le Dragon Pour lui ravir ses possessions. Une fois l’œuf dépecé Voilà dragon qui reparaît.
Voyant les coquilles à terre Il interroge le compère Sur les raisons de sa mégarde.
A découvrir le vrai ne tarde Et mesurant la tricherie Il met fin à leur compagnie.
MORALITÉ
La morale de notre histoire Est qu’à tricheur ni à félon, On ne doit laisser son or, Ni ne confier son cher trésor,
Qu’ils soient avares ou convoiteux
Tout homme doit se défier d’eux.
En vous souhaitant une très belle journée.
Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.
uste un peu d’humour en forme de bestiaire aquatique médiéval, pour vous accompagner en ce 1er avril 2020. Pas grand chose à ajouter. Tous les poissons utilisés pour cet étrange aquarium sont tirés de miniatures de divers manuscrits d’époque.
Une belle journée.
Fred
Pour moyenagepassion.
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Sujet : musique, poésie, chanson médiévale, troubadours, occitan, langue occitane, langue d’oc, amour courtois, courtoisie Période : Moyen Âge central, XIIe, XIIIe siècle Auteur : Peire Vidal (? 1150- ?1210) Titre : Mos cors s’alegr’ e s’esjau Interprètes : Gérard Zuchetto, Patrice Brient, Jacques Khoudir Album : Gérard Zuchetto chante les Troubadours des XIIe et XIIIe siècles, Vol. 1 (1988)
Bonjour à tous,
ous repartons, aujourd’hui, au pays d’oc et en Provence médiévale. Nous sommes à la fin du XIIe siècle pour y découvrir une nouvelle chanson du troubadour Peire Vidal, au sujet de ses pérégrinations. Cette fois-ci, ce n’est pas en Espagne que nous le retrouverons mais, ayant séjourné à l’ouest de Carcassonne, dans le département de l’Aude actuel et s’apprêtant à rejoindre Barral, son protecteur marseillais.
Récit d’un séjour en Languedoc
sur fond de valeurs courtoises
Au menu de cette poésie, on retrouve un Peire Vidal un peu plus « sage », ou en tout cas, un peu moins grandiloquent qu’à l’habitude, mais tout aussi désireux de défendre les valeurs de la courtoisie. Pour preuve, elles lui sont si chères que même un ennemi farouche qui en porterait le flambeau pourraient devenir pour cela un ami.
Source : le chansonnier occitan H
On peut retrouver cette pièce du troubadour occitan dans le manuscrit médiéval connu sous le nom de Chansonnier Occitan H et référencé Vatican Cod. 3207, à la bibliothèque apostolique du Vatican où il est conservé.
Avec ses 61 feuillets à l’écriture tassée, cet ouvrage, daté de la fin du XIVe siècle, contient des chansons, sirventès et pièces poétiques de troubadours du Moyen Âge central. Si vous en avez la curiosité, vous pourrez le consulter en ligne ici.
Pour la traduction de la pièce du jour, de l’Occitan vers le Français moderne, si nous continuons de nous servir de l’ouvrage de Joseph Anglade : Les poésies de Peire Vidal (1913), nous l’avons toutefois largement reprise et remaniée, en nous servant d’autres sources et dictionnaires. Pour son interprétation, voici la belle version que Gérard Zuchetto en proposait à la fin des années 80.
Mos cors s’alegr’ e s’esjau de Peire Vidal par Gérard Zuchetto
Gérard Zuchetto Chante les
Troubadours des XIIe et XIIIe siècles (vol 1)
C’est en 1988 que Gérard Zuchetto, accompagné de Patrice Brient et Jacques Khoudir, allait partir à la conquête des plus célèbres troubadours du pays d’Oc.
Avec 9 titres, ce premier volume, sorti chez Vde-Gallo, allait faire une large place à Raimon de Miraval. Cinq pièces de cet album y sont, en effet, consacrées à cet auteur médiéval. Quant aux autres titres, on en retrouve deux de Arnaud Daniel, un de Raimbaud d’Orange et enfin, la pièce du jour, tirée du répertoire de Peire Vidal. Les deux opus suivants de cette série « Gérard Zuchetto Chante les troubadours… » sortiraient quelques années plus tard, en 1992 et 1993. D’une certaine manière, ils ne feraient qu’ouvrir le bal de l’oeuvre prolifique que le musicien, chercheur et compositeur allait consacrer, par la suite, à l’art des troubadours et à la « Tròba »,
I Mos cors s’alegr’ e s’esjau Per lo gentil temps suau E pel castel de Fanjau Que -m ressembla paradis ; Qu’amors e jois s’i enclau E tot quant a pretz s’abau E domneis verais e fis.
Mon cœur est joyeux et se réjouit Pour ce temps agréable et doux Et pour le Château de Fanjeaux, Qui me semble être le paradis : Puisque amour et joie s’y enclosent Et tout ce qui sied à l’honneur (valeur, mérite), Et courtoisie sincère et parfaite (véritable).
II Non ai enemic tan brau, Si las domnas mi mentau Ni m’en ditz honor e lau, Qu’eu nol sia bos amis. Et quar mest lor non estau, Ni en autra terra vau, Planh e sospir e languis.
Je n’ai pas d’ennemi si farouche (dur, brave) Qui, s’il me parle des dames Et m’en dit honneur et louange, Ne devienne un ami loyal. Et comme je ne suis pas parmi elles Et que je vais sur d’autres terres Je me plains et soupire et languis.
III Mos bels arquiers de Laurac, De cui m’abelis e*m pac, M’a nafrat de part Galhac E son cairel el cor mis ; Et anc mais colps tan no’m plac, Qu’eu sojorne a Saissac Ab fraires et ab cozis.
Mon bel archer de Laurac, Auprès duquel j’éprouve tant de plaisir et de joie à me tenir M’a blessé du côté de Gaillac Et m’a percé le cœur de son carreau d’arbalète : Et jamais coup ne me fut si doux Puisque j’ai séjourné à Saissac Avec ses frères et ses cousins.
IV Per totz temps lais Albeges E remanh en Carcasses, Que-l cavalier son cortes E las domnas del païs. Mas Na Loba a -m si conques, Que, si m’ajut Deus ni fes, Al cor m’estan sei dous ris.
Pour toujours je quitte l’Albigeois, Et je reste dans le Carcassonnais, Puisque les chevaliers Et les dames du pays y sont courtois. De plus, Dame Louve m’a si bien conquis Qu’avec l’aide de Dieu et ma foi (si Dieu me prête soutien et foi) Je garde, dans mon cœur, ses doux rires.
V A Deu coman Monrial E-l palaitz emperial, Qu’eu m’en torn sai a’N Barral, A cui bos pretz es aclis ; E cobrar m’an Proensal, Quar nulha gens tan no val, Per que serai lor vezis.
A Dieu, je remets Montréal Et le palais impérial, Car je m’en retourne, à présent, vers Barral* Que la gloire accompagne (auquel mérites, grande valeur est acquise) ; Les provençaux me recouvriront (retrouveront) bientôt, Car nulle gens n’a tant de valeur Et pour cela je serai des leurs (littéral : leur voisin).
* Barral : Raymond Geoffrey, Vicomte de Marseille, protecteur du troubadour
En vous souhaitant une excellente journée.
Fred
pour moyenagepassion.com A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes