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« Je muir d’amourette », l’amour courtois du trouvère Adam de La Halle par l’Ensemble Fortune’s wheel

trouveres_troubadours_musique_poesie_medievale_musique_ancienneSujet : musique, chanson médiévale, poésie médiévale, vieux français, trouvère, rondeau, chansons polyphoniques, amour courtois, fine amor, bibliographie.
Période : moyen-âge central, XIIIe siècle
Auteur : Adam de la Halle (1235-1285)
Titre : « Je muir d’Amourete(s) »
Interprètes : Fortune’s wheel
Album : Pastourelle, the Art of Machaut and the Trouvères (2002)

Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous revenons aujourd’hui à la poésie d’Adam de la Halle avec un de ses célèbres rondeaux. Le thème est celui de l’amour courtois. « Je muir d’amourette », le  fine amant se meurt de n’avoir réussi à séduire la demoiselle ou la dame de son coeur et du manque de miséricorde dont il fait l’objet. Bien moins douce et docile qu’il ne l’avait supposé au premier abord, elle se montre sauvage et cruel, en lui accordant pas ses grâces et le trouvère, rendu seul, se morfond.

Le rayonnement des musiques et de la poésie de l’Europe médiévale n’a pas de frontières. Bien au delà du continent, ces oeuvres appartiennent désormais au patrimoine de l’Humanité et séduisent, en tout cas, de nombreux artistes et un large public à travers le monde. Pour preuve, l’interprétation du jour nous vient d’outre-atlantique et d’un ensemble médiéval américain  ayant pour nom Fortune’s Wheel;  nous aurons ainsi l’occasion de vous les présenter.

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Les Oeuvres complètes d’Adam de la Halle
bibliographie & ouvrages

E_lettrine_moyen_age_passionn 1872, après avoir compulsé plus de quinze manuscrits anciens, le juriste, musicologue et ethnologue Edmond de Coussemaker (1805-1876) faisait paraître une synthèse remarquable des oeuvres d’Adam de la Halle. A côté de la liste exhaustive des créations du trouvère artésien du XIIIe siècle : chansons, jeux-partis, motets, rondeaux mais aussi pièces plus longues de l’auteur ( le congé, le poème du roi de Sicile, le jeu de la feuillée, le jeu de Marion et Robin et le jeu du pèlerin), le musicologue nous gratifiait également des partitions de l’ensemble des compositions de l’artiste médiéval, en juxtaposant même les notations anciennes des manuscrits aux notations modernes.

deco_enluminures_rossignol_poesie_medievalePour parenthèse, concernant la pièce du jour et sa popularité, on notera sa présence, entre autres manuscrits, dans le roman satirique Renart le Nouvel (1288) de Jacquemart Giélée. Elle y sera même chantée deux fois. 

Pour revenir à l’ouvrage de Edmond de Coussemaker, cette véritable bible sur l’oeuvre de Adam de la Halle à fait longtemps référence pour les artistes désireux de s’essayer à la musique du trouvère d’Arras, comme aux amateurs de poésie et de littérature médiévale. De fait, à quelques 150 ans de sa première parution, l’ouvrage est toujours réédité. On pourra notamment le trouver chez Hachette où il est publié en partenariat avec la BnF et dans le cadre de sa politique de conservation patrimoniale des ouvrages de la littérature Française En voici le lien : Oeuvres complètes du trouvère Adam de La Halle (Éd.1872)

Les oeuvres traduites

A noter qu’en 1995, l’universitaire et spécialiste de littérature médiévale, Pierre-Yves Badel faisait également paraître ses oeuvres complètes du trouvère, aux côtés, cette fois, de leur traduction en français moderne. Sorti dans la Collection Lettres gothiques et sous la direction de Michel Zink, l’ouvrage est toujours disponible au Livre de Poche. Les mélodies y sont également présentes. Pour information,  en voici également le lien : Oeuvres complètes d’Adam de la Halle, par Pierre-Yves Badel.

« Je muir d’amouretes », d’Adam de la Halle, Ensemble Fortune’s Wheel

L’Ensemble médiéval Fortune’s Wheel

F_lettrine_moyen_age_passion-copiaondé en 1996 par quatre musiciens spécialisés dans les musiques anciennes et renommés outre-atlantique, l’Ensemble Fortune’s Wheel a fait de très salués premiers pas au Festival of Early Music de Mexico, avant de se produire en concert à travers tous les Etats-Unis, dans le courant des années suivantes.

Après avoir publié deux albums, celui dont est extrait la pièce du jour et un autre sur les musiques de l’Angleterre médiévale, le groupe a, semble-t-il, arrêté de se produire et ne s’est pas reformé depuis quelque temps déjà. Les artistes qui le composaient étant toujours actifs dans le champ des musiques du moyen-âge, on peut les retrouver plus récemment dans d’autres formations, du côté des Etats-Unis.

Dans sa composition, on retrouvait  Robert Mealy, vièle, harpe et voix (voir article Ensemble Tenet), Shira Kammen, vièle, harpe et voix (Ensemble PAN), Paul Cummings, voix (Boston Camerata) et Lydia Heather Knutson, voix (Ensemble Sequentia, Boston Camerata,  Blue Heron).

 Pastourelle, the Art of Machaut & the Trouvères

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Sorti en 2002, l’album Pastourelle, proposait 20 titres empruntés au répertoire médiéval des XIIe au XIVe siècles. On pouvait ainsi y retrouver quatre pièces d’Adam de la Halle, une de Conon de Béthune, huit de Guillaume de Machaut et encore quelques autres compositions anonymes de cette même période.  Pour le moment, l’album ne semble pas avoir été réédité mais il est, en revanche, toujours disponible au format MP3 au lien suivant : Pastourelle by Fortune’s Wheel Ensemble.

Je muir d’amouretes d’Adam de la Halle

Je muir, je muir d’amourete,
Las! ai mi
Par defaute d’amiete
De merchi.(1)

Je meurs, je meurs d’amourete,
Las! Pauvre de moi
Par défaut d’Amie

et de miséricorde (pitié).

A premiers la vi douchete* (douce, tendre);
Je muir, je muir d’amourete,

D’une atraitant* (séduisante) manierete 
A dont (alors) la vi,
Et puis la truis* (de trover) si fierete* (sauvage, cruelle)
Quant li pri* (de preiier, supplier)

Je muir, je muir d’amourete,
Las! ai mi
Par defaute d’amiete
De merchi.

En vous souhaitant une belle journée.

Frédéric EFFE.
Pour moyenagepassion.com
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Pastourelle & trouvères du moyen-âge : le jeu de Robin et Marion par l’ensemble Perceval (extrait)

musique_poesie_chanson_profane_medievale_pastourelle_adam_de_la_halle_trouvere_arrasSujet :  musique, poésie, chanson, médiévale,  trouvère, pastourelle,
Epoque : moyen-âge central,
Auteur :  Adam de la Halle  (1220-1288)
Titre : le jeu de Robin & Marion
Interprète : Ensemble Perceval
Album : 
« Adam de la Halle : Le jeu de Robin et Marion» (1981   Arion)

Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous avions déjà parlé, il y a quelques semaines, de la pastourelle médiévale « le jeu de Robin et Marion » du trouvère Adam de la Halle et nous vous en présentons, aujourd’hui, un autre extrait musical. Cette fois-ci, nous le devons à l’excellentissime Ensemble Perceval et il faut bien avouer qu’au niveau vocal tant que pastourelle_trouvere_adam_de_la_halle_jeu_marion_et_robin_enluminuresmusical, cette pièce nous transporte d’emblée dans un ailleurs poétique sublime.

(ci-contre le jeu de Robin et Marion, enluminures, Ms. 166,  XIVe, Bibliothèque Méjanes , Aix en Provence)

Ce n’est qu’un extrait de la scène II entre Marion et son  promis et amant Robin. Il finit un peu en queue de poisson et nous nous en excusons.  Le morceau dure en réalité 11 min 20. Sous la direction de Guy  Robert, l’album dédié dans son entier au jeu de Robin et Marion est accessible sur  Amazon et d’autres  sites de vente en ligne.  Le travail  artistique  de la formation y est résolument ouvert  à des morceaux hors  de l’oeuvre de  Adam de La Halle.

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Pour plus d’informations sur les productions Perceval,  vous pouvez consulter l’article que nous leur avions dédié précédemment ici:

La complainte de Richard 1er par l’ensemble Perceval.

En vous souhaitant une bonne écoute et une très belle journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com
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Fabliau médiéval: « Brunain, la vache au prêtre » de Jean Bodel, lecture audio

trouveres_jean_bodel_fabliau_poesie_jongleur_medieval_moyen-age_central_lecture_audioSujet : fabliau, poésie médiévale, conte populaire satirique, trouvère d’Arras
Période : moyen-âge central
Auteur : Jean (ou Jehan) Bodel (1167-1210)
Titre : de Brunain, la vache du prêtre
Média : lecture audio en vieux français

Bonjour à tous,

D_lettrine_moyen_age_passionans la foulée de l’article précédent sur Jean Bodel, sa vie, son oeuvre et le fabliau « De Brunain, la vache au prestre » nous vous proposons aujourd’hui et pour exactement le même prix, sa lecture audio. Elle est pas belle la vie?

Lecture audio : Brunain la vache au prestre,
dans la langue de Jean Bodel

Aparté prononciation, le [oi] en [wé]

C_lettrine_moyen_age_passion‘est moé le roé! Il est généralement entendu que la diphtongue [oi] se prononçait  « oué » ou [wé] pour le dire en phonétique correct, en français ancien.

Seulement voilà, il se trouve que nos dernières lectures sur le vieux français et sa prononciation, semble confirmer que le passage du {oi] au [wé] serait postérieur au XIIIe siècle. Avant cela, il est possible, même, si cela reste difficile, à affirmer que [oi] se prononçait de manière diphtongué comme dans « oyez, oyez bonne gens« , ce qui pourrait s’écrit  « oye » ou « olle » (en liant les deux l en ye comme en espagnol). Ex : S’averoie dans la phrase « S’averoie planté de bêtes » pourrait alors se voir prononcer, quelque que chose comme: « S’averouaille » Comme il est difficile d’en avoér la certitude absolue et pour que le texte reste plus compréhensible je n’ajoute pas cette difficulté et me contente fabliau_medieval_jean_bodel_poesie_humour_moyen-age_centralde de prononcer [oi] comme il s’écrit. A quelques reprises pour le respect de la rime, je le diphtongue toutefois légèrement en [owa]. comme justement dans ce même exemple de « S’averoie planté des bêtes », mais je ne vais pas jusqu’au « Aye » et je le coupe avant.

Notons tout de même que la difficulté de restitution de la prononciation du vieux français médiéval est immense parce que nous n’en avons que quelques traces et les témoignages d’auteurs souvent, eux-mêmes, de la renaissance. Les premiers enregistrements sonores ne datant que de la toute fin du XIXe, se situent déjà à plus de six siècles de notre sujet d’étude. Le reste fait appel à l’évolution de l’écrit et des diphtongues bien souvent en extrapolant des glissements progressifs du latin vers le vieux français, entérinés, par la suite, par des changement dans l’orthographe écrite. Dans d’autres cas, des graphies différentes pour un même vocable à époques identiques peuvent encore nous renseigner sur des prononciations plausibles. Si l’on ajoute à cela le fait qu’il y avait en plus d’un certain standard, sans doutes des myriades d’accents en fonction des régions, la difficulté se corse encore. Il faut donc faire des choix dans le champ des hypothèses.

Une belle journée à tous!
Fred
Pour moyenagepassion.com
« L’ardente passion que nul frein ne retient poursuit ce qu’elle veut et non ce qui convient » Publiliue Syrus  Ier s. av. J.-C.