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Tels rit au main qui au soir pleure, une complainte médiévale de Guillaume de Machaut

Guillaume-de-Machaut_trouvere_poete_medieval_moyen-age_passionSujet : musique médiévale, musique ancienne, chanson, complainte,  amour courtois. fortune.
Titre : « Tels rit au main qui au soir pleure»
Oeuvre : le remède de Fortune.
AuteurGuillaume de Machaut (1300-1377)
Période : XIVe siècle, moyen-âge tardif
Interpréte : Ensemble Project Ars Nova
Album : Machaut : remède de Fortune (1994)
Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous retournons aujourd’hui au moyen-âge tardif et à l’Ars Nova avec une complainte du grand maître de musique du XIVe siècle, Guillaume de Machaut.

La pièce «  Tels rit au main qui au soir pleure » est  tirée du Remède de fortune du Manuscrit ancien FR 1586, pièce d’amour courtois dans laquelle le compositeur nous conte la quête et les revers d’un poète pour conquérir la coeur de sa dame. Dans le cas du chant présent, il emprunte l’image de la roue de la fortune (la médiévale, bien sûr, pas la télévisuelle) pour décrire ses déboires amoureux. Amertume d’un sort qui frappe de manière inéluctable, sans qu’on sache comment, ni qu’on s’y attende vraiment, la roue tourne comme dans le chant « O fortuna » écrit un peu plus d’un siècle avant cette complainte de Guillaume Machaut et qui sert d’introduction à la Carmina Burana de Carl Orff,

Nous sommes pourtant bien dans la même conception de ce sort, cette « fortune » changeante, qui abaisse ou élève dans un mouvement sans fin et contre lequel l’homme ne peut rien, qu’il soit empereur, pape,  roi ou simple poète et amoureux transi :

O fortuna, extrait des chants de Benediktbeuern (Carmina Burana) 

 Sors immanis
et inanis,
rota tu volubilis,
statu malus,
vana salus,
semper dissolubilis
obumbrata
et velata
michi quoque niteris;
nunc per ludum
dorsum nudum
fero tui sceleris.
 Sort monstrueux
Et informe,
Toi la roue changeante,
Une mauvaise situation,
Une prospérité illusoire,
Fane toujours,
Dissimulée
Et voilée
Tu t’en prends aussi à moi
Maintenant par jeu,
Et j’offre mon dos nu
A tes intentions scélérates.

Tels rit au main qui au soir pleure par l’ensemble Project Ars Nova

L’ensemble Project Ars Nova : la passion des musiques médiévales des XIVe, XVe siècle

F_lettrine_moyen_age_passion-copiaondé aux début des années 80, au sein même de l’école suisse Schola Cantorum Basiliensis  pour la recherche et pour les musiques anciennes dont nous avons déjà dit un mot ici (voir article sur l’Ensemble Syntagma), l’Ensemble Project Ars Nova ou plus laconiquement l’Ensemble PAN  réunissait  principalement de jeunes passionnés de musiques médiévales originaires des Etats-Unis.

Composé au départ de trois artistes,  Laurie Monahan (chant mezzo-soprano), Michael Collver (chant, vièle à roue, cornet) et Crawford Young (luth), il fut bientôt rejoint par deux artistes supplémentaires: Shira Kammen  (vièle, instruments à cordes et ensemble_pan_project_ars_nova_musique_poesie_medievale_guillaume_machaut_moyen-age_XIVe_sieclearchet, ) et John Fleagle (chant tenor et harpe médiévale).

De 1985 à 1991, l’ensemble produisit huit albums autour de sa période musicale de prédilection et du répertoire médiéval de  l’Ars Nova.  Il fut actif jusqu’un peu avant les années 2000, date à laquelle on perd sa trace. A ce qu’il semble, ils ne se produisent donc plus en scène ou en studio et s’ils le font peut-être à quelques rares occasions, il n’existe, en tout cas, pour l’instant, aucun site web ou page facebook officielle pour le relayer.

Itinéraires artistiques

D_lettrine_moyen_age_passionu côté des itinéraires respectifs des cinq  membres de l’ensemble, Laurie Monahan a co-fondé avec deux autres artistes, en 1995 et à Boston l’ensemble vocal Tapestry. Ce dernier, largement salué depuis par la critique, propose un répertoire qui mêle musiques médiévales et compositions traditionnelles avec des pièces plus contemporaines. Crawford Young, désormais reconnu comme un grand expert du Luth de la période du XVe siècle et devenu par ailleurs, dans le cours de années 80, enseignant à la  Schola Cantorum Basiliensis, a une part active dans un autre ensemble médiéval qu’il a crée en Suisse et dirige depuis 84 : L‘Ensemble Ferrara, 

Michael_Collver_musique_poesie_medievale_complainte_guillaume_machaut_remede_fortune_moyen-ageQuant à Michael Collver  qui prête sa voix  de contre-ténor à la pièce du jour, après des contributions variées dans de nombreux ensembles, dont le Boston camerata, et des albums qu’il a pu diriger dans le courant des années 2010, il est également toujours présent, à la fois sur le terrain vocal et instrumental. On le retrouve notamment, encore tout récemment dans la formation Blue Heron, de Boston.

L’artiste John Fleagle,  décédé en 1999, a laissé derrière lui un album salué par la critique et ayant pour titre World’s Bliss : Medieval Songs of Love and Death, réalisé en collaboration avec Shira Kammen. Quant à cette dernière, elle a participé, depuis son histoire commune avec le Project Ars Nova, à près de vingt albums et joué avec de nombreux ensembles de musique ancienne. Du point de vue de son actualité, on peut la retrouver aux côtés du newberry consort pour des concerts autour de la tradition séphardique.

Comme on le voit, à la triste exception de John Fleagle et pour des raisons de fait, plus que de coeur, la passion pour les musiques anciennes et médiévales n’a pas déserté les artistes de l’ensemble PAN et chacun continue de la faire vivre à sa manière, à travers son travail.

Remède de Fortune, l’album

musique_medievale_ensemble_PAN_project_ars_nova_guillaume_de_machaut_remede_de_fortune_moyen-age_XIVe

Pour revenir à la pièce du jour, elle est tirée d’un album sorti en 94 et dédié entièrement au Remède de Fortune de Guillaume de  Machaut. C’est une version épurée musicalement, et il faut avouer que l’interprétation vocale de Michael Collver, associé au son de la vièle à roue est totalement envoûtant.

Cet album est encore disponible à la vente en ligne en format CD ou en format MP3 dématérialisé, au lien suivant : Le Remède De Fortune par l’Ensemble Project Ars Nova.

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Tels rit au main qui au soir pleure,
la complainte de Guillaume de Machaut

Tels rit au main qui au soir pleure
Et tels cuide qu’Amours labeure
Pour son bien, qu’elle li court seure
Et ma l’atourne;
Et tels cuide que joie aqueure
Pour li aidier, qu’elle demeure.
Car Fortune tout ce deveure,
Quant elle tourne,
Qui n’atent mie qu’il adjourne
Pour tourner; qu’elle ne sejourne,
Eins tourne, retourne et bestourne,
Tant qu’au desseur
Mest celui qui gist mas en l’ourne;
Le sormonté au bas retourne,
Et le plus joieus mat et mourne
Fait en po d’eure.

Car elle n’est ferme n’estable,
Juste, loyal, ne veritable;
Quant on la cuide charitable,
Elle est avere,
Dure, diverse, espouentable,
Traitre, poignant, decevable;
Et quant on la cuide amiable,
Lors est amere.
Car ja soit ce qu’amie appere,
Douce com miel, vraie com mere,
La pointure d’une vipere
Qu’est incurable
En riens a li ne se compere,
Car elle traïroit son pere
Et mettroit d’onneur en misere
Deraisonnable.

Fortune est par dessus les drois;
Ses estatus fait et ses lois
Seur empereurs, papes et rois,
Que nuls debat
N’i porroit mettre de ces trois
Tant fus fiers, orguilleus ou rois,
Car Fortune tous leurs desrois Freint et abat.
Bien est voirs qu’elle se debat
Pour eaus avancier, et combat,
Et leur preste honneur et estat
Ne sai quens mois.
Mais partout ou elle s’embat,
De ses gieus telement s’esbat
Qu’en veinquant dit: « Eschac et mat »
De fiere vois.

Einsi m’a fait, ce m’est avis,
Fortune que ci vous devis.
Car je soloie estre assevis
De toute joie,
Or m’a d’un seul tour si bas mis
Qu’en grief plour est mué mon ris,
Et que tous li biens est remis
Qu’avoir soloie.
Car la bele ou mes cuers s’ottroie,
Que tant aim que plus ne porroie,
Maintenant vëoir n’oseroie
En mi le vis.
Et se desir tant que la voie
Que mes dolens cuers s’en desvoie,
Pour ce ne say que faire doie,
Tant sui despris.

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En vous souhaitant une très belle journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

L’ensemble Syntagma à la découverte du compositeur médiéval Jehannot de Lescurel

musique_poesie_medievale_media_book_livre_disque_jehan_de_lescurel_moyen-age_XIIIe_XIVeSujet : musique médiévale, poésie médiévale, amour courtois, Ars Nova, compositeur médiéval,  Roman de Fauvel, Manuscrit français MS 146
Période : moyen-âge central, XIIIe, XIVe 
Auteur : 
Jehannot (ou Jehan) de Lescurel (ou L’escurel)
Ensemble: Syntagma et Alexandre Danilevsky
Album :
livre-disque & media book sur Jehan de Lescurel

Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous avons le plaisir de vous présenter aujourd’hui à la fois un compositeur des XIIIe, XIVe siècles,  un ensemble musical ayant une prédilection pour les musiques anciennes, mais encore un livre-disque qu’ils ont édité autour de ce compositeur. En route donc pour un voyage au coeur de la musique médiévale actualisée par la vibrante passion d’artistes de notre temps !

Jehannot de Lescurel :
compositeur et poète des XIIIe, XIVe siècles

deco_medievaleCompositeur, chansonnier et poète du XIVe siècle et peut-être de la fin du XIIIe, Jehannot de Lescurel n’a laissé pour trace que son oeuvre : trente-quatre pièces lyriques, annexées au célèbre et très satirique « Roman de Fauvel« , dans le manuscrit ancien, fr 146 de la BnF, daté du XIVe siècle. De la vie de cet artiste, pour l’instant, nous ne savons rien et les quelques hypothèses fantasques qui en avaient fait, au début du XXe siècle, un clerc à demi-criminel, pendu en 1304 à Paris pour « débauches, meurtres et vols » ont depuis été rejetées par les historiens, faute de documents pouvant l’attester; il semblerait en effet, qu’on se soit alors emballé un peu vite sur la foi d’une simple homonymie.

Malgré cette absence de biographie certifiée, du point de vue artistique, les musicologues avertis s’accordent à faire de Jehannot de Lescurel un des maîtres annonciateurs de la transition vers l’Ars Nova. On le décrit aussi comme à la synthèse de la tradition musicale des trouvères et celle des troubadours provençaux, même s’il n’est déjà plus lui-même un trouvère, mais bien un compositeur à part entière, comme le sera Guillaume de Machaut  autour de la même période.

Du point de vue de leur notation, ces compositions pourraient être parmi les premières de l’Histoire de la musique occidentale et médiévale à pouvoir être jouée « littéralement ». On se souvient que musique_poesie_medievale_manuscrit_ancien_francais_146_roman_fauvel_jehan_lescurel_XIVe_XIIIeles systèmes de notation musicales précédent cette période laissaient souvent libre champ aux interprètes, pour certains éléments comme notamment la rythmique (voir article troubadours).

Du legs de Jehan de Lescurel, on ne dispose, pour l’instant, que d’une seule composition polyphonique même si les pièces retrouvées laissent supposer qu’il ait pu en produire bien plus. Elles sont donc toutes, à un exception près, monophoniques et se répartissent, dans des formes déjà clairement fixées, en virelais, ballades, rondeaux et Dits entés.  Du point de vue des thèmes de prédilection, les chansons et poésies du compositeur gravitent autour de l’amour courtois dans un style très épuré, qui, il faut bien le dire, tranche totalement avec le ton satirique et pamphlétaire du Roman de Fauvel du MS 146 auquel on les a trouvées jointes.

SONGÉ .I. SONGE : un livre-disque original tout entier dédié à l’art de Jehan Lescurel

F_lettrine_moyen_age_passion-copiaaire mieux connaître et surtout donner à entendre la musique et l’art de Jehannot Lescurel, voilà donc le pari relevé par l’Ensemble Syntagma, formation spécialisée dans les musiques anciennes et qui nous en livre, aujourd’hui, deco_medievaleune véritable étude.  L’oeuvre se présente comme un Livre-Disque et le CD y est donc accompagné d’une véritable présentation sur le compositeur du XIIIe siècle. En tout, ce sont plus de 80 pages de réflexions et d’impressions sur la poésie des XIIIe, XIVe et sur l’auteur du dit « Gracieux Temps », à destination des amateurs éclairés ou simplement curieux de musique et de poésie médiévale.

Pour la partie sonore, musicale et acoustique, treize pièces du compositeur médiéval sont présentées entre versions instrumentales et lectures. En voici d’ailleurs un extrait  donné par l’ensemble au Festival International de Wilz, au Luxembourg (2011).

Vous pouvez également consulter ce lien pour une présentation détaillée de ce média-book,

L’ensemble Syntagma à la redécouverte des musiques anciennes ou médiévales oubliées

L_lettrine_moyen_age_passion‘ensemble Syntagma a été fondé en 1996 par le compositeur et instrumentiste Alexandre Danilevsky. Pianiste, lutiste, vieilliste, cet artiste aux multiples talents est russe de naissance, mais vit en France depuis de nombreuses années. Après avoir étudié la composition à Saint-Petersbourg, sa passion pour la musique l’a conduit à se pencher sur la « early music » qu’il a étudiée en Suisse, à la Scola Cantorum Basilensis, institut de recherche et d’enseignement spécialisé dans les musiques anciennes. Pour lui, dusse-t-elle avoir été écrite il y a 800 ans, la musique est faite pour être jouée et sa place n’est pas dans les musées. De fait, il s’emploie désormais activement à faire vivre un répertoire qui va du moyen-âge à la renaissance, et c’est à cette fin qu’il a fondé l’ensemble Syntagma.

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Curieux de tout, créatif jusqu’au bout de l’âme, et entièrement dévoué à son art, Alexandre Danilevsky semble avoir une prédilection pour aller chercher dans les répertoires passés et, en l’occurrence pour ce qui nous intéresse, le moyen-âge, des oeuvres méconnues ou peu jouées, auxquelles il se plait à redonner vie. C’en est à un point qu’il caresse même l’idée de créer un jour « Un festival des premières » dans lequel on ne jouerait – pour la première fois donc – que des musiques anciennes méconnues. On en rêverait !

Pour comprendre ou réaliser l’importance que peut avoir pour lui son art, nous traduisons pour vous ces quelques lignes tirées d’un interview qu’il donnait, il y a quelque ensemble_syntagma_musique_ancienne_medievale_compositeur_Alexandre_Danilevskytemps, à Tobias Fischer du site Tokafi.com en réponse à la question : « Quel est votre point de vue sur la scène musicale actuelle ? Y a-t-il une crise ? »

« La Crise est un état permanent pour l’artiste en recherche. En triompher suppose un acte volontaire pour donner naissance à un travail artistique. Notre musique est la fondation du monde. Quand nous l’écrivons ou nous la jouons, le monde s’arrête, sinon pourquoi le ferions-nous? Le monde repose sur notre musique, c’est ce en quoi doit croire un compositeur, sans quoi ce qu’il fait n’a aucun sens. Aller contre la marée est notre destinée, notre destin, notre devoir ou appelez cela comme vous voulez ».
Alexandre Danilevsky, compositeur, directeur de l’ensemble Syntagma
Tokafi.com 15 questions to A Danivelsky

Avant d’en terminer, et pour témoigner de l’excellence du travail de  l’Ensemble Syntagma, ajoutons encore que la formation a déjà reçu deux Awards en 2008 et 2011 par la Medieval Music & Arts Foundation  pour ses productions et enregistrements.

Pour entrer en contact avec eux, nous vous conseillons leur page facebook : Ensemble Syntagma Vous pouvez également retrouver des extraits de leurs productions sur leur chaîne youtube officielle  early mysic ensemble Syntagma.

Amours que vous ai meffait, les paroles
de la chanson de Jehannot de Lescurel

manuscrit_ancien_FR_146_amours_meffait_jehannot_lescurel_compositeur_moyen-age_XIII_XIVeAmours, que vous ai meffait,
Qui amie non amée
Au dous plaisant m’avez fait ?
Lasse ! et point ne li agrée.
Et de quelle eure fui née,
Quant je n’ai loial ami ?
Amours douce et desirrée,
Enamourez le de mi.

J’ai grant paour que il n’ait
Aillieurs mise sa pensée ;
Quar tant est de dous atrait,
Sa guise si savouré[e],
Qu’aucune autre enamourée
L’a at[r]ait, ce croi, a mi.
Amours douce et desirrée,
Enamourés le de mi.

Ses regars m’a du cors trait
Mon cuer ; ainsi m’a navrée
Doucement ; très bien me plait.
Dex ! s’aussi m’avoit donnée
S’amour, plus beneurée
Ne seroit ;p our ce vous pri,
Amours douce et desirrée,
Enamourez le de mi.

En vous souhaitant une très belle journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

Un « mystère » autour de Hildegarde de Bingen avec l’ensemble médiéval Vox in Rama

hildegarde_de_bingen_sainte_visions_mystique_chretienne_moyen-age_central_enluminureSujet : musique médiévale, chants mystique chrétienne, visions,  moyen-âge chrétien. médecine médiévale.
Période :
moyen-âge central, XIIe 
Auteur :
 Hildegarde de Bingen (1098-1179)
Ensemble: Vox in rama
Evénement : Vox Sanguinis
, mystère médiéval sur la vie, les visions & les chants d’Hildegarde 
Dates :
 
les 17, 18 et 19 novembre 2017, Paris 5e, et Longpont-sur-Orge

Bonjour à tous,

R_lettrine_moyen_age_passionetraduire au plus près de leur authenticité originelle la musique et les chants médiévaux relève souvent de la gageure, mais que dire quand les oeuvres en question ont été composées par une grande mystique, sinon la plus grande du moyen-âge central, Hildegarde de Bingen et quand, en plus, on entend bien, à travers une restitution contemporaine,  tenter de transmettre et de faire sentir toute la richesse de l’expérience mystique et des visions de la musique_medievale_chant_voxinrama_mystere_sainte_hildegarde_bingen_moyen-age_centralsainte du XIIe siècle?

C’est pourtant là le pari noble et ambitieux relevé par l’ensemble vocal médiéval Vox in rama, dans un spectacle vivant qui puise à la fois dans le répertoire des chants et musiques sacrés de l’abbesse bénédictine mais encore dans d’autres de ses écrits auto-biographiques, religieux, visionnaires ou même issus de ses traités de médecine.

Un Mystère médiéval sur la vie, les visions et les chants d’Hildegarde de Bingen

« Ouvre la clôture des mystères, car par timidité, les gens les ont gardés inutiles et enfermés dans un champ caché. »
Sainte Hildegarde Von Bingen (1098-1179)

A_lettrine_moyen_age_passionu service de cette restitution, l’ensemble Vox in Rama sera entouré d’instrumentistes et de compositeurs, mais aussi d’une comédienne qui aura en charge de faire revivre la Sainte médiévale au travers des lectures. Avant le spectacle, un atelier/conférence fournira également quelques clés pour mieux entrer dans l’univers de la Sainte.

A travers ce mystère et ce drame musical qui se veut résolument ouvert à tous, il est résolument question d’interpeller notre modernité. Les visions de la Sainte autant que les idées qui en émanent, notamment en matière de médecine, semblent en effet résonner, par endroits, d’une étrange avance sur leur temps. On pense notamment à sa vision du macrocosme/microcosme qu’un Paracelse, bien des siècles plus tard, sainte_hildegarde_de_bingen_visions_mystiques_medecine_holistique_spirituelle_medievale_enluminuresn’aurait sans doute pas désavoué, mais aussi à cette médecine qui intègre le corps, la dimension spirituelle et l’âme dans une même dynamique et qui pourrait presque déjà nous rappeler certaines médecines « holistiques » plus modernes.

En se souvenant encore des vertus thérapeutiques qu’Hildegarde de Bingen pouvait prêter aux chants et aux sons, de l’importance aussi qu’elle pouvait accorder aux gemmes et aux cristaux (on la trouve même citée ici ou là sur des sites web actuels traitant de lithothérapie), ou même de la place qu’elle attribuait aux éléments et à leur équilibre dans ses théories toutes à la fois médicales et spirituelles, on pourrait même être tenté de faire quelques rapprochements avec certaines idées en vogue du côté du « New Age ».  Dans un interview radio du 2 mai 2017, accordé  à Radio Notre Dame. Frédéric Rantières, fondateur et directeur artistique et musical de l’ensemble Vox In Rama,  ne manque d’ailleurs pas de le soulever tout en demeurant très clair sur ce point : ce raccourci ou cet « écueil » un peu rapide – dont  on pourrait presque craindre (et ceci est à notre compte), qu’il « stigmatise » ou réduise  la Sainte et ses visions, en les faisant entrer à la hâte et sans ménagement dans une certaine ère du Verseau – ne saurait être, pour lui, une raison suffisante pour reléguer dans l’oubli le  legs médical et spirituel  de la mystique bénédictine. Il faut, au contraire, l’aborder « fraîchement » dans son entier et dans sa modernité, en faisant face sereinement aux questions qu’il peut soulever.

Dates et lieux du mystère:  les 17 et 18 novembre 2017 à 18 heures à l’Eglise évangélique Saint-Marcel, Paris 5e, le 19 novembre  à 14 heures à la Basilique de  Longpont-sur-Orge.

Pour plus d’informations (tarifs, détails pratiques, etc…) veuillez-vous reporter au site web officiel de l’ensemble Vox in rama ou à leur page Facebook.

Vox in Rama : ensemble vocal médiéval

F_lettrine_moyen_age_passion-copiaondée en 2006 par Frédéric Rantières, à la fois chanteur, directeur de choeur, mais aussi chercheur versé en anthropologue religieuse, la formation Vox in Rama se propose d’explorer les  premières traditions vocales de l’Occident médiéval. Empruntant essentiellement au répertoire des chants sacrés, son ambition est de se situer au carrefour du moyen-âge et du XXI siècle pour  « revisiter les traditions musicales anciennes en tant que patrimoine vivant, dont le germe et le contenu participent à la création contemporaine. »

vox_in_rama_ensemble_vocal_chant_musique_medievale_ancienne_chant_gregorien

A ce jour, l’ensemble compte trois CD’s à son actif que vous pourrez retrouver sur leur site web, ainsi qu’un certain nombre de pièces disponibles à la libre écoute. En plus des productions musicales et des prestations scéniques de Vox in Rama, Frédéric Rantières propose aussi des stages de chant grégorien et médiéval, allant de l’initiation à des niveaux plus avancés  et, encore, diverses conférences sur des thèmes connexes. Vous pourrez en trouver le détail sur son propre site web.

Extrait musical d’une des productions de Vox In Rama,
Tiré de l’album Lignum Vitae.

En vous souhaitant une excellente journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

Une danse médiévale à la rencontre de Tristan et Yseut et du manuscrit ancien ms 2542

enluminure_legendes_arthuriennes_tristan_tournoi_medieval_combat_chevalier_Ms_fr_189_bibliotheque_geneveSujet : musique, danse médiévale, poésie, amour courtois, lyrique courtoise, roman arthurien.
Période : moyen-âge central
Auteur : Anonyme
Titre : Nota danse médiévale
Manuscrit : MS 2542, Manuscrit de Vienne.
Interprètes : Alla Francesca, Brigitte Lesne & Pierre Hamon.
Album : Tristan et Yseut (2004)

Bonjour à tous,

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour débuter cette journée, voici un peu de musique du moyen-âge avec une Nota, danse médiévale de cour à tempo modéré, voisine de la Ductia. Cette pièce est issue d’un album tout entier dédié aux célèbres aventures amoureuses de Tristan et Yseult que nous devons à l’ensemble Alla Francesca. Pour la réalisation de cette production, les artistes de cette excellente formation furent directement inspirés, à leur habitude, par un codex ancien et cet article nous donne l’occasion de vous en parler: il s’agit du Manuscrit de Vienne.

Enluminure tiré du roman de Tristan en prose, manuscrit de Vienne, MS 2542, v. 1300
Enluminure tiré du roman de Tristan en prose, manuscrit de Vienne, MS 2542, v. 1300

Le roman de Tristan en prose et
Manuscrit de Vienne ms 2542

I_lettrine_moyen_age_passion copiasemble que les experts en codicologie aient eu quelques difficultés à se mettre d’accord sur la datation du ms 2542, conservé à la Bibliothèque National de Vienne en Autriche, encore connu sous le nom de Manuscrit de Vienne. Les avis ont oscillé entre les débuts du XIVe siècle (1300) et le milieu du XVe (1456), la confusion venant du fait qu’un feuillet unique de l’ouvrage provient du XVe. Aujourd’hui, on peut, sans grand risque se enluminure_legendes_arthuriennes_tristan_yseult_combat_chevalier_Ms_fr_189_bibliotheque_geneverésoudre à trancher que le ms 2542 date bien de 1300.

Tristan en prose roman arthurien, enluminure du Ms fr 189, Bibliothèque de Genève (XVe siècle)

Quoiqu’il en soit et du point de vue de son contenu, il reste qu’il appartient au corpus des légendes arthuriennes puisqu’il est un des nombreux roman en prose en provenance du moyen-âge central contant  les aventures de Tristan et Yseut, après leur « réincorporation » dans le corpus arthurien. Les versions originales de ce texte sont en général datées de 1230 et bien qu’en prose, le roman contient 17 lais et poésies musicales annotées qui s’inscrivent dans la continuité de  la lyrique courtoise et interviennent au fil du récit. Ce sont ces lais qui ont inspiré l’album de la formation Alla Francesca dont la pièce du jour est extraite.

Sauf erreur de notre part, il ne semble pas pour l’instant que ce manuscrit ait été digitalisé et si c’est le cas, il n’est, en tout cas, pas encore disponible à la consultation en ligne, ce qui vous explique, au passage, que certaines des enluminures utilisées ici n’en soient pas issues mais proviennent d’un autre manuscrit, conservé lui à Genève: le Ms Fr 189.

enluminure_legendes_arthuriennes_tristan_yseult_desespoir_amour_courtois_Ms_fr_189_bibliotheque_geneveTristan en prose Yseut se languit de Tristan, enluminure du Ms fr 189, Bibliothèque de Genève (XVe siècle)

A noter qu’à partir de 1987, c’est ce ms 2542 ou Manuscrit de Vienne qui a servi de base et de référence à une édition en neuf tomes du roman de Tristan en Prose sous la direction de l’historien et essayiste Philippe Ménard, aux éditions Droz de Genève. C’est d’ailleurs de ce dernier que nous tenons pour vrai que ce manuscrit est bien daté de 1300 et non du XVe siècle. Tout cela étant dit, place à la danse !

Une nota médiévale par Alla Francesca

Alla Francesca et les lais lyriques
courtois de  Tristan & Yseut

C_lettrine_moyen_age_passionette nota  fait l’ouverture de l’album Tristan et Yseut de la formation Alla Francesca, sorti en 2004. En plus des lais de Tristan tiré du manuscrit de Vienne, dont ils nous régalent dans cette production, sur laquelle nous aurons assurément l’occasion de revenir, ils y ont ajouté quelques danses et estampies médiévales qui viennent ponctuer l’album.

musique_danse_medievale_nota_alla_Francesca_album_Tristan_Yseut_moyen-age_central

musique_poesie_medievale_formation_alla_francesca_ethnomusicologie_moyen-age_centralDans cet album comme dans les autres, la formation Alla Francesca se situons ici autant dans l’Art musical que celui de la restitution savante. Il y a dans la démarche un véritable parti-pris « ethno-musicologique » et l’ambition de retraduire et de resituer au mieux la musique médiévale dans son contexte historique. Au delà de la « simple » interprétation des partitions et de la pratique des instruments, tout cela se fait au moyen de l’étude des codex, textes, documents en manuscrits d’époque, des enluminures mais encore des pratiques actuelles d’instruments anciens de par le monde.

Retrouvez plus de pièces interprétées par  Alla Francesca et plus d’information sur cet excellent ensemble spécialisé tout particulièrement sur le répertoire médiéval.

En vous souhaitant une excellente journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.

Comment qu’à moy lonteinne, un virelai d’amour courtois de Guillaume de Machaut

Guillaume-de-Machaut_trouvere_poete_medieval_moyen-age_passionSujet : musique, chanson ancienne, médiévale, virelai, amour courtois.
Titre : « Comment qu’à moy lonteinne »
AuteurGuillaume de Machaut (1300-1377)
Période : XIVe siècle, moyen-âge tardif
Album : Mon Chant Vous Envoy (2013)
Interprétes : Marc Mauillon  Direction : Pierre Hamon. Label : Eloquentia

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, nous vous proposons un retour vers le moyen-âge tardif et le XIVe siècle avec le grand maître de musique Guillaume de Machaut. La pièce est un virelai profane, tout entier dédié à l’amour courtois puisqu’il y est question d’un éloignement qui n’ôte pas pour autant de l’esprit ni du coeur du compositeur sa dame, auquel il dédie ses vers.

Manuscrit Français 1584

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On peut retrouver cette pièce musicale notamment dans le Manuscrit ancien référencé  MS fr. 1584 de la BnF ou Français 1584 et ayant pour titre:  Guillaume de Machaut, Poésies. C’est un des rares manuscrits du XIVe siècle autour du compositeur médiéval qui n’ait pas été entièrement réalisé dans un atelier parisien, mais vraisemblablement autour de Reims, ville où Machaut a fini ses jours. 

Dans l’ouvrage, la chanson Comment qu’à moy lonteinne fait suite à la chanson bien connue : « Douce Dame Jolie »  dont nous avons parlé ici (photo  du feuillet en question ci dessus).

Interprètes et album

C_lettrine_moyen_age_passionette chanson est tirée de l’album  Mon Chant Vous Envoy sorti en 2013 sous le label Eloquentia.  Sous la direction de Pierre Hamon, les compositions y sont interprétées vocalement par Marc Mauillon. Comme nous l’avions déjà mentionné par ailleurs, le chanteur lyrique a une prédilection toute particulière pour le répertoire médiéval de Guillaume de Machaut. Il est accompagné ici, entre autres artistes, par sa soeur Angélique Mauillon,

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Tout entier dédié à des virelais, ballades et rondeaux de Guillaume de Machaut, cet album est disponible à la vente en ligne sous le lien suivant : Mon chant vous envoy.

Les paroles de la chanson
de Guillaume de Machaut

C_lettrine_moyen_age_passionomme mentionné plus haut, il est question, dans ce virelai courtois, d’éloignement et le compositeur médiéval conte à sa dame que, bien qu’elle soit distante de lui physiquement (Comment qu’à moy lonteinne), elle reste bien présente dans ses pensées.

Comment qu’à moy lonteinne
Soiez, dame d’onnour,
Si m’estes vous procheinne
Par penser nuit et jour.

Car Souvenir me meinne,
Si qu’adès sans sejour
Vo biauté souvereinne,
Vo gracieus atour,
Vo maniere certainne
Et vo fresche coulour
Qui n’est pale ne veinne,
Vou toudis sans sejour.
Comment qu’à moy.

Dame, de grace pleinne,
Mais vo haute valour,
Vo bonté souvereinne
Et vo fine douçour
En vostre dous demeinne
M’ont si mis que m’amour,
Sans pensée vilainne,
Meint en vous que j’aour,
Comment qu’à moy lonteinne
Soiez, dame d’onnour.

Mais Desirs qui se peinne
D’acroistre mon labour
Tenra mon cuer en peinne
Et de mort en paour,
Se Diex l’eure m’ameinne
Qu’à vous, qui estes flour
De toute flour mondeinne,
Face tost mon retour.
Comment qu’à moy lonteinne
Soiez, dame d’onnour,
Si m’estes vous procheinne
Par penser nuit et jour.

En vous souhaitant une  excellente journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

Musiques médiévales : nouveau Menu, recherche par formation musicale

Bonjour à tous,

P_lettrine_moyen_age_passion copiaetit détail lié à l’ergonomie, comme nous vous l’avions annoncé, il y a quelque temps, nous venons d’ajouter, dans la colonne de gauche du site, un menu dédié aux recherches de musiques médiévales par formation. Il est réparti en deux catégories. La première Ethnomusicologie regroupe les formations musique_chanson_ancienne_folk_medievale_ethnomusicologie_moyen-age_passion« classiques » et les ensembles qui se basent sur les manuscrits, les instruments anciens et un travail de restitution et d’interprétation au plus près de la musique médiévale. La seconde catégorie Folk Mediéval ou Médiévalisme contient les pièces un peu plus « libres » d’inspiration : folk, chansons basées sur des textes anciens mais avec des mélodies plus récentes, etc…

Nous ferons, bien entendu, évoluer ce menu au fil des articles pour faciliter vos recherches.

Détail d’affichage: petit bug  Navigateur google chrome

Sans relation avec ce nouveau menu, si vous utilisez certaines versions du navigateur web google chrome pour naviguer sur le site, il peut advenir que les textes se superposent sur les images dans certains articles. C’est un bug assez ennuyeux mais qui fort heureusement n’apparaît que dans quelques rares cas et uniquement sur certaines versions de Google Chrome. Aucun souci donc en principe si vous utilisez Internet explorer, Mozilla Firefox ou des navigateurs de téléphones portables. Quoiqu’il en soit, si vous l’expérimentez, il existe une solution très simple pour en venir à bout. Il vous suffit de cliquer sur le bouton Refresh de votre navigateur et le tour est joué. Cela recharge le code de la page et résout le problème.

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Voilà c’est tout pour les news « cuisine web » du jour. Merci de votre attention.

En vous souhaitant un belle journée !
Fred

Hé compaignons resvelons-nous ! un chant polyphonique festif du XVe, de Guillaume Dufay

musique_medievale_ancienne_guillaume_dufay_XV_moyen-age_tardifSujet: chant polyphonique, chanson, musique médiévale, ancienne, chant profane, chanson festive, à boire.
Période : moyen-âge tardif (XVe)
Auteur : Guillaume Dufay (1400-1474)
InterprèteDiabolus in Musica
Titre : « Hé compaignons, resvelons nous »
Album : Mille Bonjours (2007 – ALPHA Productions)

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, nous partageons un rondeau joyeux de Guillaume Dufay (Du Fay) composé autour de 1427. C’est un chant polyphonique festif issu du répertoire profane du maître de musique du XVe siècle auquel nous avions déjà dédié plusieurs articles dont un portrait et des éléments de biographie ici. On retrouve également ce chant dans le codex référencé MS Canonici 213 de la Bodleian library (Oxford) dont nous vous parlions dans ce même article, aussi nous vous y renvoyons, si vous souhaitez plus de détails sur ce manuscrit ancien.

Diabolus in Musica, musiques médiévales,
recherches historiques et sens du partage

P_lettrine_moyen_age_passion copialus l’on se penche sur la musique médiévale et sur les artistes qui tentent par leur travail de recherche et d’interprétation de la faire revivre, et plus on découvre des formations de grande qualité. C’est le cas de celle d’aujourd’hui.

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Formé en 1992 par Dominique et Pierre Touron et dirigé par Antoine Guerber, – qui, en plus d’être un talentueux directeur, est aussi ténor, harpiste, joueur de Guiterne (voir photo) et de divers tambours – l’ensemble Diabolus In Musica se dédie tout entier au répertoire musique_medievale_manuscrit_ancien_codex_213_canonici_guillaume_dufaymédiéval, avec une prédilection pour les compositeurs français et pour le moyen-âge central. Ils ont déjà consacré vingt albums à ce vaste sujet, recevant au passage la reconnaissance des milieux de la musique ancienne ou classique, à travers des prix et Awards variés.

Nous sommes avec cette formation sur un territoire que nous affectionnons tout particulièrement, puisqu’elle se situe entre ethnomusicologie et art vivant, c’est à dire entre l’humble ambition de restituer les compositions médiévales au plus près de leurs sonorités et de leur esprit, et celle d’émouvoir et d’initier le public moderne à la force et la beauté de la musique en provenance du moyen-âge.

Agenda, concerts et actualité

A_lettrine_moyen_age_passionu niveau des concerts et des performances scéniques, on a pu retrouver l’ensemble  Diabolus in Musica tour à tour sur des pièces de musiques sacrées ou profanes et même à l’occasion de représentations à la fusion de la musique et du théâtre. Ce fut notamment le cas d’un spectacle complet autour du Perceval et du Conte du Graal de Chrétien de Troyes.

Du ami_francois_assise_antoirne_guerber_musique_medievale_anceinne_XII_sieclecôte de leur agenda, ils sont actuellement en tournée au Pays-bas et nous vous conseillons si vous voulez les suivre efficacement de le faire via leur page Facebook.

Enfin dernières mentions du côte de l’actualité de leur directeur. A la fin 2016, Antoine Guerber était appelé à collaborer au niveau musical, sur la bande son du film  » L’Ami François d’Assise et ses frères » de Renaud Fély et Arnaud Louvet (consacré comme son titre l’indique à Saint-François d’Assise). Il est également régulièrement l’invité de programmes de Radio France autour des musiques anciennes, classiques ou médiévales.

Mille bonjours, l’album.
chansons de Guillaume Du Fay

L_lettrine_moyen_age_passion‘album Mille Bonjours qui date de 2007 était dédié tout entier à des chansons de Guillaume Dufay. Il a été primé et a reçu le prix « Supersonic » du Magazine Luxembourgeois  consacré à la Musique Classique Pizzicato.

Tristesse et deuils,  louanges royales et princières, amour courtois et amant transi, mais encore joies et fêtes, l’ensemble Diabolus in Musica nous y invite à plus d’une heure quinze en compagnie du compositeur médiéval. Dix-neuf pièces y sont présentées, qui explorent le répertoire profane de Dufay et suivent les contours de ses émotions et de son art, au fil de rondeaux, de ballades ou encore de bergerettes (ces poésies pastorales typiques du XVe) variés.

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L’album est disponible à la vente en ligne sur Amazon. En voici le lien si vous souhaitez plus d’informations: Guillaume Du Fay: Mille Bonjours!  Vous pouvez également cliquer sur l’image ci-dessus.

He Compaignons, les paroles de la chanson de Guillaume Du Fay en français moyen

He, compaignons, resvelons nous (1)
Et ne soions plus en soussy :
Tantost vendra le temps joly,
Que nous aurons du bien trestous (2).

Laissons dire ces jauls jalous
Ce qu’ils veulent je vous en pry.

He, compaignons …

Quant est de moy, je boy a vous,
Huchon, Ernoul, Humblot, Henry,
Jehan, Francois, Hugues, Thierry,
Et Godefrin dira a tous:

He, compaignons …

(1) réveillons nous
(2) qui sera bon pour nous tous

En vous souhaitant une merveilleuse journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com
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« Belle qui tiens ma vie », quand une chanson de la renaissance s’invite dans les légendes arthuriennes

musique_danses_medievales_manuscrit_ancien_moyen-age_tardif_renaissanceSujet : danse ancienne, pavane, basse danse, danse royale, chant polyphonique, chanson ancienne, kaamelott, chanson, musique ancienne, amour courtois.
Période : renaissance, XVIe siècle (1588)
Auteur : Thoinot Arbeau, (1520-1595) Jehan Tabourot.
Titre : « Belle qui tiens ma vie »
Ouvrage : Orchésographie
Interprète : Ensemble DEUM,  Chorale Thomas Tallis de Arduino Pertile.

Bonjour à tous,

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour tout ceux qui aiment et ont aimé la série culte Kaamelott, la chanson « Belle qui tiens ma vie » est entrée définitivement dans le corpus des légendes arthuriennes. Ce chant est, en effet, repris de la bouche même du roi Arthur (Alexandre Astier à l’écran) dans quelques épisodes.

Alors provient-il du moyen-âge, le haut ou le « Dark age » comme l’appellent les anglais, cette période supposée contemporaine des légendes arthuriennes ou nous vient-il plutôt du moyen-âge central et des siècles qui ont vu naître la littérature et le roman arthurien ? Et bien, en réalité, la chanson ne se rattache à aucun de ces deux moyen-âge(s) et leur est postérieure de plusieurs siècles.

(désolé pour la qualité vidéo, l’audio est très bon  en revanche)

Une pavane du XVIe siècle
qui s’invite dans les légendes arthuriennes

C_lettrine_moyen_age_passionomposée et créée par  Thoinot Arbeau, pseudonyme de Jehan Tabourot, chanoine de Langres, ce beau chant polyphonique à quatre voix date en réalité du XVIe siècle et est une pavane, soit une basse danse royale et seigneuriale de la Renaissance.

danse_ancienne_renaissance_jehan_tabourot_belle_qui_tiens_ma_vie_serie_kaamelott_legendes_arthuriennesComme nous l’avons vu ici à plusieurs reprises, ce n’est pas la première fois qu’un air ou une chanson de la renaissance ou même des siècles ultérieurs au moyen-âge s’y invite. Paradoxe ou message voilé, dans Kaamelott, le roi Arthur entonne même cette jolie pièce d’Amour courtois avec la reine Guenièvre (la très drôle Anne Girouard) qui, dans la série, est loin d’incarner celle qui tient véritablement son coeur, loin s’en faut. Dans les libertés que l’auteur prend avec son oeuvre, en voici donc une de plus, mais, encore une fois, nous l’avons mentionné ici, les légendes arthuriennes revues et corrigées par Alexandre Astier, n’ont pas l’ambition du réalisme historique. Elles se situent dans un espace imaginaire totalement assumé entre moyen-âge et modernité.

Quand la belle qui tient la vie du roi Arthur n'est pas celle qui pourrait le mieux y prétendre
Quand la belle qui tient la vie du roi Arthur n’est pas celle qui pourrait le mieux y prétendre

Du reste, peut-être même est-ce là le propre des légendes de savoir ménager, en leur sein, des espaces de liberté « contemporains » qui permettent à chacun de pouvoir mieux s’identifier.  Au fond, lors de leurs premières écritures déjà, les aventures du bon roi de Bretagne et de ses chevaliers étaient en décalage de 600 ans avec leur propos et ne se privaient pas d’y inviter des valeurs, mais aussi de beaux châteaux de pierre et des chevaliers qui étaient bien plus de leur temps que du VIe siècle auquel elles se référaient.

chanson_renaissance_kaamelott_belle_qui_tient_ma_vie_jehan_tabourot_Thoinot_Arbeau

danse_ancienne_renaissance_jehan_tabourot_belle_qui_tiens_ma_vie_kaameloot« Le gentil-homme la peult dancer ayant la cappe & l’efpée: Et vous aultres, veftuz de voz longues robes, marchant honneftement avec une gravité posée. Et les damoifelles avec une contenance humble, les yeulx baiffez, regardant quelquefois les affiftans avec une pudeur virginale. Et quand à la Pavane, elle fert aux Roys, Princes et Seigneurs graues, pour fe monftrer en quelque jour de feftin folemnel avec leurs grands manteaux & robes de parades. »
Thoinot Arbeau – Orchésographie (basse danses et pavanes)

Comme la citation ci-dessus, la chanson « belle qui tiens ma vie » fait donc partie d’un ouvrage paru en 1588 et intitulé Orchésographie. On en trouve encore quelques exemplaires originaux, même s’il a été réédité depuis. C’est un traité de danse qui fournit des éléments de méthode, autant que des illustrations et des compositions musicales pour en faciliter l’apprentissage.

Si cela vous intéresse, vous pouvez retrouver ce petit précis de danse ancienne sur le site de la Bnf et en version numérisée ici : Orchésographie en ligne.

Ensemble DEUM et la Chorale Thomas Tallis

L_lettrine_moyen_age_passion‘ensemble D.E.U.M. auquel nous devons la belle interprétation de cette chanson que nous vous proposons aujourd’hui est un quartet vocal italien, issu de la chorale  Thomas Tallis de Arduino Pertile. Vous pouvez retrouver de nombreuses interprétations de cette formation sur leur chaîne youtube. Elle existe en réalité depuis 1975 et a changé de nom entre temps, mais elle continue de se produire régulièrement en concert, en Italie.

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chorale_formation_musique_ancienne_chaine_youtubeAu passage même si le site web de la formation vocale dont sont issus ces quatre artistes est totalement en italien et même si vous n’êtes pas italophone, je vous conseille vivement de consulter la page où ils présentent leurs membres et les portraits tordants dont ils se sont fendus (nous vous en donnons un avant-goût ci-dessus). Classicisme et sérieux dans l’interprétation ou dans le choix de répertoire ne sont, à l’évidence, pas incompatibles avec humour et bonne humeur et c’est très agréable de se le voir rappeler.

Les paroles originales de la chanson
« belle qui tiens ma vie »

« Belle qui tiens ma vie
Captive dans tes yeux,
Qui m’as l’âme ravie
D’un sourire gracieux,
Viens tôt me secourir
Ou me faudra mourir.(bis)

Pourquoi fuis-tu mignarde
Si je suis près de toi,
Quand tes yeux je regarde
Je me perds dedans moi,
Car tes perfections
Changent mes actions.(bis)

Tes beautés et ta grâce
Et tes divins propos
Ont échauffé la glace
Qui me gelait les os,
Et ont rempli mon cœur
D’une amoureuse ardeur.(bis)

Mon âme voulait être
Libre de passions,
Mais Amour s’est fait maître
De mes affections,
Et a mis sous sa loi
Et mon cœur et ma foi.(bis)

Approche donc ma belle
Approche, toi mon bien,
Ne me sois plus rebelle
Puisque mon cœur est tien.
Pour mon mal apaiser,
Donne-moi un baiser.(bis)

Je meurs mon angelette,
Je meurs en te baisant.
Ta bouche tant doucette
Va mon bien ravissant.
À ce coup mes esprits
Sont tous d’amour épris.(bis)

Plutôt on verra l’onde
Contre mont reculer,
Et plutôt l’œil du monde
Cessera de brûler,
Que l’amour qui m’époint
Décroisse d’un seul point.(bis) « 

Thoinot Arbeau (1520-1595)


Notes :  suite à une question sur la dernière strophe de la chanson, je poste ici, à toutes fins utiles, quelques éléments de réponse.

« Plutôt on verra l’onde
Contre mont reculer »

Contremont : vers le haut. En l’occurrence, en parlant d’un cours d’eau « vers l’amont » : on aura plus de chances de voir (ou on verra avant) l’eau remonter vers l’amont ou à contre-courant… »

« Et plutôt l’œil du monde
Cessera de brûler »

L’oeil du monde est le soleil. Dans l’univers platonicien, les analogies existent entre l’astre et l’oeil. On retrouve aussi cet « Oeil du monde » dans la remonstrance au peuple de France de Ronsard, poésie qui date du même siècle que la chanson :

« La nuit j’adorerais les rayons de la Lune,
Au matin le Soleil, la lumière commune,
L’oeil du monde ; et si Dieu au chef porte des yeux,
Les rayons du Soleil sont les siens radieux,
Qui donnent vie à tous, nous maintiennent et gardent,
Et les faits des humains en ce monde regardent.

Dans la même poésie de Ronsard, il est également fait allusion à l’épisode biblique de Moïse et de la mer rouge et des ondes repoussées par lui. Jehan Tabourot y fait-il une référence lointaine dans son allégorie sur l’onde ? Difficile de l’affirmer. Peut-être ne faut-il pas aller chercher si loin.

« Pour guider ses enfants par monts et par vallées,
Qui noya Pharaon sous les ondes salées
Et fit passer son peuple ainsi que par bateaux
Sans danger, à pied sec par le profond des eaux. »

Quoiqu’il en soit donc, dans l’esprit de l’auteur, ces deux choses ne peuvent survenir et si elles le devaient, elles se produiraient avant que l’amour « qui l’étreint » ait baissé en intensité (ne décroisse d’un seul point).


En vous souhaitant une excellent journée et une belle fin de semaine!

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.