Sujet: amour, séduction, exposition, monde médiéval, lieux intérèts, Jean Sans Peur, histoire médiévale, conflits armagnacs bourguignon, tour médiévale Période : moyen-âge tardif, XVe siècle Evénement : exposition l’Amour au Moyen-âge Lieu: Tour Jean-Sans-Peur, 20 Rue Étienne Marcel, 75002 Paris Dates: Jusqu’au 2 septembre 2018
Bonjour à tous,
usqu’au début du mois de septembre prochain, la Tour Jean-Sans-Peur à Paris propose une exposition thématique sur l’Amour au Moyen-âge. Nous en profitons donc pour vous vous toucher un mot de cet événement mais aussi pour remonter le fil de l’Histoire et vous présenter ce bâtiment d’intérêt historique et patrimonial qui trône en plein coeur du deuxième arrondissement de la capitale.
L’exposition « l’Amour au Moyen-âge »
A travers près de 80 reproductions (enluminures, fresques ou céramiques d’époque), cette exposition vous propose de découvrir les multiples aspects de l’amour au moyen-âge : des jeux de séduction aux amours interdites, en passant par l’amour charnel ou encore le langage et les codes de l’amour dans le monde médiéval.
Dates : juqu’au 2 septembre 2018 Tarifs, horaires, accès, etc… : voir liens en pied d’article.
La tour Jean Sans Peur, témoin des conflits entre Armagnacs et bourguignons
u début du XVe siècle, tandis que le roi de France Charles VI sombre dans la folie, les rivalités de pouvoir au sein de la lignée familiale royale ont atteint un point culminant. Les tensions avaient débutées dans le courant de l’année 1392, entre Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, frère de Charles V et oncle de Charles VI, alors dauphin, et Louis 1er d’Orléans, fils de Charles V et frère du dauphin, mais elles passèrent un cap quand Jean Sans Peur, arrivé au pouvoir au duché de Bourgogne et succédant à son père Philippe le Hardi décida de faire assassiner Louis d’Orléans, en 1407.
(ci-contre portrait de Jean Sans Peur, (1400). Vienne, Autriche, Kunsthistorisches Museum)
Rentré en grâce à Paris, quelque temps après l’assassinat, Jean Sans Peur retrouvera la proximité du pouvoir et du roi, mais le conflit larvé ne s’interrompra pas pour si peu et de nouvelles alliances se noueront bientôt. Reprenant à son compte le conflit et l’ambition qui avait porté Louis d’Orléans, le duc de Berry, oncle de Charles VI et protecteur de Charles D’Orléans, ralliera à sa cause les duchés de Bretagne, d’Orléans et le comté d’Armagnac. Le conflit entre bourguignons et armagnacs prendra alors sa pleine mesure et, malgré quelques trêves, il aura dans le temps, des allures de véritable guerre civile alors qu’en toile de fond, la guerre de cent ans reprendra, de plus belle.
C’est dans ce contexte troublé, deux ans après l’assassinat de Louis d’Orleans et revenu dans les faveurs de la cour. que Jean Sans Peur, fera édifié, entre 1409 et 1411, une tour de plus de vingt mètres de haut, véritable donjon, pour renforcer la protection de l’hôtel particulier qui lui sert de résidence quand il se tient à la capitale. Adossée à l’enceinte que Philippe-Auguste avait fait édifier dans la capitale en 1190 et 1215, la demeure qui avait été acquise par Robert II d’Artois dans le dernier tiers du XIIIe siècle, était tombée dans l’escarcelle des bourguignons en 1392, sous Philippe le Hardi et après que ce dernier ait épousé Marguerite III, comtesse de Flandre et d’Artois.
Après la disparition de Jean Sans Peur, assassiné à son tour en 1419, l’édifice restera à la main des Bourguignons jusqu’à la fin du XVe siècle. Il sera sera ensuite oublié jusqu’à sa redécouverte dans la deuxième moitié du XIXe. La tour sera alors classée monument historique (1884) et même restaurée un peu moins de dix ans plus tard.
Ouverte au public aux débuts des années 2000, la tour Jean Sans Peur est aujourd’hui un musée et elle se visite. Elle propose aussi, tout au long de l’année, des expositions variées sur le thème médiéval.
Sujet : musique, chanson, poésie médiévale, vieux français, trouvères d’Arras, théâtre profane. opéra, pastourelle. Période : Moyen Âge central, XIIIe siècle Auteur : Adam de la Halle (1235-1285) Titre : Le jeu de Robin et Marion (extrait) Interprètes : Micrologus Album : Adam de la Halle – Le Jeu De Robin Et Marion (2004)
Bonjour à tous,
ans la famille des trouvères arrageois dont nous avons déjà dit un mot en présentant un fabliau de Jean Bodel, l’un des plus célèbres est, sans conteste, Adam de La Halle. Fils d’un bourgeois d’Arras, du nom de Henri le Bossu, on connait encore cet artiste du Moyen Âge central sous le nom de Adam le Bossu.
Le jeu de Robin et Marion, Adam de la Halle, miniature moyen-âge tardif, début renaissance (1500), le Petit Livre d’amour, Pierre Sala
Adam de la Halle,
dernier trouvère du Moyen Âge
Digne trouvère picard du XIIIe siècle, et de fait, auteur, compositeur et poète, Adam de la Halle nous a légué des pièces qui ont traversé les siècles et continuent, à ce jour, d’être encore jouées. Son œuvre variée, mêle polyphonie et monodie, et on le considère comme un des derniers trouvères.
On lui doit des Jeux, pièces de théâtre qui mélangent textes et chansons et se situent dans un registre profane, mais aussi des rondeaux, ainsi que quelques poésies non musicales. Parmi son legs, les deux pièces « le jeu de la feuillée » et le « jeu de Marion et Robin » sont, encore à ce jour, considérées comme les plus anciennes pièces connues en langue française d’une nouvelle forme de théâtre, détachée de la liturgie, qui s’inscrit encore dans le genre de « l’opéra ».
Le jeu de Robin et Marion
Ce jeu de Robin et Marion dont nous vous proposons, aujourd’hui, un extrait a été présenté, pour la première fois vraisemblablement, à la cour de Charles d’Anjou, en 1285. Le thème traité est celui de la pastourelle. C’est un genre poétique commun dans le courant du Moyen Âge central. De manière classique, il met en scène l’histoire d’un chevalier tentant de séduire une bergère, nommée « Marion », qui ne se laisse pas impressionner par le prestige pas plus que le statut social du noble en armes et lui résiste.
En l’occurrence dans la pièce d’Adam de la Halle, la jeune fille est déjà amoureuse par ailleurs d’un jeune berger du nom de Robin. Elle se refusera donc au chevalier et ce dernier tentera même de l’enlever, mais devant la détermination de la belle, il finira par comprendre qu’il ne pourra parvenir à soustraire son coeur déjà pris et la relâchera. L’intrigue fournira le prétexte à un divertissement où se mêleront entre poésies, chants et danses: jeux de séduction, amours champêtres, folklore et fêtes paysannes.
Un maigre repas de fiançailles
pour Marion et Robin
L’extrait que nous partageons aujourd’hui est dans la langue originale de l’œuvre. Il est tiré de la scène des fiançailles de Marion et Robin. Les deux tourtereaux y font l’inventaire de leurs maigres provisions en vue de la célébration de l’événement.
Robin: J’ai encore une tel paste Qui n’est mie de laste Que nous mengerons, marote, bec a bec, et moy et vous Chi me ratendes, marote Chi venrai parler a vous.
[ Marote, veus tu plus de mi
Marion: Oil, en non dieu
Robin: Et jou te di ]
Que jou ai un tel capon Qui a gros et gras crepon Que nous mengerons, marote, bec a bec, et moy et vous Chi me ratendes, marote Chi venrai parler a vous.
Micrologus – Ensemble Médiéval
Ensemble italien, créé dans le courant de l’année 1984, Micrologus exerce son talent dans le répertoire des musiques médiévales avec un parti-pris de perfectionnisme voisin de celui d’un Jordi Savall et de quelques autres groupes du même type.
Au vue du travail de recherches, tant sur les sources que sur les instruments, les annotations musicales et le contexte d’époque, nous sommes ici clairement au carrefour de la musique et de l’ethnomusicologie. L’art musical que la formation Micrologus nous livre est donc toujours le fruit d’un long travail en amont qui fait largement appel à la méthode comparative et ne craint pas l’exhaustivité dans ses références. Plus qu’une interprétation, nous sommes ici face au résultat de recherches conduisant à une véritable redécouverte de la musique médiévale, soutenus par rien moins qu’une « théorie » de l’interprétation médiévale.
Depuis sa fondation par Patrizia BOVI, chanteuse soprano de talent, formée au conservatoire de Pérouse (Perugia) en Italie, on doit à Micrologus plus de 40 albums et quelques prix notoires dans le répertoire des musiques anciennes, du Moyen Âge à la renaissance.
Nous aurons, sans aucun doute, l’occasion de poster ici d’autres pièces interprétées par cette belle formation.
En vous souhaitant une très belle journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.
Sujet : poésie médiévale, auteur, poète, dizain, amour, romantisme, passion amoureuse Période : fin du moyen-âge, début renaissance Auteur : Clément Marot (1496-1544) Titre : « D’un songe » Tiré de : Récréation et passe temps des tristes, (1595)
Bonjour à tous,
e talent de Clément Marot pour les pièces de poésies courtes n’est plus à démontrer tant il excelle dans ce genre, qu’il s’agisse d’épigrammes, de dizains ou même encore d’épitaphes. Le dizain que nous vous proposons aujourd’hui est dédié à sa belle dont les charmes irrésistibles ont, dans le verbe du poète, conquis jusqu’à Apollon, Dieu de poète des Arts, de la musique et de la connaissance.
Même s’il reste chaste, Marot ose ici la nudité et s’avance sur le terrain d’une sensualité qu’on retrouve peu dans les traits de l’amour courtois des siècles précédents; la plupart du temps, ce dernier ne s’approche, en effet, pas aussi près. Dans les formes poétiques de ce dizain et dans cet objet convoité que même un Dieu veut dérober à l’emprise de son auteur, on lit , sans doute plus, le désir intarissable de l’amant, que celui inassouvi du prétendant.
Et à travers cette pièce, Marot nous montre encore que son don pour les mots et leur musique ne s’arrête pas aux traits d’esprit, à la satire ou aux grivoiseries légères, mais a aussi le pouvoir de donner au sentiment amoureux ses plus belles lettres.
D’un songe
La nuict passée en mon lict je songeoye Qu’entre mes bras vous tenoy nue à nu, Mais au resveil, se rabaissa ma joye De mon désir en dormant advenu, Àdonc je suis vers Apollo venu, Luy demander qu’aviendroit de mon songe, Lors luy jaloux de toy, longuement songe, Puis me respond : tel bien ne peulx avoir. Helas! m’amour fais luy dire mensonge, Si confondras d’Apollo le scavoir. Clément Marot (1496-1544)
En vous souhaitant une belle journée.
Fred A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes
Sujet : humour, poésie médiévale, grivoiserie, humour grivois, épigrammes, vieux français. Auteur : Clément Marot (1496-1544) Période : moyen-âge tardif, début de la renaissance Titre : épigramme.
Bonjour à tous,
ujourd’hui, pour égayer cette journée, nous partageons une épigramme humoristique, grivoise et anticléricale de Clément Marot. Ames chastes s’abstenir donc mais ne vous en offusquez point! Hors de l’amour courtois, il faut bien que toutes les formes d’amours médiévales trouvent ici leur place.
« Frère Thibault, sejourné gros et gras, Tirait de nuit une garce en chemise Par le treillis de sa chambre: où le bras Elle passa, puis la tête y a mise, puis tout le sein, mais elle fut bien prise, Car son fessier y passer ne peut onc: “Par la morbieu, ce dit le moine adonc, Il ne m’en chaut de bras, tétin ne tête; Passez le cul, ou vous retirez donc, Je ne saurois sans lui te faire fête.”
Clément Marot (1496-1544)
Chasteté et célibat des religieux,
le premier concile du Latran
our rappel, dans les premiers siècles de la religion chrétienne, si la vie monacale supposait le célibat, la chasteté n’était pas imposée de manière formelle à tous les religieux et une certaine tolérance régnait même à l’égard des moines qui, par leur style de vie, empruntaient un chemin christique. L’image du Christ étant associée à la pauvreté, à la chasteté et au célibat, ils en héritaient, en quelque sorte, dans leurs voeux et continuent d’ailleurs toujours de le faire. Dan Brown et son Da Vinci code n’y ayant rien changé, la madeleine demeure toujours plus proustienne que christique.
Le moine entreprenant, Francis Hayman, peintre anglais du début du XIIXe siècle.
L’interdiction formelle du mariage ou du concubinage pour les prêtres, par l’église catholique romaine, au premier Concile œcuménique du Latran de 1123 fit suite, en réalité, à des siècles de débat sur la question mais, cette fois-ci, le don se durcit. On menaça d’annulation les mariages existants et on élargit même la mesure de célibat aux clercs. Sur ces points, l’église catholique romaine et l’église d’Orient furent longtemps en désaccord et cette position prise par Rome, fut même à l’origine d’un forme de schisme. Ces règles prônées par l’église catholique se sont posées, toutefois, comme un point de discipline propre à cette dernière et n’ont pas été érigées en dogme; outre une forme de mimétique christique, les questions du célibat comme de la chasteté sont d’ailleurs encore présentées de nos jours comme le signe, pour ceux qui ont décidé de rentrer dans les ordres, d’un engagement et d’un dévouement total envers Dieu comme envers l’église. L’église orientale décida, quant à elle, de ne pas s’y plier.
Pour autant, qu’il s’agisse de chasteté comme de célibat, une fois le concile diffusé sur le sol de l’Europe chrétienne, il ne fut pas simple de le faire appliquer aux prêtres et sans doute encore moins aux clercs. De fait, si les moines ou les religieux volages émaillent de leurs facéties grivoises le moyen-âge comme les siècles suivants, le fait correspond indéniablement à une réalité et pour longtemps encore, l’humour populaire comme un certain anticléricalisme en feront largement leurs choux gras, comme le faisait alors Clément Marot dans cette épigramme. (ci-dessus l’escapade amoureuse du jeune novice dans la version filmée du Nom de la Rose d’Umberto Eco par Jean Jacques Annaud)
Du côté de l’église, ce débat, censé avoir été tranché il y a plus de neuf siècles, est, du reste, demeuré ouvert jusqu’à nos jours.
En vous souhaitant une belle journée!
Fred
Pour moyenagpassion.com A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.