Archives par mot-clé : Katia Caré

Chanson de toile pour une belle mal mariée et maltraitée

Sujet : musique  médiévale, chansons de toile, chanson de mal mariée, amour courtois, maltraitance, vieux français, trouvères, langue d’oïl.
Période : Moyen Âge central, XIIIe siècle.
Auteur : anonyme
Titre : En un vergier, lez une fontenele
Interprète :  Ensemble Ligeriana
Album Chansons de toile, Bele Ysabiauz pucele bien aprise (2007)

Bonjour à tous,

ujourd’hui, nous faisons route vers le Moyen Âge central et le XIIIe siècle pour y découvrir une nouvelle chanson de toile. Cette pièce en vieux français est l’œuvre d’un trouvère demeuré anonyme.
À l’habitude, nous vous en proposerons un commentaire, des sources manuscrites, ainsi qu’une version en musique et une traduction en français actuel.

Cuens Guis ou « En un Vergier » : chanson de toile ou de mal mariée ?

Comme dans de nombreuses chansons de toile, il est question ici d’une belle d’origine noble (ici c’est même une fille de roi) qui attend son amant. En l’occurrence, ce dernier est lui aussi de sang bleu puisqu’il s’agit d’un comte.

Au delà du thème de la belle amoureuse et son attente, celui de la mal-mariée ressort, plus encore, de cette chanson médiévale. La brutalité du récit pourrait même éclipser sa dimension courtoise si cette dernière ne triomphait à la fin, dans une certaine mesure.

Contre les médisants qui se tiennent si souvent en arrière plan dans la lyrique courtoise, on verra que la belle paye ici, très concrètement et dans sa chair, le prix de sa passion secrète.

Mauvais mariage, maltraitance et prix des amours courtoises

Prisonnière d’une union arrangée avec un vieillard, la dame est inconsolable et son cœur est ailleurs. Séquestrée jour et nuit par ce mauvais mari, elle sera violement battue par lui après qu’il l’ait surprise en train de s’épancher sur sa peine et son amour.

Le cadre idyllique du verger (lieu d’amour ou de transgression ?) se transformera donc, pour elle, en un théâtre de supplice et de châtiment. Face à ce mari ivre de jalousie, la nature dangereuse des jeux amoureux courtois se trouve explicitement soulignée ici.

Dans la lyrique courtoise, c’est assez peu fréquent pour être souligné. On y meurt, en effet, souvent d’amour mais de manière plus allégorique que littérale.

Quoi qu’il en soit, il en faudra plus pour freiner les amours de la belle ; sa seule consolation sera l’espoir d’une nouvelle rencontre secrète avec son amant. Dieu lui-même intercédera pour exaucer ses vœux, sauvant ainsi doublement l’amour véritable et la courtoisie.

Aux sources manuscrites de cette chanson

Le premier paragraphe de cette chanson est tiré, à peu de variation près, du Lai d’Aristote. Ce fabliau,  attribué originellement à Henri d’Andeli (trouvère normand du XIIIe siècle) et plus récemment à Henri de Valenciennes, rencontra un franc succès au Moyen Âge 1.

Dans ce récit satirique, le philosophe et mentor d’Alexandre le Grand se trouve trompé et ridiculisé par une courtisane qui le chevauchera même littéralement au vue et au su de tous.

La chanson "comte guis ou en un vergier lez une fontenele" dans le ms Français 20050 de la BnF, dit chansonnier de Saint-Germain-des-Prés.
« En un vergier lez une fontenele » dans le ms Français 20050 de la BnF (à découvrir sur gallica.fr).

Pour la version notée musicalement de cette chanson de toile, on citera ici le manuscrit médiéval ms Français 20050 de la BnF, également connu sous le nom de Chansonnier de Saint-Germain-des-près.

Daté du XIIIe siècle, cet ouvrage propose sur 173 feuillets des pièces variées de trouvères et de troubadours du Moyen Âge central. Sur l’ensemble des textes présentés, vingt-quatre pièces sont notées musicalement dont celle du jour. De nombreuses lignes de partitions y sont présentes mais sont restées vides de notes.

Pour sa transcription en graphie moderne, vous pourrez retrouver cette chanson médiévale aux côtés de nombreuses autres dans Le Romancero françois de Paulin Paris, daté de 1833 et sous-titré : Histoire de quelques anciens trouvère et choix de leurs chansons, le tout nouvellement recueilli.

L’interprétation en musique que nous avons choisie est celle de l’ensemble médiéval Ligeriana.

La version musicale de cette chanson de toile par l’ensemble Ligeriana

L’ensemble Ligeriana et les chansons de Toile

L’ensemble musical Ligeriana a été fondé au début de l’année 2000 par Katia Caré, directrice, musicienne et chanteuse reconnue de la scène musicale médiévale ( voir notre portrait de l’ensemble Ligeriana et sa discographie.

En 2007, la formation faisait une incursion dans les chansons de toile du XIIIe siècle. Enregistré à l’abbaye de Fontevraud, cet album présentait sept pièces médiévales pour plus de 73 minutes d’écoute.

Chanson de Toiles, l'album de Ligeriana.

On y trouve quelques chansons d’auteurs anonymes aux côtés de trois d’autres attribuées à Audefroi le Bastart (Audefroi le Bâtard), trouvère artésien de la fin du XIIe siècle.

L’album ne semble pas avoir été réédité à ce jour mais vous pourrez peut-être le trouver en passant par votre disquaire habituel ou sur certaines plateformes de streaming légales.

Musciens ayant participé à cet album

Carole Matras (voix, harpe), Estelle Nadau (voix), Caroline Montier (voix), Estelle Garreau-Boisnard (voix, flûte traversière médiévale), , Évelyne Moser (narration, vielle à archet, psaltérion), Florence Jacquemart (flûtes à bec médiévales), Katia Caré (voix et direction)


« En un vergier, lez une fontenele »,
version originale en langue d’oïl


En un vergier, lez une fontenele,
Dont clere est l’onde et blanche la gravele,
Siet fille a roi, sa main a sa maxele.
En sospirant son douz ami rapele
“Ae, cuens Guis amis,
La vostre amors me tout salas et ris!”

Cuens Guis amis, com male destineie!
Mes pere m’a a un viellart donee,
Qui en cest meis m’a mise et enserree:
N’en puis eissir a soir n’a matinee.
“Ae, cuens Guis…”

Li mals mariz en oï la deplainte.
Entre el vergier, sa corroie a deseeinte.
Tant la bati q’ele en fu perse et tainte :
Entre ses piez por pou ne l’a estainte.
“Ae, cuens Guis…”

Li mals mariz, qant ill’ot lai dangie,
Il s’en repent, car il ot fait folie,
Car il fu ja de son pere maisnie.
Bien seit q’ele est fille a roi, koi qu’il die.
“Ae, cuens Guis…”

La bele s’est de pameson levee.
Deu reclama par veraie penseie:
“Bels sire douz, ja m’avez vos formee ;
Donez moi, sire, que ne soie obliee,
Ke mes amis revengne ainz la vespree.”
“Ae, cuens Guis…”

Et nostre Sires l’a molt bien escoutee:
Ez son ami, qui l’a reconfortee.
Assis se sont soz une ante ramee ;
La ot d’amors mainte larme ploree.
“Ae, cuens Guis…”


Traduction en français actuel

Dans un verger, près d’une source,
Où l’eau est limpide et le sable blanc,
Est assise la fille d’un roi, sa main posée sur sa joue (maxele : joue ou menton) .
En soupirant, elle se souvient de son doux amant :
« Hélas, comte Guy, mon amour,
Mon amour pour vous a chassé toute consolation et toute joie ! »

« Comte Guy, mon ami, quel triste sort !
Mon père m’a donnée à un vieillard,
Qui, dans cette maison, m’a mise et enfermée:
Je n’en puis sortir ni le matin ni le soir :
Hélas, comte Guy, mon amour… »

Le mauvais mari entendit ses lamentations ;
Il entra dans le verger et ôta sa ceinture.
Il la battit tellement qu’elle fut couverte de bleus,
Gisant à ses pieds ; il faillit la tuer.
Hélas, comte Guy, mon amour…

Le mauvais mari, après l’avoir meurtrie (maltraitée),
Regretta son acte, car c’était une folie.
Comme il était de la maison (maisnie) du père de sa femme,
Il savait bien, quoi qu’il en dise, qu’elle était fille de roi,
Hélas, comte Guy, mon amour…

La belle dame ayant repris ses esprits.
Implora Dieu de tout son cœur :
« Beau et doux Seigneur qui m’avez créée,
Accordez moi, sire, que je ne sois oubliée,
Et que mon amant revienne avant le soir :
Hélas, comte Guy, mon amour…

Et notre Seigneur exauça sa prière :
C’est son amant qui la consola.
Et ils s’assirent sous un bosquet feuillu (branche d’arbre feuillu)
Où elle versa bien des larmes d’amour.
Hélas, comte Guy, mon amour…


Découvrez d’autres chansons semblables à celle-ci :

En vous remerciant de votre lecture.

Frédéric Effe.
Pour Moyenagepassion.com
A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes.

  1. Voir manuscrit 3516, Bibliothèque de l’Arsenal, Paris ↩︎

Quant je parti de m’amie, une pièce courtoise du Codex de Montpellier h196

Enluminure amour courtois

Sujet :   codex de Montpellier,  musique médiévale, chanson médiévale, amour courtois, vieux-français,  chants polyphoniques, motets, fine amor, traduction.
Période :   XIIIe siècle, Moyen Âge central
Titre:  
Quant je parti de m’amie
Auteur :   Anonyme
Interprète :  Ligeriana
Album : 
De Amore – Polyphonie française du XIIIe siècle  (2005)

Bonjour à tous,

armi les manuscrits de musiques et de chansons médiévales que nous explorons, le précieux Codex de Montpellier se pose comme un des plus grands témoignages des chants polyphoniques du Moyen Âge central, particulièrement du XIIIe siècle.

Référencé H196 à la Bibliothèque Historique de Médecine de Montpellier où il est encore conservé, ce chansonnier ancien contient plus de 340 pièces, dont 275 motets, rondeaux et pièces en vieux français, annotés musicalement. Très courtes, les compositions vocales et instrumentales du manuscrit de Montpellier ont pour thème principal la lyrique courtoise et se présentent comme autant de petites odes à cette expression amoureuse du Moyen Âge central. Quant je partie de m’amie, le motet que nous vous proposons aujourd’hui n’y déroge pas.

Codex de Montpellier, chanson médiévale courtoise

Une séparation douloureuse pour deux amants

Le poète nous y contera ici sa séparation contrainte d’avec son aimée. Il ne nous en donne pas la cause, mais comme il n’est pas rare qu’une certaine courtoisie fleurte avec les interdits sociaux (dame déjà engagée ou d’un milieu social plus élevé, amants en proie aux médisants et aux dénonciations), on peut en imaginer les raisons (sans avoir le moyen de les établir).

Pour ce qui est de la référence à la fin’amor, s’il n’est pas question dans ce motet de désir en attente ou d’espoir de la part du prétendant, mais bien de séparation définitive, l’attitude de ce dernier reste celle de l’amant courtois. Plus victime passive et en souffrance qu’acteur de la relation, il nous assure même qu’il se tiendra toute sa vie dans la douleur inconsolable de cette déchirure.

Pour la version en graphie moderne de ce motet, nous continuons de nous appuyer sur l’ouvrage de Gaston Raynaud : Recueil de motets français des XIIe & XIIIe siècles, Tome premier (Bibliothèque française du Moyen Âge – 1881). Quant à son interprétation, elle nous fournira l’occasion de vous présenter une nouvelle formation de grande qualté : l’Ensemble médiéval Ligeriana.

Quant je parti de m’amie par l’Ensemble Ligeriana

Ligeriana, la passion des musiques médiévales sous la direction de Katia Caré

Fondé dans le courant de l’année 2000 par la chanteuse, flutiste, soliste et directrice Katia Caré, l’ensemble Ligeriana a exploré, depuis, un répertoire largement centré sur le Moyen Âge central. Depuis 20 ans, au plus proche des manuscrits et de l’ethnomusicologie, la formation et sa directrice ont ainsi mis à l’honneur la musique médiévale des XIIe et XIIIe siècle, avec même des incursions sur la fin du haut-Moyen Âge.

Ensemble de musiques anciennes Ligeriana

Au cours de sa belle carrière, Ligeriana a déjà gratifié son public et la scène médiévale de 9 albums de haut vol. Ces productions s’étendent sur des thèmes aussi variés que les musiques carolingiennes, les chansons de toiles, les musiques sacrées de l’Espagne médiévale, mais aussi la place de la dame et de sa « voix » dans la lyrique courtoise et encore d’autres belles anthologies et florilèges de pièces en provenance du Moyen Âge.

Quant à sa directrice, si son grand parcours l’a amenée à faire de nombreuses recherches autour de la musicologie et des manuscrits médiévaux, il faut aussi rappeler ses contributions à quantité d’autres productions. On pourra ainsi la retrouver aux côtés de l’Ensemble Perceval, mais encore de l’Ensemble Sanacore et enfin, sans être exhaustif, dans plusieurs albums au côté de Gérard Zuchetto.

De Amore – Polyphonie française du XIIIe siècle,
Le Manuscrit de Montpellier

Sorti en 2005 chez Calliope, pour un enregistrement à l’Abbaye royale de Fontevraud, daté de 2004, cet album du Ligeriana propose pas moins de 29 pièces pour 30 motets issus du Codex H196.

Album de musique médiévale, codex Montpellier

Superbe tribut au codex de Montpellier, De Amore – Polyphonie française du XIIIe siècle a été qualifié par Le Monde de la Musique de véritable anthologie du célèbre chansonnier médiéval.

Le magazine n’a pas été le seul à saluer cette sortie puisque Katia Caré et sa formation ont reçu, à cette occasion comme à d’autres, les honneurs mérités de la scène des musiques anciennes et médiévales. Aux côtés des musiciens de talent ayant contribué à cet hommage au chansonnier de Montpellier, on aura plaisir à retrouver Guy Robert, complice de longue date de la directrice, notamment dans le cadre de l’Ensemble Perceval.

A noter que cette belle performance vocale et musicale de Ligeriana est encore disponible et éditée. Voici un lien utile pour acquérir cet album en ligne : De Amore – Polyphonie française du XIIIe s, Le Manuscrit de Montepellier

Artistes et musiciens ayant participé à cet album

Katia Caré, Florence Carpentier, Estelle Filer, Déborah Flornoy,
Caroline Montier, Laure Pierredon, Yves Lenoir (voix), Caroline Montier (organetto), Jean Luc Lenoir (vièle, harpe, jeu de cloches), Guy Robert (harpe, luth médiéval, percussion).


Quant je parti de m’amie
motet dans le Vieux-Français du XIIIe siècle

Quant je parti de m’amie,
Si li dis qu’en desconfort
Seroie toute ma vie
Mès li amoros recort
Du soulas et du deport
Et de sa grant cortoisie
N’en tout les maus que je port.
Mès ce me greva trop fort
Quant vint a la departie,
Et je li dis
« A Diu !amie »
plourer la vi, si m’a mort.

Traduction en français moderne de ce motet

Quand je me suis séparé de mon aimée,
Je lui ai dit que, dans la désolation,
Je demeurerai tout le reste de ma vie.
Mais le souvenir amoureux
(le doux souvenir)
Du réconfort et de la joie
Et de sa grande courtoisie
N’en ôte pas pour autant les douleurs que je porte.
Mais ce qui m’affligea le plus
Quand vint le moment de la séparation,
Et que je lui dis,
«Adieu, mon amour!»
Je l’ai vue pleurer, et cela m’a meurtri.

En vous souhaitant une  excellente journée

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes.

La complainte de Richard 1er d’Angleterre et la musique médiévale des productions Perceval

richard_coeur_de_lyon_chanson_complainte_poesie_musique_medievale_roi_poete_troubadourSujet :  musique, poésie, chanson, médiévale,  troubadour. complainte.
Titre : la complainte du prisonnier ou  Ja nuns hons pris, Ja nuls om pres
Epoque : moyen-âge central  (1193-1194?)
Auteur : le roi Richard Coeur de Lyon.
Langue originale :  occitan, langue d’oc
Interprètes : Ensemble Perceval
Album : 
« Minnesänger, Troubadours, Trouvères » (1998)
Label: ARTE NOVA Classics

Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous vous proposons aujourd’hui l’écoute d’une nouvelle version de la complainte du prisonnier de Richard Coeur de Lion, cette fois-ci dans la langue originale de sa composition par le roi d’Angleterre et Duc de Normandie, soit en langue occitane.

Nous avions déjà parlé  ici des circonstances  et du contexte historique entourant cette complainte devenue célèbre, aussi  nous vous engageons à vous reporter à l’article la concernant, si vous souhaitez plus d’information :   Chanson et poésie médiévale, « la complainte du prisonnier » de Richard Coeur de Lion.

L’ensemble Perceval

C_lettrine_moyen_age_passionette très belle interprétation nous fournit l’occasion de parler d’une autre formation  spécialisée dans les musiques anciennes et médiévales avec comme ambition un parti pris de restitution sérieuse, sous-tendu par de longues recherches comparatives aux sources des manuscrits anciens. Il s’agit, cette fois, de l’ensemble Perceval.

musique_medievale_ancienne_luthiste_guy_robert_ensemble_perceval_complainte_richard_coeur_de_lionFondé et dirigé en 1979, par Guy Robert et par Katia Caré, l’Ensemble Perceval nous a légué  autour de douze albums à la recherche des sonorités, des musiques et de la poésie médiévales.

Instrumentiste, luthiste de renom, fondateur également de l’ensemble Guillaume de Machaut  en 1974, Guy Robert  s’était encore chargé en 1978 de la musique du film Perceval de Eric Rohmer qui propulsa le jeune Fabrice Luchini à l’écran et dans l’univers très ambitieux du réalisateur.  Le luthiste s’était alors inspiré de partitions  des XIIe et XIIIe siècles.

musique_medievale_ancienne_productions_perceval_katia_care_complainte_richard_coeur_de_lionAujourd’hui, le travail de recherche, de diffusion et d’interprétation insufflé par l’ensemble Perceval se poursuit avec les Productions Perceval. Sur le terrain musical, il a pris la forme d’une nouvelle formation du  nom de  Ligériana, ensemble vocal et instrumental  dirigé par  Katia Caré. Chanteuse soliste, flûtiste et directrice d’orchestre, cette artiste polyvalente était déjà  étroitement associée à la direction de l’Ensemble Perceval depuis sa création, ainsi qu’à la réalisation des albums dont, bien sûr,  celui dont le morceau du jour est extrait: « Minnesänger, Troubadours, Trouvères », album enregistré en  1998.

musique_medievale_ancienne_ensemble_productions_perceval_jean_paul_rigaud_chanteur_lyrique_barytonIl faut ajouter que   c’est le baryton  Jean-Paul Rigaud qui prête sa voix à  cette belle version occitane de la  complainte du prisonnier que nous vous proposons ici,  Ce chanteur lyrique d’exception, que vous aurez l’occasion de retrouver en collaboration avec de nombreuses autres formations médiévales, puisque c’est un répertoire dans lequel il s’est tout particulièrement spécialisé, est aussi directeur de l’Ensemble Beatus, autre formation dont nous aurons très certainement l’occasion de reparler ici.

Au niveau de ses activités, les Productions Perceval débordent largement du cadre des concerts et des tournées européennes pour proposer, en sus d’une discographie abondante et accessible à la vente en ligne, des actions culturelles, des ateliers pédagogiques, mais encore des expositions et d’autres événements autour du moyen-âge et des musiques anciennes. A noter que Katia Caré participe aussi activement  à la réalisation de programmes musicaux et télévisuels sur la chaîne ARTE.

Vous trouverez tout le détail de leurs activités et concerts sur leur site web très complet, ici même :   www.productions-perceval.com.

Les paroles de la complainte de Richard Coeur de Lyon en occitan

N_lettrine_moyen_age_passionous vous proposons donc cette fois-ci cette chanson dans sa langue d’oc originale. Vous pourrez retrouver également les   paroles en  vieux français ici .  Elles incluent quelques strophes qui n’apparaissent pas dans la  version occitane ci-dessous.

Ja nuls om pres non dira sa razon
Adrechament si com om dolens non
Mas per conort deu om faire canson
Pro n’ai d’amis mas paure son li don
Anta lur es si per ma rezenson
So çai dos ivers pres

Jamais nul homme pris ne dira sa pensée
De manière juste et sans fausse douleur ;
Mais il peut faire l’effort d’une chanson ;
J’ai beaucoup d’amis, mais pauvres sont leurs dons.
La honte sera sur eux si, faute de rançon,
Je reste deux hivers prisonnier

Or sapchon ben miei om et miei baron
Angles norman peitavin et gascon
Qu’ieu non ai ja si paure companhon
Qu’ieu laissasse per aver en preison
Non o dic mia per nula retraison
Mas anquar soi ie pres

Ils le savent bien, mes hommes et mes barons,
Anglais, Normands, Poitevins et Gascons :
Que jamais je n’eu si pauvre compagnon
Pour le laisser, faute d’argent, en prison.
Je ne le dis pas pour leur faire reproche
Mais je suis encore prisonnier.


Car sai eu ben per ver certanament

Qu’om mort ni pres n’a amic ni parent
E si’m laissan per aur ni per argent
Mal m’es per mi mas pieg m’es per ma gent
Qu’apres ma mort n’auran reprochament
Si çai me laisson pres

Maintenant, pour le voir, je sais parfaitement
Que morts ou prisonniers n’ont d’amis ni parents,
Et s’ils me laissent ici pour or ou pour argent
C’est bien mal pour moi, mais pire pour mes gens,
Qui jusqu’après ma mort se verront reprochés
S’ils me laissent  ici prisonnier

No’m meravihl s’ieu ai lo cor dolent
Que mos senher met ma terra en turment
No li membra del nostre sagrament
Que nos feimes els sans cominalment
Ben sai de ver que gaire longament
Non serai en çai pres

Je ne m’étonne plus si j’ai le coeur souffrant
Car mon seigneur* met ma terre en tourment
Il ne se souvient plus de notre serment
Que nous fîmes ensemble au Saint,
Mais je sais bien en vérité que guère longtemps
Je ne serai, en ces lieux, prisonnier

Suer comtessa vostre pretz sobeiran
Sal Dieus e gart la bela qu’ieu am tan
Ni per cui soi ja pres

Soeur comtesse, votre titre souverain
Vous sauve et vous garde de celui à qui je fais appel
Et qui me tient  prisonnier !

En vous souhaitant une  très belle journée !

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes  ses formes.