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De Caradog de Liancarfan à Kaamelott, Méléagant, sombre héros des légendes arthuriennes

excalibur_legendes_arthuriennes_conference_histoire_medieval_litterature_moyen-age_michel_pastoureauSujet : légendes arthuriennes, Méléagant, héros arthuriens, roi Arthur, table ronde, chevaliers, littérature médiévale, roman arthurien, Lancelot.
Période : moyen-âge central, haut moyen-âge
Auteurs : Chrétiens de troyes et divers auteurs du XIIe à nos jours.
Sources: Britannia, Universalis, Le Chevalier de la Charrette, Kaamelott.

Bonjour à tous,

S_lettrine_moyen_age_passionombre héros du roman Arthurien, Méléagant y est présenté tantôt comme un roi ou un prince, tantôt comme un chevalier arrogant et perfide. Mystérieux héritier d’un « royaume de l’été » (aestiva regione) est-il humain ? Dans le roman arthurien, il l’est, en général, même si deco_medievale_epeecertains auteurs ont avancé que son personnage avait pu être originellement inspiré par un personnage surnaturel et même une divinité obscure du monde celtique et des légendes Galloises. De là, vient sans doute le fait que son « royaume de l’été » est quelquefois interprété comme le pays des morts ou encore une lande mystérieuse dont nul ne revient. De son côté, l’historien anglais David Nash Ford,  spécialiste  des légendes arthuriennes, nous apprend plus prosaïquement qu’il s’agit sans doute  d’une référence au Royaume celtique de Glastening, situé au Sud de Domnonée et devenu le  « Somerset » anglo-saxon.

kaamelott_meleagant_Carlo_Brandt_legendes_arthuriennes_roman_arthurien_moyen-age

Première apparition : la vie de St Gildas et l’enlèvement de la reine Guenièvre

D_lettrine_moyen_age_passionans les faits, la première apparition de Méléagant (ou Melwas originellement) dans le roman arthurien date de la première partie du XIIe siècle et c’est encore  David Nash Ford qui nous le confirme ici.

« … On peut trouver dans la vie de St Gildas, de Caradog de Liancarfan, écrit autour de 1130, une histoire qui conte l’intervention de St Gildas entre le roi arthur et un chevalier Melwas du pays de l’été (royaume, contrée). Melwas a enlevé Guenièvre et la retient dans sa forteresse de Glastonbury qu’Arthur viendra bientôt assiéger. Toutefois, Gildas, en éternel promoteur de la paix, persuadera Melwas de libérer Guenièvre et les deux monarques auront tôt fait de régler leur différent. On peut également retrouver cette histoire dans un poème gallois connu comme « The Dialogue of Melwas and Gwenhwyfar » (le dialogue de Melwas et de Genièvre) dont les manuscrits préservés, de nos jours, datent du XVIe siècle. Chrétien (de Troyes) reste l’auteur le plus connu pour son utilisation deco_medievale_epeede cet épisode dans son histoire de Lancelot, mais il nous y conte que le chevalier avait tué Melwas (alias Melegaunce, Méléagant), ce que l’histoire St Gildas n’a jamais mentionné. »

David Nash Ford,
Brittania GLASTONBURY TOR Queen Guinevere’s Prison?
(la tour de Glastonbury, prison de la reine Guenièvre)

Comme beaucoup de personnages du roman arthurien au fil des siècles, Méléagant restera un personnage changeant qui tiendra des rôles plus ou moins importants en fonction des auteurs, même s’il conservera toujours son côté sombre. Dans des récits plus tardifs, c’est Mordred qui enlèvera la reine, dans d’autres encore, ce dernier fera appel aux services de Méléagant pour le faire. Au passage, enfanté d’un pernicieux sortilège (miroir de celui qui enfanta Arthur), le fils incestueux d’Arthur et de sa demi-soeur Morgane deviendra sans conteste, le personnage le plus sombre de la matière bretonne, bien loin devant l’arrogant chevalier du « royaume de l’été ».

Le Méléagant de Chrétien de Troyes

E_lettrine_moyen_age_passionn souscrivant à la version de Caradog de Liancarfan et sa Vie de St Gildas, Chrétien de Troyes baptisera pour la première fois le personnage du nom de Méléagant et continuera d’en faire le ravisseur de Guenièvre. Le personnage retiendra la reine prisonnière jusqu’à ce qu’elle se fasse délivrer par Gauvain et Lancelot. Ce dernier, dans le récit de l’auteur médiéval, finira  par occire Méléagant et se verra même féliciter par Arthur pour cela. Décrit comme le fils du roi Baudemagus du pays de Gorre, Méléagant intervient dès le tout début du Chevalier de la Charrette et se présente d’emblée comme un ennemi d’Arthur.  Dès sa première apparition, Il vient, en effet, lui signifier qu’il retient emprisonné un certain nombre de ses sujets et le défie avec arrogance et assurance.

« Rois Artus, j’ai en ma prison,
De ta terre et de ta meison,
Chevaliers, dames et puceles.
Mes ne t’an di pas les noveles
Por ce que jes te vuelle randre ;
Ençois te voel dire et aprandre
Que tu n’as force ne avoir
Par quoi tu les puisses avoir ;
Et saches bien qu’ainsi morras
Que ja aidier ne lor porras. »
Lancelot ou le chevalier de la charrette, Chrétien de Troyes.

Mélégant dans la série télévisée Kaamelott

kaamelott_chretien_de_troyes_legendes_arthuriennes_graal_lancelot_meleagant_roman_arthurien_moyen-ageSous la plume d’Alexandre Astier, Méléagant (incarné  avec talent à l’écran par l’acteur Carlo Brandt) campera le personnage le plus inquiétant de la série ( à ce jour en tout cas, puisque Mordred n’y est pas encore apparu et que Morgane, même si elle reste « prometteuse », est pour l’instant demeurée, à demi, dans l’ombre).

Maléfique et manipulateur, les mobiles véritables de Méléagant ne sont pas très clairs. A l’évidence, il voue une haine farouche au roi Arthur et ambitionne de détruire le royaume  de Logres ou, en tout cas, la table ronde, en se servant de Lancelot (Thomas Cousseau à l’écran) comme son bras armé,  mais il reste difficile de connaître les méandres véritables de son plan. Personnage tortueux et nimbé de mystères, il semble aussi, par moments, omniscient et on renoue ici sans doute avec l’hypothèse d’un Melwas surhumain, ou « ange de la mort », venu tout droit de la mythologie celtique. Dans la série le personnage fait d’ailleurs écho à une terrible prophétie, découverte un peu avant, par Arthur dans un livre ancien :

« Siècle des larmes, hurlements…
Au jour, Dieu Roi de Logres…
Fait affront du Lac combattant frère à l’épée
Femme de Vannes épousée commet faute
Panique, ruines, fin d’un monde
Sur Terre sans démons ni sorcières
Viens, dieu des morts solitaire des frayeurs
Du ciel à l’insulte la Réponse »
Kaamelott – Alexandre Astier

Méléagant s’annoncera lui-même explicitement comme cette réponse des Dieux insultés par les écarts de conduite du roi Arthur et notamment son aventure et ses épousailles avec la dame d’un de ses proches chevaliers. Sur la dimension mystique du personnage, on trouvera encore cette tirade d’anthologie née sous la plume inspirée d’Alexandre Astier et qui donne, tout entière, le ton.

« Moi, quand j’ai plus rien à faire ici, je me retire… Plus une goutte d’eau. Plus un rayon de soleil. Je me dessèche, de la tête aux pieds, en un petit cadavre sous un tas de feuilles… Les saisons me survolent sans me soupçonner… Et puis, un jour, la corneille raconte qu’elle a entendu au loin quelqu’un qui recommence à pleurer. Guenièvre ! Guenièvre ! Alors là, j’ouvre un œil, je rampe, mangeant la neige, léchant l’eau croupie… et mes ennemis tressaillent, car à me voir boire, ils comprennent que je suis de retour.
Kaamelott – Alexandre Astier

kaamelott_lancelot_thomas_cousseau_meleagant_melwas_legendes_arthuriennes_roman_arthurien_moyen-agePour parvenir à ses fins, Méléagant approchera un Lancelot fragilisé par la perte de Guenièvre et rongé par le désespoir, La manipulation échouera en partie, mettant quelques bémols à sa nature divine et à son omnipotence (sauf à invoquer la toute puissance du libre arbitre humain), et quelques restes peut-être d’amitié ou de conscience, doublés d’un concours de circonstances, arrêteront Lancelot au moment fatidique.

Plus loin dans le temps et dans l’oeuvre, le sombre personnage va-t-il enlever Guenièvre,  comme il le fait dans le roman de Chrétien de Troyes ? Même s’il n’est pas vraiment possible de le savoir tant que la suite de Kaamelott n’est pas encore connue, il demeure plus probable qu’Alexandre Astier ait décidé de réécrire totalement la partition jouée par Méléagant dans la légende du célèbre auteur médiéval, en laissant l’épisode de l’enlèvement loin derrière. Dans son approche des légendes arthuriennes, c’est d’ailleurs plutôt Lancelot qui hérite de cet aspect classique de Méléagant, puisqu’il finit, durant quelques épisodes, par lier Guenièvre pour s’assurer qu’elle ne retourne au château, durant son absence. Pour le reste, le Chevalier du Lac finira-t-il encore comme chez Chrétien de Troyes par occire l’odieux manipulateur ? Pourquoi pas ?  Quoiqu’il en soit, pour le savoir, il faudra encore attendre.

En vous souhaitant une belle journée.
Fred
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« Belle qui tiens ma vie », quand une chanson de la renaissance s’invite dans les légendes arthuriennes

musique_danses_medievales_manuscrit_ancien_moyen-age_tardif_renaissanceSujet : danse ancienne, pavane, basse danse, danse royale, chant polyphonique, chanson ancienne, kaamelott, chanson, musique ancienne, amour courtois.
Période : renaissance, XVIe siècle (1588)
Auteur : Thoinot Arbeau, (1520-1595) Jehan Tabourot.
Titre : « Belle qui tiens ma vie »
Ouvrage : Orchésographie
Interprète : Ensemble DEUM,  Chorale Thomas Tallis de Arduino Pertile.

Bonjour à tous,

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour tout ceux qui aiment et ont aimé la série culte Kaamelott, la chanson « Belle qui tiens ma vie » est entrée définitivement dans le corpus des légendes arthuriennes. Ce chant est, en effet, repris de la bouche même du roi Arthur (Alexandre Astier à l’écran) dans quelques épisodes.

Alors provient-il du moyen-âge, le haut ou le « Dark age » comme l’appellent les anglais, cette période supposée contemporaine des légendes arthuriennes ou nous vient-il plutôt du moyen-âge central et des siècles qui ont vu naître la littérature et le roman arthurien ? Et bien, en réalité, la chanson ne se rattache à aucun de ces deux moyen-âge(s) et leur est postérieure de plusieurs siècles.

(désolé pour la qualité vidéo, l’audio est très bon  en revanche)

Une pavane du XVIe siècle
qui s’invite dans les légendes arthuriennes

C_lettrine_moyen_age_passionomposée et créée par  Thoinot Arbeau, pseudonyme de Jehan Tabourot, chanoine de Langres, ce beau chant polyphonique à quatre voix date en réalité du XVIe siècle et est une pavane, soit une basse danse royale et seigneuriale de la Renaissance.

danse_ancienne_renaissance_jehan_tabourot_belle_qui_tiens_ma_vie_serie_kaamelott_legendes_arthuriennesComme nous l’avons vu ici à plusieurs reprises, ce n’est pas la première fois qu’un air ou une chanson de la renaissance ou même des siècles ultérieurs au moyen-âge s’y invite. Paradoxe ou message voilé, dans Kaamelott, le roi Arthur entonne même cette jolie pièce d’Amour courtois avec la reine Guenièvre (la très drôle Anne Girouard) qui, dans la série, est loin d’incarner celle qui tient véritablement son coeur, loin s’en faut. Dans les libertés que l’auteur prend avec son oeuvre, en voici donc une de plus, mais, encore une fois, nous l’avons mentionné ici, les légendes arthuriennes revues et corrigées par Alexandre Astier, n’ont pas l’ambition du réalisme historique. Elles se situent dans un espace imaginaire totalement assumé entre moyen-âge et modernité.

Quand la belle qui tient la vie du roi Arthur n'est pas celle qui pourrait le mieux y prétendre
Quand la belle qui tient la vie du roi Arthur n’est pas celle qui pourrait le mieux y prétendre

Du reste, peut-être même est-ce là le propre des légendes de savoir ménager, en leur sein, des espaces de liberté « contemporains » qui permettent à chacun de pouvoir mieux s’identifier.  Au fond, lors de leurs premières écritures déjà, les aventures du bon roi de Bretagne et de ses chevaliers étaient en décalage de 600 ans avec leur propos et ne se privaient pas d’y inviter des valeurs, mais aussi de beaux châteaux de pierre et des chevaliers qui étaient bien plus de leur temps que du VIe siècle auquel elles se référaient.

chanson_renaissance_kaamelott_belle_qui_tient_ma_vie_jehan_tabourot_Thoinot_Arbeau

danse_ancienne_renaissance_jehan_tabourot_belle_qui_tiens_ma_vie_kaameloot« Le gentil-homme la peult dancer ayant la cappe & l’efpée: Et vous aultres, veftuz de voz longues robes, marchant honneftement avec une gravité posée. Et les damoifelles avec une contenance humble, les yeulx baiffez, regardant quelquefois les affiftans avec une pudeur virginale. Et quand à la Pavane, elle fert aux Roys, Princes et Seigneurs graues, pour fe monftrer en quelque jour de feftin folemnel avec leurs grands manteaux & robes de parades. »
Thoinot Arbeau – Orchésographie (basse danses et pavanes)

Comme la citation ci-dessus, la chanson « belle qui tiens ma vie » fait donc partie d’un ouvrage paru en 1588 et intitulé Orchésographie. On en trouve encore quelques exemplaires originaux, même s’il a été réédité depuis. C’est un traité de danse qui fournit des éléments de méthode, autant que des illustrations et des compositions musicales pour en faciliter l’apprentissage.

Si cela vous intéresse, vous pouvez retrouver ce petit précis de danse ancienne sur le site de la Bnf et en version numérisée ici : Orchésographie en ligne.

Ensemble DEUM et la Chorale Thomas Tallis

L_lettrine_moyen_age_passion‘ensemble D.E.U.M. auquel nous devons la belle interprétation de cette chanson que nous vous proposons aujourd’hui est un quartet vocal italien, issu de la chorale  Thomas Tallis de Arduino Pertile. Vous pouvez retrouver de nombreuses interprétations de cette formation sur leur chaîne youtube. Elle existe en réalité depuis 1975 et a changé de nom entre temps, mais elle continue de se produire régulièrement en concert, en Italie.

chorale_musique_ancienne_pavanne_danse_musique_renaissance_medieval_belle_qui_tiens_ma_vie

chorale_formation_musique_ancienne_chaine_youtubeAu passage même si le site web de la formation vocale dont sont issus ces quatre artistes est totalement en italien et même si vous n’êtes pas italophone, je vous conseille vivement de consulter la page où ils présentent leurs membres et les portraits tordants dont ils se sont fendus (nous vous en donnons un avant-goût ci-dessus). Classicisme et sérieux dans l’interprétation ou dans le choix de répertoire ne sont, à l’évidence, pas incompatibles avec humour et bonne humeur et c’est très agréable de se le voir rappeler.

Les paroles originales de la chanson
« belle qui tiens ma vie »

« Belle qui tiens ma vie
Captive dans tes yeux,
Qui m’as l’âme ravie
D’un sourire gracieux,
Viens tôt me secourir
Ou me faudra mourir.(bis)

Pourquoi fuis-tu mignarde
Si je suis près de toi,
Quand tes yeux je regarde
Je me perds dedans moi,
Car tes perfections
Changent mes actions.(bis)

Tes beautés et ta grâce
Et tes divins propos
Ont échauffé la glace
Qui me gelait les os,
Et ont rempli mon cœur
D’une amoureuse ardeur.(bis)

Mon âme voulait être
Libre de passions,
Mais Amour s’est fait maître
De mes affections,
Et a mis sous sa loi
Et mon cœur et ma foi.(bis)

Approche donc ma belle
Approche, toi mon bien,
Ne me sois plus rebelle
Puisque mon cœur est tien.
Pour mon mal apaiser,
Donne-moi un baiser.(bis)

Je meurs mon angelette,
Je meurs en te baisant.
Ta bouche tant doucette
Va mon bien ravissant.
À ce coup mes esprits
Sont tous d’amour épris.(bis)

Plutôt on verra l’onde
Contre mont reculer,
Et plutôt l’œil du monde
Cessera de brûler,
Que l’amour qui m’époint
Décroisse d’un seul point.(bis) « 

Thoinot Arbeau (1520-1595)


Notes :  suite à une question sur la dernière strophe de la chanson, je poste ici, à toutes fins utiles, quelques éléments de réponse.

« Plutôt on verra l’onde
Contre mont reculer »

Contremont : vers le haut. En l’occurrence, en parlant d’un cours d’eau « vers l’amont » : on aura plus de chances de voir (ou on verra avant) l’eau remonter vers l’amont ou à contre-courant… »

« Et plutôt l’œil du monde
Cessera de brûler »

L’oeil du monde est le soleil. Dans l’univers platonicien, les analogies existent entre l’astre et l’oeil. On retrouve aussi cet « Oeil du monde » dans la remonstrance au peuple de France de Ronsard, poésie qui date du même siècle que la chanson :

« La nuit j’adorerais les rayons de la Lune,
Au matin le Soleil, la lumière commune,
L’oeil du monde ; et si Dieu au chef porte des yeux,
Les rayons du Soleil sont les siens radieux,
Qui donnent vie à tous, nous maintiennent et gardent,
Et les faits des humains en ce monde regardent.

Dans la même poésie de Ronsard, il est également fait allusion à l’épisode biblique de Moïse et de la mer rouge et des ondes repoussées par lui. Jehan Tabourot y fait-il une référence lointaine dans son allégorie sur l’onde ? Difficile de l’affirmer. Peut-être ne faut-il pas aller chercher si loin.

« Pour guider ses enfants par monts et par vallées,
Qui noya Pharaon sous les ondes salées
Et fit passer son peuple ainsi que par bateaux
Sans danger, à pied sec par le profond des eaux. »

Quoiqu’il en soit donc, dans l’esprit de l’auteur, ces deux choses ne peuvent survenir et si elles le devaient, elles se produiraient avant que l’amour « qui l’étreint » ait baissé en intensité (ne décroisse d’un seul point).


En vous souhaitant une excellent journée et une belle fin de semaine!

Fred
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Kaamelott, épisode audio inédit : la Madeleine de Léodagan

kaamelott_alexandre_astier_legende_medievale_roi_arthur_moyen_age_passionSujet : Kaamelott, légendes arthuriennes, roi Arthur, humour,  comédie, série télévisée culte,  détournement, humour médiéval,
Période : moyen-âge central, haut moyen-âge pour la légende.
Auteur original: Alexandre  Astier
Distribution :   CALT production, M6
Episode audio : votre serviteur
Média : épisode Kaamelott  inédit

Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous partageons aujourd’hui un nouvel épisode audio maison de la série Kaamelott. Encore une fois, il ne s’agit là que de petits exercices de style et d’écriture en forme de clin d’oeil pour prolonger le plaisir de la compagnie des personnages de la série culte.

Nous y recherchons donc « l’esprit » de Kaamelott en choquant ces derniers à de nouvelles situations. Pour emprunter une citation de la série « il faut plutôt y voir un élan« , qu’y rechercher une copie conforme. Ces épisodes sont donc des « déclinaisons » à la manière d’Alexandre Astier et s’ils parviennent à vous faire sourire ou même rire, nous aurons tenu notre pari.

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La Madeleine de Leodagan, l’épisode audio

C_lettrine_moyen_age_passionette fois-ci, nous retrouvons le  Roi Arthur à table avec son épouse Guenièvre (Anne Girouard) et sa kaamelott_cinema_trilogie_humour_alexandre_astier_news_infos_serie_cultebelle-famille, Léodagan (Lionnel Astier) et Dame Séli (Joëlle Sevilla). Pour être un des premiers épisodes que nous ayons écrit, il est sans doute celui qui se distancie le moins, en terme de trame, de la série originale. On retrouve, en effet, dans Kaamelott deux épisodes autour de la thématique du dessert raté et celui que nous vous proposons aujourd’hui en est très proche.

Pour le reste, nous avons déjà mentionné ici et les historiens qui s’y sont penchés et continuent de s’y pencher d’ailleurs n’en finissent pas de souligner le contre-pied et la distance qu’Alexandre Astier prend avec les légendes arthuriennes. S’il en suit tout de même la trame (à tout le moins celle de certains auteurs arthuriens), il prend aussi de grandes libertés avec l’oeuvre : nouveaux personnages, rencontre de personnages historiques (Attila, etc) qui n’ont pu avoir lieu, etc…

kaamelott_guenievre_anne_girouard_humour_alexandre_astier_news_serie_tele_culte_legendes_arthuriennesLoin du Graal et de sa quête, les personnages de Kaamelott finissent aussi fatalement par se débattre bien plus avec leurs propres travers et leur quotidien. Quant à notre roi Arthur, il passe la majeure partie de son temps à surnager au milieu du niveau général de compréhension de ceux qui l’entourent et qui avoisine le zéro pointé.

En fait de moyen-âge réaliste, cette symphonie dont Alexandre Astier nous régale en véritable virtuose, dans ses changements de tons ou de rythmes est résolument moderne et si, d’un point de vue arthurien, elle demeure totalement atypique, elle est, pour notre plus grand plaisir, d’une grande fraîcheur et d’une grande drôlerie.

Le mal marié et sa belle-famille ou le moderne fédérateur contre les « naguère » sauvages et inféodés

L_lettrine_moyen_age_passiones scènes de ce Roi Arthur, entouré de sa belle-famille, mal marié à une Guenièvre pour laquelle il conçoit peut-être, au final un peu de tendresse mais, au fond, si peu d’amour, kaamelott_Seli_dame_humour_alexandre_astier_news_serie_tele_culte_legendes_arthuriennessont des morceaux de choix.  Et si l’on se situe certainement dans un classique au niveau de la dynamique comique: le mari, sa femme, sa belle-famille (acariâtre) imposée, il faut encore ici lire l’opposition entre, d’un côté, cet Arthur « éclairé », élevé en partie à Rome, résolument moderne, souple et ouvert, en bref réputé civilisé et, de l’autre, ces royaumes tout juste fédérés et qui, peu de temps avant encore, n’étaient que des tribus inféodées vivant dans la violence et la barbarie.

kaamelott_leodagan_humour_alexandre_astier_news_serie_tele_culte_legendes_arthuriennesA la table d’Arthur c’est donc aussi cela qui se joue, l’opposition entre le passé « tribal » des terres de Bretagne et leur futur qu’il incarne, celle entre sa modernité et une certaine forme de sauvagerie et ce double ressort comique est pour Alexandre Astier, une source inépuisable d’inspiration et de drôlerie.

Cette belle-famille impayable, incarnée à l’écran par les deux excellents comédiens Joelle Sevilla et Lionnel Astier (qui sont dans la vie la mère et le père de l’auteur), n’hésitera d’ailleurs pas un seul instant à comploter dans le dos du roi, pour lui faire des coups bas ou même pour détourner des caisses du royaume quelques deniers.

La Madeleine de Léodagan, le script

Interieur chateau. Le roi Arthur finit de manger avec sa belle-famille et son épouse et s’apprête à sortir de table avec LeoDagan.

Arthur : Bon bin c’est pas tout ça, mais on a du pain sur la planche…

Leodagan : Allez…

Dame Séli: Stop! Personne ne bouge. C’coup là vous restez tous a table,

Leodagan : Mais quoi encore? Puisqu’on vous dit qu’on a des choses à faire…

Dame Séli: Et bien ça attendra. Pour l’instant, vous vous rasseyez fissa.

Leodagan : Non mais là, y a des moments aussi…

Leo Dagan se rassoit et Arthur aussi.

Dame Séli : C’est un jour special… Et y a du dessert…

Arthur : De quoi? Encore un truc que vous avez fait?

Dame Séli : Vous, on vous a rien demandé. Soyez déjà content qu’il reste de quoi faire à bouffer avec toutes les allées et venues dans les cuisines, la nuit…

Arthur : Hé bin! On la sent bien l’ambiance de fête en tout cas…

Leodagan : Mais qu’est ce qu’y a encore à fêter là? Encore une de vos lubbies ça…

Dame Séli : Si même vous, vous en souvenez plus, j’avoue que j’sais pas quoi vous dire…

Guenièvre (enthousiaste): Mais allez mère, dites le quoi! Qu’est ce qu’on fête?

Dame Séli : Oui bin la ramenez pas trop, vous non plus…Vous avez encore l’air d’avoir oublié et quand vous allez vous rappeler vous allez encore vous sentir gourde… Notez ça changera pas tellement de d’habitude…

Guenievre se renfrogne et ne dit rien.

Leodagan : Non mais ça y est… Cherchez plus je sais… Mais bon on le fête pas ça d’habitude… C’est pour ça j’ai pas raccordé… D’ailleurs je suis à deux doigts de trouver ça louche…

Dame Séli : Ne commencez pas à faire de mauvais esprit et mangez ce qu’on vous donne…

Leodagan : Non mais oui, mais c’est ça… Je me demande si je ne préfère pas quand on le fête pas, en fait…

Arthur : Bon alors vous allez dire c’que c’est ou pas? Qu’au moins on est un raison valable pour bouffer ce truc la…

Leodagan : Non mais rien… Des conneries….

Arthur : Mais quoi?

Leodagan : Rien j’vous dis.. C’est mon anniversaire… Voilà, vous êtes content?

Arthur : Ah d’accord… Bon bin, bon anniversaire, alors…Remarquez, c’est plutôt une bonne nouvelle, au moins on est sûr que ce genre de truc arrivera pas plus d’une fois par an… C’est déjà ça… (il avale une autre bouchée ) ça a un nom ce machin en revanche ? Parce que si c’est le cas, ça vaudrait l’coup quand même de le connaitre au cas où quelqu’un prenne l’idée de m’en re-proposer un jour…

Dame Séli : C’est du flan aux raisins secs. Une spécialité de la grand-mère de monsieur mon ingrat de mari…

Leodagan : Ah d’accord! Non mais oui effectivement. J’arrivais pas a mettre un nom sur les petits trucs tout secs qui ressemblent à des noyaux. Mais là ça y est, tout s’éclaire…

Dame Séli: Oh, commencez pas! Vous nous avez assez bassiné avec le flan de votre grand mère. Maintenant vous mangez…

Arthur à Leodagan : Parce que c’est ça qu’elle vous filait a becqueter votre grand mère? J’ai l’impression de comprendre plein de trucs du coup…

Leodagan : Non mais vous, tout de suite… Surtout qu’y a rien à comprendre. Non vraiment. Là par contre, faut qu’je reste honnête, ça fait pas pareil…

Dame Séli : Ah! Voilà! Non mais ça, j’en étais sûre que vous alliez encore y trouver à redire.

Leodagan : Non mais oui, mais bien sûr, ça ressemble… Mais c’est pas pareil…

Guenièvre : C’est dommage je l’ai pas tellement connu ma grand- mère.

Arthur ; Remarquez coté pâtisserie, je ne suis pas sûr que vous y avez perdu grand chose…

Dame Séli : Bon mais qu’est ce qu’y a tant qu’est différent encore ?

Leodagan : J’en sais rien… C’est pas pareil je vous dis… Non, mais c’est toute une époque aussi. C’est peut-être le fait que la grand mère elle cuisinait qu’avec les fruits, les oeufs et la farine qu’on lui ramenait des pillages. Du coup déjà là c’est pas pareil…

Arthur : Ah bin là désolé mais oui, C’est du régulier ici… Au royaume de Logres depuis qu’on est un PEU civilisé, on pille plus les campagnes comme à la « belle époque » comme vous dites…

Leodagan : Non mais cherchez pas, vous pourrez jamais comprendre ça, vous, de toute façon… (évocation) Je me souviens, ça avait toujours ce petit côté magique. On lui ramenait les trucs qu’on piquait aux pécores et pis elle nous faisait ses petits gâteaux avec. Alors souvent, le soir même, on les becquetait en même temps qu’on faisait cramer les mecs. Bon bin y avait cette petite odeur dans l’air, on les entendait gueuler, y avait le flan aux raisins secs. Non franchement ça fait pas pareil…

Arthur : vous voulez peut-être qu’on vous mette un mec à cramer pour voir si ça reprend du goût?

Leodagan. Ah mais si c’est vous qui proposez…J’avoue que je me laisserais bien tenter…

Noir

Dame Séli : Remarquez un petit geste pour l’anniversaire de votre beau-père, ça vous étoufferait pas non plus…

Arthur : Je déconnais…

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En vous souhaitant une très belle journée.
Fred
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La table ronde, le tombeau d’Arthur et l’influence des légendes arthuriennes sur le moyen-âge central

excalibur_legendes_arthuriennes_conference_histoire_medieval_litterature_moyen-age_michel_pastoureauSujet : légendes arthuriennes, popularité médiévale, légende, influence médiévale des héros arthuriens, roi Arthur, table ronde, chevaliers, tombeau,littérature médiévale, reliques,
Période : moyen-âge central, haut moyen-âge
Auteurs : corpus, du XIIe à nos jours.
Sources: Britannia, Université de Rochester (the Camelot projet).

Bonjour à tous

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour ceux d’entre vous qui s’en souviennent, nous avions posté, il y a quelque temps ici, une conférence de Michel Pastoureau sur la popularité médiévale de la légende du Roi Arthur, notamment à travers l’étude des prénoms en usage durant le moyen-âge central. L’article d’aujourd’hui nous donne l’occasion de prolonger ces réflexions dans une autre direction et nous partons, cette fois, de l’autre côté de la Manche, pour y découvrir des objets historiques et des reliques, témoins de l’intérêt suscité par l’histoire de l’illustre roi de Bretagne, durant les siècles qui ont vu naître sa légende et les suivants.

La table ronde de Winchester

legende_arthur_table_ronde_moyen-age_central_popularite_medievale_mythe_arthurien

D_lettrine_moyen_age_passionans le grand hall du château de Winchester en Angleterre se tient, depuis près de six cents ans, une table ronde peinte qui mentionne les noms des chevaliers de la célèbre légende. Elle est en bois de chêne massif et dans sa forme originale, elle reposait sur douze pieds. Du point de vue de ses dimensions, elle mesure 5,5 legendes_arthur_roi_chevalier_table_ronde_relique_moyen-age_centralmètres de diamètre et pèse plus d’un tonne. Les dernières datations effectuées sur l’objet, dans le milieu des années soixante-dix, font remonter sa création, au début du règne d’Edouard 1er, soit dans le dernier tiers du XIIIe siècle: carbone 14 à l’appui, l’objet daterait précisément de 1270 et aurait été peint (ou repeint) autour du début du XVIe siècle, en 1522.

Si cette table ronde n’est pas contemporaine de la légende du roi Arthur qui se déroule au VIe siècle, elle reste indéniablement d’une grande valeur historique. Durant le moyen-âge central, parmi les grands personnages « mythiques » ou même ceux ayant vécu réellement mais étant devenues légendaires après coup, les figures de Charlemagne ou de Roland, côtoient celles du grand roi breton et de ses preux chevaliers en quête d’élévation dans la noblesse des valeurs comme dans la spiritualité et cet objet apporte encore la preuve de ce intérêt. Comme les légendes arthuriennes  ont circulé entre la France et l’Angleterre, du fait de l’origine de ses auteurs, anglais, gallois ou français, ses héros ont, sans conteste, imprimé leur marque des deux côtés de la manche, même si c’est sans doute plus Charlemagne qui remportera l’adhésion du côté des souverains français. Les deux héros ont, en tout cas, en commun d’être de grands fédérateurs qui ont su unifier leurs terres et tous deux ont edouard_1er_angleterre_legende_arthurienne_chevaliers_table_ronde_tournois_monde_medieval_moyen-age_centralencore hérité d’une ferveur chrétienne toute médiévale. Concernant cette dernière et pour ce qui est du Roi Arthur, des auteurs comme Chrétien de Troyes ou Robert de Boron s’emploieront encore à la renforcer.

(Portrait de Edouard 1er d’Angleterre, Anonyme, XIIIe siècle, Westminster)

En Angleterre, le roi Edouard 1er s’était, dit-on, pris d’un vif intérêt pour la légende du roi Arthur et l’on suppose que cette table a pu être utilisée lors de tournois organisés par lui, au début de son règne. Jouait-on alors à incarner Lancelot, Yvain, Gauvain ou Perceval? L’histoire n’en a, semble-t-il, pas gardé la trace. C’est, en tout cas, ce même roi Edouard 1er qui assista à l’ouverture du tombeau supposé d’Arthur et de Guenièvre sur les vestiges actuels de l’abbaye de Glastonbury, tombeau dont il est intéressant de dire un mot ici.

Le Tombeau du Roi Arthur et de Guenièvre

Le site originel de la tombe supposée d'Arthur à Glastonbury
Le site originel de la tombe supposée d’Arthur à Glastonbury

T_lettrine_moyen_age_passionandis que les reliques de Charlemagne occupent les esprits en France et même au delà, en Europe, notamment du côté des Saints Empereurs de l’Empire Germanique, on découvre qu’en Angleterre, celles du bon roi Arthur suscite un vif legende_arthur_table_ronde_tombeau_moyen-age_central_popularite_medievale_mythe_arthurienintérêt. A ce titre, l’histoire de ce tombeau est assez édifiante. Il aurait, en effet, contenu un cercueil dans lequel on retrouva, à la fin du XIIe siècle, des ossements supposés être les restes d’Arthur et de Guenièvre, avec même une mèche de cheveux blonds tressés, ainsi qu’une croix de plomb arborant l’inscription suivante en latin: Hic iacet sepultus inclitus rex arturius: « Ci-gît enterré le renommé roi Arthur ». On rapporte encore que le cercueil se trouvait entouré, de part et d’autre, de deux pyramides sur lesquelles étaient gravées des lettres dont l’usure du temps autant que le style « barbare » avaient rendu impossible le déchiffrage. Suivant un autre récit d’époque, « Les chroniques de l’abbaye de Margam (1200-1299), il y aurait eu, non pas un seul, mais trois cercueils: celui du roi Arthur, celui de Guenièvre et plus surprenant encore, celui de Mordred, le neveu d’Arthur.

L’histoire de cette tombe d’Arthur vaut son pesant de deniers puisqu’on la doit à des moines, ceux de l’abbaye de Glastonbury qui, en 1190, annoncèrent, avec émotion, au roi Henri II d’Angleterre, leur étonnante découverte. Ils affirmèrent, en effet, avoir trouvé le tombeau après avoir été frappés de rêves et de visions leur en indiquant l’endroit. Nous sommes alors à peine soixante ans après que  Geoffrey de Monmouth ait écrit son Historia regum Britanniae et jeté les bases qui feront vraiment référence pour les récits autour du roi Arthur. A l’évidence la légende a alors déjà fait un peu son chemin. On dit, en effet, qu’une fois la nouvelle répandue, on vint de tous les coins du pays pour voir la tombe et qu’on fit également de nombreux dons à l’abbaye. Cela tombait à point nommé, puisqu’il semble que celle-ci traversait alors  les pires croix_tombeau_arthur_legende_chevalier_table_ronde_influence_moyen-age_centraldifficultés financières.

Faut-il voir une relation de cause à effet entre les coffres vides de l’abbaye et la découverte? Les moines n’en étaient, semble-t-il, pas à leur première tentative de « buzz » à la sauce médiévale puisqu’ils avaient déjà déclaré en 1184, avoir retrouvé les restes de Saint Patrick, sans parvenir à en convaincre quiconque. Ceci ne les avaient pourtant pas freiné puisque quelque temps après, ils récidivaient, en clamant avoir, cette fois, retrouvés ceux de Saint-Dunstan, sans pour autant rencontrer, là encore, plus de succès. Il fallait bien un roi Arthur pour venir à leur secours, fut-il mort, et le fait que cela fonctionna prouve au moins le crédit et la foi que l’on prêtait déjà à la légende.

Comme l’indique le panneau informatif que l’on peut trouver sur place, les restes furent déplacés en 1278 en présence du roi Edouard 1er dans une tombe de marbre noir sur le même site.

Quoiqu’il en soit, concernant la découverte du possible tombeau d’Arthur, si l’on semble bien s’entendre aujourd’hui du côté des experts pour affirmer que le bon roi n’a pas été enterré à Glastonbury mais qu’il s’agissait plutôt d’une invention des moines, les  recherches continuent et animent bien des débats passionnés. Encore récemment un historien anglais spécialiste du sujet, du nom de Graham Phillips affirme avoir trouvé le véritable emplacement après des années de recherche sur la question. La tombe serait dans le West Midlands et aux dernières nouvelles (courant 2016) il attendait les autorisations pour pouvoir y mener des fouilles.

En vous souhaitant une belle journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com
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Tribu(t) Kaamelott: Perceval et les échecs

kaamelott_alexandre_astier_legende_medievale_roi_arthur_moyen_age_passionSujet:  Kaamelott, roi Arthur, Perceval, maître d’armes, légendes arthuriennes, Saint Graal, jeux d’échec, humour, humour médiéval, hommage, Alexandre Astier,exercice de plume.
Période: haut moyen-âge, moyen-âge central
Série télévisée : Kaamelott

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, je vous propose un petit exercice d’écriture en forme d’hommage à la série Kaamelott d’Alexandre Astier. L’idée est simple: tenter de faire vivre aux personnages attachants de cette grande série  culte quelques nouvelles aventures.

A l’heure où Alexandre Astier se prépare à chausser sa casquette de Directeur-réalisateur pour, cette fois-ci, porter la suite de la légende du Roi Arthur sur grand écran, c’est une occasion de reparler de la série culte diffusée par M6, de 2005 à 2010alexandre_astier_des_nouvelles_de_kaamelott_le_film_et_kaamelott_resistance. Pour rappel, la situation qui compliquait l’exploitation par l’auteur de son oeuvre au cinéma, s’est, en effet débloquée, depuis quelques temps déjà, pour le plus grand plaisir de ses fans et de ses aficionados.

Encore une fois, l’exercice du jour n’est qu’un simple tribut, une façon de passer quelques heures en la compagnie des héros de la légende arthurienne revisitée par le comique incomparable d’Alexandre Astier. L’idée m’en est venue, il y a quelques mois, dans cette attente de la trilogie, et après avoir revisionné pour la énième fois la série. Pas d’autres prétentions donc que le divertissement, un moyen en quelque sorte d’entretenir la flamme, même si je sais, à en juger par les nombreux groupes présents sur les réseaux sociaux qu’elle est toujours bien vive et c’est heureux. Pour le reste, vous seuls jugerez si ce clin d’oeil reste cohérent avec l’oeuvre originale. Au niveau des droits et de l’écriture, il est bien clair que cette dernière appartient, corps et âme, à son auteur et à sa société de distribution. Alors, en attendant la trilogie, pour ce qui est de mieux connaître kaamelott_perceval_et_les_echecsKaamelott, le seul, le vrai, l’original, vous pouvez vous reporter valablement à cet article complet, ou mieux encore, acquérir directement les coffrets DVD en ligne. Pour chaque livret, il y a plus de deux heures trente de visionnage jubilatoire, alors n’hésitez pas à vous faire plaisir!

Perceval et les échecs

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour revenir à nos moutons, nous nous situons quelque part entre le livre 1 et le livre 2. C’est une période de joyeuse innocence durant laquelle aucun drame n’est encore venu entacher le royaume.

kaamelott_alexandre_astier_guenievre_talentueuse_Anne_GirouardDans l’épisode d’aujourd’hui, nous retrouvons le maîtres d’armes et Perceval. Le bon roi Arthur n’y fait qu’une courte apparition, au début. A l’écran, Perceval est incarné par l’excellent Franck Pitiot  (à droite sur le visuel ci-dessous) et le maître d’armes par le non moins talentueux  Christian Bujeau (à gauche sur le visuel). C’est, bien sûr, Alexandre Astier qui incarne le roi Arthur. La reine Guenièvre qui est mentionnée dans cet « épisode » sans y être présente est jouée à l’écran par la très drôle Anne Girouard.

kaamelott_hommage_alexandre_astier_perceval_maitre_armes_arthur_echecs

Extérieur. Dans la cour du château, le maître d’armes est assis avec le roi Arthur. Ils finissent une partie d’échecs:

Arthur : Bon allez, c’est pas tout ça, maître d’armes, mais j’ai à faire,
moi.

Le maître d’armes. Hé! Mais attendez Sire! On est encore en plein milieu de la partie! Vous n’allez tout de même pas partir comme ça!

Arthur avance sa tour : Non, mais je crois que vous n’y êtes pas en fait.. Regardez. Tac! Tiens voilà! Échec et mat! Apparemment, c’est pas encore cette fois ci que vous sauverez les miches de votre roi.

Le maître d’armes. Diable! Mais comment? Je n’ai encore rien vu venir. Non décidément Sire, vous êtes trop fort à ce jeu…. Mais allez tant pis! Faisons donc quelques passes d’armes pour nous réchauffer un peu les sangs!

Arthur : Heu là non. Désolé mais vous ferez ça sans moi.

Le maître d’armes : Comment?

Arthur : Non mais vous vous souvenez? On avait dit qu’on travaillait la stratégie aujourd’hui ? Bon bin voila c’est fait.

Le maître d’armes : Certes, Sire, mais tout de même! L’entrainement de terrain est d’une importance majeure dans votre formation et ce vulgaire jeu de plateau ne saurait se substituer à la qualité d’un combat à l’épée. (il se lève et dégaine) Allez! En garde ma mignonnette!

Arthur : En garde rien du tout… Vous l’avez mauvaise parce que vous avez encore perdu mais moi j’ai un peu autre chose à faire aujourd’hui! Allez bonne journée!

Le maître d’armes : Sire, revenez! Sire…. Bon…

Arthur s’éloigne et le maître d’armes se rassoit, vaincu. Pendant ce temps, Perceval arrive sur les lieux et regarde le jeu sur la table.

Perceval : C’est à quoi que vous étiez en train de jouer là?

Le maître d’armes : Aux échecs mon bon ami.

Perceval : Mais c’est compliqué ça?

Le maître d’armes : Hé bien cela dépend de ce que vous appelez compliqué. (il le regarde). Heu oui c’est assez compliqué en fait…

Perceval : Mais vous pouvez m’apprendre ou pas?

Le maître d’armes : Là tout de suite? Non. Je crains que cela soit tout de même un peu ambitieux…

Perceval : Mais allez! Au moins les bases!

Le maître d’armes : Quelle heure est-il?

Perceval : Ch’ais pas. I doit être dix heures du matin par là. Pourquoi ça se joue qu’à certaines heures?

Le maître d’armes : Non, non; là n’est pas la question.

Perceval : bin alors quoi?

Le maître d’armes : Bien… C’est l’été. La nuit se couche plus tard, ça nous laisserait, disons une dizaine d’heures pour vous apprendre les bases, soit moins de deux heures pour apprendre les mouvements de chaque pièce. Non vraiment… Vous connaissant et sans vouloir vous vexer, ça risque d’être juste, mon ami…

Perceval : Allez quoi… Moi aussi j’veux devenir bon en stratégie militaire. La dernière fois qu’ils ont voulu me faire commander un groupe d’archers, y en a trois qu’ont réussi à se planter une flèche dans la tête et deux qui ont failli se noyer en traversant le ruisseau alors qu’il y a même pas de fond. Soyez sympa…

Le maître d’armes soupire, vaincu : Bien… D’accord… Mais vous me promettez de faire un effort pour vous concentrer!

Perceval : Promis.

(…le temps passe…)

Le maître d’armes : … Comme je vous le disais, la reine bouge en ligne droite ou en diagonale…

Perceval : Mais la reine, vous voulez dire la reine?

Le maître d’armes : Mais oui, mon ami, ça fait vingt fois que je vous l’explique!

Perceval : Bon, moi je la croise pas tout le temps et c’est souvent dans les couloirs du château… Du coup, je la vois plus souvent marcher droit quand même, mais en diagonale, non ça me dit rien… Et puis ça à quoi à voir avec votre jeu çà? Vous aviez dit que vous m’apprendriez les règles. Alors moi, j’veux bien me concentrer mais si vous commencez à partir dans tous les sens, on va pas sans sortir.

Le maître d’armes : La reine mon ami! La reine! Cette pièce là s’appelle la reine… Je ne vous parle pas de notre bonne reine Guenièvre! Vous le faites exprès ou quoi?

Perceval s’énerve : Et c’est ma faute à moi si les mecs qu’ont fait votre jeu, ils ont filé à des petits bouts de bois des noms de trucs qu’existent déjà en vrai? Ca aurait pas été plus simple d’en inventer d’autres plutôt que de venir tout compliquer comme ça?

Le maître d’armes s’affale sur sa chaise en soupirant : Ecoutez, je crois qu’il vaut sans doute mieux que nous laissions tout cela de côté… Je commence à fatiguer…

Perceval : Mais non, mais attendez, j’avais presque tout compris. Allez soyez chic quoi!

Le maître d’armes hoche la tête en soupirant : Bon d’accord, mais concentrez-vous!

(…) Le soleil est déjà bas. Ils se sont enfin mis à jouer et la partie semble bien avancée.

Le maître d’armes avance un pion, d’un air las : Allez, à vous, mon ami…

Perceval prend son cavalier en main et joue avec en le faisant hennir à grands renforts de cavalcade avant de le déplacer sur l’échiquier.

Le maître d’armes: Mais Bon dieu vous êtes obligé de faire tout ce bruit à chaque fois…

Perceval. Bin, c’est un cheval quand même…

Le maître d’armes : On le voit bien que c’est un cheval, vous n’êtes pas forcé de faire tout ce tintamarre.

Perceval: C’est écrit quelque part dans les règles qu’il est muet votre cheval?

Le maître d’armes : Non.

Perceval. Bin alors, qu’est ce que vous en savez?

Le maître d’armes soupire : Passons… J’ose a peine imaginer ce que vous allez nous sortir quand vous allez déplacer votre reine.

Perceval. Ah non, mais moi ça j’y touche pas à la reine.

Le maître d’armes : De quoi ?

Perceval : Non mais le respect… C’est rapport à Arthur.

Le maître d’armes, l’air las, mais prenant sur lui: Je vous ai déjà expliqué cinquante fois que ce n’était pas Guenièvre….

Perceval: Non mais même, la reine c’est la reine…D’ailleurs j’ai rien dit quand vous avez bougé la vôtre toute à l’heure, mais ça a bien failli partir…

Le maître d’armes lève les yeux au ciel: Comme vous voudrez, mais si vous jouez sans la reine à ce jeu là, vous n’êtes pas rendu mon ptit vieux…

Perceval : Non mais arrêtez avec ça, ça peut encore partir en vrille. (regard appuyé). Sans ça, vous énervez pas, mais je voulais vous demander…

Le maître d’armes : De quoi encore?

Perceval : C’est comment déjà qu’on dit?

Le maître d’armes : C’est COMMENT QU’ON DIT QUOI?

Perceval : Hé bin quand le grand bout de bois, enfin le roi, comme vous dites, il est tout coincé dans les petites cases et qu’i peut plus bouger.

Le maître d’armes : Ah ça? On dit Échec et Mat, mon bon ami…

Perceval : Malte comme la ville?

Le maître d’armes : Mat comme le teint…

Perceval : J’comprends rien…

Le maître d’armes : Je plaisantais… Mat comme Mater. Ne cherchez pas non plus trop à toujours tout expliquer… Retenez simplement qu’on dit Echec et Mat…

Perceval : D’accord… Bon bin voilà… L’échec est malte alors… Autrement dit, vous êtes dans la mouise comme on dit chez moi au pays de Galles…

Le maître d’armes : De quoi? Mais comment? Mais ce n’est pas possible…  Il a réussi à me mettre mat! (il regarde le jeu, stupéfait, puis Perceval sans trop y croire, avant de s’affaler sur sa chaise déprimé).Et en plus sans la reine. Quelle humiliation!

Noir

Perceval : N’empêche i fait p’t’être du bruit mon cheval mais en attendant vos petits bouts de bois i sont tout coincés.

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En vous souhaitant une très belle journée.
Fred
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« Douce dame jolie » de Guillaume de Machaut, brillant compositeur médiéval du XIVe siècle

Guillaume-de-Machaut_trouvere_poete_medieval_moyen-age_passionSujet : musique médiévale, musicien, compositeur médiéval, poète médiéval, chanson médiévale,
Titre : « Douce Dame Jolie », Virelai*
Auteur: Guillaume de Machaut (1300-1377)
Période : XIVe siècle, bas moyen-âge
InterprétesAnnwn
Album : Orbis Alia (2007)

Bonjour à tous,

C_lettrine_moyen_age_passionette fois-ci, les amateurs de musique médiévale authentique devraient s’en réjouir, nous partageons ici une pièce de Guillaume de Machaut, auteur du moyen-âge, reconnu par tous comme l’un des plus grand poète et musicien du XIVe siècle.

Douce dame jolie de Guillaume de Machaut, par Annwm

Annwm, folk médiéval ou mystique folk en provenance d’allemagne

F_lettrine_moyen_age_passion-copiaondée en 2006, par l’archéologue, chanteuse et harpiste (uf!) Sabine Hornung, la formation allemande Annwm se classe bien plus du côté du « Folk », d’inspiration médiévale que de l’ethno-musicologie au sens strict.

Les inspirations puisent dans le répertoire du moyen-âge ou même celui du folk et des musiques plus traditionnelles et proviennent des origines les plus diverses : celtiques, nordiques, bretonnes, séfarades, mais encore d’autres pays de l’Europe médiévale. Elles sont prises dans le répertoire profane, comme dans le liturgique. Au gré des pièces proposées, les compositions sont revisitées et modernisées et les instruments anciens y côtoient les plus électriques ou récents.

Baptisée par la formation elle même « Mystic folk », on peut tout de même rattacher cette approche à un mouvement folk médiéval qui a musique_folk_medievale_album_orbis_allia_Annwn_Sabine_Hornungpris, au début des années 2000, une certaine ampleur,  notamment en Allemagne, et dans lequel on peut trouver des formations comme  Faun.

La pièce du jour de Guillaume de Machaut est tirée de l’album Orbis Alia, sorti un an après la création de la formation, dans lequel on pouvait encore découvrir une sélection éclectique de compositions en provenance des quatre coins d’Europe (France, Suède, Allemagne, Pays de Galles, Espagne), et s’étalant du XIIIe siècle à des périodes plus récentes, en passant par la renaissance.

L’album est toujours disponible en ligne au format CD import. Si vous souhaitez plus d’informations, en voici le lien : Orbis Alia [Import allemand]. Pour information, l’interprétation de la chanson du jour est également disponible, séparément et au format MP3, au lien suivant : Douce Dame Jolie par Annwn

Guillaume de Machaut, brillant musicien, poète,  et compositeur du moyen-âge

Eléments de biographie

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Guillaume de Machaut, XIVe siècle

O_lettrine_moyen_age_passionn ne sait pas grand chose des premières vingt années de vie de ce poète compositeur, ni de sa date ou son lieu de naissance exacts que les historiens font balancer entre la Champagne et les Ardennes. Sa vie nous est mieux connue à partir des années 1323, quand étant clerc, il entre comme secrétaire au service du roi de Bohème, Jean de Luxembourg. Par la suite, il voyagera et suivra Jean 1er dans de nombreuses expéditions ou campagnes, et l’influence à la fois de l’éthique du clerc autant que les valeurs attachées à la chevalerie, se feront nettement ressentir dans ses écrits et son oeuvre. Après la mort de Jean 1er de bohème durant la bataille de Crécy, Guillaume de Machaut servira différents seigneurs et plus tard, il s’installera comme chanoine attaché à la Cathédrale de Reims, période durant laquelle son oeuvre sera plus productive.

L’oeuvre laissée par Guillaume de Machaut

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On lui doit de nombreuses pièces – messes, lais, virelais, ballades, chants royaux, oeuvres narratives, complaintes  et autres rondeaux – et on reconnait assez largement chez les spécialistes que sa maîtrise des formes classiques et lyriques, s’il ne les a pas inventées lui-même, lui a permis de mieux les préciser, tout en les amenant plus loin, préfigurant ainsi la musique moderne. Il a aussi largement contribué au développement de la musique polyphonique. En bref, il y aura un avant et un après Guillaume de Machaut.

L’amour courtois 

L_lettrine_moyen_age_passiona pièce que nous partageons aujourd’hui est sans doute une des plus populaires du compositeur médiéval. C’est une pièce de lyrique courtoise et il y chante ici cette fine amor littéraire et très codifiée qui,  durant le XIIe siècle et une partie du XIIIe, influencera une partie des valeurs de la chevalerie. Colporté et promu, et chanté abondamment par les troubadours et trouvères du moyen-âge central, on le retrouvera aussi sous la plume de nombreux auteurs médiévaux. Du côté chevaleresque, on pense notamment à Chrétien de Troyes et ses légendes arthuriennes.

Adoubement Lancelot, Évrard d'Espinques, 1475 Bibliothèque Nationale de France
Adoubement Lancelot, Évrard d’Espinques, 1475 Bibliothèque Nationale de France

D’entre tous les chevaliers de la table ronde, Lancelot sera le plus sûr représentant de cet amour courtois, au moins jusqu’à ce que certaines suites du roman arthurien lui offrent l’opportunité de la transgression et du passage à l’acte.

Amour prude souvent chaste et  hors mariage, du chevalier pour sa dame, préférablement de haut rang et dont il lui faut séduire le coeur avec courtoisie, la fine amor s’épanche bien souvent dans un désir contraint à demeurer inassouvi et qui se traduit dans la douleur du refus, de l’impossibilité d’être, ou encore de la distance ou de l’attente; en position basse, le fine amant, fébrile, tout entier « au service » de sa dame, vit au bord du gouffre et à la merci de son propre sentiment dont il est « prisonnier »; autant d’épreuves à traverser qui, pense-t-on, font la force autant que la faiblesse de ces jeux amoureux courtois. Leurs tourments sont leurs plus grands délices dans un mouvement qui oscille entre frustration et espérance.

*Virelai : « forme poétique du XIVe siècle (fin XIIIe), particulièrement prisée par les trouvères (Guillaume de Machaut). Dans sa forme la plus simple, le virelai se compose d’une strophes rimée de deux vers, suivie d’une strophe refrain ou formule répétitive, propre à la reprise en choeur. Plus complexe, il mêle des strophes de différentes métriques, le refrain pouvant alors changer, mais par exemple avoir un mètre (en général court) et une assonance particuliers, comme une réponse régulière obstinée.  Lire la suite sur musicologie.org.

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Les paroles de Douce Dame Jolie 
dans le moyen-français de Guillaume de Machaut

Douce dame jolie,
Pour dieu ne pensés mie
Que nulle ait signorie
Seur moy fors vous seulement.

Qu’adès sans tricherie
Chierie
Vous ay et humblement
Tous les jours de ma vie
Servie
Sans villain pensement.

Helas! et je mendie
D’esperance et d’aïe;
Dont ma joie est fenie,
Se pité ne vous en prent.

Douce dame jolie,
Pour dieu ne pensés mie
Que nulle ait signorie
Seur moy fors vous seulement.

Mais vo douce maistrie
Maistrie
Mon cuer si durement
Qu’elle le contralie
Et lie
En amour tellement

Qu’il n’a de riens envie
Fors d’estre en vo baillie;
Et se ne li ottrie
Vos cuers nul aligement.

Douce dame jolie,
Pour dieu ne pensés mie
Que nulle ait signorie
Seur moy fors vous seulement.

Et quant ma maladie
Garie
Ne sera nullement
Sans vous, douce anemie,
Qui lie
Estes de mon tourment,

A jointes mains deprie
Vo cuer, puis qu’il m’oublie,
Que temprement m’ocie,
Car trop langui longuement.

Douce dame jolie,
Pour dieu ne pensés mie
Que nulle ait signorie
Seur moy fors vous seulement.

deco_frise

Sur ces belles paroles, excellente journée à tous !

Fred
Pour moyenagepassion.com

« L’ardente passion, que nul frein ne retient, poursuit ce qu’elle veut et non ce qui convient. » Publilius Syrus  Ier s. av. J.-C