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La complainte de Richard 1er d’Angleterre et la musique médiévale des productions Perceval

richard_coeur_de_lyon_chanson_complainte_poesie_musique_medievale_roi_poete_troubadourSujet :  musique, poésie, chanson, médiévale,  troubadour. complainte.
Titre : la complainte du prisonnier ou  Ja nuns hons pris, Ja nuls om pres
Epoque : moyen-âge central  (1193-1194?)
Auteur : le roi Richard Coeur de Lyon.
Langue originale :  occitan, langue d’oc
Interprètes : Ensemble Perceval
Album : 
« Minnesänger, Troubadours, Trouvères » (1998)
Label: ARTE NOVA Classics

Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous vous proposons aujourd’hui l’écoute d’une nouvelle version de la complainte du prisonnier de Richard Coeur de Lion, cette fois-ci dans la langue originale de sa composition par le roi d’Angleterre et Duc de Normandie, soit en langue occitane.

Nous avions déjà parlé  ici des circonstances  et du contexte historique entourant cette complainte devenue célèbre, aussi  nous vous engageons à vous reporter à l’article la concernant, si vous souhaitez plus d’information :   Chanson et poésie médiévale, « la complainte du prisonnier » de Richard Coeur de Lion.

L’ensemble Perceval

C_lettrine_moyen_age_passionette très belle interprétation nous fournit l’occasion de parler d’une autre formation  spécialisée dans les musiques anciennes et médiévales avec comme ambition un parti pris de restitution sérieuse, sous-tendu par de longues recherches comparatives aux sources des manuscrits anciens. Il s’agit, cette fois, de l’ensemble Perceval.

musique_medievale_ancienne_luthiste_guy_robert_ensemble_perceval_complainte_richard_coeur_de_lionFondé et dirigé en 1979, par Guy Robert et par Katia Caré, l’Ensemble Perceval nous a légué  autour de douze albums à la recherche des sonorités, des musiques et de la poésie médiévales.

Instrumentiste, luthiste de renom, fondateur également de l’ensemble Guillaume de Machaut  en 1974, Guy Robert  s’était encore chargé en 1978 de la musique du film Perceval de Eric Rohmer qui propulsa le jeune Fabrice Luchini à l’écran et dans l’univers très ambitieux du réalisateur.  Le luthiste s’était alors inspiré de partitions  des XIIe et XIIIe siècles.

musique_medievale_ancienne_productions_perceval_katia_care_complainte_richard_coeur_de_lionAujourd’hui, le travail de recherche, de diffusion et d’interprétation insufflé par l’ensemble Perceval se poursuit avec les Productions Perceval. Sur le terrain musical, il a pris la forme d’une nouvelle formation du  nom de  Ligériana, ensemble vocal et instrumental  dirigé par  Katia Caré. Chanteuse soliste, flûtiste et directrice d’orchestre, cette artiste polyvalente était déjà  étroitement associée à la direction de l’Ensemble Perceval depuis sa création, ainsi qu’à la réalisation des albums dont, bien sûr,  celui dont le morceau du jour est extrait: « Minnesänger, Troubadours, Trouvères », album enregistré en  1998.

musique_medievale_ancienne_ensemble_productions_perceval_jean_paul_rigaud_chanteur_lyrique_barytonIl faut ajouter que   c’est le baryton  Jean-Paul Rigaud qui prête sa voix à  cette belle version occitane de la  complainte du prisonnier que nous vous proposons ici,  Ce chanteur lyrique d’exception, que vous aurez l’occasion de retrouver en collaboration avec de nombreuses autres formations médiévales, puisque c’est un répertoire dans lequel il s’est tout particulièrement spécialisé, est aussi directeur de l’Ensemble Beatus, autre formation dont nous aurons très certainement l’occasion de reparler ici.

Au niveau de ses activités, les Productions Perceval débordent largement du cadre des concerts et des tournées européennes pour proposer, en sus d’une discographie abondante et accessible à la vente en ligne, des actions culturelles, des ateliers pédagogiques, mais encore des expositions et d’autres événements autour du moyen-âge et des musiques anciennes. A noter que Katia Caré participe aussi activement  à la réalisation de programmes musicaux et télévisuels sur la chaîne ARTE.

Vous trouverez tout le détail de leurs activités et concerts sur leur site web très complet, ici même :   www.productions-perceval.com.

Les paroles de la complainte de Richard Coeur de Lyon en occitan

N_lettrine_moyen_age_passionous vous proposons donc cette fois-ci cette chanson dans sa langue d’oc originale. Vous pourrez retrouver également les   paroles en  vieux français ici .  Elles incluent quelques strophes qui n’apparaissent pas dans la  version occitane ci-dessous.

Ja nuls om pres non dira sa razon
Adrechament si com om dolens non
Mas per conort deu om faire canson
Pro n’ai d’amis mas paure son li don
Anta lur es si per ma rezenson
So çai dos ivers pres

Jamais nul homme pris ne dira sa pensée
De manière juste et sans fausse douleur ;
Mais il peut faire l’effort d’une chanson ;
J’ai beaucoup d’amis, mais pauvres sont leurs dons.
La honte sera sur eux si, faute de rançon,
Je reste deux hivers prisonnier

Or sapchon ben miei om et miei baron
Angles norman peitavin et gascon
Qu’ieu non ai ja si paure companhon
Qu’ieu laissasse per aver en preison
Non o dic mia per nula retraison
Mas anquar soi ie pres

Ils le savent bien, mes hommes et mes barons,
Anglais, Normands, Poitevins et Gascons :
Que jamais je n’eu si pauvre compagnon
Pour le laisser, faute d’argent, en prison.
Je ne le dis pas pour leur faire reproche
Mais je suis encore prisonnier.


Car sai eu ben per ver certanament

Qu’om mort ni pres n’a amic ni parent
E si’m laissan per aur ni per argent
Mal m’es per mi mas pieg m’es per ma gent
Qu’apres ma mort n’auran reprochament
Si çai me laisson pres

Maintenant, pour le voir, je sais parfaitement
Que morts ou prisonniers n’ont d’amis ni parents,
Et s’ils me laissent ici pour or ou pour argent
C’est bien mal pour moi, mais pire pour mes gens,
Qui jusqu’après ma mort se verront reprochés
S’ils me laissent  ici prisonnier

No’m meravihl s’ieu ai lo cor dolent
Que mos senher met ma terra en turment
No li membra del nostre sagrament
Que nos feimes els sans cominalment
Ben sai de ver que gaire longament
Non serai en çai pres

Je ne m’étonne plus si j’ai le coeur souffrant
Car mon seigneur* met ma terre en tourment
Il ne se souvient plus de notre serment
Que nous fîmes ensemble au Saint,
Mais je sais bien en vérité que guère longtemps
Je ne serai, en ces lieux, prisonnier

Suer comtessa vostre pretz sobeiran
Sal Dieus e gart la bela qu’ieu am tan
Ni per cui soi ja pres

Soeur comtesse, votre titre souverain
Vous sauve et vous garde de celui à qui je fais appel
Et qui me tient  prisonnier !

En vous souhaitant une  très belle journée !

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes  ses formes.

Troubadour: une version musicale de la complainte du prisonnier de Richard d’Angleterre

toubadour_trouvere_musique_poesie_monde_medievale_moyen-ageSujet : musique médiévale, troubadours, trouvères, complainte du prisonnier
Période ; moyen-âge central
Titre :  Ja nuns hons pris.
Auteur : Richard Coeur de Lion
Interprète : inconnu

Bonjour à tous,
N_lettrine_moyen_age_passionous n’avons pu encore retrouver l’interprète de cette pièce de musique médiévale, aux belles notes en cascade. C’est visiblement encore et d’oreille, une autre libre adaptation  sur un tempo plutôt allegro et à la mandoline de la complainte du prisonnier que le roi  Richard Coeur de enluminure_miniature_monde_medieval_richard_coeur_de_lion_poete_troubadour_musiqueLion avait composé dans les geôles de Hongrie. (ci-joint portrait du roi d’Angleterre, manuscrit du XIIe siècle)

En tout cas, si ce n’est pas ça, cela y ressemble fortement. Si vous en connaissez l’interprète, n’hésitez pas à commenter! De notre côté, nous continuons de chercher.

Une belle journée!
Fred
pour moyenagepassion.com
« L’ardente passion, que nul frein ne retient, poursuit ce qu’elle veut et non ce qui convient. » Publiliue Syrus  Ier s. av. J.-C

l’Histoire médiévale ou presque : Troisième croisade, le retour du roi.

De la troisième croisade : le retour de Philippe-Auguste II (1191)

Arrivé sur place en avril 1191, départ en juillet 1191, l’Histoire dit que c’est pour des raisons politiques que Philippe auguste II rentra alors en France, après trois mois de campagne.

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L_lettrine_moyen_age_passiones gens nous disent souvent, « Mais comment faîtes-vous pour obtenir des informations aussi précises quand nous, historiens, philosophes et érudits ne sommes jamais parvenus à les trouver durant de longues heures passées en bibliothèque et en recherche? Et nous leur répondons souvent, en un mot et en toute modestie : « le talent peut-être? »

Mais je plaisante, il n’y a pas que cela même si cela compte, bien sûr, énormément. Il y a encore et c’est sans doute une des grandes clés, les longues heures passées, les sacrifices, le patient et laborieux travail de terrain à interroger sans relâche nos sources, à construire avec elles une véritable confiance,  au jour le jour. Nous en parlions déjà à l’occasion de cet article sur les échanges de Saint Louis et de Jean de Joinville. Cette fois-ci, il n’est pas question de primeur comme alors, mais d’une voisine de palier, dont l’un des ancêtres fut, finit-elle par nous apprendre devant notre insistance, valet de pied du roi de France, à l’époque qui nous interesse. Après nous avoir révélé le  contenu de l’échange entre les deux rois (d’une voix monocorde qui humour_medieval_troisieme_croisade_retour_du_roitrahissait bien l’émotion rentrée que suscitait chez elle l’évocation), elle nous a encore gratifié de précieuses confidences sur cet incroyable aïeul qui tutoyait les grands et vivaient dans leur ombre –  et qui aurait été, lui-même et en personne!, responsable de planter la tente du roi de France en campagne, durant cette croisade:

« – Personne d’autre ne pouvait toucher au matériel et, croyez-moi, avec lui, ça filait droit. On risquait pas de paumer les piquets ou d’oublier le maillet. En plus, les piquets i z’étaient en bois à l’époque et c’était autre chose à planter que les p’tits machins en fer tout prêts qu’i vendent chez Décathlon de nos jours. Mais bon m’sieur Fred vous êtes bien mignon, bien gentil et à l’évidence vous avez du temps libre, mais moi pas. J’ai mon ménage qui m’attend alors, si vous pouviez décarrer…« 

Et c’est ce moment magique où tout a été dit, la vérité historique s’est déjà livrée belle et entière, dans son écrin et il faut alors savoir se retirer sur la pointe des pieds, ce que nous fîmes.

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Votre dévoué serviteur.
Frédéric EFFE

pour moyenagepassion.com
« A la découverte du monde médiéval sous toutes formes »

NB : il nous reste, bien entendu, à vérifier quelques menus détails sur toute l’affaire (notamment sur les piquets d’époque), mais globalement, au vue de la suite des événements entre le roi de France et le roi d’Angleterre, nous dirons pour l’instant et confiant de nos sources, que cet échange reste dans l’ordre des possibles. Dans le futur, il n’est, toutefois, pas impossible que nous ayons à recroiser l’information avec celle d’une nouvelle source, assez prometteuse, il faut bien l’avouer. L’homme vend, en effet, de la viande assez épicée, à deux rues de là, qu’il cuit d’une drôle de façon en la faisant tourner sur un pique de fer, avant de la mettre dans de petits pains très savoureux. Il y a même tout un tas de choix de sauces mais, bref, restons sur notre sujet. Il nous affirme, quant à lui, qu’un de ses aïeuls était espion pour le compte de Saladin mais refuse, pour l’instant, d’en dire plus. Il ne nous parlera, dit-il, que quand nous aurons accumulé dix sceaux sur un petit bout de carton qu’il nous a donné et qui comporte, de fait, dix petits emplacements, Pour chaque petit pain acheté, il nous gratifiera de la marque de son sceau et quand tous les petits emplacements seront ainsi scellés, il nous affirme qu’il nous confiera tout ce qu’il sait de cette affaire. Il s’y est fermement engagé et il semble de confiance, nous restons donc optimistes. Jusque là, par contre, il faudra, hélas, que l’Histoire patiente.

l’Histoire médiévale ou presque : Troisième croisade, un léger imprévu…

De la troisième croisade

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Je ne sais pas ci c’est moi mais j’ai l’impression que le ton monte un peu entre le roi de France, Philippe-Auguste II, et le duc de Normandie et roi d’Angleterre, Richard 1er, dit Coeur de Lion.

Histoire des châteaux-forts & techniques de siège médiévales 1

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Index des autres articles sur le sujet:
2. Du bois vers la pierre
3. Mottes, forteresses de bois et techniques de siège
4. L’âge d’or des châteaux-forts
5L’automne des châteaux-forts

1. NAISSANCE DES CHÂTEAUX-FORTS

D_lettrine_moyen_age_passionans un article précédent, nous abordions le phénomène qui, à partir du Xe siècle, poussa la France (qui n’existait pas encore tout à fait telle que nous la connaissons), à organiser la défense des territoires autour de la personne du « seigneur » et des seigneuries locales, elles-mêmes réfugiées derrière des architectures fortifiées: les mottes castrales. Cette défense des territoires par la construction de forteresses qui évoluerons de la motte castrale de bois et de terre vers les châteaux de pierre les plus élaborés et prestigieux des siècles suivants ouvrira une période particulière que l’on a nommé: l’ère des châteaux-forts.
Aujourd’hui, nous abordons cette question dans une perspective plus large pour nous intéresser à la naissance, la vie et la mort chateau_foix_arièges_merveille_monde_medieval_histoire_moyen-agedes châteaux-forts et partant, pour parler aussi des techniques d’assaut et de siège qui y sont inévitablement associées et en marquent l’évolution. (ci-contre le superbe château de Foix, en Ariège, antérieur au XIIe siècle et dominant la ville depuis son haut promontoire de roche).

Quelques réflexions sur la méthode

Des ambitions modestes pour un sujet glissant

A_lettrine_moyen_age_passionvant d’entrer dans le vif du sujet, il nous faut faire quelques remarques d’importance. Les écrits sur les châteaux-forts et les problématiques qui y touchent ne sont pas nouveaux; certains auteurs les disent même rabattus. Ils doivent pourtant bien trouver leur place sur ce site, puisque nous y traitons du monde médiéval. Or, prétendre aborder le moyen-âge « sous toutes ses formes » sans parler des châteaux-forts ne souffrirait aucune excuse. Comme nous nous efforçons, par ailleurs, de reconstituer quelques unes de ces forteresses médiévales, il paraît aussi pertinent de fournir, ici, quelques bases de réflexion sur ces sujets, en les abordant dans une perspective plus générale, dusse-t’elle être plus glissante. S’il demeure, en effet toujours, de nombreux points d’interrogation quand on se penche sur l’Histoire d’un château en particulier, que dire quand on éloigne le focus pour l’élargir à plus de cinq siècles d’Histoire, dans un contexte ou, de surcroît, si peu de traces nous sont parvenues? L’exercice de l’extrapolation dans les monde_histoire_medievale_chateaux_forts_moyen-age_passionvides laissées se fait bien périlleux. Cet effet bien connu a pour nom scientifique « l’effet peau de banane ». (ci-contre une peau de banane justement)

Rassurez-vous pourtant, nous n’avons pas la prétention de combler seul ces vides, en déclamant des généralités partagées de tous et non vérifiées,  à l’emporte-pièce, simplement pour faire un article:   « Au moyen-âge, les gens disaient… » « Au moyen-âge, les gens pensaient… », le web en est déjà suffisamment truffé et l’exigence de la qualité des sources autant que la méthode comparative resteront nos meilleurs alliés pour aborder ce sujet des châteaux-forts du moyen-âge. Et comme je préférerais toujours mieux la possible ânerie d’un historien à une qui soit mienne sur ces sujets, je m’appuierai courageusement sur des auteurs, en mettant, autant qu’il le semble nécessaire, toutes les réserves que requiert un objet d’étude si vaste. 

Ci dessus, les ruines de château-Gaillard, mythique forteresse normande construite par Richard Coeur de Lion à la fin du XIIe siècle
Ci dessus, les ruines de château-Gaillard, mythique forteresse normande construite par Richard Coeur de Lion à la fin du XIIe siècle

Pour certains chercheurs, l’histoire des châteaux de la période médiévale a été l’objet d’étude de toute une vie, nous en sommes conscient et restons donc extrêmement modestes dans nos ambitions. De fait, au fil de nos lectures sur le sujet, nous avons hésité, plus d’une fois, à mettre un point final à cet article pour le publier. Permettez-moi deux pieds de rimes un brin burlesque pour vous le faire toucher du doigt et s’il se peut, vous faire sourire: c’est le dilemme d’une entreprise folle, entre journalisme et Histoire, pieds fermement ancrés au sol, priant qu’il ne se change en patinoire. Comme toujours, si cet échafaudage semble par trop branlant à un historien ou un amateur éclairé, qu’il se manifeste au débat, avec arguments et faits. Je n’ai jamais eu d’autres exigences que celle d’apprendre et d’échanger.

Pour mettre un peu d’ordre

D_lettrine_moyen_age_passione manière très classique, quand l’on parle d’un sujet si vaste, la première des problématiques consiste à s’intéresser au moment où l’on fait démarrer l’observation et, par là, à préciser le contexte historique qui a vu émerger l’objet que l’on observe. Au fond, qu’a-t’il de si particulier ce phénomène de « l’enchâtellement » pour qu’on puisse ainsi, de manière presque convenue, fixer et dater un point précis dans l’Histoire, en décidant par là qu’il s’agit d’un commencement? N’y a-t’il pas eu dans l’Histoire quelques précédents ou des phénomènes semblables? Au final, il s’agit bien de caractériser l’objet historique dont on parle, pour le situer dans le temps et en faire émerger des particularités. Ce sera l’objet de ce premier article: « Naissance des châteaux-forts ». Nous nous y pencherons, avec Eugène Viollet le Duc, sur les conditions d’émergence des mottes castrales et nous le suivrons  dans ses allégations, ses certitudes et ses hypothèses sur lahistoire_monde_medieval_chateau_fort_moyen-age_Ainay_le_Vieil question. Le deuxième article sur le sujet, que nous avons nommé « Du bois vers la pierre », sera consacré à l’espace de temps qui va de l’émergence des mottes castrales jusqu’au XIIe siècle. Nous en profiterons pour parler d’Histoire des techniques de siège, en allant chercher du côté gréco-romain. Dans un troisième article, nous aborderons l’entrée dans ce XIIe siècle dont on s’accorde encore à dire qu’il est « L’âge d’or des châteaux-forts » (c’est d’ailleurs ainsi que nous avons très originalement nommé cet article sur la question). Nous y parlerons des progrès et des améliorations tant du côté des forteresses que des techniques et engins de siège. Enfin, dans un quatrième et dernier article, nous nous pencherons sur « L’automne des châteaux forts » et les transitions pouvant expliquer ce phénomène de « disparition » des forteresses « gardiennes de territoire », au profit de palais à vocation semble-t’il plus fortement résidentielle que défensive (quoique). (photo ci-dessus le Château-fort d’Ainay-le-Vieil, datant du XIVe siècle)

Le château de Chambord dont on a souvent fait le symbole de la fin de l'ère des châteaux-forts
Le château de Chambord dont on a souvent fait le symbole de la fin de l’ère des châteaux-forts

Avant de conclure sur ces éléments de plans et de méthodes, vous vous demanderez peut-être encore pourquoi  nous avons saucissonné ce grand article en plusieurs? Et nous vous répondrions alors, c’est sans doute parce que le jambon s’apprécie toujours mieux en tranches bien fines; disant cela, je ne plaisante qu’à moitié et ceux qui aiment le jambon le savent très bien d’ailleurs.

Héritage, ruptures et continuité 

« Des nains sur des épaules de géants »
Citation médiévale de Bernard de Chartres, XIIe siècle

L_lettrine_moyen_age_passiona protection de territoires par des camps fortifiés, regroupés autour d’un chef de tribu, ne date assurément pas d’hier: palissades, usage de matériaux pour entraver la marche d’ennemis potentiels et leur faire obstacle,  usage de l’élévation (arbres, guérites, …)  pour observer au loin ou gagner en efficacité sur les armes de jets (pierres, flèches, …), usage du feu, sont des choses que l’homme pratique depuis les premiers affrontements tribaux et certainement depuis des temps immémoriaux. Au fond, en cas de sédentarisation et d’agressions extérieures, cela pourrait même nous sembler une forme d’organisation humaine « défensive » naturelle. Sauf à entrer dans le Qu'est ce qu'il a dit?domaine de la protohistoire et encore, je serais presque tenter de pousser jusqu’à la préhistoire, les sociétés humaines n’inventent jamais rien, tout soudainement, et à partir de  rien. (ci-contre, Boniface des « Visiteurs » de Jean Marie Poiré semble s’en étonner).

Quelque soit les phénomènes observés, il doit pourtant bien y avoir une forme de typicité, des particularismes, qui nous permettent de repérer dans l’Histoire des continuités et quelquefois aussi des ruptures, des héritages et des innovations, des contextes particuliers. Et c’est ce qu’il nous faut approcher ici, dans cet article, pour répondre à plusieurs questions : dans quel contexte un type particulier de construction médiévale a pu émerger autour du Xe siècle que l’on a appelé « motte castrale »? En quoi cette construction pouvait-elle contenir, en elle, les germes des châteaux forts qui lui succéderont? Et comment se situe-t’elle dans l’Histoire des forteresses ou des constructions défensives l’ayant précédées? Pour tenter de répondre à toutes ces questions et pour nous accompagner le long de cette promenade historique en ces temps reculés du moyen-âge central, nous suivrons les pas et l’analyse de l’architecte du XIXe siècle, Eugène Viollet le Duc (portrait de lui plus bas dans cet article).

Rappel de quelques éléments de contexte

IXe, Xe siècle. La France en prise aux invasions. Carte retouchée. Voir original sur www.monatlas.fr
IXe, Xe siècle. La France en prise aux invasions. Carte retouchée. Voir original sur www.monatlas.fr

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour rappel, du point de vue du contexte ayant favorisé l’apparition de ce phénomène d’enchâtellement de la France, dont on définit généralement le point de départ aux premières mottes castrales du Xe siècle, on liste un certain nombre de facteurs historiques : pression des vagues d’invasions sur le territoire (voir carte ci-dessus), division de l’empire carolingien dont les héritiers et petit-fils de Charlemagne peinent à maintenir la cohésion et, conséquemment, faiblesse d’un pouvoir régalien central, impuissant à défendre l’ensemble de ses territoires, au moyen d’un armée unique et forte. En plus de la pression d’ennemis extérieurs, viendront également s’ajouter, avec le temps, des tensions locales et intestines entre seigneurs prompts à se quereller sur les frontières établies,  quand ce n’est pas sur la légitimité même de leurs titres.

En suivant les pas de Viollet le Duc
« Pax Romana et influence normande »

viollet_le_duc_chateau_siege_militaire_histoire_medievale_moyen-ageUn peu avant le moment où nous prenons l’Histoire, une longue période de Pax romana a plongé les terres de France dans une relative méconnaissance des Arts de la guerre. Sur le terrain, à la faveur de cette paix et de l’absence de résistance, les francs ont pu, sans difficulté, conquérir la Gaule. Ils y coexistent avec les restes de l’empire romain qui s’y sont sédentarisés, mais ils doivent désormais aussi se la partager avec des normands fraîchement installés qui ont bien l’intention de ne pas se cantonner sagement à leurs terres. Socialement structurés autour du commerce tout autant que des Arts de la guerre, ces derniers conduiront, en effet, des raids sur le territoire aussi loin que les mènent les fleuves. Selon notre auteur, durant cette période du IXe, Xe siècle, l’héritage de l’oppidum gaulois autant que celui des forteresses romaines, a été pratiquement oublié du côté franc et les populations, comme les seigneurs, ne sont toujours pas préparés à se défendre et encore moins l’ensemble de leur territoire; il faut de l’expérience, de l’ingénierie et du métier pour construire une forteresse et surtout la tenir et peu de places sont fortifiées. On n’y a pas consacré le temps nécessaire, mais on a même été, jusqu’à oublier du côté franc, le moyen de les bâtir de manière efficace et tout standard les concernant. Pour résister à ces nouvelles vagues invasions normandes, hongroises et sarrasines, on s’inspire alors « vaguement » du Castrum romain ou même de la villa romaine mais pas toujours.  

A l’opposé, au nord du territoire où ils se sont sédentarisés, les normands  semblent déjà mettre en oeuvre des principes bien plus avancés dans la construction de leur fortifications, n’hésitant pas à utiliser la pierre et respectant des principes plus systématiques dans l’élaboration de leurs défenses.

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Motte et château franc, de la Tusque à Sainte-Eulalie d’Ambarès, Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle; Eugène Viollet-le-duc 1856

« Autres étaient alors les châteaux de France ; ils tenaient, comme nous l’avons dit, et du camp romain et de la villa romaine. Ils étaient établis soit en plaine, soit sur des montagnes, suivant que le propriétaire franc possédait un territoire plane ou montagneux. Dans le premier cas, le château consistait en une enceinte de palissade entourée de fossés, quelquefois d’une escarpe en terre, d’une forme ovale ou rectangulaire. Au milieu de l’enceinte, le chef franc faisait amasser des terres prises aux dépens d’un large fossé, et sur ce tertre factice ou motte se dressait la défense principale qui plus tard devint le donjon.  »
Citations d’Eugène Viollet Le Duc,
Dictionnaire Raisonné de l’architecture française, 1856

Naissance du château :
ni oppidum gaulois, ni castrum romain

D_lettrine_moyen_age_passionu point de vue de l’histoire des forteresses, comme des techniques d’attaque et de défense,  même s’il faut, sur une échelle large de temps, voir une continuité et dans cette continuité, des phénomènes qui peuvent en accélérer ou en favoriser l’évolution, des particularismes et des innovations, à la période qui nous intéresse, Viollet le Duc nous invite donc à considérer une période de rupture opérée par une longue paix romaine suivie d’une relative passivité des francs à structurer de vrais défenses. Selon lui, seuls plusieurs siècles de batailles aguerris, de luttes intestines en guerre de croisades, du Xe au XIIe siècle, permettront d’atermoyer graduellement cette inexpérience dans les Arts de la guerre et du siège militaire, comme dans ceux de la construction de forteresse.

castrum_romain_histoire_medieval_chateau_fort_motte_castrale_viollet_le_ducSuivant ses analyses encore, la naissance du château-fort et l’évolution de la motte castrale vers les forteresses de pierre, ne sont donc pas,  à rechercher du côté de l’oppidum gaulois, oublié depuis longtemps, ni tout à fait du Castrum romain, camp aux visées plus proprement militaires; même si ce dernier aura partiellement et occasionnellement inspiré les francs, leurs premiers châteaux ne témoignent pas d’une véritable filiation avec cette construction romaine. En réalité, Viollet le Duc tranche assez rapidement sur cette question, faisant le constat d’une grande hétérogénéité des châteaux francs dont la construction ne semble pas guider par des standards forts, ni même d’ailleurs par la conscience forte d’un territoire à protéger. Les seigneurs francs se comportent finalement plus en propriétaire terrien, qu’en véritable défenseurs d’un territoire au nom d’une nation. N’y-a t’il eu de contre-exemples qui puissent nuancer le tableau? A l’évidence, il n’en trouve point. (photo ci dessus, reconstitution archéologique du Castrum Romain de Mandeure, IVe siècle, contenant une église paléochrétienne. (1) )

A l’observation des évidences laissées par l’héritage normand et même si notre brillant architecte du XIXe confesse, par moments, du peu de sources sur d’autres aspects, il penche, en tout cas, très clairement en faveur d’une forme d’excellence normande sur laquelle il ne se lasse pas de tarir d’éloges; il faut dire qu’au delà des marques laissées par leur architecture, les victoires et succès militaires qu’ils ont rencontrés plaident largement en leur faveur. Au delà de simplement conduire leurs ennemis de terrain à mieux structurer leurs défenses, cette influence ira pèsera, de manière inévitable, sur leur architecture défensive et sur leurs techniques guerrières dans les siècles suivants, jusqu’à rayonner dans toute l’Europe.

« Toutefois, nous penchons à croire que le château féodal n’est arrivé à ses perfectionnements de défense qu’après l’invasion normande, et que ces peuples du Nord ont été les premiers qui aient appliqué un système défensif soumis à certaines lois, suivi bientôt par les seigneurs du continent après qu’ils en eurent à leurs dépens reconnu la supériorité. »
Citations d’Eugène Viollet Le Duc,
Dictionnaire Raisonné de l’architecture française, 1856

Merveilleus reconstitution d'une motte castrale du Xe, XIe. Plus d'infos sur le blog de ses passionnés sur www.armae.com !!!
Belle reconstitution d’une motte castrale du Xe, XIe. Plus d’infos sur le blog de ces passionnés de monde médiéval  sur WWW.ARMAE.COM !!!

D_lettrine_moyen_age_passionans les temps qui suivront, l’évolution de la motte castrale vers le château-fort sera donc un « assemblage », né au croisement de l’Oppida normand et des premières mottes castrales; et c’est du choc de ces deux mondes que naîtront les fleurons d’architecture du XIIe, mais ceci est une autre Histoire et nous avons déjà, au moins, notre point de départ sur la naissance des châteaux.

Fait d’importance, dans ces forteresses naissantes qui préfigureront les châteaux médiévaux des siècles suivants, le seigneur s’entourera non seulement de ses forces militaires mais aura aussi l’ambition, en plus d’y tenir sa défense, d’inclure le nécessaire pour y vivre et s’y établir: ses gens, ses croyances, et peut-être déjà une certaine forme de confort. Nul doute que cette construction marque aussi le prestige du seigneur qu’elle héberge et qui la construit. Le signaler à son importance puisque, de nombreux débats historiques sur les châteaux-forts et leur évolution, consisteront à s’entendre ou à se mésentendre  sur l’existence de lignes claires qui se déplacent au fil du temps, dans la construction de ces édifices médiévaux: entre visées défensives et prestige, mais encore entre efficience militaire et confort; le critère du confort et du prestige étant celui que l’on utilisera le plus souvent pour marquer l’évolution des châteaux-forts vers les grands palais du XVe, XVe, mais aussi pour repérer la fin de leur ère. Quoiqu’il en soit, cette première forme de forteresse que constituera la butte castrale est la demeure d’un sédentaire plus que d’un conquérant en campagne, un seigneur ancré sur son territoire et ayant l’ambition d’en défendre les contours, plus que sa seule tribu, un homme qui a aussi à sa disposition peu d’hommes expérimentés pour le servir et qui devra miser sur la solidité de ses installations pour se défendre.

« … les troupes de gens de guerre que réunissaient les seigneurs féodaux ne devaient qu’un service limité, quarante jours en moyenne ; on ne pouvait entreprendre avec ces corps armés que des expéditions passagères, des coups de main, et cela explique comment la féodalité crut, dès le XIe siècle, être invincible dans ses châteaux. Il fallait des armées pour attaquer et prendre ces places. Il n’y a pas d’armées où il n’y a pas de peuple ; alors le fait ni le mot n’existaient. »
Citations d’Eugène Viollet Le Duc,
Dictionnaire Raisonné de l’architecture française, 1856

Très belle reconstitution
d’une motte castrale en 3D et en vidéo

Pour conclure
sur la naissance du château médiéval

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour expliquer les particularismes de cette période et aborder la naissance des châteaux à travers la motte castrale, tout autant que la féodalité en gestation, Viollet le Duc nous invite, donc, à considérer une double rupture : la première est historique, c’est une forme de  rupture dans la connaissance des Arts de la guerre et de la construction de forteresses. Cette « ignorance » et ce peu de préparation sont consécutives à une Pax Romana, suivi d’une invasion par les francs, coupés de leur racines d’origine, isolés sur leurs nouvelles terres gauloises, et qui se comportent, vis à vis du territoire qu’ils occupent, plus en chefs de tribu qu’en Seigneurs. L’autre rupture est celle d’un choc entre deux cultures qui se partagent le terrain, l’une « aguerrie et organisée »,  l’autre « peu prête et peu savante » et qui a, de surcroît, encore à peine dans son bagage, les représentations de la défense d’un territoire au delà de sa propre terre, voir même de sa tribu. C’est un avis extrêmement tranché qui ressort de ses analyses et une claire opposition mais qu’il théorise finement et brillamment jusque dans les contours de la féodalité qui suivra. Peut-être serait-il, utile de trouver quelques contre-exemples de terrain qui puisse le nuancer un peu? Si je voulais faire un trait d’humour je dirais que nous sommes en face d’un brillant normand d’un côté et d’un âne franc de l’autre. L’opposition est si forte que pour un peu, j’aurais presque envie de crier, « Au secours! N’y a-t’il pas quelque part, quelque érudit de l’autre bord, même bien caché? » Je vais ajouter, pour faire justice à Viollet le Duc, que son discours s’inscrit dans un contexte historique où les normands, comme les autres envahisseurs de cette France du IXe, Xe siècle avaient été copieusement traités de barbares avant lui; il fallait donc aussi qu’il rétablisse la balance. Par ailleurs, les limites qu’il entrevoit et pointe ici dans la relative indiscipline des seigneurs francs, il les élève par ailleurs puisqu’il en fait une des conditions par laquelle lachateaux_forts_histoire_medievale_viollet_le_duc_moyen-age_passion France n’est pas devenu anglaise.   Pour en percevoir toutes les nuances, le mieux est encore de le lire dans le texte, ce que je vous enjoins à faire. C’est, vous le verrez, une lecture passionnante.

Une chose ressort de tout cela et qui semble certaine, au vue du peu de résistance opposée à ces vagues d’invasion, il faut bien en déduire un déséquilibre militaire et technologique sur le terrain., et la balance penche clairement en faveur des normands. De ce déséquilibre naîtront assurément  les progrès des mottes castrales du Xe et de leur donjon, fréquemment en bois juchés en haut de leur butte, vers une utilisation plus systématique de la pierre et les premiers donjons en pierre du XIe siècle. Par le contexte qui les aura fait naître, ces premières mottes castrales porteront déjà en elles les germes de la féodalité autant que celles du château-fort, et ce sont ces germes qui feront de cet édifice médiéval quelque chose « d’historiquement » particulier.  Et que l’on se réfère explicitement ou non à son auteur, depuis l’oeuvre de Viollet le Duc, c’est bien autour du Xe siècle, par l’émergence d’une forme d’architecture défensive appelée mottes castrales que l’on définit  généralement, ce point de départ « conventionnel » de l’Histoire des châteaux-forts. A ce jour, il semble encore que ses analyses sur ces questions restent largement partagées. 

Je joins encore une image à cette article. C’est une peinture, très belle, qui rend bien compte de l’effet de hauteur donné par la butte castrale pour qui s’en approche. Nous la devons à l’artiste J-Humphries et elle prouve, s’il était besoin, de la fascination qu’exercent encore ces constructions sur certains de nos contemporains.

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« Château et butte castrale », peinture moderne de J-Humphries

Dans le prochain article, nous parlerons des siècles suivants où le bois se substituera peu à peu à la pierre dans la construction des forteresses et nous aborderons aussi les techniques d’assaut et de siège connus depuis l’antiquité.

Merci de votre lecture et longue vie!

Fred
pour moyenagepassion.com
« A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes. »

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(1) Voir article ici sur les fouilles archéologiques de l’imposant Castrum romain de Mandeure

Visite virtuelle de l’oppidum gaulois de Corent

 

La complainte de Richard Coeur de Lion, version de l’ensemble médiéval français Alla Francesca

Sujet : poésie, musique et chanson médiévales, troubadours et trouvère du moyen-âge.
Titre ; La complainte du prisonnier, « Ja nuns hons pris »
Période : moyen-âge central , fin du XIIe siècle (1193-1194?)
Auteur : Le roi Richard 1er d’Angleterre,   Richard Coeur de Lion
Interprètes : ensemble médiéval Alla Francesca

Bonjour à tous,

D_lettrine_moyen_age_passionans le registre musique et poésie médiévale, voici une autre version de la complainte du Roi Richard Coeur de Lion prisonnier en Autriche, dont nous avons déjà parlé ici, il y a quelques temps.

alla_francesca_musique_poesie_medievale_richard_coeur_de_lionCette fois-ci, c’est l’excellent ensemble de musique médiévale Alla Francesca qui nous la propose. C’est un peu plus lyrique et, ma foi, très plaisant aussi! D’une certaine façon, et sans déprécier, aucunement la version très belle que nous présentions dans notre précédent article, les tonalités de celle d’aujourd’hui et cette façon de chanter me sembleraient presque plus proches de celles du monde richard_coeur_de_lion_philippe_auguste_croisade_moyen_age_passionmédiéval. (ci contre Philippe-Auguste et Richard Coeur  de Lion, durant la première croisade, BNF) 

Je ne vous refais pas ici, toute l’histoire de cette chanson, ni de ses paroles qui datent du moyen-âge et pour être plus précis, de la fin du XIIe siècle, vous pouvez retrouver le tout, commenté, dans l’article que nous avions fait alors. En voici le lien si vous l’avez manqué ou même si vous souhaitez réentendre l’autre version :  la complainte de Richard de Lion par le troubadour moderne Owain Phyfe

Longue vie à tous et bonne écoute!
Fred
Pour moyenagepassion.com

Chanson et poésie médievale : « la complainte du prisonnier » de Richard Coeur de Lion

Sujet : poésie médiévale, chanson, trouvère, troubadour.
Titre : la complainte du prisonnier ou  Ja nuns hons pris
Auteur : le roi Richard Coeur de Lyon.
Langue originale : provençale
Genre musical : rotruenge*
Epoque : moyen-âge central , fin du XIIe siècle (1193-1194?)
Interprète-compositeur dans la vidéo : Owain Phyfe

V_lettrine_moyen_age_passion copia

oici une pièce et un texte qui nous viennent tout droit du monde médiéval et du XIIe siècle. On dit, en effet, de cette complainte qu’elle a été composée, en langue provençale, par le célèbre  Roi et Chevalier Richard Coeur de Lion en personne, durant sa captivité en Autriche autour des années 1193-1194. Elle est interprétée, ici, de fort belle manière et dans sa langue originale, par feu le troubadour moderne Owain Phyfe (1949-2012).

Un peu d’Histoire : une querelle de Rois

Richard Ier, par Merry Joseph Blondel, 1841.
Richard 1er, dit Coeur de Lion, Merry Joseph Blondel, 1841.

Revenant de croisades, Richard Ier d’Angleterre, dit « Coeur de Lion » est capturé par le duc Léopold V de Babenberg, autour de Vienne, en Autriche. En réalité, ce dernier agit pour le compte du roi de France Philippe Auguste. vieil « ami » de Richard, mais devenu au fil du temps son ennemi.  Dans le cas précis, Philippe Auguste fait arrêter Richard Ier au motif que ce dernier l’aurait insulté publiquement durant une croisade. Les deux souverains avaient, en effet, « pris la croix », ensemble, pour la troisième croisade,  lancée par le pape Grégoire VIII dans l’intention de reprendre Jérusalem et la terre sainte à Saladin, et pour laquelle l’empereur germanique Frédéric Barberousse avait déjà embarqué.

La querelle de Richard Coeur de Lion et Philippe Auguste, enluminure du XIVe siècle (bnF)
La querelle de Richard Coeur de Lion et Philippe Auguste, enluminure du XIVe siècle (bnF)

C’est durant cet emprisonnement que Richard Coeur de Lion va composer ce poème et cette complainte du prisonnier dont nous vous livrons ci-dessous la traduction/interprétation de la langue originale vers le français moderne.

Traduction, adaptation des paroles de la complainte du prisonnier de Richard Ier

 

Ja nus hons pris ne dira sa raison
Adroitement, se dolantement non;
Mais par effort puet il faire chançon.
Mout ai amis, mais povre sont li don;
Honte i avront se por ma reançon
Sui ça deus yvers pris.

Jamais nul homme pris ne dira sa pensée
De manière juste et sans fausse douleur ;
Mais il peut faire l’effort d’une chanson ;
J’ai beaucoup d’amis, mais pauvres sont leurs dons.
La honte sera sur eux si, faute de rançon,
Je reste deux hivers prisonnier

Ce sevent bien mi home et mi baron
Ynglois, Normant, Poitevin et Gascon
Que je n’ai nul si povre compaignon
Que je lessaisse por avoir en prison;
Je nou di mie por nule retraçon,
Mais encor sui [je] pris.

Ils le savent bien, mes hommes et mes barons,
Anglais, Normands, Poitevins et Gascons :
Que jamais je n’eu si pauvre compagnon
Pour le laisser, faute d’argent, en prison.
Je ne le dis pas pour leur faire reproche
Mais je suis encore prisonnier.

Or sai je bien de voir certeinnement
Que morz ne pris n’a ami ne parent,
Quant on me faut por or ne por argent.
Mout m’est de moi, mes plus m’est de ma gent,
Qu’aprés ma mort avront reprochement
Se longuement sui pris.

Maintenant, pour le voir, je sais parfaitement
Que morts ou prisonniers n’ont d’amis ni parents,
Et s’ils me laissent ici pour or ou pour argent
C’est bien mal pour moi, mais pire pour mes gens,
Qui jusqu’après ma mort se verront reprochés
S’ils me laissent  ici prisonnier

N’est pas mervoille se j’ai le cuer dolant,
Quant mes sires met ma terre en torment.
S’il li membrast de nostre soirement
Quo nos feïsmes andui communement,
Je sai de voir que ja trop longuement
Ne seroie ça pris.

Je ne m’étonne plus si j’ai le coeur souffrant
Car mon seigneur* met ma terre en tourment
Il ne se souvient plus de notre serment
Que nous fîmes ensemble au Saint,
Mais je sais bien en vérité que guère longtemps
Je ne serai, en ces lieux, prisonnier

(* Richard fait référence ici au roi Philippe Auguste)

Ce sevent bien Angevin et torain,
Cil bacheler qui or sont riche et sain
Qu’encombrez sui loing d’aus en autrui main.
Forment m’amoient, mais or ne m’aimment grain
De beles armes sont ores vuit li plain
Por tant que je suis pris.

Ils savent bien Angevins et Tourangeaux,
Ces jeunes gens désormais riches et forts :
Que suis captif, loin d’eux, aux mains d’autrui.
Ils m’aimaient fort alors, ne m’aiment plus du tout.
Les belles armes ont déserté les plaines
Depuis que je suis prisonnier.

Mes compaignons que j’amoie et que j’ain
Ces de Cahen et ces de Percherain
Di lor, chançon, qu’il ne sunt pas certain,
C’onques vers aus ne oi faus cuer ne vain;
S’il me guerroient, il feront que vilain
Tant con je serai pris.

Mes compagnons que j’aimais et que j’aime,
Ceux de Caen et ceux du Perche,
Conte pour moi, chanson, qu’ils ne sont pas fidèles
Quand jamais envers eux, mon coeur ne fut faux ou vide.
S’ils guerroient contre moi, ils se portent en vilains
Tant que je serais prisonnier.

Contesse suer, votre pris souverain
Vos saut et gart cil a cui je me clain
Et por cui je sui pris.
Je ne di mie a cele de Chartain,
La mere Looÿs.

Soeur comtesse, votre titre souverain
Vous sauve et vous garde de celui à qui je fais appel
Et qui me tient  prisonnier !
Je ne le dis pas pour celle de Chartres*,
Le mère de Louis.

(* la comtesse de Chartes)

*rotruenge : « genre de poésie lyrique des troubadours et trouvères, caractérisé par un refrain interne, situé dans le corps de la strophe, au milieu ou à la fin » (http://cnrtl.fr/definition/rotruenge)

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Une Très belle journée à tous!

Fred
pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.

Château Montbrun: un siège médiéval à 21 millions d’Euros

chateau_montbrun_moyen_age_passion_monde_medievalSujet : Châteaux et forteresses, Château Montbrun, Dournazac, Haute vienne.
Histoire et architecture médiévales
Média : vidéo, réplique du château
Période : moyen-âge central

Bonjour à tous!

C_lettrine_moyen_age_passion‘est avec grand plaisir que nous partageons aujourd’hui cette nouvelle vidéo sur le moyen-âge et ses forteresses, dans laquelle nous parlons du merveilleux et célèbre château Montbrun et de son domaine.

histoire_moyen_age_chateau_montbrun_a_vendreLa construction de cette forteresse a débuté au XIIe siècle et s’est achevée au XVe siècle. Depuis, le château Montbrun a été sujet à diverses restaurations dont notamment une au XIXe siècle et une autre courant XXe par son actuel propriétaire. Par chance, il semble que l’ensemble de ces travaux n’ait pas dénaturé la forteresse d’origine, aujourd’hui classée au titre des monuments historiques français.

Une histoire qui se perd dans la nuit des temps

moyen_age_passion_chateaux_et_forteresseLe château Montbrun est situé en Haute-Vienne sur la commune de Dournazac. L’his-toire, autant que les origines des terres autour de Montbrun, sont au moins aussi intéressantes et passionnantes que le château lui-même. Le terrain autour de la forteresse a en effet été occupé depuis des millénaires par des ethnies ou tribus successives qui, au delà de sa simple position stratégique,  semblent y avoir vu et même découverts des richesses (mines d’or?) qui fondent encore les légendes actuelles du domaine et de château Montbrun. Les Celtes l’ont occupé, puis les francs et on y a même retrouvé la présence d’une motte castrale et d’une tour en bois. Non loin de là, encore, dans le courant du XIIe siècle (en 1199 pour être plus précis), sur le site de Châlus Chabrol, le roi Richard Coeur de lion en personne (rendu célèbre entre autre par les aventures de Robin de Bois) a trouvé la mort pendant un autre siège après avoir reçu un carreau d’arbalète à la base du cou. Au passage, si vous le souhaiter, vous pouvez consulter l’article sur la très belle complainte poétique que Richard Coeur de Lion nous a laissée alors qu’il était emprisonné en Autriche.

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Château Montbrun, un bijou d’architecture médiévale du XIIe et du XVe siècle

Un siège à 21 millions d’Euros :
la vidéo sur château Montbrun 

P_lettrine_moyen_age_passion copiaourquoi ce titre? Et bien tout d’abord parce que ce château et son gigantesque domaine (étables, maisons, dépendance, immense restaurant taverne, etc) sont à vendre. Le propriétaire actuel est un hollandais d’origine celte passionné et qui a beaucoup investi dans le château pour l’amener au niveau d’une prestation de luxe (héliport, jacuzzi, suites mirobolantes, mobilier d’époque etc) dans le respect de son architecture et de son histoire mais il souhaite apparemment le vendre depuis quelques années. Avis donc aux acheteurs nantis! On raconte même que Brad Pitt a failli l’acheter mais que Angelina Jolie le trouvait un peu isolé lui préférant une propriété un peu plus proche du bord de mer et des alizés. Je précise que je ne suis pas du tout, mais alors pas du tout, en situation de vérifier cette information hautement people, glanée sur le web et qui ne me passionne qu’à demi, il me faut bien l’avouer, mais comme certains pourraient la trouver intéressante, je la mentionne. Il en faut pour tout le monde.

Medieval_Engineers_chateau_montbrun_forteresse-médievalePour le côté « siège » du titre et de la vidéo, il s’agit bien sûr de siège médiéval. En effet, en 1424, le château est assiégé par le roi de France, Charles VII au motif que Guy Brun, le seigneur du domaine de cette époque refuse obstinément de se soumettre à son autorité, lui préférant la couronne anglaise et Henri VI. L’infortuné et outrecuidant Guy Brun périra dans ce siège.

En construisant une réplique de ce château à l’aide du moteur du jeu  « Medieval Engineers »  et de sa boîte à outils (sandbox*) pour bien sûr parler d’histoire et d’architecture médiévales  nous avons aussi voulu ouvrir l’opportunité de pouvoir revivre ce siège de la manière la plus réaliste qui soit aux détenteurs de ce jeu vidéo.

L’architecture de château Montbrun

chateau_moyen-age_montbrun_plan_actuelGrand château symétrique, à la cour intérieur carrée, doté de tours d’angle défensives dont une est surmontée d’un donjon immense, (chaque tour étant bien sûr relié par des courtines), il ne fait aucun doute que le Château Montbrun largement reconstruit au XVe  hérite des standard de l’architecture philippienne.

chateau_monbrun_douves_moyen_ageMême si de l’extérieur, le château de Montbrun en impose par l’élévation de ses murs autant que par la hauteur vertigineuse de son donjon, nous ne sommes pas non plus en face d’une forteresse gigantesque mais plutôt d’un château de taille moyenne. Pourtant à flâner à l’intérieur de ses couloirs, ses escaliers de colimaçon et ses tours, on se rend bien compte de la surface habitable (plus de 400 m²) et l’impression de grandeur est au rendez-vous.

A_lettrine_moyen_age_passion l’image de nombreux autres châteaux du moyen-âge, cet édifice ramassé sur lui-même et dont chaque mètre carré semble avoir été optimisé à l’intérieur de son enceinte,  contient tous les standards qu’on peut attendre d’un château-fort médiéval: une chapelle, un vaste logis du seigneur, de spacieuses cuisines et un grand hall pour les fêtes, et bien sûr de nombreuses dépendances et habitations. On y trouve même des oubliettes en sous-sol d’une des tours et, ô merveille pour les amateurs de souterrains et autre passage secret!, une chambre secrète dans une autre tour.

Détail de l’intérieur actuel de château Montbrun

Comme mentionné plus haut, le château a été superbement restauré et entretenu par son actuel propriétaire. Si vous souhaitez en savoir plus sur la question, vous trouverez plus de photos et détails ici :  site  web du château Montbrun à vendre. Je vous mets aussi quelques photos ci-dessous afin que vous vous en fassiez une idée.

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Détails de l’intérieur de la réplique

Comme la réplique que nous avons faite a pour vocation d’aborder l’architecture et l’Histoire de château Montbrun, mais également de permettre de revivre le siège de 1424, nous ne l’avons pour l’instant pas meublé. Nous avons par contre mis force dispositifs en place pour en sécuriser les accès qu’il s’agisse de sa porterie principale avec sa grande portes et sa grille mais aussi de tout accès vers les bâtiments depuis la cour intérieure. Voici quelques captures d’écran de ces dispositifs.

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Montbrun hanté ? La légende de la dame en bleu

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour ce château comme pour tant d’autres, on conte l’histoire d’un revenant que l’on aperçoit encore de nos jours au hasard d’un couloir et d’une nuit sans lune. C’est l’âme d’une dame en peine, Jaquette de Bourdeille, qui erre à la recherche de sa bague.

N’hésitez pas à regardez la vidéo présente dans cet article pour en savoir plus sur elle et sur château Montbrun. Tout y est!

Merci de votre intérêt et Longue vie!

Fred
Pour moyenagepassion.com

* Sandbox : bac à sable. Désigne la boite à outils de jeu video qui propose des pièces permettant l’assemblage et la  construction d’édifices, de technologie ou d’objets complexes.