Archives de catégorie : Musiques, Poésies et Chansons médiévales

Vous trouverez ici une large sélection de textes du Moyen âge : poésies, fabliaux, contes, chansons d’auteurs, de trouvères ou de troubadours. Toutes les œuvres médiévales sont fournis avec leurs traductions du vieux français ou d’autres langues anciennes (ou plus modernes) vers le français moderne : Galaïco-portugais, Occitan, Anglais, Espagnol, …

Du point du vue des thématiques, vous trouverez regroupés des Chansons d’Amour courtois, des Chants de Croisade, des Chants plus liturgiques comme les Cantigas de Santa Maria d’Alphonse X de Castille, mais aussi d’autres formes versifiées du moyen-âge qui n’étaient pas forcément destinées à être chantées : Ballades médiévales, Poésies satiriques et morales,… Nous présentons aussi des éléments de biographie sur leurs auteurs quand ils nous sont connus ainsi que des informations sur les sources historiques et manuscrites d’époque.

En prenant un peu le temps d’explorer, vous pourrez croiser quelques beaux textes issus de rares manuscrits anciens que nos recherches nous permettent de débusquer. Il y a actuellement dans cette catégorie prés de 450 articles exclusifs sur des chansons, poésies et musiques médiévales.

Comment qu’à moy lonteinne, un virelai d’amour courtois de Guillaume de Machaut

Guillaume-de-Machaut_trouvere_poete_medieval_moyen-age_passionSujet : musique, chanson ancienne, médiévale, virelai, amour courtois.
Titre : Comment qu’à moy lonteinne
Auteur Guillaume de Machaut (1300-1377)
Période  : XIVe siècle, Moyen Âge tardif
Album : Mon Chant Vous Envoy (2013)
Interpréte  :  Marc Mauillon   Direction : Pierre Hamon. Label : Eloquentia

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, nous vous proposons un retour vers le Moyen Âge tardif et le XIVe siècle avec le grand maître de musique Guillaume de Machaut. La pièce est un virelai profane, tout entier dédié à l’amour courtois puisqu’il y est question d’un éloignement qui n’ôte pas pour autant de l’esprit ni du coeur du compositeur sa dame, auquel il dédie ses vers.

Manuscrit Français 1584

On peut retrouver cette pièce musicale notamment dans le Manuscrit ancien référencé  MS fr. 1584 de la BnF ou Français 1584 et ayant pour titre:  Guillaume de Machaut, Poésies. C’est un des rares manuscrits du XIVe siècle autour du compositeur médiéval qui n’ait pas été entièrement réalisé dans un atelier parisien, mais vraisemblablement autour de Reims, ville où Machaut a fini ses jours. 

Dans l’ouvrage, la chanson Comment qu’à moy lonteinne fait suite à la chanson bien connue : « Douce Dame Jolie »  dont nous avons parlé ici (photo  du feuillet en question ci dessus).

Interprètes et album

Cette chanson est tirée de l’album  Mon Chant Vous Envoy sorti en 2013 sous le label Eloquentia.  Sous la direction de Pierre Hamon, les compositions y sont interprétées vocalement par Marc Mauillon. Comme nous l’avions déjà mentionné par ailleurs, le chanteur lyrique a une prédilection toute particulière pour le répertoire médiéval de Guillaume de Machaut. Il est accompagné ici, entre autres artistes, par sa musique_medievale_guillaume_machaut_marc_mauillon_moyen-age_central_XIVesœur  Angélique   Mauillon,

Tout entier dédié à des virelais, ballades et rondeaux de Guillaume de Machaut, cet album est disponible à la vente en ligne sous le lien suivant : Mon chant vous envoy.

Les paroles de la chanson
de Guillaume de Machaut

Comme mentionné plus haut, il est question, dans ce virelai courtois, d’éloignement et le compositeur médiéval conte à sa dame que, bien qu’elle soit distante de lui physiquement (Comment qu’à moy lonteinne) elle reste bien présente dans ses pensées.

Comment qu’à moy lonteinne
Soiez, dame d’onnour,
Si m’estes vous procheinne
Par penser nuit et jour.

Car Souvenir me meinne,
Si qu’adès sans sejour
Vo biauté souvereinne,
Vo gracieus atour,
Vo maniere certainne
Et vo fresche coulour
Qui n’est pale ne veinne,
Vou toudis sans sejour.
Comment qu’à moy.

Dame, de grace pleinne,
Mais vo haute valour,
Vo bonté souvereinne
Et vo fine douçour
En vostre dous demeinne
M’ont si mis que m’amour,
Sans pensée vilainne,
Meint en vous que j’aour,
Comment qu’à moy lonteinne
Soiez, dame d’onnour.

Mais Desirs qui se peinne
D’acroistre mon labour
Tenra mon cuer en peinne
Et de mort en paour,
Se Diex l’eure m’ameinne
Qu’à vous, qui estes flour
De toute flour mondeinne,
Face tost mon retour.
Comment qu’à moy lonteinne
Soiez, dame d’onnour,
Si m’estes vous procheinne
Par penser nuit et jour.

En vous souhaitant une  excellente journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes.

« Mort saisit (tous) sans exception », Villon et le grand Testament.

poesie_medievale_epitaphe_villon_ballade_pendu_erik_satie_lecture_audioSujet : poésie médiévale, poésie réaliste, auteur médiéval. mort, extrait
Auteur : François Villon (1431-?1463)
Période : moyen-âge tardif, XVe
Ouvrage : extrait du grand Testament. Oeuvres complètes et commentés de François Villon par P.L Jacob (1854)

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, nous partageons un court extrait et une strophe du Grand Testament de François Villon sur la Mort. Le poète médiéval nous rappelle la vacuité du statut social ou des richesses face à l’inéluctable faucheuse, comme on le retrouvera rappelé dans certains ballades d’Eustache Deschamps, entre autres auteurs. Le thème n’est d’ailleurs pas propre à l’Europe médiévale, même s’il est empreint ici de valeurs chrétiennes.

Ajoutons que cette mort plane de manière tout à fait particulière sur cette partie de l’oeuvre de Villon qui la pense alors proche et ne sait pas encore, au moment où il écrit ses vers, qu’il va être gracié.

« Je congnoys que pauvres et riches,
Sages et folz, prebstres et laiz (1)
Nobles, vilains, larges et chiches,
Petitz et grans, et beaulx et laidz,
Dames à rebrassez colletz, (2) 
De quelconque condicion,
Portant attours et bourreletz, (3)
Mort saisit sans exception. »
François VILLON (1431-?1463)
Le Grand Testament – Extrait

(1) Laïcs
(2) vêtements bordés de fourrures
(3) bourreletz Coiffe d’époque luxueuse

villon_poesie_medievale_grand_testament_mort_moyen-age_tardif

Q_lettrine_moyen_age_passionuelques strophes plus loin, on retrouvera encore cette plume et ce verbe réaliste dont François Villon a le secret et il nous y décrira  la mort dans le détail, un peu comme il l’avait fait pour les pendus de son épitaphe.

« La mort le fait frémir, pâlir,
Le nez courber, les veines tendre,
Le col enfler, la chair mollir,
Jointes et nerfs croître et étendre.
Corps fémenin, qui tant es tendre.
Poly, souef, si précieux,
Te faudra il ces maux attendre ?

Oui, ou tout vif aller ès cieux. »

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
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Tres doux compains par l’ensemble Unicorn, Musique médiévale du XIVe siècle

musique_danse_medievale_enluminures_moyen-age_central_et_tardif_XIVeSujet : musique médiévale, Ars Nova,  Ars subtilior, manuscrit Ancien, Codex Ivrae, chace, musique  et chants polyphoniques, Canon.
Période : moyen-âge tardif, XIVe siècle
Titre:  « Trés doux compains »
 Auteur : anonyme. 
Interprètes : Ensemble Unicorn

Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous partons aujourd’hui à la découverte de la musique du moyen-âge tardif avec une pièce du XIVe Siècle demeurée anonyme et ayant pour titre : « Très doux compains ».

Le Codex d’Ivrea

Bien que l’interprétation que nous en partageons ici soit instrumentale, cette pièce  est, au départ, un chant polyphonique à rattacher à l‘Ars Nova. On peut le retrouver dans le Codex Ivrea.

musique_medievale_moyen-age_tardif_XIVe_ensemble_unicorn_ars_novaRecopié vraisemblablement dans la deuxième moitié du XIVe siècle, peut-être à la cour des papes d’Avignon, ce manuscrit ancien est conservé de nos jours en Italie à la bibliothèque d’Ivrea, Il contient plus de 80 pièces, essentiellement des motets, la plupart étant religieux et quelques autres profanes, mais on y retrouve également quelques virelais,  chaces et ballades.

Concernant son origine, les avis sont partagés et on a soulevé l’hypothèse que ce Codex Ivrea ait pu avoir pour origine la cour de Gaston Fébus ou même celle de Savoie. Quoiqu’il en soit, à ce jour, il est considéré comme une des anthologies les plus importantes de la musique polyphonique de la première moitié du XIVe siècle.

A l’origine, le chant Trés dous Compains est une chasse ou chace. Les voix s’y répètent, en effet, en canon, donnant l’impression de se poursuivre l’une l’autre. La version instrumentale que nous vous proposons d’écouter ici est interprétée par l’Ensemble Unicorn auquel nous avons déjà dédié plusieurs articles que nous vous invitons à consulter pour plus d’informations.

Tres doux compains, version instrumentale par l’ensemble Unicorn

Les paroles de tres dous compains

Tres dous compains, levés sus! 
Car ie ne puis dormir plus 
Et ne fas qu’imaginer 
Pour quoi pri qu’alons soner 
Maintenant une estampie 
Pour devant l’ostel m’amie. 
Encor vos pri, pour amours, 
Que aioms tous les compagnons: 
Nacaris et cournemuses, 
Leux et grouses fleutes 
Alons maintenant tout deus 
Pour querre les trompeeurs 
Hativement levés 
Et tous fors dons essemblés 
En mis etrange contrée 
Pour faire la matinée 
Or avant bonne compaignie 
Sans faire nulle vilainie 
Biaux compains, primiers dansés 
Et noz toutz yroms aprés 
Belement vos asseinblés 
Or sus trompaours, trompés!

Po po po po po po 
Alegremant! 
Po po po po po po 
Po po po po po po 
Po po po po po po 
Dies, Tant douce destinée 
Ba ba ba A a a 
A a a a a a 
A a a a a 
Les nachares sont venus: Or sus! 
Ton tititon tititon 
Ton tititon ton tititon 
Tititon Tititon (etc…) 
Or avant, la cournamuse! 
Ture lure Tarelure 
Ture lure Ture lure 
(etc..) 
Li estruments atemprés 
Or firés firés frapés! 
Lirili lirilido 
Dirili lido lirilido 
(etc…) 
Pour vous est la matinée 
Dame, sachés: si vous agrée 
Li tens est de retourner 
Car venu est le jour cler 
Maintenant sans désener 
Aloms nous toutz rigoilier.

En vous souhaitant une bonne écoute et une excellente journée !

Fred
Pour moyenagepassion.com

« L’ardente passion, que nul frein ne retient, poursuit ce qu’elle veut et non ce qui convient. » Publilius Syrus  Ier s. av. J.-C

PS : à base de Po po po po! Comme quoi Joey Starr n’a rien inventé. Bon ça va, désolé, on est un peu fin juillet aussi.  Les vacances approchent…

Eustache « Brûlé » Deschamps : une ballade sur les ravages de la guerre de cent ans

poesie_ballade_medievale_guerre_de_cent_ans_eustache_deschamps_moyen-age_tardif_XIVSujet : poésie médiévale,  satirique, morale, réaliste, littérature médiévale, ballade, français ancien, Vertus, guerre de cent ans.
Période : moyen-âge tardif
Auteur : Eustache Deschamps (1346-1406)
Titre : «J’aray desor a nom  brûlé des champs »
Ouvrage :  Poésies morales et historiques d’Eustache Deschamps, Georges Adrien Crapelet (1832)

Bonjour à tous,

C_lettrine_moyen_age_passionélèbre ballade d’Eustache Deschamps, la poésie que nous publions aujourd’hui nous conte par la bouche de l’auteur médiéval des ravages de la guerre de cent ans dans la plaine de Champagne. Les batailles ont laissé derrière elles tant de misère et de ruine qu’il faudrait désormais appeler le poète « brûlé Des Champs ».

Nous y apprenons des choses sur les origines du poète et sur sa ville de coeur et de naissance: Vertus, dont il nous conte les douceurs d’avant-guerre. Mal en point financièrement pour avoir dû restaurer son domaine, il en appelle aussi aux soutiens des plus grands, princes et seigneurs, pour l’aider à rétablir sa « maison ».

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Ballade  du domaine d’Eustache
brûlé
par les anglais

Ce titre est celui donné par G.A. Crapelet dans son ouvrage de 1832. Dans son édition des œuvres d’Eustache Deschamps,  le Marquis de Queux de Saint-Hilaire  donnera quant à lui comme « titre » à cette ballade :  « Il ne doit plus s’appeler Eustache, mais Brûlé  des Champs ».

Je fu jadiz de terre vertueuse,
Nez de Vertus, le paiz renommé
Ou il avoit ville tresgracieuse
Dont li bon vin sont en maint lieux nommé;
Jusques a cy avoit mon nom nommé,
Eustace fu appelle dès enfans;
Or sui tous ars, s’est mon nom remué: (1)
J’aray desor a nom Brûlé des Champs.

Dehors Vertus ay maison gracieuse
Ou j’avoye par long temps demouré,
Ou pluseurs ont mené vie joyeuse,
Maison des champs l’ont pluseurs appelle ;
Mais, Dieu merci (2), toute plaine de blé,
Ont les Angles le feu bouté dedens ;
Deux mille frans m’a leur gerre cousté:
J’aray desor a nom Brûlé des Champs.

Las ! ma terre est destruitte et ruyneuse,’
Je suis désert, destruit et désolé;
Fuir m’en fault, ma demeure est doubteuse,
Se je ne sui d’aucun reconforté; ,
Ainsi seray de mon lieu rebouté,
Comme essilliez, dolereux et meschans,(3)
Se mes seigneurs n’ont de mon fait pitié :
J’aray desor a nom Brûlé des Champs.

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NOTES

(1)« Or sui tous ars, s’est mon nom remué » : il ne me reste plus rien ou je suis à nu et j’ai perdu jusqu’à mon nom.
(2) « Dieu merci » : Dieu ait pitié de moi.
(3) Comme essilliez, dolereux et meschans : comme exilé, ruiné, triste et malheureux.

Vertus en Champagne, la ville de Eustache Deschamps, gravure du XVIIe par Claude Chastillon
Vertus en Champagne, la ville de Eustache Deschamps, gravure du XVIIe par Claude Chastillon

En vous souhaitant une excellente journée.
Fred

Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.