Romans récents ou livres anciens, le moyen-âge s’édite et se réédite : fiches de lecture, extraits, impressions, une balade dans l’univers du livre autour du monde médiéval,
n 1994, l’historienne médiéviste Régine Pernoud nous invitait à redécouvrir l’oeuvre de la femme de lettres, médecin, musicienne, compositeur et mystique rhénane Hildegarde de Bingen (1098-1179).
« Du point de vue médical, alimentaire, environnemental, Hildegarde nous fait apprécier les vertus ignorées de ce qui nous entoure : plantes, animaux, herbes, bois. Sa lecture nous dévoile des possibilités insoupçonnées, des pouvoirs secrets, lesquels sont devenus fort étrangers à notre monde où tout est d’avance conditionné, emballé, choisi, trié. C’est un monde pourvu d’une vie mystérieuse dont elle invite à scruter les arcanes. » Régine Pernoud (1909-1998), “Hildegarde de Bingen, conscience inspirée du XIIe siècle”,1994.
Grand esprit de son temps, trempée et grandie dans les valeurs chrétiennes bénédictines, il fallut à la nonne rhénane attendre l’âge de 40 ans pour sortir de l’anonymat et de l’ombre de son couvent de Disibodenberg, sur les bords du Rhin. L’Europe médiévale découvrit alors ses « visions » et s’en passionna.
On viendra la visiter en nombre et elle sera alors devenue la conseillère des plus grands : princes, empereurs, dignitaires de l’Eglise et même jusqu’aux papes viendront prendre auprès d’elle des conseils avisés. Sa canonisation tardera à venir mais, bientôt, et sans que l’Eglise l’ait encore entérinée, on la considéra comme une Sainte.
travers ses écrits, ses traités de médecine et ses autres ouvrages – ses descriptions rien moins qu’encyclopédiques des « choses » de la nature, ses prescriptions et remèdes et jusqu’à sa vision d’un univers infini en expansion croissante – Hildegarde a démontré un sens unique de l’observation, étroitement mêlé à de grandes intuitions. A plus de huit cents ans de là et sans verser aveuglément dans les récupérations de tous bords dont elle a fait quelquefois l’objet (jusqu’à très récemment), certaines de ses recommandations et découvertes dans le domaine des médecines douces sont encore usités.
Dans cette approche globale et écologique du monde, les visions mystiques de la sainte demeureront indissociables, devenant pour elle un véritable outil de connaissance. Reflet d’un moyen-âge occidental chrétien nimbé de sacré et de divin, sa pensée est aussi devancière et créatrice de nouveautés et elle nous entraîne, à sa suite, à la découverte d’un monde bien éloigné des conceptions rationalistes et matérialistes qui prévaudront quelques siècles plus tard.
Pour toutes ces raisons autant que pour se replonger avec elle dans la vision fascinante d’un univers encore parcouru par le grand souffle des mystères, on relira avec intérêt ce petit ouvrage de Régine Pernoud. D’accès facile, il est toujours édité et on peut le trouver en format poche chez tout bon libraire ou même à la vente en ligne selon votre préférence et vos possibilités (voir lien: Hildegarde de Bingen: Conscience inspirée du XIIe siècle).
En vous souhaitant une excellente journée.
Fred
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Sujet : citations médiévales, histoire médiévale, historien, médiéviste, préjugés, idées reçues, moyen-âge, barbarie, esclavage, citations. Auteur : Régine Pernoud (1909-1998) Ouvrage : Pour en finir avec le Moyen-âge (1977)
Bonjour à tous,
artie au milieu des années 70 à l’assaut des préjugés et des idées reçues à l’encontre du Moyen-âge, la grande historienne médiéviste Régine Pernoud remettait les choses à leur place. Dans son ouvrage « Pour en finir avec le Moyen-âge », elle rappelait, entre autres points, que contre un monde médiéval occidental exempt d’esclavage (l’Eglise en avait prohibé l’usage), les grands « progrès » (économiques) renaissants s’étaient faits en en restaurant la pratique.
“Au XVIe siècle, on n’a nullement douté que l’humanité ne fût en progrès, et notamment du point de vue économique; fort peu de gens ont pris conscience de ce que, comme le clamaient Las Casas et quelques autres frères dominicains du Nouveau Monde, ce progrès économique se faisait en rétablissant l’esclavage par un gigantesque mouvement de réaction et que, par conséquent, un pas en avant ici peut se payer d’un recul ailleurs. L’humanité progresse indiscutablement, mais pas uniformément ni partout.” Régine Pernoud (1909-1998) Pour en finir avec le Moyen-âge
Quand il s’agit d’opposer Moyen-âge et Modernité, on doit toujours, avec raison et précision, analyser les notions de « Barbarie » et de « Progrès » dans leurs plus grandes largeurs : réalité objective, nuances, instrumentalisation idéologique et partie-pris. A défaut et comme cette citation l’établit, on risque de dire assez vite et sans même le savoir de grosses âneries.
Une belle journée!
Fred
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Sujet : chansons, musique, poésie médiévale, amour courtois, poésie lyrique, trouvère, vieux français. livre, Période : Moyen Âge central Auteur : Thibaut IV de Champagne (1201-1253), Thibaut 1er de Navarre Ouvrage :« Thibaut de Champagne, textes et mélodies » Auteurs : Christopher Callahan, Marie-Geneviève Grossel, Daniel E. O’Sullivan Editeur : Honoré Champion (avril 2018)
Bonjour à tous,
epuis près d’un siècle et demi, la prestigieuse maison d’édition Honoré Champion publie de diffuse les plus grands titres de la recherche universitaire de l’espace francophone. De fait et sur le sujet qui nous préoccupe, nous lui devons nombre des ouvrages sur la littérature, la poésie médiévale et ses auteurs que nous avons déjà cités ici. Depuis ses premières parutions, la maison a poursuivi son oeuvre sans relâche et avec plus de 10 000 titres déjà parus, elle s’est s’imposée comme une référence incontournable dans son domaine de prédilection.
Sur la partie médiévale, à la lumières des nouvelles découvertes et des avancées des romanistes ou médiévistes, elle revisite régulièrement des œuvres ou des auteurs déjà édités longtemps auparavant. C’est le cas de l’ouvrage que nous vous présentons aujourd’hui puisqu’elle nous fait le grand plaisir de publier un livre tout entier consacré à Thibaut de Champagne et à ses chansons. Un siècle s’étant écoulé depuis le dernier ouvrage en date dédié au grand roi poète du XIIIe siècle, il était grand temps de réexaminer son œuvre et c’est désormais chose faite.
Avec un ouvrage qui déborde les huit-cent pages, les auteurs ne se sont pas contentés ici de présenter et d’adapter en français moderne le legs poétique de Thibaut le Chansonnier, ce qui aurait déjà représenté, en soi, un travail conséquent. Au delà des traductions de ses œuvres, ils ont aussi compilé les nombreuses variantes mélodiques associées à ses chansons. De ce point de vue, en plus des férus d’histoire, de littérature et de moyen-âge, ce livre devrait encore ravir les amateurs de musique ancienne désireux de restituer, au plus près, l’art du roi de Navarre et seigneur-trouvère de Champagne.
Comme nous l’indiquions plus haut, l’ouvrage bénéficie encore des éclairages les plus récents en matière de littérature médiévale. En plus des éléments biographiques rassemblés sur Thibaut de Champagne, mais aussi de la revue des manuscrits anciens dans lequel on peut retrouver ses chansons, une large partie du livre est ainsi consacrée à l’analyse de sa poétique; il s’agit ici de remettre en perspective son originalité et son art dans le contexte de la lyrique courtoise de son siècle.
Un mot des auteurs
Trois grands experts de littérature, de vieux-français d’oil et de lyrique courtoise se sont attelés à cet ambitieux projet. Il s’agit de Christopher Callahan, Marie-Geneviève Grossel, et Daniel E. O’Sullivan et il convient d’en dire quelques mots.
Christopher Callahan est professeur de français et de littérature médiévale et renaissante à l’Université Wesleyan de Bloogmington, dans l’Illinois, Passionné par cette période historique, cet universitaire américain s’est fait une véritable spécialité de la poésie lyrique du moyen-âge et on lui doit nombre de contributions, articles et parutions dans ce champ. Au sujet des trouvères des XIIe et XIIIe siècle, on retiendra notamment sa participation à deux ouvrages sur Les Chansons de Colin Muset, parus également chez Honoré Champion en 2005.
Maître de conférence à l’Université de Valenciennes où elle enseigne le français médiéval et le latin, Marie-Geneviève Grossel, est, de son côté, une spécialiste reconnue de la Champagne du XIIIe siècle et de son bouillonnement littéraire et artistique d’alors. L’art et les chansons des trouvères de cette période, ainsi que les codes de l’amour, de la séduction et de la lyrique courtoise font donc partie de ses grands sujets de prédilection et on lui doit des ouvrages reconnus sur la question ou sur des sujets connexes: Le Milieu littéraire en Champagne sous les Thibaudiens: 1200-1270, (1994), Les chansons de langue d’oïl: l’art des trouvères (2008), pour ne citer que ces deux-là. On peut encore retrouver nombre de ses contributions ou articles dans des ouvrages collectifs ou actes de colloques portant sur le moyen-âge.
Enfin, « last not least« , professeur de français médiéval à l’Université du Mississippi, Daniel E. O’Sullivan s’est fait une spécialité de l’approche comparative et interdisciplinaire de la musique, la littérature et la culture de l’Europe médiévale. Il a lui aussi, à son actif, de nombreuses parutions sur la période, sur des thèmes aussi variés que le culte marial dans la lyrique française du XIIIe siècle (Marian Devotion in Thirteenth-century French Lyric, 2005), la formation et la naissance de la courtoisie dans la France médiévale (Shaping Courtliness in Medieval France, 2013) ou même encore sur le jeux d’échecs du moyen-âge à l’entrée de l’ère moderne. On doit également à cet universitaire des articles de référence sur la lyrique de Thibaut de Champagne.
Il fallait bien l’oeil aiguisé et la collaboration de ces trois érudits pour approcher de manière complète et avec toute la rigueur que l’on pouvait en attendre, l’oeuvre du seigneur trouvère croisé, élevé dans la grande effervescence culturelle et artistique de la cour de Champagne des débuts du XIIIe siècle (1).
Où se procurer l’ouvrage ?
Ce nouvel ouvrage autour de Thibaut de Champagne avec lequel il faudra désormais compter vient juste de paraître. Vous le trouverez donc dans toutes les bonnes librairies et il est aussi disponible en ligne, sur le site de l’éditeur et à l’adresse suivante : Thibaut de Champagne, Chansons, Textes et Mélodies
En vous souhaitant une belle journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes
(1) Sur le sujet de la cour de Champagne et des trouvères champenois de la fin du XIIe et des débuts du XIIIe siècle, on pourra valablement consulter nos articles sur Blondel de Nesle, sur Gace Brûléet bien sûr sur Thibaut de Champagne.
Sujet : moyen-âge réel et historique, moyen-âge représenté, série télévisée, Kaamelott, Alexandre Astier, légendes Arthuriennes, quête du Graal, médiévalisme. Ouvrage : Kaamelott, un livre d’Histoire Auteurs : collectif, sous la direction de Florian Besson et de Justine Breton Parution : Avril 2018 (Editions Vendémiaire)
Bonjour à tous,
ous l’avions déjà mentionné dans notre précédent « digest » sur les lectures déjà parues autour de Kaamelott mais ce livre étant officiellement sorti, depuis quelques jours, il est temps d’y revenir. Nous voulons parlé ici de l’ouvrage collectif paru aux éditions Vendémiaire, sous la direction de Justine Breton et de Florian Besson et ayant pour titre « Kaamelott, un livre d’Histoire ».
Kaamelott, un livre d’Histoire
Moyen-âge reconstruit d’un côté, moyen-âge historique de l’autre, modernité de la série télévisée écrite par Alexandre Astier d’un côté, haut moyen-âge et légendes arthuriennes médiévales de l’autre, voilà un ouvrage qui aurait pu faire dire au Perceval de Kaamelott : « C’est comme un genre de Graal, sauf qu’i faut savoir lire« .
A chaque siècle ou période historique son Arthur, sa table ronde, son Merlin ou son Excalibur, comme Chrétien de Troyes nous éclairait sur son temps avec ses romans, à travers son « moyen-âge », c’est bien aussi de nous et de notre monde que Kaamelott nous parle. Et c’est tout le propos des universitaires qui s’y sont penchés dans cet ouvrage, nous aider à en démêler l’écheveau : entre références (explicites ou plus masquées) de la série aux légendes arthuriennes d’époque et au moyen-âge historique, mais aussi entre libertés prises par l’auteur et, à travers elles, projections de notre modernité qui font de Kaamelott une série qui nous ressemble et qui trouve en nous une résonance.
Vous l’avez compris, nous sommes ici sur le terrain du médiévalisme et l’originalité de ce livre tient encore au fait qu’il déborde le champ même de l’histoire médiévale pour inviter des universitaires issus d’horizons divers à un travail de réflexion collectif et interdisciplinaire sur le sujet.
Portraits des directeurs de l’ouvrage
Pour en redire un mot, agrégée de lettres modernes et docteur en littérature médiévale, Justine breton s’est fait une spécialité du médiévalisme dans le champ des légendes arthuriennes et de l’Héroic Fantasy. Autrement dit, si vous vous posez des questions sur la nature fictionnelle, fantaisiste ou avérée des références médiévales utilisées dans des oeuvres telles que Games of Thrones, Kaamelott ou autres productions audiovisuelles et littéraires des XXe et XXIe siècle sur ces sujets, elle est une interlocutrice de choix. Pour le reste, elle enseigne actuellement à l’École Supérieure du Professorat et de l’Éducation de Picardie.
De son côté, également très actif dans le champ du médiévalisme, Florian Besson est aussi un des auteurs du très bon blog Actuel Moyen-âge qui se propose de mettre en perspective les faits d’actualité à la lumière de l’histoire médiévale et du moyen-âge historique.
Actuellement enseignant à l’Université de Lorraine, l’uchronie (récits fictifs bâtis sur des événements historiques étant survenus réellement) fait également partie de ses sujets de prédilection. On doit encore à ce jeune doctorant de la Sorbonne, par ailleurs agrégé d’Histoire, d’avoir impulsé et organisé avec Justine Breton, le colloque « Kaamelott, la relecture de l’Histoire » qui s’était tenu à la Sorbonne en mars 2017. L’ouvrage qu’ils contribuent tous deux à faire paraître aujourd’hui , s’inscrit dans la continuité de ces journées de réflexion.
Bien sûr, ces deux jeunes universitaires sont par ailleurs fans de la série télévisée et la connaissent bien. Voici une petite vidéo de présentation de leur ouvrage qui devrait vous en convaincre.
Kaamelott, un livre d’Histoire par Justine Breton & Florian Besson
Pour conclure, nul doute que ce nouveau titre prendra sa place dans la bibliothèque des amateurs de Kaamelott désireux de décrypter un peu plus avant l’œuvre d’Alexandre Astier; il est d’ailleurs déjà accueilli avec grand enthousiasme dans les cercles de fans de la série. Au delà, il ne manquera pas d’interpeller tous ceux qui s’intéressent aux légendes arthuriennes mais aussi au décryptage du moyen-âge au sens large (version reconstruite, version historique). Il est, donc, à n’en pas douter, voué au succès et c’est tout le mal que nous lui souhaitons.
Ajoutons, de notre côté, que nous sommes très heureux de suivre les avancées de cette vague de jeunes médiévistes nouvelle génération. Bien déterminés à ancrer (aussi) leurs recherches, leurs écrits et leurs préoccupations dans la modernité, ils nous aident à mieux décoder cette dernière à la lueur de l’Histoire médiévale et nous démontrent, du même coup, la grande actualité de leur discipline et la pertinence de son éclairage.