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Un bol d’argent plein d’amertume: le miracle de la Cantiga de Santa Maria 152

 musique_espagne_medievale_cantigas_santa_maria_alphonse_de_castille_moyen-age_centralSujet :  musique médiévale, Cantigas de Santa Maria, galaïco-portugais, culte marial, miracles, Sainte-Marie.
Epoque : Moyen Âge central, XIIIe siècle
Auteur :  Alphonse X  (1221-1284)
Titre :  Cantiga 152, le bol d’argent
Tantas nos mostra a Virgen
Direction : Eduardo Paniagua  (2003) 
Album : Caballeros, Cantigas de Alfonso X, el sabio

Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous poursuivons ici l’exploration des Cantigas de Santa Maria, chansons médiévales toutes entières dédiées au culte marial et à la vierge, léguées à la postérité par le roi espagnol Alphonse X de Castille, dans le courant du XIIIe siècle. Aujourd’hui, c’est la Cantiga numero 152 que nous vous présentons par le détail.

Culte Marial au Moyen Âge

La bonté d’une Sainte et la bienveillance d’une mère, au secours de l’homme médiéval

On ne peut s’intéresser au Moyen Âge en Europe occidentale, sans se pencher sur ses aspects profondément chrétiens. Impossible non plus d’occulter le culte qui s’y développe autour de la vierge Marie et dont témoigne  les Cantigas de Santa Maria.

culte_marial_sainte_vierge_marie_moyen-age_chretien_miracles_cantigas_santa_maria_musique_medievaleEn Occident, le culte marial s’intensifie autour du VIIe siècle avec l’entrée dans le calendrier de fêtes destinées à célébrer la Sainte incarnée et sa maternité. Cette force s’affirmera encore du IXe au XIe siècle. Au XIIe siècle, les images et les réflexions associées à la « madre dolorosa » accompagnant son fils sur la croix lui conférera plus que jamais un statut unique dans le cœur des croyants.

Entre le ciel et la terre, la mère de Dieu sera alors devenue celle de tous les hommes. Toujours prompte à les secourir, elle peut leur offrir le salut. Mère de miséricorde, le XIIe et le XIIIe siècles la vénéreront intensément à travers de nombreuses productions artistiques et de nombreux récits de Miracles. (1)

Amour et pouvoir d’intercession

Au XIIIe siècle, les Cantigas de Santa Maria sont chantées à la cour d’Espagne. Elles résonnent dans les chants des pèlerins et les accompagnent au long des grandes routes souvent périlleuses du Moyen Âge.

Chez certains prêcheurs de l’Eglise, cet amour pour la Sainte héritera même des formes de la lyrique courtoise. L’émotion qu’elle suscite chez bon nombre d’hommes occidentaux, au cœur du Moyen Âge, nous est aujourd’hui difficile à percevoir dans toute sa profondeur et sa complexité mais elle recouvre une réalité indubitable dont nous gardons encore de nombreux témoignages.

Sainte miraculeuse, mère des mères, dames des dames, touchée par la grâce divine et pleine de miséricorde, icone féminine sublime de bonté et de pureté, cette « notre dame » qui est même devenue le symbole de l’Eglise toute entière est, pour l’homme médiéval, capable plus encore que tout autre Saint d’intercéder efficacement auprès de son fils. Auprès du Christ, le « Dieu mort en croix » qui mieux qu’elle peut obtenir son oreille et sa mansuétude ?

A lui, on n’ose pas toujours d’adresser directement, jamais tout à fait certain d’en être digne, ni d’avoir son écoute. Et comme on crédite Sainte Marie de cette bonté infinie. tout autant que de cette proximité, elle apparaît aussi, souvent et se montre quand on l’appelle, pour peu qu’on le fasse avec une foi sincère. Ainsi, l’histoire de la Cantiga de Santa Maria du jour, la Cantiga 152, est encore celle d’un miracle et d’une apparition.

La Cantiga 152 par Eduardo Paniagua

Eduardo Paniagua et les chevaliers dans les cantigas de Santa Maria

Nous avions déjà dédié à Eduardo Paniagua, un long article à l’occasion de notre présentation détaillée de la Cantiga 23  (celle du miracle du vin). Aussi, si vous désirez en savoir plus sur ce brillant et talentueux musicien espagnol entièrement dévoué au répertoire médiéval, nous vous invitons à le consulter.

Rappelons simplement que dans les nombreuses productions musicales médiévales qu’il a ramené à la lumière et réinterprétées, on doit à Eduardo Paniagua l’immense travail d’avoir recompilé et musique_espagne_medievale_culte_marial_eduardo_paniagua_alphonse_de_castille_caballeros_cantigas_santa_maria_chevalier_moyen-ageenregistré l’ensemble des Cantigas de Santa Maria.

Dans un album de 2003 ayant pour titre Caballeros, il proposait une selection des Cantigas d’Alphonse le Sage, sur le thème des chevaliers et de la chevalerie. C’est de cet album qu’est tiré l’interprétation de la Cantiga 152 du jour.  Vous le trouverez disponible à la vente en ligne sous ce lien : Caballeros, l’album d’Eduardo Paniagua


La Cantiga 152 Un bol d’argent plein d’amertume pour un chevalier débauché

Petits pèlerins, simples gens, marchands, bourgeois, seigneurs et princes, les miracles des Cantigas de Santa Maria ne font pas d’ostracisme social et la vierge ne distingue pas entre les classes pour accomplir ses prodiges. Bien au contraire, la multiplicité des exemples ne fait que renforcer l’idée que la Sainte est à portée de tous.  Le Miracle de la cantiga 152 concerne, cette fois-ci, un chevalier arrogant et enclin à la luxure mais qui sera sauvé.

Como u bon cavaleiro d’armas, pero que era luxurioso, dezia sempr’ «Ave Maria», e Santa Maria o fez en partir per sa demostrança.

Comment un bon chevalier d’armes, mais qui était plein de luxure, disait toujours « Ave Maria » et comment Sainte Marie par sa démonstration lui permis de s’en défaire.

Bien qu’il invoqua souvent le nom de la vierge en disant « Ave Marie », l’homme ne se rendait jamais aux messes, ni aux offices et ne priait guère non plus. Fort talentueux dans les arts de la guerre et doté d’un grand courage, il demeurait aussi arrogant et licencieux, se rendant coupable de tous les péchés de luxure, les plus grands comme les plus petits.

cantigas_santa_maria_miracle_culte_marial_chevalier_moyen-age_alphonse_X_espagne_medievaleUn jour, l’homme se trouva en grande lutte avec lui-même, désireux de s’amender au fond de son âme mais au dilemme, car son corps ne voulait abandonner les plaisirs de chair qu’il goûtait par ailleurs et auxquels il s’était habitué. Et tandis qu’il était au débat, ne sachant trancher, la « glorieuse » lui apparut, tenant dans sa main un magnifique bol d’argent grand et luisant. A l’intérieur du récipient, se tenait un mets de couleur jaunâtre et abjecte, à la saveur amère et à l’odeur  nauséabonde et fétide.

A la vue du liquide, le chevalier fut pris d’une grande peur et somma l’apparition de vouloir se nommer. La Sainte lui répondit : « Je suis Sainte Marie et je viens avec ce bol te décrire ta situation afin que tu les abandonnes tes erreurs. Car, vois-tu, ce bol te montre que tu es beau et doté de très grandes qualités. Et pourtant, comme tu es aussi plein de péchés et sale dans ton âme, tu empestes comme ce mets malodorant et tu iras en enfer, qui est plein d’amertume. »

Ayant prononcé ces mots, la vierge s’en fut, et depuis cet instant, jusqu’à la fin de ses jours, le chevalier s’amenda et vécut dans la droiture. Et quand son âme fut séparée du corps, il s’en fut dans le lieu de Paradis où l’attendait la vierge sainte qui est la dame des dames.

Refrain « La vierge nous montre tant de merci et d’amour
Que jamais et pour aucune raison nous ne devons être de mauvais pêcheurs. »


La Cantiga de Santa Maria 152
en  galaïco-portugais original

Como u bon cavaleiro d’armas, pero que era luxurioso, dezia sempr’ «Ave Maria», e Santa Maria o fez en partir per sa demostrança.Tantas nos mostra a Virgen de mercees e d’ amores

que per ren nunca devemos seer maos pecadores.

E dest’ un mui gran miragre mostrou por un cavaleiro
que apost’ e fremos’ era e ardid’ e bon guerreiro;
mas era luxurioso soberv’ e torticeiro,
e chẽo d’ outros pecados muitos, grandes e mẽores.
Tantas nos mostra a Virgen de mercees e d’ amores
que per ren nunca devemos seer maos pecadores.

Este per ren madodynnos nen vesperas non oya,
nen outras oras nen missa; pero en Santa Maria
fiava e muitas vezes a saudaçon dizia
que ll’ o Sant’ Angeo disse, de que somos sabedores.
Tantas nos mostra a Virgen de mercees e d’ amores
que per ren nunca devemos seer maos pecadores.

E un dia, u estava cuidando en ssa fazenda
com’ emendass’ en sa vida, e avia gran contenda,
ca a alma conssellava que fezesse dest’ emenda,
mas a carne non queria que leixasse seus sabores;
Tantas nos mostra a Virgen de mercees e d’ amores
que per ren nunca devemos seer maos pecadores.

El estand’ en tal perfia, pareceu-ll’ a Groriosa
con ha branqu’ escudela de prata, grand’ e fremosa,
chẽa dun manjar mui jalne, non de vida saborosa,
mas amarga, e sen esto dava mui maos odores.
Tantas nos mostra a Virgen de mercees e d’ amores
que per ren nunca devemos seer maos pecadores.

U a viu o cavaleyro, foi con medo [e]spantado
e preguntou-lle quen era. Diss’ ela: «Dar-ch-ei recado:
eu sõo Santa Maria, e venno-te teu estado
mostrar per est’ escudela, porque leixes teus errores.
Tantas nos mostra a Virgen de mercees e d’ amores
que per ren nunca devemos seer maos pecadores.

Ca ves, esta escudela mostra-ti que es fremoso
e ás muitas bõas mannas; mas peccador e lixoso
es na alma, poren cheiras com’ este manjar astroso,
per que yrás a inferno, que é chẽo d’ amargores».
Tantas nos mostra a Virgen de mercees e d’ amores
que per ren nunca devemos seer maos pecadores.

E pois ll’ ouv’ aquesto dito, a Virgen logo foy ida;
e el dali adeante enmendou tant’ en sa vida,
per que quando do seu corpo a ssa alma foy partida,
foi u viu a Virgen santa, que é Sennor das sennores.
Tantas nos mostra a Virgen de mercees e d’ amores
que per ren nunca devemos seer maos pecadores.


Retrouvez l’index de toutes les Cantigas de Santa Maria traduites et commentées, avec leurs versions musicales  par les plus grands ensembles de musique médiévale,

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour Moyenagepassion.com
A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes.

(1) Voir  Débora González Martínez, Sur la translatio de miracles de la Vierge au Moyen Âge. Quelques notes sur les Cantigas de Santa Maria, FMSH-WP-2014-57, janvier 2014

Les grandes fêtes johanniques d’Orléans 2018 pour faire revivre Jeanne d’Arc

fetes_medievales_johanniques_orleans_2018_jeanne_Arc_moyen-age_festif_commemoration_patrimoine_immaterielSujet : fêtes, festivités médiévales, Jeanne d’Arc, Pucelle d’Orléans, guerre de cent ans, commémoration historique, histoire vivante, défilé, marché, compagnie, troupe médiévale.
Période  : moyen-âge tardif, XVe siècle
Lieu : Orléans (Loiret)
Evénement : 589e fêtes Johanniques, fêtes de Jeanne d’Arc 2018
Dates : du 29 avril au 11 mai 2018

Bonjour à tous,

C_lettrine_moyen_age_passionomme chaque année, depuis presque déjà 600 ans, de la fin avril à début mai et durant 11 jours, Orleans revit aux heures du moyen-âge tardif  et célébre celle qui libéra la cité du joug de ses oppresseurs anglais, un jour de 1439. Nous voulons bien sûr parler de Jeanne d’Arc.

« En nom Dieu, je ne crains pas les gens d’armes, car ma voie est ouverte ! Et s’il y en a sur ma route, Dieu Messire me fraiera la voie jusqu’au gentil Dauphin. Car c’est pour cela que je suis née. «   Jeanne d’Arc  (1429)

En quelques chiffres, les fêtes johanniques d’Orleans qui comptent parmi les plus anciennes fêtes commémoratives de France, agenda,animations_medievales_commemoration_jeanne_arc_orleans_fetes_johanniques_2018_moyen-ageréunissent, chaque année, près de 300 000 visiteurs. A chaque nouvelle édition et au bas mot, près de 2500 acteurs et  participants s’y impliquent pour les faire vivre et les animer.

Pour consacrer l’importance tant historique que patrimoniale de ces grandes célébrations, l’événement a été inclus, depuis février dernier, à l’Inventaire national du Patrimoine culturel  immatériel  par le Comité du patrimoine ethnologique et immatériel, dépendant du Ministère de la culture. (voir document)

En aparté : enjeux, dilution,
récupération, instrumentalisation

 » Nous sommes perdus, nous avons brûlé une sainte. »
Le Secrétaire du roi d’Angleterre, après l’exécution de Jeanne d’Arc (1431)

Au delà de la cité d’Orléans et au delà même, semble-t-il, des racines profondément chrétiennes, et médiévales de sa légende et de son parcours, la guerrière et pucelle du XVe siècle qui prit les armes pour changer le cours de la guerre et contribua grandement à faire couronner Charles VII, est devenue, d’année en année, pour la classe politique au sens large, un symbole à enjeu.  De fait et de ce point de vue, cette fête unique en son genre qui rassemble dans une même célébration, autorités civiles, militaires et religieuses, a quelquefois pris récemment par endroits, les contours disputés d’un 14 juillet puisqu’on y a même frisé parfois l’incident diplomatique et politicien. Bref, le temps où la Sainte se trouvait associée tout de même plus à une certaine droite conservatrice s’éloigne à vue d’œil et il semble que nombre de politiques de tous bords,  entendent bien désormais revendiquer la Sainte médiévale et son « symbole » (oui mais lequel ?), et surtout peut-être ne pas se la fetes_medievales_johanniques_commemoration_jeanne_arc_orleans_2018laisser souffler sous le nez.

D’ailleurs et pour enfoncer le clou, en faisant entrer ces célébrations à l’inventaire national du patrimoine culturel immatériel, le ministère de la culture via le comité du patrimoine entendait bien en profiter, cette année, pour envoyer un message clair et situer la fête « au dessus des débats partisans et récupérateurs ».

Dans son communiqué officiel (cité plus haut) il affirmait ainsi que ces fêtes « sont l’occasion d’affirmer les valeurs du rassemblement et de l’engagement, dépassant les clivages  idéologiques partisans. » et qu’il s’agissait donc de « fédérer une diversité qui a voué à l’échec toutes les tentatives d’instrumentalisation politique ». Autrement dit et si vous n’êtes pas familier avec le jargon politique, comprenez : le symbole de l’épopée médiévale chrétienne et monarchiste de Jeanne d’Arc est désormais officiellement soluble dans l’action politique de tous bords et elle est à tout le monde. Du reste et en conséquence, ne vous étonnez pas si vous croisez ce week-end à Orléans, plus de parlementaires que sur les bancs de l’Assemblée nationale mais laissons-là ces considérations politiciennes qui montrent bien combien le moyen-âge réinvité dans le présent, peut quelquefois prendre des tours cocasses et parlons un peu du programme de ces grandes réjouissances.

Le programme des réjouissances

Comme chaque année, l’ensemble de la fête sera rythmé par de grands temps forts qui retracent l’épopée de Jeanne d’Arc pour lever le siège d’Orléans et libérer la cité. La fête a même d’ailleurs déjà commencé pour les orléanais depuis quelques jours : remise de l’épée, commémoration de l’entrée dans la ville de Jeanne d’Arc, le 29 avril dernier, défilé et chevauchée le 1er mai, et quelques spectacles associés, mais la partie la plus intense est à venir et aura lieu durant les jours qui viennent et notamment cette fin de semaine.

Marché médiéval, animations
& grand campement

En dehors des grands temps forts restant à venir autour de la mise en scène de l’épopée johannique (escorte, remise et restitution de l’étendard) accompagnés de nombreux hommages officiels, militaires, politiques mais aussi de nombreux offices religieux, la fête battra son plein comme chaque année au cœur de la ville avec son grand marché médiéval animé dans l’enceinte du Campo Santo. ainsi qu’un grand campement médiéval  installé au quartier de la source.

Concernant le marché médiéval, il sera inauguré dès le matin du samedi 5 mai et ouvrira ses portes en journée jusqu’au 8 mai inclus, avec des nocturnes allant jusqu’à 22 heures sur les trois premiers agenda,_fetes_medievales_commemoration_jeanne_arc_orleans_fetes_johanniques_2018_moyen-agejours et même 23 heures le samedi soir. Plus d’une centaine d’exposants y sont attendus ainsi que de nombreux artistes, jongleurs, comédiens et musiciens pour refaire vivre l’endroit aux heures du moyen-âge central et tardif.

En plus de cette grande animation, il y aura encore un dîner médiéval le samedi soir suivi d’une retraite aux flambeaux, divers concerts le dimanche et le lundi un grand spectacle son et lumière, suivi en nocturne d’une soirée mix électro animée par les DJs R3hab & Boris Way. Le mardi sera encore l’occasion de commémorations et défilés variés et la fête se clôturera, en fin d’après-midi, sur la remise de l’étendard.

Avant d’en conclure, mentionnons encore que chaque année, ces fêtes sont une occasion pour le service culturel de la municipalité ainsi que les acteurs locaux du tourisme de faire mieux découvrir le patrimoine de la cité orléanaise. Dans cet esprit, de nombreuses visites guidées sont ainsi organisées  tout au long de ces journées.

Site officiel de l’événement – FB des fêtes johanniques 2018

En vous souhaitant une belle journée et de belles fêtes johanniques à Orléans si vous vous y rendez.

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

Agenda d’automne : Les belles médiévales du château de la chapelle d’Angillon

angillon_fete_medievale_2018Sujet : réjouissances, fêtes médiévales, compagnies et animations médiévales, agenda sorties historiques, animation, moyen-âge festif, marché médiéval
Lieu : château de la  Chapelle d’Angillon
Département : Cher, Centre-Val de Loire.
Date : 1 et 2 septembre 2018
Nom : 8ème grande fête médiévale du Château d’Angillon

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, nous prenons un peu d’avance sur l’agenda pour vous parler dors et déjà de l’édition 2018 de la grande fête autour du moyen-âge qu’organisent, chaque année, nos amis du prestigieux château de la Chapelle d’Angillon, dans le Val de Loire.

D’une édition à l’autre, ces belles médiévales ne cessent de s’étoffer pour se parer des plus beaux effets. De fait, la version de septembre prochain promet de mettre la barre de la qualité et du divertissement encore plus haute et cela valait bien que nous bousculions un peu l’agenda pour vous la présenter.

Le programme des médiévales 2018

fetes_animations_medievales_2018_chateau_chapelle_angillon_patrimoine_historiqueEntre comédiens, troubadours, cracheurs de feu, artistes, mesnies de reconstituteurs et chevaliers, près de trente compagnies médiévales sont attendues, cette année, pour donner ses plus belles couleurs  à la fête.

En plus des danses, musiques, scénettes, contes et facéties des comédiens et jongleurs, en plus des camps médiévaux et leurs démonstrations d’armes de poing, de jet et même d’engins de siège, les spectacles animaliers trouveront, pour cette édition encore, une belle part au château entre ferme géante, meute de loups dressés, rapaces et fauconnerie, mais également spectacles équestres et voltige. Il y a, là, une réelle volonté de la part des organisateurs de faire revivre un des aspects importants du moyen-âge qui touche à une certaine proximité/symbiose de l’homme médiéval avec la nature et les animaux et c’est un parmi les autres traits originaux de cette manifestation qu’il faut aussi saluer.

Liste des compagnies, artistes et troupes médiévales
déjà confirmées (hors exposants)

agenda_fetes_festivivtes_medievales_compagnie_animations_moyen-age_chapelle_angillon_2018_val_de_loireLa Compagnie Mandalas – les Teutonic Ordeur – les Alleutiers François – Les Compagnons du Gras Jambon – Les chardons d’Orléans –  Fauna Film, Loups et Fauconnerie – La confrérie des loups – Escrime de Saint-Doulchard – Les Cordes d’Autan – Les Skuldalith – Les Ecuries d’Argent – Les Archers Dunois –  Les goinfres Hardies – les Compagnons du Duc Jean – Les Souda Auvernaht – Ferme itinérante – La Case du Jeu –  Les Ecossais d’Aubigny – L’ordre de Malte – La Maestrie du Berry  – Les amis de Jacques Cœur – Les Leus du Val d’Ancoeur – Frat Templariee – Les templiers de Concressault – La compagnie de Cléry – La Mesnie du Lion d’Or et de l’Hermine – …

Teaser Vidéo 2018

Grand marché médiéval
et nocturne exceptionnelle le samedi

L_lettrine_moyen_age_passiona fête ne s’arrêtera pas à ces nombreuses animations, divertissements et spectacles en continu. Plus important en taille que l’année dernière, le Marché médiéval proposera, en effet, les échoppes d’époque de plus d’une cinquantaine d’artisans soigneusement sélectionnés.

Enfin, on pourra compter sur une Grande Nocturne dans la nuit du samedi. avec un concert de la célèbre Compagnie Du Gras Jambon, mais encore un grand spectacle équestre, le tout couronné d’un feu d’artifice au dessus du château.

agenda_fetes_compagnie_medievales_animations_moyen-age_chapelle_angillon_2018_val_de_loireFidèles à l’esprit des précédentes éditions, ces médiévales 2018 de la Chapelle d’Angillon se veulent une célébration ouverte à tous et résolument familiale. Elles feront donc encore une belle part aux enfants et, si avec tous les spectacles déjà prévus, ces derniers ont encore faim de divertissement, ils pourront retrouver sur place plusieurs dizaines de jeux géants pour se dépenser.

Est-il besoin d’ajouter que les grands appétits comme les envies gourmandes des uns ou des autres trouveront sur place de joyeux taverniers prompts à les contenter ?  Voilà qui est fait.

Contact, informations, réservations : Le site officiel du château d’Angillon – Page Facebook du château 


Le château de la Chapelle d’Angillon

chateau_chapelle_angillon_fetes_medievales_patrimoine_france_haut_lieu_historiqueAvec près de neuf siècles d’histoire, le château de la Chapelle d’Angillon demeure un site d’exception du point de vue tant historique que monumental. Pour lever le voile sur un coin de sa longue et prestigieuse histoire, voir l’article que nous lui avions consacré ici.


En vous souhaitant une belle journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes

Belle douce dame chiere, une chanson médiévale du trouvère Conon de Béthune

trouvere_chevalier_croise_poesie_chanson_musique_medievale_moyen-age_centralSujet : chanson médiévale, poésie, amour courtois, chevalier, trouvère, trouvère d’Arras, Artois, lyrisme courtois, descort
Période : Moyen Âge central
Auteur : Conon de Béthune  ( ?1170 – 1219/20)
Titre : «Bele douce dame chiere»
Interprètes : Diabolus in Musica
Album :  La Doce Acordance: chansons de trouvères (2005).

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionprès avoir présenté le trouvère et chevalier artésien Conon de Béthune et donné quelques éléments de biographie le concernantvoici une de ses chansons interprétée par l’excellent ensemble médiéval Diabolus In Musica.

Bele douce dame chiere, de Conon de Bethune par Diabolus in Musica

Diabolus en Musica
à la rencontre des trouvères

N_lettrine_moyen_age_passionous avions déjà eu l’occasion de présenter ici cette formation d’origine française, dirigée par Antoine Guerber, ainsi que son travail autour du répertoire médiéval (voir article).

La pièce de Conon de Béthune que nous partageons ici est tirée de l’album La Doce Acordance sortie en 2005 dont nous avions également dit un mot dans un autre article. On se souvient que l’album ayant pour thème les trouvères des XIIe et XIIIe chanson_poesie_musique_medievale_trouveres_diabolus_in_musica_album_doce_acordance_XIIe_XIIIe_siècle_moyen-age_centralsiècles fut largement salué et primé sur la scène des musiques classiques et anciennes. On le trouve encore disponible à la vente en ligne sous forme CD ou même encore sous forme digitalisée et MP3 : La Doce Acordance; Chansons de trouvères.

Actualité et concerts

Toujours très actif depuis sa création en 1992, Diabolus in Musica continue d’explorer, sans relâche, le vaste champ des musiques médiévales et anciennes pour les faire redécouvrir au public. Dans le courant de l’année 2017, la formation a ajouté à son ample programme les requiem(s) de deux grands compositeurs des XVe et XVIe siècles : Johannes Ockeghem et Pierre de la Rue.

antoine_guerber_ensemble_diabolus_in_musica_chanson_musiques_repertoire_medieval_moyen-ageEn juin prochain, si vous êtes dans la région des Hauts de France, vous pourrez d’ailleurs avoir l’opportunité d’aller entendre ces œuvres d’exception qui comptent parmi les premiers requiem(s) polyphoniques de la fin du Moyen Âge et des débuts de la renaissance. Le concert sera donné le 23 juin 2018, à 20h30, à l’Eglise Saint-Léger de Gosnay.  Pour plus de détails sur ce programme ainsi que sur l’agenda de l’ensemble, n’hésitez pas à consulter leur site officiel ici : Diabolus in Musica.

Belle do(u)ce Dame chiere

Belle doce Dame chiere,
Vostre grans beautés entière
M’a si pris
Ke, se iere* (*de estre : si j’étais) em Paradis,
Si revenroie je arrière,
Por convent* (* à condition) ke ma proiere
M’eùst mis
La ou fuisse vostre amis

Ne vers moi ne fuissiés fiere,
Car aine ens nule manière
Ne forfis
Par coi fuissiés ma guerrière* (*pour que vous me fassiez la guerre).

Ne lairai ke je ne die
De mes maus une partie
Come irous.
Dehaiz ait* (*maudit soit) cuers covoitos,
Fausse, plus vaire*(*changeante) ke pie,
Ki m’envoia en Surie !
Ja por vous
N’avrai mais les ieus plorous.
Fous est ki en vous se lie,
Ke vos estes l’Abeïe
As Soffraitous* (*aux misérables),
Si ne vous amerai mie.

Analyse et interprétation

L_lettrine_moyen_age_passione titre autant que certaines inspirations de cette chanson semblent clairement dériver du descort en cinq langues de Raimbaut de Vaqueiras : Eras quan vey verdeyar. On trouve, en effet, la strophe suivante chez le troubadour provençal :

Belle douce dame chiere,
A vos mi doin e m’otroi;
Je n’avrai mes joi’ entiere
Si je n’ai vos e vos moi.
Mot estes male guerriere
Si je muer per bone foi;
Mes ja per nulle maniere
No.m partrai de vostre loi.

Certaines rimes identiques utilisées par Conon de Béthune viennent encore confirmer cette référence : « entière »,  « guerrière », « manière » et il semble donc bien que nous soyons ici face à une transposition d’Oc vers Oil aux inspirations non voilées.

Pour ce qui est du sens, dans la première strophe, le trouvère exprime sa loyauté envers celle qui fait l’objet de sa chanson. Ayant loué sa grande beauté, en bon loyal amant et dans la veine de la lyrique courtoise, il affirme ne jamais l’avoir trahi et aurait même renoncé pour elle au paradis (à condition tout de même qu’elle cède clairement à ses avances). Dans la deuxième strophe, le ton est largement plus conflictuel et exprime la discorde. Plus question de grand transport ici et même plutôt le contraire puisque le chevalier déçu y épanche sa colère et sa désillusion.

Les différents manuscrits qui la contiennent proposent des variantes de cette chanson. La version que nous publions ici est celle de Axel Wallenskôld (Les chansons de Conon de Béthune (1921), Honoré Champion). Ainsi, au début de la deuxième strophe, dans certaines variantes, au lieu de :

Ne lairai ke je ne die
De mes maus une partie
Come irous.

On trouve :

Por une k’en ai haïe
ai dit as autres folie,
come irous.

Pour une autre que j’ai haïe,
j’ai dit des folies de toutes les autres
n’écoutant que ma colère.

Le trouvère fait-il référence à un autre de ses déboires amoureux ou s’adresse-t-il simplement à son public ? Quoiqu’il en soit, la suite de la strophe entérine la rupture après une référence quelque peu obscure aux croisades. L’expression « l’Abeïe As  Soffraitous » (l’abbaye des misérables) reste sujette à interprétation. Avec quelques réserves, on peut sans doute en déduire que la dame ne filtre pas tellement ses relations (amoureuses?) et qu’elle ne s’est donc pas montrée très fiable ou loyale envers le trouvère. Il est assez difficile de mesurer à quel point l’expression clairement mâtinée d’ironie, prend ou non un tour un peu graveleux (1).

Concernant le dernier vers on trouvera encore comme variante, celle utilisée ici par Diabolus In Musica : « Si ne vous nomerai mie » au lieu de « Si ne vous amerai mie. »

En vous souhaitant une belle journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com
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(1) Pour creuser le sujet et affiner encore l’interprétation de cette chanson de Conon de Bethune autant que ses références, voir l’article de Luca Barbieri sur le portail de l’Université de Warwick